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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'estuaire de la Gironde :
les éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Mortagne-sur-Gironde / le Bourg
Église paroissiale Saint-Etienne

photographie du dossier documentaire, voir légende
L'église vue depuis l'ouest. © Région Poitou-Charentes / Y. Suire, 2011.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2011.

Historique

Les parties les plus anciennes de l'église, d'époque romane, semblent dater du 12e siècle : il s'agit des élévations latérales des murs de la nef, avec leurs baies en plein cintre, de la partie basse des murs du transept, des colonnes à chapiteaux sculptés à l'intérieur du transept (notamment dans le bras nord), ainsi que de l'absidiole sud (il devait en exister une autre au nord, à l'emplacement actuel de la sacristie où l'on peut observer un chapiteau roman). La présence de colonnes massives à la croisée du transept laisse penser qu'un clocher roman a pu s'élever à cet emplacement.

L'église a ensuite fait l'objet de reprises à l'époque gothique (13e ou 14e siècle), notamment au niveau des parties hautes du transept. Il reste en effet de cette époque, notamment, sur l'élévation sud du bras sud du transept, les piédroits d'une ancienne baie haute et large, depuis lors partiellement murée et dans laquelle s'inscrit la baie en plein cintre actuelle. Un nouvelle voûte, en ogives, a été édifiée : il en reste les vestiges au-dessus de la voûte actuelle. Cette voûte retombait sur des chapiteaux sculptés encore visibles dans le bras sud du transept (certains de ces chapiteaux, avec un décor feuillagé et perlé, semblent cependant plus anciens, peut-être de la fin du 12e siècle ou du début du 13e, tout en ayant fait l'objet de reprises par la suite). Il est possible enfin qu'à l'époque gothique, le clocher roman qui pouvait s'élever à la croisée du transept, ait fait place à un clocher carré au-dessus du bras sud du transept, connu par un plan de 1852. Construit sur deux niveaux, et présentant des baies en arc brisé, d'autres en plein cintre, le clocher était accessible par l'escalier hélicoïdal qui existe toujours. Il était soutenu par les deux contreforts plats massifs qui marquent aujourd'hui encore les angles du bras sud du transept.

L'essentiel de la voûte d'ogives ainsi que l'absidiole nord ont dû disparaître à la suite des guerres de Cent ans et de Religion, et la partie haute du bras nord du transept a été arrasée (des traces d'incendie sont visibles à l'extérieur). L'église a été en partie reconstruite au 17e siècle, notamment le chevet plat. Une nouvelle fausse-voûte ou plafond en bois, suspendue à la charpente, a été réalisée. Seul le bras sud du transept a alors conservé sa voûte d'ogives, avec la tour de clocher carrée au-dessus (comme le montre le plan de 1852). La niche ornée d'une coquille, visible en hauteur sur le mur sud du bras sud du transept, semble aussi dater de cette époque. La façade ouest a dû également être reprise au 17e siècle. Connue par le plan de 1852, elle était encadrée par deux contreforts flanqués de colonnes à chapiteaux sculptés, et elle était surmontée d'une croix au faîte ; elle était en outre percée d'une travée d'ouvertures centrale comprenant une porte en anse de panier, une baie ronde au-dessus, et enfin une petite baie en arc brisé. Au cours des 17e et 18e siècles, plusieurs personnalités de la paroisse, religieuses ou laïques, ont été inhumées dans l'église, par exemple Jean des Bas, prieur de Saint-Etienne de Mortagne, le 27 mai 1695, ou encore Pierre Grenier, seigneur de la Sauzaie, le 18 février 1708.

L'église apparaît sur le plan cadastral de 1832. Sa nef est alors plus courte qu'aujourd'hui, n'atteignant pas l'angle du presbytère. En 1852, l'église s'avérant trop petite et le clocher menaçant de s'écrouler, la municipalité décide de procéder à d'importants travaux. Le projet est confié dans un premier temps à M. Broussard, conducteur des Ponts et Chaussées (qui établit le plan dont il a été question ci-dessus). Il prévoit d'abattre l'ancien clocher, au-dessus du bras sud du transept, et d'arraser ce dernier en tronquant l'ancienne baie gothique sud. Broussard propose par ailleurs de supprimer la façade ouest (dont l'élévation latérale apparaît sur le plan, avec deux contreforts, des colonnes à chapiteaux et une croix au faîte), de prolonger la nef vers l'ouest, avec une tribune, et d'accoler contre la nouvelle façade ouest un nouveau clocher. De style gothique, ce clocher et sa flèche seraient suffisamment élevés pour pouvoir servir d'amer aux navigateurs circulant sur l'estuaire de la Gironde. L'extrémité droite du presbytère disparaîtrait sous la nouvelle construction.

Le projet de Broussard est désapprouvé par l'architecte diocésain dans un rapport du 18 juillet 1853. Il lui reproche sa disproportion et le décalage artistique de son style gothique fleuri. Le conseil municipal fait alors appel à Gustave Alaux, architecte à Bordeaux, qui remet son projet en décembre 1856. Celui-ci prévoit un agrandissement moins important de la nef, jusqu'à l'angle du presbytère, ce qui évitera d'en détruire une partie. Un clocher-porche, plus sobre et plus élancé que dans le projet précédent, sera élevé à l'ouest. La pierre de taille sera prise à Touvent et, pour la partie haute de l'édifice, à Bourg-sur-Gironde et Billerides (Gémozac). Quant au vieux clocher, il sera abattu. Comme le prévoyait déjà Broussard, le bras sud du transept sera arrasé et sa voûte d'ogives remplacée par une voûte en bois identique à celles du reste de l'église.

Le 31 mars 1859, les travaux de maçonnerie sont adjugés à Laurent Dejean aîné, entrepreneur à Pauillac en Gironde, et la réalisation du décor sculpté est confiée à Aristide Belloc, sculpteur à Bordeaux (auteur, entre autres, de décorations pour le Grand Théâtre de Bordeaux). En juillet 1859, la base des murs de la nef et du clocher sort de terre. Les travaux se poursuivent en 1860 et 1861, avec une augmentation de la hauteur de la flèche et la réalisation dun beffroi en chêne pour les cloches. Le chantier est toutefois entaché de malfaçons et la pierre, de mauvaise qualité, se délite rapidement. Dès 1872, la flèche doit être restaurée par Eutrope Perrinaud, entrepreneur à Saintes, sur les plans de l'architecte Aimé Bonnet, de Saint-Jean-d'Angély (ce dernier construira plus tard la mairie-école et le bureau de Poste de Mortagne).

En 1887, constatant le mauvais état de la fausse voûte en bois, le conseil municipal décide de la refaire. Il fait appel à l'architecte bordelais Lamy qui envisage de mettre en oeuvre un "travail spécial" et novateur : il s'agit en effet de réaliser une des premières voûtes en béton armé de France (une douzaine d'années avant celle de l'église Saint-Jean-Baptiste de Montmartre). En juillet 1889, les matériaux arrivent dans le port de Mortagne. La construction de la voûte est achevée en 1890. En 1920, la couverture de l'église est refaite par le couvreur mortagnais Arrivé. Une horloge est acquise auprès de Léon Delorme, horloger à Lyon. Dans la nuit du 22 au 23 février 1935, une violente tempête emporte le couronnement et la croix de la flèche du clocher. Les réparations ensuite réalisées sont dirigées par l'architecte bordelais Lamy.

Description

L'église, placée sous le vocable de saint Etienne, est située dans la partie nord-est du bourg, à l'extrémité de la rue principale qui la relie à l'ancien château puis au port. L'église, construite pour l'essentiel en pierre de taille, présente un plan en croix latine, avec un clocher-porche, une nef unique, un transept, une absidiole sur le bras sud de ce transept (celle du bras nord a été remplacée par la sacristie), et un chevet plat. Le clocher-porche, flanqué d'une tourelle d'escalier, comprend trois niveaux. Les deux premiers sont soutenus par des contreforts. Le porche, au rez-de-chaussée, ouvre par trois arcades en plein cintre, retombant sur des colonnettes. Le troisième niveau, où se trouvent les cloches, est percé de baies jumelles dont les arcs en plein cintre retombent aussi sur des colonnettes, sous un tympan qui supporte un cadran d'horloge. La flèche, en pierre de taille, présente quatre lucarnes dont le fronton triangulaire est soutenu par des colonnettes, elles-mêmes placées sur des culots.

Le reste de l'église est couvert d'un toit à longs pans et en tuile creuse. Les murs de la nef sont percés de baies en plein cintre, et sont soutenus par des contreforts carrés. Les deux bras du transept sont eux aussi percés d'une baie en plein cintre chacun. Deux autres contreforts, massifs, marquent les angles du bras sud du transept, dont l'élévation sud porte les traces de l'arrasement de l'église après les guerres de Cent ans ou de Religion. La même élévation présente en hauteur une niche qui devait abriter une statue et sous laquelle prend place un écusson qui a été martelé. L'absidiole, éclairée également par une baie en plein cintre, présente sur son axe la partie inférieure d'une colonne engagée. Deux baies en plein cintre éclairent le choeur. Le chevet plat s'élargit vers la base. Il est en grande partie construit en moellon.

On pénètre à l'intérieur de l'église en passant sous le clocher-porche puis sous une tribune en bois. La nef unique, à trois travées, s'étire sous une voûte d'arêtes en béton armé. Les travées sont séparées par des arcs doubleaux en anse de panier. Le choeur, à une travée, présente également une voûte d'arêtes, en bois. Les angles de la croisée du transept sont encore marqués par d'anciennes colonnes dont la partie haute est noyée dans la voûte. Chaque bras du transept possède aussi une voûte d'arêtes en bois qui retombe cette fois sur des colonnes engagées, avec des chapiteaux sculptés médiévaux. Dans le bras sud, ces colonnes sont jumelées voire triplées et supportent les vestiges de l'ancienne voûte d'ogives arasée après les guerres de Cent ans ou de Religion. Ces vestiges sont particulièrement visibles au-dessus de la voûte actuelle. On y accède par un escalier hélicoïdal, sans doute un ancien escalier de clocher, placé dans la tour-contrefort qui flanque le mur ouest du bras de transept. L'absidiole, couverte d'une voûte en pierre en cul-de-four, s'ouvre par un arc brisé, avec sommiers saillants et un écusson muet au faîte. Un arc doubleau, également brisé, retombe sur deux colonnes engagées dont les chapiteaux prolongent une corniche.

Précisions sur le décor

La clé de voûte du porche sous le clocher est ornée d'une règle et d'un compas (instruments de l'architecte), sous un phylactère portant la date de construction du clocher. Les culots qui soutiennent les colonnettes des lucarnes du clocher, sont sculptés

Inscriptions

Sur la clé de voûte du porche, sous le clocher : "Gustave Alaux architecte" et la date 1860. Sur la clé de voûte du premier étage du clocher, à l'intérieur : "1860 - Laurent Dejean entrepreneur / Pierre Marie Lambert curé / François Pitaud maire".

Documentation

● Archives

Archives départementales de Charente-Maritime, E dépôt 20/265, 2M 1. 1852, 30 septembre : plans du projet d'agrandissement de l'église paroissiale de Mortagne-sur-Gironde, de construction d'un clocher et de réparations dans la maison curiale par M. Broussard, conducteur des Ponts et Chaussées.
Archives départementales de Charente-Maritime, E dépôt 20/265, 2M 1. 1856 : plan du projet de construction d'un clocher à l'église de Mortagne-sur-Gironde, par Gustave Alaux.
Archives départementales de Charente-Maritime, E dépôt 20/265, 2M 1. 1852-1889 : église de Mortagne-sur-Gironde, agrandissement et construction du clocher.
Archives départementales de Charente-Maritime, 2 O 1192. 1853-1935 : église de Mortagne-sur-Gironde, agrandissement, restauration, travaux.

● Bibliographie

Dossier documentaire concernant l'église de Mortagne-sur-Gironde, Conservation régionale des Monuments Historiques, Direction régionale des affaires culturelles de Poitou-Charentes.
Connoué, Charles. Les églises de Saintonge. Saintes : Delavaud, 1952-1961, t. 1, p. 173 ; t. 2, p. 73 : 2 ill.
Crozet, René. L'art roman en Saintonge. Paris : Picard, 1971, p. 75, 123.
Crozet, René. Mortagne-sur-Gironde (Charente-Maritime). Dictionnaire des églises de France. Paris : Laffont, 1967, t. IIIc, p. 109-110.
Jouan, Eutrope. Communication à la séance du 28 avril 1910. Recueil de la Commission des Arts de la Charente-Inférieure, t. 18, 1908-1912, p. 222.
Jouan, Eutrope. Notice sur Mortagne. Recueil de la Commission des Arts de la Charente-Inférieure, t. 10, 1891, p. 92.
Poirier, abbé Louis. L'ermitage monolithe de saint Martial à Mortagne-sur-Gironde, Charente-Inférieure, fondé au 2e siècle, 1931, 39 p. P. 4-7
consulter au centre régional de documentation du patrimoine de Poitou-Charentes