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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'estuaire de la Gironde :
les éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Saint-Dizant-du-Gua / 7 route du Sap
Château de Romaneau

photographie du dossier documentaire, voir légende
La façade est du château. © Région Poitou-Charentes / Y. Suire, 2010.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2010.

Historique

Romaneau constituait jusqu'à la Révolution un fief dépendant du comté de Cônac. Mentionné pour la première fois en 1538, il appartient alors à la famille Lesueur. En 1621, Jacob Lesueur, écuyer, sieur de Romaneau, y demeure. En 1688, la seigneurie est saisie à l'encontre d'Henri Lesueur et de son épouse, Sylvie de Cumont. Elle est acquise pour 16.000 livres par Marthe de Cheverus, veuve de François de Gondé. Romaneau passe ensuite à son fils, François II de Gondé, époux d'Anne de Sault, qui ajoute en 1717 à ses biens les seigneuries de Sémoussac et de Sémillac, et qui se dit aussi seigneur du Pible. Un dénombrement de 1729 indique que la maison noble de Romaneau est "close et fermée d'anciens fossés, avec droit d'y faire ponts-levis, planchette, tours et tourelles ou autres choses requises tant pour la deffense et garde de la dite maison que pour l'ornement et la décoration d'icelle". Le pigeonnier est probablement construit vers le milieu du 18e sièle : il est identique à celui du château de Beaulon, daté de 1740. La fille de François II de Gondé, Anne-Marthe épouse en 1722 le comte Jacques-Joseph de Luc et lui apporte Romaneau, après la mort de son père, en 1742.

Romaneau passe ensuite à leur fils, Anne-Marc-Jacques de Luc, écuyer, seigneur de Lorignac et de Romaneau, époux de Geneviève de Malvin de Montazet. En 1782, il commence la reconstruction de son château. Il fait appel à un architecte originaire de Bourgogne et établi à Lorignac, Christophe Macaire (1732-1817) (qui a peut-être aussi oeuvré au château de Plassac, au manoir du Pible et au logis de Morisset). Probablement acheminée par bateau via l'estuaire de la Gironde, la pierre utilisée pour l'escalier d'honneur provient des carrières de Barsac, entre Bordeaux et Langon. C'est de cette époque que datent notamment la façade ouest du château, avec son avant-corps, sa porte à encadrement mouluré et son fronton, ainsi que l'aile sud en retour d'équerre.

Toutefois, cette reconstruction reste inachevée, sans doute en raison des troubles révolutionnaires : en 1795, il est dit que le château comprend onze appartements mais que seulement sept sont terminés. C'est aussi ce qui ressort de la comparaison entre l'état actuel du château et le plan qui en figure sur le cadastre de 1832. En effet, ce plan représente l'aile sud du château, en retour d'équerre, l'avant-corps central sur la façade ouest, et l'avant-corps latéral sud sur la façade est, dans le prolongement de l'aile sud. En revanche, la partie nord du château telle qu'elle est visible aujourd'hui, n'existe pas encore en 1832 : cet emplacement est alors occupé par d'anciens bâtiments dont le cadastre ne précise pas la nature, et qui se prolongent vers l'ouest par un grand bâtiment de plan rectangulaire. De même, la façade est du château a dû rester inachevée, en attendant la réalisation de la partie nord.

Anne-Marie-Jacques de Luc décède à Pons le 17 avril 1791. Romaneau échoit à son fils, le comte Antoine-Jacques-Joseph de Luc, officier de cavalerie, époux de Thérèse-Félicité de Toyon. Le comte de Luc émigre au Portugal et ses biens, dont Romaneau, sont saisis comme biens nationaux (rentré en France, il sera maire de Blaye sous la Restauration, et mourra à Blaye en 1819). En 1795, le château est estimé en vue de sa vente ; l'estimation est confiée à Christophe Macaire, l'architecte qui l'a construit. La soeur du comte de Luc, Marie-Charlotte-Ursule de Luc, épouse Faucher de la Ligerie, fait toutefois aussitôt valoir ses droits sur la succession de son père, et parvient ainsi à récupérer auprès de l'Etat le château de Romaneau. Le 13 juin 1813, elle le vend à Joseph-Alexis Despessailles.

Ce dernier est originaire du Pays basque. Son père, Jean-Mathieu Despessailles a vécu à la Martinique et est rentré à Bayonne à la suite des troubles qui ont agité l'île pendant la Révolution (il est décédé à Bayonne le 17 décembre 1807). Né à la Martinique en 1780, Joseph-Alexis Despessailles est rentré en métropole avec son père et s'est installé à Saintes en 1811, date à laquelle il a épousé Marie-Charlotte-Elisabeth-Elisa Madey d'Escoublant, née à la Martinique comme lui. Demeurant d'abord chez son beau-père, au château du Pinier, à La Vallée, près de Rochefort, il achète son propre domaine, Romaneau, en 1813 et s'y installe. C'est à lui et à son épouse que le château appartient lorsque le plan cadastral de 1832 est établi. En plus du château inachevé et des bâtiments dont il a déjà été parlé, le plan figure le pigeonnier, au nord, de grands bâtiments au nord-ouest (à la place des chais actuels), un parc avec des allées rectilignes à l'est et au sud du château, et un bois, au sud-ouest, lui aussi traversé d'allées, sinueuses cette fois.

En 1844, le fils de Joseph-Alexis Despessailles, Marius épouse Caroline-Fanny Goureau, fille du peintre Charles Goureau et de Caroline de Pritelly. Aussitôt son mariage, Caroline-Fanny Goureau entreprend de rémanéger l'intérieur et le parc du château. Surtout, entre 1858 et 1862, selon le cadastre, Joseph-Alexis Despessailles procède à une "augmentation de construction" sur son château : cela doit correspondre à l'achèvement du château, dont seules une partie de la façade ouest, la partie sud de la façade est et l'aile sud en retour avaient été terminées à la fin du 18e siècle. La partie nord du château aurait ainsi été construite autour de 1860, de manière identique à la partie sud, et en prenant la place des anciennes bâtisses encore figurées sur le plan cadastral de 1832. Des anciens bâtiments, on aurait conservé une cheminée qui semble dater de la première moitié du 18e siècle et qui se trouve désormais incorporée au château, dans une pièce entre le vestibule et la lingerie. Si, au nord, aucune aile en retour n'a été réalisée comme au sud, il est possible que le projet en ait été émis : c'est peut-être à cela que correspond un plan de projet de façade, semblant dater du milieu du 19e siècle et encore conservé aujourd'hui. En revanche, la réalisation de la partie nord du château a permis l'achèvement de la façade est, réalisée de manière identique à la façade ouest, sauf la porte, traitée différemment.

Joseph-Alexis Despessailles meurt à Romaneau le 6 mars 1863. Le domaine passe à son fils, Marius. Quelques mois plus tard, la belle-mère de ce dernier, Caroline de Pritelly, qui demeure aussi à Romaneau, fait aménager une chapelle dans la nouvelle partie nord du château, dans une pièce occupant l'angle nord-est. La chapelle est bénite en septembre 1863 par l'abbé Bariaud, curé de Saint-Genis-de-Saintonge. Dans les années suivantes, Marius Despessailles, par ailleurs maire de Saint-Dizant et bienfaiteur de l'école privée de filles, poursuit le réaménagement de son domaine : en 1868, selon le cadastre, il fait construire une serrre et une orangerie, encore visibles à l'ouest du château. C'est probablement aussi à cette période que sont construites les dépendances au nord du château et du pigeonnier. Le projet initial, connu par un plan datant sans doute de cette époque, prévoyait la construction de deux ailes de dépendances, dont une sellerie et des écuries, de part et d'autre d'une cour. Cette dernière devait être fermée par une grille qui devait relier deux pavillons d'angle. Finalement, seule l'aile nord est réalisée : il en reste le pavillon d'angle, des toits et un ancien hangar en retour, à l'ouest de la cour.

Veuf en 1880, Marius Despessailles décède en 1882. Sa belle-mère, Caroline de Pritelly reste seule à Romaneau avec ses petits-enfants. En 1886, trois ans avant sa mort, elle marie sa petite-fille, Germaine Despessailles à Albert Van Leempoel, vicomte de Nieuwmunster, d'origine belge et demeurant à Cognac. Ce dernier prend alors la tête du domaine qu'il entreprend de moderniser et de développer. Pariant sur le renouveau du vignoble de la région après la crise du phylloxéra, il transforme la propriété en une grande exploitation vinicole. Il fait planter de nouvelles vignes et, en 1897 selon le cadastre, il fait construire des chais et une distillerie dans le prolongement des dépendances édifiées dans les années 1860 au nord du château. La partie fumisterie de la distillerie est réalisée par Déjos, de Jarnac, en Charente, comme l'indique une inscription sur une porte d'un des fourneaux. Pendant plusieurs décennies, beaucoup de viticulteurs des environs viennent faire brûler leur récolte à Romaneau. Le cognac ainsi produit est vendu à la maison Martell, de Cognac, et transporté par la route, en charrette d'abord, en camion par la suite. Albert Van Leempoel de Nieuwmunster décède à Romaneau en 1952. L'exploitation vinicole reste active jusque dans les années 1960-1970.

Description

Le château de Romaneau est construit sur une hauteur au sud du bourg de Saint-Dizant et de la vallée du Taillon. Il est entouré par un parc en partie délimité par un mur de clôture avec un portail dans l'angle nord-est. Couvert d'un toit en tuile creuse et à croupes, le château est constitué d'un corps principal encadré par deux avant-corps latéraux. Celui situé au sud se prolonge vers l'ouest en une aile en retour d'équerre, créant un déséquilibre de plan, en l'absence d'une aile identique au nord. Les façades est et ouest du corps principal présentent chacune un avant-corps central surmonté d'un fronton triangulaire et qui inclut une porte accessible par un perron. La porte de la façade ouest possède un encadrement mouluré d'époque 18e siècle ; celle de la façade est est en plein cintre, avec traitement en bossage, tel que cela se pratiquait plutôt au 19e siècle. Dans les deux cas, le fronton comprend des pierres de taille qui n'ont pas été sculptées, signe de la reconstruction inachevée du château. Un bandeau et une corniche enserrent l'intégralité du château. Toutes les fenêtres possèdent un encadrement saillant et un linteau en arc segmentaire, avec clé de linteau également saillante. Des dosserets marquent les angles du bâtiment et rythment la façade sud de l'aile sud.

Le château, double en profondeur, se compose d'un rez-de-chaussée et d'un étage. Seule l'extrémité ouest de l'aile sud possède un sous-sol. Le rez-de-chaussée du corps principal du château est constituée de pièces en enfilade réparties autour de deux vestibules centraux. Dans le vestibule ouest, dit le "vestibule rouge", se trouve un escalier monumental qui dessert l'étage, avec garde-corps en ferronnerie. Au nord du vestibule ouest, dans une petite pièce de service, se trouve une grande cheminée engagée, à hotte moulurée. L'angle nord-ouest du rez-de-chaussée est occupé par une grande lingerie à laquelle est associé un escalier de service. Dans l'angle nord-est se trouve l'ancienne chapelle, réaménagée en chambre. Puis, côté est du château, en allant vers le sud, se succèdent un fumoir-bibliothèque, le second vestibule, dit le "vestibule noir", un salon au décor de boiseries et de peintures datées du 18e siècle, et, dans l'angle sud-est du bâtiment, un autre salon avec un décor du 19e siècle. Les chambres de l'étage se répartissent de part et d'autre d'un couloir, de chaque côté du palier de l'escalier. La plupart des chambres abritent une cheminée avec tableau et miroir au trumeau. Le rez-de-chaussée de l'aile sud comprend la cage d'un escalier en pierre qui dessert d'une part le sous-sol, d'autre part l'étage. Enfin, à l'extrémité ouest, se trouve la cuisine avec une grande cheminée dont la hotte est soutenue par deux corbeaux en pierre, et qui est associée à un four à pain.

Au nord du château se trouve un pigeonnier, presque identique à celui du château de Beaulon. De plan circulaire, il est coiffé par un toit conique en tuile plate, souligné par une corniche et percé de lucarnes à fronton triangulaire sans moulurations. A l'intérieur, les boulins à pigeons sont répartis en vingt-quatre rangées, réunies par quatre entre deux larmiers. Le pigonnier possède encore l'échelle tournante donnant accès aux boulins, avec son pivot central en bois. Au pied du pigeonnier, au nord, une glacière partiellement enterrée comprend un couloir d'accès et une salle. Le couloir ouvre par une porte en plein cintre. La salle, voûtée en moellons, est hémisphérique.

Encore plus au nord, un ensemble de dépendances se répartit en U autour d'une cour. Au sud se trouve un vaste chai, construit en pierre de taille. Située dans l'angle sud-ouest, et ouvrant par des baies en plein cintre et en brique, une distillerie abrite six anciens fourneaux de dix hectolitres, fonctionnant au bois et au charbon. Les chauffe-vin reposent sur des colonnes en pierre, et les pipes sur des socles circulaires en pierre. Viennent ensuite, vers le nord, un ancien logement de domestiques, une écurie et une grange. L'aile nord de ces dépendances, constituée de toits à porcs et à volailles, se termine par un petit pavillon de plan carré, à un étage, avec toit en pavillon.

Enfin, à l'ouest du château, se trouve une ancienne orangerie. Couverte d'un toit en appentis, elle possède au sud une façade en pierre de taille, percée de quatre arcs et ornée d'une corniche. Derrière l'orangerie, au nord, on observe une fosse dont l'ancien usage n'est pas connu (elle n'apparaît pas sur le plan cadastral de 1832).

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Charente-Maritime. 3P 3326 à 3339. 1834-1970 : état de section et matrices cadastrales. Archives départementales de la Charente-Maritime. 3P 4916. 1832 : plan cadastral de Saint-Dizant-du-Gua.
Archives départementales de la Charente-Maritime. Q 26. 1795-1796 : réclamation de la citoyenne Charlotte-Ursule Deluc pour le rétablissement de ses droits sur Romaneau, reconnus par arrêté du 26 juin 1796 (8 messidor an 4).
Archives départementales de la Charente-Maritime. Q 84. 1795, 30 janvier (11 pluviôse an 3) : procès-verbal d'estimation du château de Romaneau, saisi contre l'émigré Deluc ; 1795, 27 avril (8 floréal an 3) : procès-verbal de visite du château de Romaneau à la demande de Charlotte-Ursule-Amable Deluc.
Archives privées de la famille Van Leempoel de Nieuwmunster.

● Bibliographie

Chasseboeuf, Frédéric. Châteaux, manoirs et logis : la Charente-Maritime. Prahecq : Patrimoines et Médias, 2008. P. 514
Rainguet, P.-D. Etudes historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac. Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864. P. 92
Site internet inventaire.poitou-charentes.fr, le patrimoine industriel de Poitou-Charentes.

● Annexe 1 :

Procès-verbal d'estimation du château de Romaneau, saisi contre l'émigré Deluc, 30 janvier 1795 (11 pluviôse an 3) (Archives départementales de Charente-Maritime, Q 84) :
L'estimation est réalisée par Christophe Macaire, expert désigné. Le domaine a été loué par bail du 13 prairial an 2 (1er juin 1794) au citoyen Jean Verger, demeurant à Saint-Dizant. Il consiste en "une très belle maison composée d'un vestibule dans lequel est un très bel escalier construit en pierre dure de Bersac, un salon, une salle à manger, une salle de compagnie, une office, une cuisine avec ses servitudes, un commun, une cave et onze appartements complets tant au rez-de-chaussée qu'au premier étage, dont sept sont finis ; de très belles écuries, un hangar, une grande grange, un chai, des toits à volaille et à cochons, une fournière, une buanderie, des chambres de domestiques, un très beau jardin potager, un verger, un parterre, plusieurs belles allées de charmille ; ces objets, compris la cour et l'emplacement des bâtiments, contiennent environ six journaux et demi ; un plan de vignes d'environ neuf journaux, un bois taillis de la contenance de dix sept journaux quatre vingt neuf carreaux", etc. Le tout est estimé 50.000 livres.

● Annexe 2 :

Procès-verbal de visite du château de Romaneau, à la demande de Charlotte-Ursule-Amable Deluc, 27 avril 1795 (8 floréal an 3) (Archives départementales de Charente-Maritime, Q 84) :
Le château consiste "en un corps de logis en deux ailes aux côtés, laquelle est récemment bâtie et dans un joli goût, au levant de laquelle maison est un parterre, au midi un verger et un jardin potager, au couchant est une cour assez vaste avec remise, grange, écurie et autres servitudes (...). Ledit bien est divisé par plusieurs allées d'agrément".
consulter au centre régional de documentation du patrimoine de Poitou-Charentes