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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'estuaire de la Gironde :
les éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Saint-Fort-sur-Gironde / Port-Maubert / rue de Maubert rue des ; Pêcheurs
Port-Maubert : hameau, porte éclusière, port et chenal

photographie du dossier documentaire, voir légende
Le port de Port-Maubert. © Région Poitou-Charentes / Y. Suire, 2010.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2011.

Historique

Le port Maubert a probablement succédé à un autre port situé plus en amont, sans doute vers Beaumont, abandonné à la suite de l'envasement des marais. Plus au nord se situait un autre port dont seule la toponymie a conservé le souvenir : le Port-Neuf qui, comme son nom l'indique, avait lui aussi remplacé un port plus ancien. Le port Maubert est mentionné dans la première moitié du 16e siècle parmi les ports qui prospèrent à partir de l'intense commerce des blés sur l'estuaire de la Gironde. En novembre 1632, se rendant de Bordeaux à Brouage, le cardinal de Richelieu, malade, débarque à Port-Maubert pour regagner l'arrière-pays et séjourner à Saujon. Le moulin à eau, le port et le chenal de Maubert figurent sur une des cartes de la région établie par l'ingénieur Claude Masse en 1718 (figure 1). Le chenal est alors beaucoup plus tortueux mais aussi beaucoup moins long qu'il ne l'est aujourd'hui, l'envasement des marais de part et d'autre ayant depuis continué. Le port devait se trouver au niveau de l'ancien moulin à eau, alors propriété du seigneur de Saint-Fort, et où on devine encore des restes d'empierrement, peut-être de quais. En 1792, un arbre de la Liberté est planté sur le port. L'importance du port Maubert dans la vie de la commune est telle qu'en 1794, celle-ci est provisoirement rebaptisée "Fort-Maubert".

Au début du 19e siècle, le port continue à capter les échanges commerciaux, et il fait vivre de nombreux marins qui habitent dans les hameaux aux alentours. En 1821, l'un d'eux, Jean Bascle, époux de Suzanne Vrignaud, demeurant à Camailleau (sa maison est encore visible au 43 rue de Camailleau), passe à la postérité en capturant une baleine échouée sur le rivage et qu'il ramène de force dans le chenal. Le port lui-même est déjà bordé de quelques maisons et entrepôts. Un bureau de douane (situé aux actuels 16 et 18 rue des Chasseurs) est également déjà présent. Pourtant, l'envasement progressif des marais et les méandres du chenal nuisent de plus en plus aux activités du port. A cette époque, le chenal, tortueux, serpente plus au nord qu'aujourd'hui : comme le montre le plan cadastral de 1834 (fig. 4), il passe alors au pied des maisons actuelles, rue des Pêcheurs, effectue un virage avant d'emprunter le tracé de la rue des Chasseurs, est rejoint au niveau du 18 rue des Chasseurs par un cours d'eau venu du nord, et enfin oblique vers le sud-ouest jusqu'à l'estuaire de la Gironde tout proche. Au début des années 1830 est lancée une réflexion puis une campagne de travaux qui, au cours des décennies suivantes, vont radicalement transformer Port-Maubert et son activité.

En avril 1833, l'ingénieur ordinaire des Ponts et chaussées, Alexandre Potel établit un plan de la partie du chenal servant de port, avec l'indication des propriétés riveraines et notamment de deux parcelles de terrain à acquérir pour en faire une place de dépôt pour les marchandises (fig. 2 et 3). L'année suivante, puis à nouveau en 1836, Barthélémy Emery le jeune, conseiller général, présente à l'assemblée départementale un projet de redressement du chenal sur 720 mètres de long (fig. 5). Un bassin de retenue serait créé, avec une écluse de chasse et de navigation à son embouchure, destinée à recevoir les navires et à les tenir à flot. Un débarcadère serait construit pour accueillir les navires de voyageurs assurant la liaison avec Bordeaux. Son exploitation serait confiée à une société privée. Ce projet est examiné en août 1836 par l'ingénieur de l'arrondissement de Marennes, Lessore, puis un après par l'ingénieur en chef du département de la Charente-Inférieure, Lescure-Bellerive (fig. 6 à 8). Deux options sont alors proposées : soit la création d'un nouveau chenal (là où se trouve aujourd'hui le port), soit le redressement et l'élargissement de l'ancien. En amont, l'étier de Maubert serait redressé et élargi en un grand canal, jusqu'au Sap, de manière à permettre aux petits bateaux de remonter jusqu'à Saint-Dizant-du-Gua. Le projet reçoit le soutien du docteur Honoré Chapparre (1805-1879), membre du conseil d'arrondissement de Jonzac, et médecin reconnu à Saint-Fort-sur-Gironde où il demeure. En novembre 1839, l'ingénieur Lessorre établit des devis, cahier des charges, détail estimatif des travaux, profils en long et en travers du bassin et des canaux envisagés, et plans des portes busquées de l'écluse projetée (fig. 9 à 13). Ambitieux, son projet prévoit le creusement d'un grand canal depuis le Sap, la dérivation du chenal de Maubert vers le nord avec un bassin à flot, une écluse et un nouveau port droit. La dérivation du chenal est cependant très contestée : en février 1840, Barthélémy Emery exprime ses craintes quant au fait qu'un chenal droit donnerait trop de prise au vent, et propose plutôt de canaliser et d'élargir l'ancien chenal (fig. 5). Finalement, c'est cette option, moins coûteuse, qui est retenue par décision du ministre des Travaux publics, le 14 mai 1840. Il n'est désormais plus question non plus d'aménager l'étier de Maubert en amont.

En septembre 1841, Alexandre Potel, devenu ingénieur en chef du département de la Charente-Inférieure, décrit le projet dans un rapport, s'appuyant sur les profils et plans établis par l'ingénieur Lessorre, désormais ingénieur ordinaire à Royan (fig. 14 à 19). Le chenal sera aménagé à partir d'un point situé à 240 mètres en aval de "l'ancien magasin du moulin démoli". Après une première portion de 280 mètres de long, viendra une partie courbe de 108 mètres, une seconde partie droite de 52 mètres, une seconde courbe de 173 mètres, et enfin l'extrémité droite de 99 mètres de long jusqu'à l'estuaire. Le chenal sera élargi à 38 mètres. Les déblais provenant de l'excavation du chenal seront utilisés pour rehausser les deux rives. La construction d'une écluse de chasse et de son bassin de retenue est désormais envisagée dans un projet complémentaire (établi en février 1842 par Potel) (fig. 20 à 22). La rive droite du port, là où sont construites les maisons (actuellement rue des Chasseurs), sera plus particulièrement aménagée, avec un quai pour recevoir les dépôts de marchandises. Deux appontements déjà existants seront remplacés par cinq nouveaux. L'Etat conservera plusieurs terrains qui pourront être mis en concessions afin d'être construits. Un fossé de délimitation entre le domaine de l'Etat et les marais sera creusé sur la rive gauche. Il servira à évacuer les eaux des marais. Ces premiers travaux d'aménagement du Port-Maubert sont adjugés le 30 mars 1842 à Antoine Poisson, entrepreneur à Pont-Labbé. L'opération commence en mai, et le nouveau chenal canalisé est inauguré le 13 novembre suivant.

Il ne s'agit pourtant que d'une situation provisoire. Entre temps, le 19 mars 1842, une nouvelle décision du ministre des Travaux publics a donné une nouvelle orientation au projet. L'Etat revient en effet sur la première option prise, et adopte cette fois l'idée du creusement d'un nouveau chenal droit, à l'est de l'ancien. Ce nouveau chenal (qui doit prendre naissance à l'actuelle école de voile) doit être équipé, juste en amont, d'une gare d'évitement pour les bateaux (fig. 23). Loin d'être achevés, les travaux continuent donc. En mars 1844, poursuivant la réflexion en même temps que le chantier avance, l'ingénieur Potel établit un plan des travaux exécutés et de ceux qui restent à réaliser (fig. 24 à 26). En plus de la gare d'évitement, il reprend l'idée émise en 1836 d'établir en amont un bassin à flot et de retenue, avec une écluse de chasse. Trop coûteuse, cette option est de nouveau écartée. On lui préfère le principe d'une simple gare d'évitement, de nouveau présenté par l'ingénieur ordinaire Botton, en février 1845 (fig. 27 à 29). La construction de deux musoirs à la tête des quais sur les deux rives, afin de mieux résister aux assauts de la Gironde, est toutefois retenue. Les talus du nouveau chenal sont équipés de cinq appontements sur la rive droite, et renforcés par des fascinages en pieux, en terre et en joncs. La réception définitive des travaux a lieu le 15 septembre 1846. Désormais, la partie avale du vieux chenal (dont la rue des Chasseurs emprunte aujourd'hui l'itinéraire) est abandonnée et comblée. Face à la Gironde, elle est barrée par une digue en pierre qui prolonge le musoir du quai de la rive droite.

Parallèlement, et comme on l'envisageait en 1836, un débarcadère de 300 mètres de long est construit en avril 1846 au bout de la rive droite du chenal pour faciliter le passage des voyageurs des bateaux à vapeur. Son exploitation est confiée à Jean-Théophile Guérin, négociant à Rochefort. Des bateliers habitant sur le port proposent leurs canots pour assurer la liaison entre ce débarcadère et les bateaux mouillant un peu plus au large. Les voyageurs peuvent patienter dans deux petits pavillons en bois édifiés à l'extrémité du débarcadère. Mais très vite, l'activité du débarcadère périclite : une tempête l'endommage gravement en avril 1849, et surtout de plus en plus de voyageurs préférent prendre le train de la nouvelle ligne Angoulème-Bordeaux. En 1852, l'Etat prend alors possession du débarcadère.

Pendant ce temps, l'aménagement du port se poursuit. Le 26 août 1846, Jean-Baptiste Bouyard, entrepreneur à Royan, reçoit en adjudication les travaux de construction d'une écluse de chasse en tête du chenal, et d'une chaussée empierrée sur la rive droite. Les travaux durent jusqu'en 1853, date à laquelle l'idée d'un bassin à flot en amont de l'écluse, émise en 1836 puis par Potel en 1844, est enfin adoptée, au détriment de la gare d'évitement qui disparaît. La construction du bassin est adjugée le 6 décembre 1853 à René Janin, entrepreneur, et réalisée en 1854. L'écluse et le bassin en amont reçoivent désormais la double mission, délicate, d'évacuer l'eau venue de l'étier de Maubert et des marais environnants, et de retenir cette eau dans le bassin pour les besoins des bateaux. Mais très vite, le bassin à flot s'envase et peine à recevoir les embarcations. De plus, son double rôle de chasse et de navigation pose souvent problème. En 1859, l'ingénieur Botton propose la mise en place d'une seconde écluse de chasse, de plus petites dimensions que la première, en amont du bassin, pour le dévaser, et le creusement, sur la rive gauche du bassin et du chenal, d'un fossé de dérivation équipé à sa tête d'un autre petit barrage ou “ éclusette ” (fig. 31 à 35, 37 et 38). Ce fossé permettra d'évacuer les eaux des marais même lorsque les écluses de chasse en aval et en amont du bassin ne pourront être ouvertes en raison de la présence de bateaux dans le bassin. Pour ce qui est du vieux débarcadère, l'ingénieur Botton propose de le remplacer par un débarcadère submersible (fig. 36, 39 et 40). L'ensemble de ces propositions est adopté par le ministre des Travaux publics le 22 mars 1859. Il faut toutefois attendre mai 1863 pour que les travaux soient adjugés à Antoine Ferry, entrepreneur à Royan. Leur réception définitive a lieu le 29 décembre 1865. Désormais, l'essentiel du système portuaire et hydraulique actuel de Port-Maubert est en place : une petite écluse de chasse en amont, un bassin de retenue, une grande écluse de chasse en aval, le port et ses deux rives, dont la rive droite équipée d'appontements, le chenal en aval, le débarcadère à l'extrémité de la rive droite, et enfin le fossé de dérivation et son éclusette sur la rive gauche.

Dans les années 1860 (fig. 41 à 44), l'Etat cède en concession à des particuliers les terrains des deux rives du port, pour construire des maisons, des entrepôts à vins, à blé, à charbon, etc, pour installer une cale de carénage ou encore établir un chantier de construction navale (celui du sieur Coudin, futur chantier naval "le Chérif", voit le jour à cette époque. Le sieur Lucas est mentionné sur le port comme aubergiste (son établissement se trouve à l'extrémité de la rive droite, là où arrivent les voyageurs depuis le débarcadère, actuellement 68 rue des Pêcheurs). Le bureau de douane s'installe à la même époque à l'actuel 44 rue des Pêcheurs, tandis que l'éclusier, agent public chargé de la manoeuvre et de la surveillance des écluses, est logé dans une maison éclusière (actuelle école de voile). Les nouvelles maisons prennent toute place sur la rive droite qui est surélevée entre 1869 et 1872, sur les plans de l'ingénieur ordinaire Lasne, afin de protéger ces constructions (fig. 45 à 47). Certaines de ces habitations traduisent par leurs dimensions et leur décor, la réussite de leur propriétaire, liée à la prospérité du port. Tel est le cas par exemple de Jean Jard (1809-1894), marinier, puis de son fils, Honoré, aux 58-30 rue des Pêcheurs.

En 1880, la grande écluse de chasse est reconstruite. Désormais, le bassin n'exerce plus qu'un rôle de retenue pour la chasse. Le port prend un virage industriel avec la création de la minoterie à vapeur de Port-Maubert, dirigée par Ferdinant Petit (fig. 48 à 55). Cet ancien meunier bâtit sa fortune sur cet établissement qui traite et exporte par le port une grande partie de la production céréalière de l'arrondissement de Jonzac. L'importance de l'usine est telle que Petit est autorisé à puiser de l'eau dans le bassin pour alimenter sa machine à vapeur, et à construire.des rails entre ses magasins et les appontements près de l'écluse de chasse. Vers 1885, une "usine de vins de raisins secs" est fondée par Julies Morineau juste à côté de la minoterie (26 rue des Pêcheurs). Le bâtiment est vendu vers 1900 à Edouard Chastang, important négociant en vins, qui en fait un second entrepôt, après celui qu'il a fait construire sur le port en 1895 (40 rue des Pêcheurs). Cette activité industrielle entraîne en effet avec elle celle du port. En 1881, ce dernier est fréquenté par cinq gabares de charges. En 1890, le mouvement est de 11.000 tonneaux d'entrée annuels et 10.900 en sortie. En 1896, le tonnage de jauge est de 19.585 entrées et 18.926 sorties. Vins, blés, pommes de terre, etc. affluent de toute la Saintonge pour être expédiés vers Bordeaux, Libourne, Pauillac, etc. Pour soutenir cette activité, un embranchement de la ligne ferroviaire Saintes-Touvent-Jonzac est créé en 1895 jusqu'au port, à partir de la gare de Saint-Fort. Ces équipements perdureront jusqu'en 1928.

Les installations de balisage, d'appontements, d'empierrement des remblais deviennent cependant vétustes et insuffisantes. De plus, en 1897, les habitants se plaignent de la chaussée surélevée le long du port, devant les maisons, car elle gêne l'écoulement de l'eau. Des travaux d'assainissement sont réalisés en 1898 sur plans de l'ingénieur Caboche. Malgré tout, l'activité du port décline rapidement. Le trafic est de plus en plus local. En 1904, le service du bateau à vapeur n'est plus assuré qu'en été. Le débarcadère est finalement démoli en 1907. La minoterie fait place, pour quelques années, à une cimenterie, dès 1905. En 1928, on procède à d'importants travaux de dragage pour dégager l'entrée du chenal du banc de sable de Saint-Seurin qui s'est formé quelques années auparavant.

Déjà au 19e siècle et surtout à partir des années 1920, dès avant puis pendant que l'activité portuaire et commerciale périclite, Port-Maubert accueille, comme à Mortagne-sur-Gironde et à Saint-Seurin-d'Uzet notamment, de nombreux pêcheurs spécialisés dans la capture de différents poissons, de la crevette, des jeunes anguilles ou "pibales", et de l'esturgeon ou "crea". Les pêcheurs, qui habitent à Port-Maubert et dans les hameaux de Saint-Fort et des communes environnantes, se livrent à cette pêche au filet à l'aide de leurs bateaux traditionnels ou "filadières". Ce type de bateau est fabriqué jusque dans les années 1950 puis est remplacé par des "yoles", barques utilisées à l'origine comme annexes des gabares, puis remployées pour la pêche. Certains de ces bateaux sont fabriqués à Port-Maubert, dans le chantier naval de M. Morin, le "Chérif", situé au 62 rue des Pêcheurs (ces bateaux portent une étoile de chérif qui les rend reconnaissables). Pour recevoir tous ces bâteaux, la création de nouveaux appontements et d'un quai est réclamée à partir des années 1950. En 1966, le conseil municipal constate que le chenal est bouché et que les marais alentours sont régulièrement inondés. D'importants travaux sont finalement réalisés de 1977 à 1980 : les anciens appontements, plus ou moins précaires, font place à d'autres, flottants, encore en place, avec une cale de mise à l'eau ; l'ancienne lanterne en bois fait place à de nouvelles balises ; les portes de l'écluse de chasse sont remplacées. A la même époque, après l'interdiction de la pêche à l'esturgeon, la pêche se réoriente vers la capture des jeunes anguilles ou pibales, jusqu'alors pratiquée à pied ou en yole, avec une épuisette. Encore aujourd'hui, des bateaux de pêche à la pibale ou "pibaliers" se trouvent dans le port de Port-Maubert.

Port-Maubert subit les assauts de la tempête de décembre 1999. L'eau envahit le port et le village, en rompant l'ancienne digue du 19e siècle. Une nouvelle digue, plus haute, est ensuite édifiée quelques mètres en aval de l'ancienne, prolongeant la digue qui protège désormais tous les marais de part et d'autre de Port-Maubert. Propriété du Département, le port est géré en concession par la commune. L'école de voile a ouvert ses portes en 2005.

Description

Port-Maubert se trouve au débouché de l'étier de Maubert, un des deux derniers bras de la rivière du Taillon. Au niveau de l'ancien moulin à eau, on observe des fossés de dérivation, les montants d'une ancienne petite écluse de chasse et les restes de quais. L'eau s'écoule ensuite en aval de l'ancien moulin jusqu'à un petit barrage qui marque l'entrée d'un long bassin de chasse. Juste en amont de ce barrage, sur la rive droite, commence un petit canal de dérivation parallèle au bassin de chasse puis au port, et qui se termine par une vanne. Long d'environ 350 mètres, le bassin de chasse aboutit à une écluse de chasse. Celle-ci permet de retenir l'eau en amont, dans le bassin, puis de l'évacuer régulièrement dans le port et le chenal, contribuant ainsi à empêcher (ou freiner) leur envasement.

Les deux rives du port sont occupées par des appontements. Ceux de la rive gauche sont construits sur pilotis. Sur la rive droite se trouve un quai avec une grue de déchargement, ainsi qu'une cale de mise à l'eau. Dans le port sont amarrés des bateaux de plaisance et quelques bateaux de pêche, dont des filadières (voir dossier documentaire correspondant) et des "pibaliers" : ces bateaux de pêche à la pibale (jeunes anguilles), de 10 à 15 mètres de long, sont équipés de filets appelés "haveneaux" ou "pibalours" ; placés sur chaque bord à l'avant du bateau, ces filets de cinq mètres d'envergure sont abaissés dans l'eau pour pêcher la crevette en été et la pibale en hiver, et relevés à la verticale lorsque la pêche est terminée.

Les maisons de Port-Maubert se concentrent exclusivement sur la rive droite. La plupart s'étirent le long de la rue des Pêcheurs, parallèle au port. Quelques-unes sont placées sur la rue des Chasseurs qui empruntent une partie de l'itinéraire de l'ancien chenal. La plupart des constructions sont d'anciens commerces ou maisons de pêcheurs, à quoi s'ajoutent d'anciens enrtepôts et établissements industriels. L'ancienne maison d'éclusier et le bureau du port se trouvent à la jonction entre les deux rues.

La rive droite du port et du début du chenal, et l'extrémité de la rive gauche sont maçonnées. Vers l'extrémité de la rive droite se situent deux balises à lumière rouge. Près d'elles se situent une ancienne grange et une table d'orientation. Une ancienne digue empierrée aboutit là, de même que le petit canal qui lui est parallèle et qui déverse ses eaux dans le chenal via un petit barrage. Au-delà de cette ancienne digue se trouve la nouvelle digue édifiée après la tempête de 1999. Un sentier part de la table d'orientation et mène aux abords de l'estuaire, à travers joncs et marécages. Il franchit un ruisselement qui prend naissance plus au nord dans les marécages. Sur la rive gauche du chenal débouche le dernier méandre de l'étier de Chassillac qui vient des marais de Saint-Dizant-du-Gua.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Charente-Maritime. 3P 3358 à 3368. 1834-1966 : état de section et matrices cadastrales. Archives départementales de Charente-Maritime. 3P 4918. 1834 : plan cadastral de Saint-Fort-sur-Gironde.
Archives départementales de la Charente-Maritime. S 7674, 7895, 7896, 8633, 8657, 8808, 8813, 8817, 8818, 8819. 1836-1919 : projets d'amélioration de Port-Maubert et de rectification de son chenal, construction d'un débarcadère, rapports, plans, devis, cahiers des charges, procès-verbaux d'adjudication, correspondance.
Archives départementales de la Charente-Maritime. 4 S 5515, 5559, 5591, 5629, 5738, 5745, 5754, 5786, 5917, 9036 et 11804. 1833-1918 : projets d'amélioration de Port-Maubert et de rectification de son chenal, construction d'un débarcadère, construction et restauration de quais, écoulement des eaux, construction des écluses, rapports, plans, devis, cahiers des charges, procès-verbaux d'adjudication, correspondance.
Archives municipales de Saint-Fort-sur-Gironde, registres des délibérations du conseil municipal depuis 1791.
Archives municipales de Saint-Fort-sur-Gironde. Audebert, Emmanuel. Saint-Fort-sur-Gironde. Exploration en raccourci d'archives et de documents manuscrits municipaux et paroissiaux, ayant servi de preuves et d'informations, entre 1562 et 1885, document tapuscrit, 1979, 62 p.
Renseignements fournis par M. Michel Roy et M. Pierre Gardat, demeurant à Port-Maubert.

● Bibliographie

Archives départementales de la Charente-Maritime. PER 2698. 1996-2011 : bulletins municipaux de Saint-Fort-sur-Gironde.
Boutet, Jean-Yves. L'estuaire de la Gironde au temps des gabares et du caviar, suivi du vocabulaire de l'estuaire. Editions Confluences, 2009.
Sebileau, Bernard. Fief-Doré en Saintonge. La Roche-sur-Yon : Artdeline Edition, 1996, 91 p.
Rainguet, P.-D. Etudes historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac. Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864. P. 101-102
Rousseau, Dominique. Saint-Thomas-de-Cônac : une histoire en bord d'estuaire. Imprimerie Michot : Jonzac, 2008. P. 84
Seguin, Marc (dir. Jean Glénisson), Histoire de l'Aunis et de la Saintonge, tome 3 : Le début des Temps modernes, 1480-1610. La Crèche : Geste éditions, 2005. P. 75

● Annexe 1 :

20 février 1843, vente d'un bateau à Port-Maubert (Archives départementales de Charente-Maritime, 3E30/334) :

Christophe Robert, maître de bateau demeurant à Port-Maubert, vend à Antoine Grenier, marin, époux Bouteiller, demeurant Chez-Julliard, à Saint-Thomas-de-Cônac, "un petit navire appelé la Roqueille, du port de seize tonneaux, étant en rade dans le port de Maubert, avec tous les mâts, voiles, cables, cordages, anciens grappins et généralement tous les agrès et apparaus". Ce navire a été construit dans le port de Roque, commune de Gauriac, arrondissement de Blaye, en 1838.

● Annexe 2 :

Extrait de Rainguet, P.-D. Etudes historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac. Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864, p. 101-102 :
"La pêche se fait sur la Gironde par des marins montés sur de petites chaloupes, dites "filadières", et au moyen de grands filets qu'on promène sur le fleuve, quelque fois avec deux barques marchant de concert. On y prend l'alose, la gatte, le mulet, l'esturgeon dit "crea", le saumon, la sole, la maigue, etc.
Sur le bord du fleuve, en s'enfonçant dans l'eau jusqu'à la ceinture, et au moyen de la truble, on pêche des crevettes blanches, de petits crabes ou chancres, des solettes. Au mois d'avril, on prend dans les communes de Saint-Thomas et Saint-Bonnet, et dans les canaux et ruisseaux affluents à la Gironde, une énorme quantité de petites anguilles, dites "pibales" dans le pays. Cette pêche, vu la ténuité du poisson, se fait ordinairement avec un tamis fixé au bout d'un long bâton. La pêche "à la seine", pour l'été, est généralement tolérée. On interdit parfois, et sans motif plausible, celle dite du "renard" ; à l'hameçon dormant ou "vermée", on prend en septembre, octobre et novembre, des loches ou goujons de mer dits "bourrits" et des plies ou limandes".

● Annexe 3 :

Notes sur Port-Maubert sans doute écrites par Emmanuel Audebert, ancien maire et historien (Archives municipales de Saint-Fort-sur-Gironde) :
"Pendant la belle saison, le dimanche, les producteurs agricoles, venaient à Port Maubert proposer leur récolte aux marins qui étaient des commerçants. Il s'agissait de marchandises diverses suivant les saisons : du foin, de la paille, après qu'ils furent "abotelés", des pommes de terre et du vin en barriques. Après en avoir débattu le prix, chacun défendant ses intérêts, l'acheteur et le vendeur finissaient par se mettre d'accord et traitaient l'affaire.
Les produits vendus aux bateliers étaient acheminés par la route au moyen de charrettes tirées par des boeufs jusqu'au bateau qu'on appelait "gabare". Il y en avaient 8 ou 10 sur le port appartenant aux marins de Maubert et autant venant des autres ports de la Gironde et de la Dordogne. Ces bateaux jaugeant de 40 à 50 tonneaux. Les marins après avoir chargé ces marchandises à la force des bras sur leur bateau, celui-ci sortait du port, toutes voiles dehors. C'était spectaculaire, mais il fallait qu'il y ait du vent ou alors manoeuvrer à la force des bras.
Il y avait une digue sur ce port pour le préserver des tempêtes, elle existe toujours : un embarcadère avait été construit avançant sur la Gironde, il avait une longueur de 80 mètres et servait à l'accostage du bateau à roue qui transportait les voyageurs de Royan à Bordeaux via le médoc.
Mais petit à petit, un banc de sable se forma entre Saint Seurin d'Uzet et par dela Maubert, bouchant la sortie du chenal, obligeant les gabares à faire un détour dans une "coursière", jusqu'à Talmont pour rejoindre la Gironde et remonter sur Bordeaux. Avec le temps, la vase se déposa de plus en plus, obligeant les bateaux à ne sortir qu'aux grandes marées, tous les quinze jours, et enfin, la vase rejoingnit la côte empêchant toute navigation. Après bien des réclamations, auprès des autorités responsables, il fut décidé qu'une drague viendrait couper ce banc de sable pour rétablir le trafic. Mais ce fut long et ce n'est qu'en 1925 que le chenal actuel vit le jour, rendant à Maubert toute son activité.
Mais ce n'est pas tout ! Il y avait aussi le petit train, chemin de fer économique, qui allait de Saintes à Mortagne, de St Fort à Jonzac et à Saint-Ciers-sur-Gironde. Ce train venait à Maubert porter des denrées diverses et assurer le transport des voyageurs. A cette époque, il n'y avait pas ou peu d'automobiles ni d'autobus. Il transportait aussi le ravitaillement pour les épiceries de la région, mais encore des pierres pour la construction des routes, du charbon, du bois et bien d'autres matériaux. Sa disparition date des années 1928-1930.
Sur le port il y avait un bureau de douane. Comme sur tous les ports du littoral, plusieurs douaniers en assurant le service (...).

Les oeufs de l'esturgeon, comme chacun le sait servent à faire le caviar. Après en avoir fait une préparation minutieuse, sur place, elle était rendue à une entreprise de Paris, qui venaient la chercher. Mais ce poisson était aussi un excellent met. Il se vendait au port et dans la région. Aujourd'hui la pêche est terminée pour le crea. Les causes de sa disparition, elles sont nombreuses et nous en avons longuement parlé avec les anciens marins. Cette pêche était devenue trop intensive, se pratiquant tout le long de l'estuaire, jusqu'à l'endroit de la reproduction en Dordogne. Le draguage de cette rivière en est aussi une cause majeure, la laitance déposée sur les fonds de grave était détruite par les dragues, et puis, il n'aurait pas fallu pêcher les petits, mais cela est une affaire de pêcheurs. Actuellement, cette pêche est interdite, ce poisson préservé car il en reste. Mais on voudrait essayer le repeuplement de la rivière mais est-ce possible ? Espérons le. La pêche à l'esturgeon est terminée pour les gros en 1968 et pour les petits en 1972.

Mais il y a une histoire de pêche extraordinaire, incroyable même, et pourtant, d'après les archives municipales, un marin habitant Camailleau, nommé Jean Bascle, en 1821, fit la capture d'une baleine. En effet, on lui signale, qu'une baleine de l'espèce dite "jubarte" des basques, s'était égarée, sur le littoral de la Gironde. Bascle n'hésita pas à s'aventurer sur une barque à la recherche du cétacé. Armé de grappins, il attaqua hardiment la baleine à deux reprises et faillit être victime de sa témérité. Après de longs efforts, et sans doute de l'aide de d'autres marins, il la contraignit à rentrer dans le chenal de Maubert, qui offrait grâce à la haute mer, une nappe d'eau assez considérable. L'énorme poisson, une fois renfermé dans ce bassin, fut au pouvoir de son agresseur. Une affluence considérable accourut de tous les points du département pour voir le cétacé dont les formes trahissaient son âge peu avancé et qui mesurait 14 mètres de long. Jean Bascle mourut à St Fort en 1825".
consulter au centre régional de documentation du patrimoine de Poitou-Charentes