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L'architecture de l'industrie en Poitou-Charentes

L'architecture de l'industrie est ici celle des usines, ensembles de bâtiments construits pour abriter une activité industrielle : ateliers de production, entrepôts, magasins de stockage et de conditionnement, bureaux, locaux sociaux, logements d'ouvriers, de contremaîtres ou patronaux… Ainsi, les bâtiments sans usage industriel, comme les gares, les halles et les ouvrages d'art, ne sont pas pris en compte, même si ces constructions sont nées de techniques et matériaux industriels.

L'architecture des usines en Poitou-Charentes est marquée par les trois principaux caractères de l'industrie régionale. Le premier est l'importance du secteur agroalimentaire, largement majoritaire ; la plupart des activités de ce secteur génèrent une multitude d'établissements familiaux, généralement des constructions modestes dans leurs formes et leurs matériaux. Le deuxième est le dynamisme de deux activités de ce même secteur, la distillerie d'eau-de-vie de cognac et la laiterie, ainsi que le développement de la papeterie, qui produisent des formes architecturales spécifiques et des constructions de grande qualité. Enfin, le troisième est son développement tardif, à la fin du XIXe siècle, ce qui explique le nombre réduit d'usines antérieures à cette période.

Cette architecture est également liée à l'évolution des activités industrielles et à la rationalisation de l'espace. Le plus souvent, les usines se constituent au fil du temps par l'ajout de bâtiments successifs et d'agrandissements, nécessaires à une plus grande productivité et à une meilleure organisation du travail. Quelques usines seulement sont conçues selon des programmes architecturaux établis par des ingénieurs ou architectes. La construction des usines fait par ailleurs assez tôt appel aux nouveaux matériaux industriels, comme le métal et le béton.

Les premières usines : une architecture civile

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Usine à papier de Forge à Mouthiers-sur-Boëme (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1988

L'architecture industrielle reste longtemps proche de l'architecture civile, dans ses formes et ses matériaux.
Les bâtiments des forges des XVIe et XVIIe siècles ou des premières distilleries et laiteries des années 1890 ressemblent à ceux des fermes voisines. Les rares constructions d'usines en ville, comme les bonneteries, s'apparentent souvent à des immeubles d'habitation.
L'architecture des quelques établissements royaux se réfère quant à elle à des modèles civils de prestige pour affirmer la puissance du pouvoir central. Dans l'arsenal de Rochefort, la corderie royale, ouverte en 1670, est un bâtiment qui possède les caractères ostentatoires des palais royaux contemporains : très vastes dimensions, composition symétrique, qualité de mise en œuvre, façades rythmées et hautes toitures à pans brisés. La Fonderie de Ruelle, édifiée à la fin du XVIIIe siècle, et la Manufacture d'armes de Châtellerault, fondée en 1819, se réfèrent par leur ampleur et leur symétrie à la grande architecture classique.

Certaines activités génèrent cependant des bâtiments aux caractères spécifiques, qui les rendent distincts des constructions civiles et aisément identifiables. Les séchoirs en sont un exemple : ceux des papeteries (les étendoirs) et des chamoiseries, souvent situés à l'étage, ont des abat-vent qui protègent de la pluie tout en permettant une bonne ventilation ; ceux des tuileries-briqueteries, en rez-de-chaussée, possèdent un grand toit descendant presque au niveau du sol ; les hâloirs des fromageries sont aérés par de nombreuses fenêtres étroites… Les usines dont les activités nécessitent cuisson ou combustion se caractérisent par leurs fours, souvent monumentaux : grosses forges, usines de chaux, tuileries-briqueteries…

Une architecture fonctionnelle

Photographie - Légende ci-dessous
Usine de construction mécanique Marot à Niort (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / W. van Riesen, 1990

L'architecture industrielle est avant tout fonctionnelle. L'usine répond aux besoins de l'activité qu'elle abrite ; l'évolution technologique, liée principalement à l'énergie et aux modes de fabrication, en fait un lieu de mutations permanentes.

Dans les années 1820, les premiers établissements textiles sont de grands bâtiments à plusieurs étages. Tributaires de la seule énergie hydraulique, ils organisent leurs ateliers sur plusieurs niveaux de façon à distribuer la force motrice dans chacun d'eux, comme à Saint-Maixent, Châtillon-sur-Thouet ou Largeasse, et cela en se référant au modèle de filature répandu en Angleterre depuis la fin du XVIIIesiècle.

L'utilisation généralisée de l'énergie thermique à la fin du XIXe siècle permet une autre disposition des ateliers, qui peuvent alors s'organiser sur un même niveau. L'agencement sur plusieurs étages reste cependant utilisé dans certains secteurs d'activité pour faciliter le passage des produits d'une machine à l'autre, de façon quasi-automatique, grâce à la gravité. Il en est ainsi dans les laiteries, les distilleries et les minoteries, lesquelles possèdent toujours de trois ou quatre étages.


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Usine de construction aéronautique SCAN à La Rochelle (Charente-Maritime), en 1954 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Henrard

Dans les années 1920-1940, la diversification des productions entraîne la transformation de nombreuses usines. Des constructions sont juxtaposées aux anciennes et abritent de nouveaux ateliers spécialisés, dans les laiteries par exemple : atelier de caséine en rez-de-chaussée couvert d'un toit à lanterneau et atelier de poudre de lait très haut et étroit. Cette expansion des sites se poursuit dans les années 1940 avec l'installation des différents services (bureau, réfectoire, infirmerie, laboratoire, entretien mécanique…) et ateliers dans des bâtiments séparés, comme dans l'usine de contreplaqué bâtie en 1946 à Poursay-Garnaud.

La recherche constante d'une plus grande productivité s'accompagne, dans les années 1950-1960, d'une rationalisation de l'espace, qui aboutit à la conception de l'usine-halle. L'ensemble des ateliers de production et des services sont désormais réunis dans un unique volume. L'usine SCAN (Société de construction aéronautique), édifiée en 1946 par l'architecte Georges Letélié, à Port-Neuf à La Rochelle, en représente le prototype. Cette forme est devenue l'unique modèle des usines bâties depuis 50 ans ; elle permet de changer les machines, les chaînes de production, voire l'activité, sans transformation de la structure du bâtiment.

La laiterie : un modèle inédit

Carte postale ancienne - Légende ci-dessousLaiterie à Ménigoute (Deux-Sèvres), dans les années 1930 © Carte postale – Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2002

L'activité laitière a suscité une importante réflexion sur l'architecture, favorisée par l'organisation originale du secteur en coopératives dans la région. L'association qui les regroupe, Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou est fondée en 1893 et s'investit aussitôt dans l'étude d'un modèle de plan fonctionnel pour les laiteries.

Cette étude est conduite par l'inspecteur des laiteries coopératives, avec la participation d'architectes des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime. Elle est destinée à améliorer l'hygiène et la productivité des établissements ; elle concerne surtout la distribution des différentes salles et leur orientation, mais aussi la facilité de surveillance, depuis le bureau du directeur, du quai de réception et de la beurrerie. Ainsi, durant plus d'une dizaine d'années, chaque construction nouvelle de laiterie coopérative participe à l'élaboration du programme type.

Cette organisation rationnelle et novatrice s'accompagne de l'utilisation d'un vocabulaire architectural commun aux constructions contemporaines marquantes : édifices publics et demeures privées de villégiature.

À partir de 1905, un modèle de référence, qui se caractérise par une composition en U sur un terrain légèrement en pente, s'impose. Relayé par les publications spécialisées, il est par la suite largement suivi par les laiteries des autres régions de France.

La recherche de la lumière

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Sheds de l'usine Leroy-Somer à Angoulême (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1989

Jusqu'aux années 1920, l'évolution de l'architecture industrielle est liée à la recherche de la lumière naturelle, en l'absence d'éclairage artificiel efficace ; la plupart des tâches industrielles nécessitent en effet d'être bien éclairées.

Les premières filatures possèdent ainsi de nombreuses et grandes fenêtres, à une époque où n'existe que l'éclairage des lampes à huile ou au gaz.
Par la suite, les grandes halles, construites pour abriter l'ensemble des ateliers sur un même niveau, exigent un nouvel éclairage, de type zénithal. Des lanterneaux coiffent alors le toit de certains bâtiments industriels, qui demandent, outre la lumière, une ventilation, comme les ateliers métallurgiques, les chaufferies… À la même époque, on retrouve des lanterneaux dans d'autres bâtiments utilitaires, tels les marchés couverts et les gares. L'utilisation de ce type de toit se poursuit tout au long du XXe siècle, comme dans les caséineries.

Dans d'autres secteurs d'activité, on recourt au toit en shed, forme née en Angleterre dans les années 1820. Cette forme de toit, devenue, avec la cheminée, emblématique de l'usine, a l'avantage d'offrir un éclairage régulier des ateliers grâce à une succession de petits toits à pans asymétriques dont la partie verticale est vitrée et généralement orientée au nord. Elle est utilisée dans la région à la Manufacture d'armes de Châtellerault dans les années 1880. Son emploi se généralise ensuite dans les usines nécessitant de grands espaces. Elle est le plus souvent associée à une charpente métallique ; quelques exemples en bois se trouvent toutefois dans les ateliers les plus modestes, comme l'entreprise de matériel d'imprimerie Dubois et Maupetit à Bressuire, édifiée en 1899 ; il existe d'autres exemples en béton à partir des années 1930-1940, comme l'atelier des alternateurs dans l'usine Leroy-Somer à Angoulême.

L'utilisation de nouveaux matériaux

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Manufacture d'armes de Châtellerault (Vienne) - Dessin pour le projet d'un atelier à structure métallique, 1884 © C. A. A. (Centre des archives de l'armement) - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994

L'architecture industrielle est particulièrement liée à l'évolution des matériaux et des techniques constructives adaptées. Les nouveaux matériaux - ou leur nouvelle utilisation - comme le métal et le béton armé, vont notamment permettre la création de formes architecturales nouvelles.

Jusque dans les années 1930, la plupart des usines, notamment les plus modestes, sont construites avec les techniques et les matériaux traditionnels : moellon pour les murs, bois pour les charpentes, tuile creuse ou mécanique pour les toits. La pierre de taille est rarement utilisée, sauf en Charente et dans le nord de la Vienne. Les nouveaux matériaux apparaissent tardivement dans la construction de ces petites usines. Seuls les sites les plus importants ont recours au métal au cours du XIXe siècle et au béton armé au début du XXe siècle.

Le métal, utilisé depuis le Moyen Âge pour renforcer les maçonneries des grands bâtiments comme les cathédrales, se prête particulièrement bien à la production industrielle. Son emploi se généralise, au cours du XIXe siècle, dans tous les programmes exigeant de grands volumes libres, à l'exception des usines d'engrais en raison des produits corrosifs utilisés.

La première usine à se doter d'une charpente métallique est la brasserie des Mâts à Saulgé, en 1858. Les premières structures métalliques, comme dans les foreries de la Fonderie de Ruelle, édifiées à partir de 1868, sont masquées par des murs de pierre qui donnent aux façades un aspect traditionnel. À la Manufacture de Châtellerault, les sheds, construits dans les années 1880, sont en métal. Les grandes usines métallurgiques font systématiquement appel au métal, dès la fin du XIXe siècle, pour la construction de leurs ateliers. À partir du XIXe siècle, des entreprises se spécialisent dans la construction métallique : l'usine Mongruel à Jaunay-Clan, la fonderie Lemaire à Niort (elle fournit les poteaux en fonte pour la râperie de betterave à Celles-sur-Belle), les Ateliers de la Chaînette à Parthenay (ils édifient de nombreux ateliers à structure métallique à partir de 1923)…


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Abattoir à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), lors de sa construction en 1913 © A. D. Vienne - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1995

C'est la technique du béton armé, découverte par l'ingénieur François Hennebique dans les années 1880, qui permet au béton, inventé trente ans plus tôt, de devenir le matériau privilégié des grandes constructions industrielles. Naît ainsi, au début du XXe siècle, un modèle d'usine à ossature de béton et parois de verre, utilisé encore aujourd'hui. Dans les années 1930, le béton précontraint, inventé par Eugène Freyssinet (en 1928), contribue à l'apparition de formes nouvelles.

Les premières réalisations en béton armé appliqué à l'industrie dans la région remontent au début du XXe siècle, dans l'usine à papier de Papault à Iteuil (1907) et les deux abattoirs de Chasseneuil-sur-Bonnieure (1910) et Chasseneuil-du-Poitou (1914).

Les programmes novateurs des quatre usines hydroélectriques bâties à partir de 1920 font appel à ce matériau. La commande émane de la Société des forces motrices de la Vienne qui, fondée en 1914, sera intégrée à E.D.F. (Électricité de France) en 1946. L'étude est réalisée par une agence parisienne, la Société d'application du béton armé, qui emploie le jeune architecte qu'est alors Charles-Édouard Jeanneret, plus connu sous le nom de Le Corbusier.

Programmes et courants architecturaux

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Usine à papier de Larochandry à Mouthiers-sur-Boëme (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / W. van Riesen, 1988

Seules les plus grandes entreprises de la région établissent un vrai programme architectural, susceptible d'intégrer les courants stylistiques contemporains. Les usines à papier de l'Angoumois et les grands moulins à l'anglaise, édifiés dans les années 1840-1850, empruntent à l'architecture néo-classique, alors en faveur, ses façades régulières percées de larges fenêtres en plein cintre, ses frontons-pignons éclairés par des oculus (petite ouverture de forme circulaire ou ovale).

Les usines des années 1900-1910, notamment les laiteries, ressemblent aux bâtiments publics contemporains, avec des toits à demi-croupes débordantes, des linteaux métalliques, des décors de brique ou de céramique. Le style Art nouveau est évoqué dans de rares exemples, comme l'enseigne en céramique de la laiterie de La Mothe-Saint-Héray.


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Usine d'engrais de la Cie du Phospho-Guano à La Rochelle (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

À partir des années 1920, l'emploi du béton armé se généralise. Il offre de grandes libertés de formes, notamment pour le voûtement de vastes ateliers, comme celui de mécanique de l' usine de la Cie du Phospho-Guano à La Rochelle vers 1925. Cette forme d'atelier devient d'ailleurs indissociable du programme architectural des usines des années 1930-1950.
Un autre modèle s'impose à la même époque, celui d'usines à ossature en béton, largement vitrées et couvertes de toits en terrasse.

La tendance fonctionnaliste, qui privilégie la structure et la fonction par rapport au traitement formel et décoratif, se poursuit après la Seconde Guerre mondiale dans les bâtiments Leroy-Somer à Angoulême par exemple. Le système constructif est mis en évidence : poteaux et poutres de béton sont laissés apparents avec des remplissages de brique pour le bâtiment des bureaux ou de moellon pour les ateliers.

Le décor, simple ou emblématique

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Usine de construction mécanique Cordebart à Angoulême (Charente) ornée d'un cartouche portant les initiales « CE », au-dessus de la date de construction 1881 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1990

Lorsque l'usine a fait l'objet d'une recherche esthétique, son décor est constitué d'éléments simples et marquants : moulurations des bandeaux, corniches et encadrements de baies, agrafes parfois. Quelques établissements ont toutefois un décor exceptionnel, comme la Fonderie de Ruelle, où la façade monumentale de l'ancienne halle de coulée, bâtie en 1760, présente chaînages à bossages, bandeaux moulurés, large fronton cintré orné d'emblèmes militaires, colonnes…

Dans certains secteurs d'activité, le décor permet de promouvoir l'entreprise, comme les distilleries d'eau-de-vie de cognac, aux façades ornementées et portant leurs devises et emblèmes. Le plus souvent, il sert à présenter l'activité, la date de création ou la raison sociale de l'établissement, grâce à des bas-reliefs représentant ceps de vigne, grappes de raisin, chaudron, baratte, etc.

Ingénieurs et architectes

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Manufacture d'armes de Châtellerault (Vienne) - Dessin pour le projet de construction d'ateliers mécaniques, par l'ingénieur Palansi, 1935 © C. A. A. (Centre des archives de l'armement) - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes

La plupart des usines sont édifiées par des entrepreneurs locaux, dont les noms sont le plus souvent inconnus. Quelques-unes sont cependant l'œuvre d'ingénieurs ou d'architectes.

Les trois programmes royaux de la région (arsenal de Rochefort à la fin du XVIIe siècle, Fonderie de Ruelle à la fin du XVIIIe siècle, Manufacture de Châtellerault au début du XIXe siècle) font appel aux plus grands architectes-ingénieurs du royaume, comme François Blondel pour la corderie de l'arsenal de Rochefort et Le Vau et Arnoul pour ses formes de radoub (cales sèches pour la construction et la réparation des navires).

D'autre part, la conception des usines privées, dont le programme est ambitieux, est confiée soit à un ingénieur soit à un architecte. Quelques noms d'architectes nous sont parvenus, mais peu de noms d'ingénieurs sont connus ; parmi eux, Auguste Stinville a conçu, en 1897, l'usine Phospho-Guano à La Rochelle. La majorité de ces ingénieurs et architectes travaille sur l'ensemble du territoire français et pas seulement pour l'industrie, comme l'architecte parisien Marcel Oudin, auteur d'un grand magasin à Paris en 1912 et qui conçoit les ateliers de conditionnement Hennessy Jas et Cie à Cognac en 1929. Certains d'entre eux sont très renommés : Paul Abadie père réalise, en 1839, les plans de l'atelier de fabrication de l'usine à papier du moulin de Beauvais à La Couronne (Charente) ; Charles-Édouard Jeanneret, qui ne s'appelle pas encore Le Corbusier, dessine l'avant-projet de la centrale hydroélectrique de Millac en 1917-1918 en tant qu'architecte-conseil de la Société d'application du béton armé à Paris. Des secteurs
particulièrement dynamiques, comme l'activité laitière, suscitent l'intérêt de certains architectes : l'architecte départemental des Deux-Sèvres, Paul Antoine Mongeaud, conçoit, entre 1896 et 1909, quatre laiteries (Saivres, Sainte-Ouenne, Saint-Varent et Échiré) ; les architectes Ch. Pavid et W. Barbey, de Cognac, interviennent dans plusieurs laiteries dans les années 1950.

Cheminées d'usines

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Cheminée de l'usine de colle Noireault à Niort (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 2001

Dès les années 1850, la cheminée d'usine est devenue emblématique de l'activité industrielle, par sa fonction essentielle, au cœur du dispositif de production, et sa hauteur, qui en fait un marqueur fort du paysage.

Dans les usines, la cheminée est un conduit relié soit au four (tuileries-briqueteries, usines de céramique, usines chimiques ou métallurgiques), soit à une chaudière qui produit l'énergie thermique, énergie utilisée à partir des années 1820.
Sa hauteur est définie pour assurer un bon tirage à la chaudière ; elle varie de 15 à 60 mètres. Sa forme est généralement circulaire - c'est le cas dans toutes les laiteries -, parfois quadrangulaire - surtout dans les briqueteries.

La construction des toutes premières cheminées d'usine de la région correspond au début de l'équipement en machine à vapeur, entre 1820 et 1830. Jusqu'aux années 1860, elles sont le plus souvent édifiées en pierre comme le reste de l'usine : pierre de taille pour plusieurs sites, comme la cheminée de 1851 de la filature de Saint-Maixent au fût octogonal couronné d'une corniche moulurée, ou moellon, comme celle de l'usine de préparation de crin à Usseau de 1854.


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Cheminée de l'usine à papier Laroche Joubert à Saint-Michel (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1988

La cheminée du moulin de Rouget à Châtillon-sur-Thouet, édifiée en 1847, est l'une des premières construites en brique. Au cours du quatrième quart du XIXe siècle, la brique devient le seul matériau utilisé, en raison notamment de la facilité de sa mise en œuvre.
Jusqu'à l'intervention d'entreprises spécialisées dans la construction de cheminées, la base cependant reste souvent, en partie ou en totalité, en pierre, dans la continuité des savoir-faire locaux.

Les matériaux nés de l'industrie font leur apparition dans les cheminées au début du XXe siècle : des briques de ciment réfractaire sont utilisées à la Compagnie royale asturienne des mines à Tonnay-Charente en 1915 ; le métal, facile à assembler, apparaît dès les années 1900 et se généralise dans la seconde moitié du XXe siècle.

Les bâtiments de stockage

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Silo de la minoterie coopérative de Courçon (Charente-Maritime), construit en 1953 par l'architecte A. Guillon © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

Les éléments de stockage nécessaires à l'activité industrielle (matières premières et produits finis) ont toujours fortement marqué les usines par leur taille. Ils évoluent avec l'augmentation de la productivité et les innovations techniques.

Les minoteries par exemple, qui entreposaient le grain dans une partie de leur bâtiment, construisent des unités de stockage indépendantes, rendues nécessaires par l'accroissement de leur production. Ainsi, un silo en pan de bois et bardage d'ardoise est bâti, en 1912, à la minoterie Gautier à La Jarrie ; il sera ultérieurement complété par d'autres silos métalliques. Certains silos sont monumentaux, comme celui construit en béton armé pour la minoterie à Courçon, en 1953. Les éléments de stockage de la farine suivent la même évolution, jusqu'à la construction de très grandes cellules extérieures, entièrement métalliques, comme celle de la minoterie Balbon, en 1990, à La Rochelle.


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Cuves de la laiterie et caséinerie de Surgères (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

Dans les distilleries d'eau-de-vie de cognac, les tonneaux de bois sont remplacés, depuis les années 1960, par des cuves extérieures en inox, pour toutes les opérations à l'exception du vieillissement du cognac. Des cuves semblables sont utilisées dans les laiteries, pour le stockage du lait. L'inox répond aux fortes contraintes en matière d'hygiène dans les usines agroalimentaires.

Dans les usines chimiques, les produits liquides corrosifs sont conservés dans des cuves en béton, dès les années 1920. On trouve l'emploi du béton à la même époque dans les châteaux d'eau construits pour le stockage de l'eau dans de nombreuses usines.

Les logements patronaux

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Le château de M. Guillet, propriétaire de la distillerie Rouyer-Guillet à Saintes (Charente-Maritime) - Revue L'architecture pour tous, 1886 © Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes

Près de la moitié des entrepreneurs se sont fait construire un logement au sein de leur site industriel. Le type de logement varie en fonction de l'activité, de la taille de l'entreprise et de la personnalité du propriétaire, allant de la maison modeste à la vaste demeure, voire au château ; ces logements sont parfois antérieurs à l'installation de l'activité, comme certains châteaux de forge ou d'usines à papier.

Dans les secteurs d'activités longtemps traditionnelles, comme l'industrie de la terre et la minoterie, les propriétaires des petits établissements se logent dans des maisons rurales ordinaires. Celles-ci sont bâties comme l'usine dont elles dépendent, avec des matériaux locaux jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, puis en béton.

En revanche, certaines activités plus lucratives, comme les forges, les filatures, les distilleries de cognac et les usines à papier, attirent de nombreux investisseurs régionaux et étrangers. Elles génèrent la construction de riches demeures patronales, d'influences architecturales variées : néoclassique, néogothique, néorenaissance… Ainsi, la firme Rémy-Martin fait édifier, à la fin du XIXe siècle, le château de Lignières à Rouillac au milieu d'un parc, à proximité de la distillerie et des chais.

Le programme architectural rationalisé des laiteries coopératives intègre systématiquement un logement réservé au directeur, ainsi qu'un autre logement, souvent identique, destiné au chauffeur (responsable de la chaudière).

Les logements d'ouvriers

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Cité ouvrière de la Société générale des papeteries du Limousin à Exideuil (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes, 1988

Dans un souci d'efficacité, certaines entreprises tentent de stabiliser leur personnel en logeant sur place les ouvriers et les cadres. Près de 150 usines ont ainsi fait bâtir des logements pour leur personnel.

Les premiers établissements à construire des logements d'ouvriers, dès le XVIIe siècle, sont les forges, afin de conserver leurs ouvriers spécialisés et de réduire les jours chômés par les ouvriers issus du monde agricole. Ainsi, dès la création de la forge de La Peyratte, au milieu du XVIIe siècle, les ouvriers d'affinerie sont logés dans l'établissement. C'est également le cas de certains ouvriers de la forge de Luchapt pour lesquels sont édifiés, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, cinq logements de plain-pied alignés.

Il faut attendre l'essor industriel et les grandes entreprises de la seconde moitié du XIXe siècle pour voir la construction de véritables cités ouvrières, relativement rares dans la région : maisons indépendantes ou regroupant deux ou trois logements, ou encore longues barres formées d'une dizaine de logements. L'un des premiers exemples est la cité ouvrière de la filature de Ligugé, constituée de vingt-sept logements bâtis vers 1870 et de six autres construits vers 1904, formant une longue barre à un étage.

La construction de ces cités s'inscrit parfois dans une politique sociale plus large : certaines entreprises mettent à la disposition de leurs employés jardins, crèche, garderie, service médico-social, comme la société Lacroix à Angoulême, dans les années 1920. À la même époque, la Compagnie royale asturienne des Mines à Tonnay-Charente se distingue par la construction de nombreux bâtiments : une cité, composée de quatorze logements d'ouvriers et de six logements de contremaîtres ; une autre cité, formée de logements pour travailleurs coloniaux, embauchés de façon saisonnière ; un grand bâtiment abritant un réfectoire et des chambres. Seul exemple régional de construction de lieu de culte dans une usine, la chapelle de la tuilerie Perrusson de Genouillac est édifiée à la fin du XIXe siècle.

Les logements construits pour les contremaîtres se distinguent des logements ouvriers par leurs dimensions plus grandes et un traitement plus soigné. C'est également le cas des maisons destinées aux ingénieurs, bâtis à Melle, vers 1939, pour la Distillerie des Deux-Sèvres, installée dans la commune voisine de Saint-Léger-de-la-Martinière : ils s'inspirent des pavillons contemporains de la banlieue parisienne, avec l'utilisation par exemple de faux pans-de-bois en béton.

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