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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'estuaire de la Gironde :
les éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Saint-Fort-sur-Gironde
Château des Salles

photographie du dossier documentaire, voir légende
Le logis du château vu depuis le sud-est. © Région Poitou-Charentes / Y. Suire, 2011.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2011.

Historique

La seigneurie des Salles est mentionnée pour la première fois en 1459, dans les mains de Marguerite Aysse, épouse de Jean Brun. En 1540, elle appartient à son descendant, Pierre Brun, écuyer, demeurant à Saint-Jean-d'Angély. La mouvance du fief des Salles est alors disputée par les seigneurs de Mirambeau et de Saint-Fort. En juin 1565, à l'issue de deux échanges successifs, les Salles passent des mains de Louis Moreau, seigneur de Panloy, à celles de Nicolas de Vallée, écuyer, seigneur du Douhet, puis à celles Jean Jolly, seigneur de Pommiers puis de Chadignac. Le château actuel conserve vraisemblablement des éléments datant de cette fin du Moyen Age et du début de l'époque moderne, en particulier les douves sèches qui entourent le logis, et les traces de fenêtres à meneaux retrouvées dans les murs des pièces en soubassement. Il est possible aussi que les deux pigeonniers à l'angle des communs aient remplacé d'anciennes tours de défense.Au début du 17e siècle, les Salles sont la propriété de Jean Baudoin puis, en 1673, d'Esther Lahoulé, épouse de Benjamin de Bonnefoy, écuyer, sieur de la Breuille. Le château passe ensuite à Judith Péanne qui, en 1684, s'y marie avec Rabaine Gouault de Cumont, écuyer. Les Salles restent dans les mains de la famille de Cumont jusqu'à la Révolution. Une grande partie des communs est reconstruite dans les années 1760 (la date 1763 figure sur une pierre retrouvée dans les douves du château ; la date 1766 est encore inscrite au-dessus d'une ouverture de la partie sud des communs). A cette époque, les Salles appartiennent à Marc-Antoine marquis de Cumont, major général de la capitainerie garde côtes de Royan. En 1781, il épouse en secondes noces Marie-Félicité de Gombauld qui lui apporte le domaine des Cheminées, à Saint-Sorlin-de-Cônac.A la Révolution, le marquis de Cumont émigre à Londres où il meurt en 1798. Saisi comme bien national, le château des Salles fait l'objet d'une visite pour estimation le 1er prairial an 2 (20 mai 1794), par Christophe Macaire, architecte à Lorignac. Accompagné d'un plan, le procès-verbal donne une idée assez précise du château : cuisine et salle-à-manger dans le soubassement entouré des douves ; salle de compagnie, chambres et appartement au rez-de-chaussée ; deux apparterments à l'étage ; cuviers, chais à vin et à eau-de-vie et brûlerie, vraisemblablement dans l'aile ouest des communs ; granges, étables et écuries dans l'autre aile, à l'est ; jardin, allée, parc, vigne autour du château ; et enfin la métairie du château, actuellement le Maine. L'ensemble est vendu aux enchères le 21 vendémiaire an 3 (12 octobre 1794) et acquis par Michel Bouju, de Saintes.En 1815, le domaine est racheté par Charles-Claude Baudin, percepteur des contributions directes. C'est à lui que le château appartient lorsqu'est établi le plan cadastral de 1834. La cour y apparaît presque totalement fermée, le logis étant relié aux communs. Le quadrilatère est interrompu à l'ouest, là où sont par ailleurs mentionnés un plan d'eau et un jardin entouré d'un fossé en eau, et au sud-est, comme aujourd'hui. Le plan mentionne par ailleurs les deux pigeonniers aux angles des communs et la tour carrée qui flanque la façade sud-est du château.En 1862, le château est acquis par Charles-Henri de Pont (1830-1898) et son épouse, Blanche de Saint-Légier d'Orignac. Ils décident aussitôt de réaménager le logis, et font appel à l'architecte bordelais Gustave Alaux (1816-1882). Ce dernier est connu pour avoir restauré ou reconstruit de nombreuses églises, autour de Bordeaux notamment, et plusieurs châteaux, par exemple celui de Lagrange, à Blaye (Gironde), celui de Saint-Bernard, à Touverac (Charente), ou encore celui de Saint-Maigrin (Charente-Maritime). Il oeuvre à la même époque au clocher de l'église de Mortagne-sur-Gironde et à la chapelle du séminaire de Montlieu-la-Garde dont le supérieur, l'abbé Augustin Rainguet est originaire de Saint-Fort. C'est peut-être aussi à lui que l'on doit la construction de la tour des moulins de Poupot, près des Salles. Gustave Alaux remanie l'ancien logis des Salles en lui donnant un aspect néo-médiéval très à la mode à l'époque. Il conserve les douves sèches, remanie la tour carrée sur la façade sud-est, et ajoute deux tours sur la façade postérieure, au nord-ouest. Un nouveau décor intérieur est également créé (boiseries, cheminées, parquets, plafonds). A l'extérieur, le parc est replanté, de même qu'une bambouseraie, à l'ouest du château. Le 23 juin 1864, le nouveau château est béni par le curé de Saint-Fort, en présence des principales familles nobles et notables de la région. Le 7 février 1871, le curé revient pour bénir cette fois-ci la chapelle, déclarée oratoire public par décision épiscopale. Le 1er mars suivant, l'évêque de La Rochelle vient sur place, passe la nuit au château, célèbre la messe dans la chapelle et prononce une allocution devant l'assistance (dont la noblesse des environs, les édiles municipales locales et l'abbé Rainguet) et un piquet de gardes nationaux, avant que ne soit servi un grand déjeuner.D'autres travaux sont réalisés sur le logis à la fin du 19e siècle et au début du 20e, sous la conduite de Blanche de Saint-Légier, veuve en 1898, et de son fils, l'abbé Henri de Pont, demeurant à Toulouse. Située à l'extrémité sud-ouest du soubassement, la chapelle privée est déplacée dans une nouvelle extension en rez-de-chaussée pratiquée dans le prolongement nord du château (aujourd'hui une cuisine). Au cours du 20e siècle, le domaine change de propriétaire à plusieurs reprises. Encore détenu par l'abbé de Pont en 1920, il appartient dans les années 1930 à la famille Loget et accueille en 1940 des réfugiés venus du Nord-Est de la France. En 1959, le château, à l'état de ruine, est racheté par la famille Couillaud qui entreprend de le restaurer et qui en est toujours propriétaire. La tempête de décembre 1999 endommage le parc. Le château abrite aujourd'hui des chambres d'hôtes.

Description

Le château des Salles comprend principalement plusieurs bâtiments réparties autour d'une cour : le logis au nord-ouest et deux ensembles de communs formant chacun un L au sud et à l'est. Au sud-est se trouve un bâtiment agricole (hangar, écurie, étable) et, au nord-est, un toit à volailles auquel est adossé un appentis ou "ballet". Au nord du logis s'étend un grand parc arboré.Chacune des deux ailes de communs est flanquée vers l'extérieur d'un pigeonnier de plan circulaire, coiffé d'un toit en poivrière. L'aile est des communs abrite d'anciennes écuries et présente à son extrémité nord les traces d'une ancienne porte cochère. L'autre aile des communs se décompose en deux parties. La partie sud-est, transformée en habitation, a dû servir de buanderie (il reste l'emplacement d'une ponne à lessive). La partie ouest se dinstigue par ses rangées de petites ouvertures carrées, sur deux niveaux, interrompues au rez-de-chaussée par une porte en arc surbaissé. Sur le côté droit, au nord-ouest, un escalier extérieur, couvert, donne accès au comble. Cette dépendance constitue probablement les chais décrits lors de la vente des Salles comme bien national en 1794.Le logis comprend un corps principal, environné de douves sèches. Il est couvert d'un toit à longs pans en tuiles plates, avec pignons découverts, et au-dessus duquel s'élèvent des souches de cheminées de section ronde. La façade principale du logis, au sud-est, présente quatre travées d'ouvertures, chacune incluant au niveau du comble une lucarne en chien-assis et à fronton triangulaire. Les fenêtres possèdent un linteau en arc segmentaire, surmonté, pour celles de l'étage, par un larmier. A cela s'ajoute la porte, accessible par un petit pont qui enjambe les douves, et surmontée par une fausse-bretèche. A droite de la porte s'élève la tour carrée dans laquelle prend place l'escalier intérieur qui dessert l'étage et le comble. Comprenant au total cinq niveaux, cette tour se termine par un machicoulis couvert, sous un toit en pavillon et à égoût retroussé.Cette tour est identique à celle qui a été ajoutée au 19e siècle dans l'angle ouest du logis. La troisième tour, flanquée au centre de la façade postérieure du logis, au nord-ouest, est, quant à elle, bien différente. Elle présente en effet cinq pans et est coiffée d'un toit également polygonal, à égoût retroussé. La séparation entre ses différents niveaux est marquée par des bandeaux moulurés. De part et d'autre, la façade présente, comme de l'autre côté, quatre travées d'ouvertures, aux caractéristiques identiques à celles de la façade antérieure.A l'intérieur, les pièces se répartissaient entre les différents niveaux selon leurs usages : pièces de service dans le soubassement, pièces à vivre et de réception dans le rez-de-chaussée surélevé, chambres à l'étage, chambres de domestiques dans le comble. Dans le soubassement, on observe les traces d'un arc et d'un escalier, une porte en plein cintre, des ouvertures ébrasées et un potager en pierre. Au rez-de-chaussée, le petit pont et la porte donnent accès à un corridor ouvrant sur une salle à droite, un grand salon à gauche, précédant un petit salon. Dans le grand salon se trouvent une cheminée, un parquet et des poutres à la française. Placé dans la tour polygnale, l'escalier donne accès à l'étage puis au comble où les chambres sont à chaque fois desservies par un couloir côté nord-ouest.

Précisions sur le décor

Le décor sculpté du logis se limite aux motifs trilobés qui ornent le fronton des lucarnes et les faux chemins de ronde des deux tours carrées. A l'extrémité sud-ouest du soubassement, là où se trouvait la chapelle privée jusqu'au début du 20e siècle, on décèle les traces d'un décor peint (arcade à fond bleu, imitation de pierres de taille jaunes à joints rouges). Dans la tour d'escalier, au-dessus de la porte qui donne accès à l'étage, se trouve une peinture sur bois représentant une chasse à courre.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Charente-Maritime. 3P 3358 à 3368. 1834-1966 : état de section et matrices cadastrales. Archives départementales de Charente-Maritime. 3P 4918. 1834 : plan cadastral de Saint-Fort-sur-Gironde.
Archives départementales de la Charente-Maritime. Q 84. 1794, 20 mai (1er prairial an 2) : procès-verbal d'estimation du château des Salles, saisi contre l'émigré Cumont.
Archives départementales de la Charente-Maritime. Q 91. 1794, 12 octobre (21 vendémiaire an 3) : procès-verbal d'adjudication des biens de l'émigré de Cumont, dont le château des Salles.
Archives municipales de Saint-Fort-sur-Gironde. Audebert, Emmanuel. Saint-Fort-sur-Gironde. Exploration en raccourci d'archives et de documents manuscrits municipaux et paroissiaux, ayant servi de preuves et d'informations, entre 1562 et 1885, document tapuscrit, 1979, 62 p. P. 43 et 46
Renseignements fournis par M. et Mme Jean Couillaud et Mme Sylvie Couillaud, propriétaires du château des Salles.

● Bibliographie

Chasseboeuf, Frédéric. Châteaux, manoirs et logis : la Charente-Maritime. Prahecq : Patrimoines et Médias, 2008.
Site internet www.chateaudessalles.com.

● Annexe 1 :

Procès-verbal d'estimation du château des Salles par Christophe Macaire, commissaire nommé par le directoire du district de Pons, 20 mai 1794 (1er prairial an 2) (Archives départementales de Charente-Maritime, Q 84) :
"La maison des Salles est composée d'une cuisine avec ses servitudes et à côté une salle à manger. Ces pièces sont au-dessous du rez-de-chaussée mais très bien aérées et éclairées au moyen de fossés très larges, très bien murés et dans lesquels on descend par une rampe très douce. Le fond de ces fossés est un parterre qui est à peu près au niveau du rez des pièces ci-dessus citées. Au rez-de-chaussée est une très belle salle de compagnie, à côté de laquelle sont deux chambres à coucher. De l'autre côté est un escalier et plus loin un très bel appartement. Le premier étage est composé de deux appartements.
Les servitudes qui entourent la cour sont très commodes. D'un côté sont les granges à fourrages, étable à boeufs, écurie, remises, chai à bois, latrines, etc. De l'autre côté sont les cuviers, chai à vin blanc, brûlerie, chai à eau-de-vie, chai à vin rouge, etc. Plus loin sont les toits à poules, à dindes, à cochons, etc.
On arrive à la dite maison par une allée d'ormeaux et marronniers d'Inde qui traverse un pré de la contenance de huit journaux vingt huit carreaux. Le jardin potager qui joint la dite maison au nord contient deux journaux cinq carreaux, et le champs fruitier qui est à côté du dit jardin trois journaux quarante huit carreaux.
De l'autre côté et joignant la dite maison au midi et au couchant, est un bois dont la coupe a environ trente ans et dans lequel il y a beaucoup de beaux arbres. Il contient quatorze journaux soixante et dix carreaux. A gauche du susdit pré ou au midi d'icelui est une vigne de la contenance de quatre journaux, compris une allée qui la sépare des dits bois.
Au couchant des dits bois, chemin entre deux, est un plan de vigne de la contenance de vingt un journaux. Tous les objets ci-dessus réunis contiennent en total cinquante trois journaux et demi. Ils composent le premier lot estimé vingt mille livres".
Le second lot comprend "une pièce de terre dans laquelle sont édifiés les bâtiments de la métairie. Ces bâtiments consistent en un corps qui contient deux chambres toute neuves. De l'autre côté de la cour est la grange pour serrer les fourrages et loger le bétail. Il y a dans cette pièce deux journaux de vigne et deux journaux de prés. Le reste est en terres labourables. Elle contient en son total seize journaux et demi (...)".

● Annexe 2 :

Procès-verbal d'adjudication des biens de l'émigré de Cumont, 12 octobre 1794 (21 vendémiaire an 3) (Archives départementales de Charente-Maritime, Q 91) :
"Une maison appelée les Salles, à Fort-Maubert [nom donné à la commune sous la Révolution], composée de plusieurs chambres hautes et basses, une cuisine grande et commode, un salon, et plusieurs autres servitudes, une très belle cour bien murée, un jardin potager, un champ fruitier qui est à côté. On arrive à la dite maison par une allée d'ormeaux et maroniers d'Inde qui traverse un pré, un bois de haute futaie y joignant et dont la course a environ trente ans, une vigne à côté du bois". Le tout est adjugé au citoyen Michel Bouju, de Saintes, pour 90.000 livres.
"Une pièce de terre dans laquelle sont édifiés les bâtiments de la Métairie [actuellement le Maine] qui consistent en deux chambres toute neuves. De l'autre côté de la cour est la grange pour serrer le fourrage et serrer le bétail". La pièce contient deux journaux de vigne et deux de prés. Elle confronte du midi au grand chemin, du couchant au chemin de Fort au village des Chevailliers. Elle est adjugé au citoyen Daniel Coureau, de Fort Maubert.
consulter au centre régional de documentation du patrimoine de Poitou-Charentes