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L'architecture des laiteries en Poitou-Charentes

Les premières laiteries sont souvent créées dans des bâtiments agricoles préexistants, à l'image de celle de Chaillé. Très tôt, à partir de 1889, on cherche à adapter les bâtiments à l'industrie laitière, alors en plein développement grâce au dynamisme du mouvement coopératif.
En une vingtaine d'années, jusqu'en 1915, est ainsi élaboré dans la région le modèle de la laiterie coopérative, que l'on retrouvera dans d'autres régions de France grâce à sa diffusion dans des revues techniques.
Jusque dans les années 1930, la plupart des nouvelles laiteries coopératives suivent ce modèle pour leurs constructions.
Certaines distilleries d'eau-de-vie de cognac de la région se sont elles aussi inspirées de cette organisation architecturale, comme la distillerie coopérative de Saint-Georges-du-Bois, édifiée en 1920.


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La laiterie de Baracot à Champagnolles (Charente-Maritime), créée au début du XIXe siècle © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2000

En ce qui concerne les laiteries créées par des particuliers, elles font souvent partie d'une ferme ou d'un domaine ; les bâtiments sont en général édifiés au fur et à mesure des besoins en fonction du développement de l'établissement, sans véritable parti de composition, comme c'est le cas de la laiterie de Baracot à Champagnolles.

Entre 1930 et 1950, peu de nouvelles laiteries sont construites ; les établissements existants sont agrandis pour assurer une meilleure productivité ou la fabrication de nouveaux produits, comme la poudre de lait et la caséine.


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Laiterie coopérative de Saint-Hilaire-la-Palud (Deux-Sèvres), transformée dans les années 1950 par P. Chérigné © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2001

Dans les années 1950, de nouvelles constructions voient le jour ; ce sont des bâtiments spacieux, largement éclairés, faisant appel aux matériaux contemporains, comme le béton armé et l'acier.

Première période, de 1888 à 1904 : la recherche d'une architecture fonctionnelle et la création d'un plan type de laiterie coopérative

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Laiterie à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2001
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Laiterie à Cramchaban (Charente-Maritime) - Carte postale, vers 1910 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn

Les installations qui suivent la création de la première laiterie coopérative de Poitou-Charentes, dans le hameau de Chaillé à Saint-Georges-du-Bois, en 1888, sont souvent traitées comme des dépendances agricoles ; elles se composent d'un petit bâtiment rectangulaire, à un seul niveau et faiblement éclairé.

Malgré l'installation rapide de machines à vapeur, la fabrication de beurre relève encore davantage de l'artisanat que de l'industrie ; ces établissements, considérés comme une annexe de ferme, sont abrités dans des bâtiments préexistants ou construits à cet effet en se référant à l'architecture traditionnelle.

Ces premiers bâtiments se révèlent vite inadaptés, notamment pour les laiteries coopératives qui augmentent leurs capacités de production avec de nouvelles techniques de fabrication.


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Laiterie coopérative de Saivres (Deux-Sèvres), édifiée en 1896 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2002
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Laiterie coopérative de Néré (Charente-Maritime), créée en 1896 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1997

À partir de 1893, les recherches faites par les théoriciens de cette activité industrielle s'orientent vers l'élaboration d'un plan type de laiterie coopérative, pour rationaliser la fabrication. L'Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou, créée en 1893, puis l'inspecteur des laiteries coopératives de l'Ouest, Pierre Dornic, nommé en 1897, jouent un rôle primordial dans l'élaboration de ce plan. Chaque nouvelle usine sert de modèle aux suivantes. La réflexion porte essentiellement sur la distribution des différentes salles, leur orientation et l'hygiène. Dans certains cas, la construction se fait sous le contrôle d'un architecte, comme la laiterie de Castarie, à Saivres, conçue par Paul Antoine Mongeaud.


Le plan type d'une laiterie coopérative de 1900

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Laiterie coopérative de Vouhé (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

La bonne marche d'une laiterie nécessite au moins : une grande salle de fabrication renfermant les écrémeuses, les barattes et le malaxeur, une autre consacrée aux moteurs, une troisième destinée à l'emballage.
L'ensemble est complété par une salle de réunion ou un grand bureau, et éventuellement des caves fraîches. La beurrerie doit être orientée au nord afin de se protéger des grosses chaleurs estivales et, par mesure d'hygiène, les murs et les sols sont recouverts de faïence.

Carte postale - Légende ci-dessous
Laiterie coopérative de Dangé-Saint-Romain (Vienne), carte postale du début du XXe siècle © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994

L'usine est plutôt édifiée à flanc de coteau, pour éviter l'usage de pompes : le lait, à son arrivée sur le quai de réception, est versé dans une cuve, d'où il tombe dans un grand bassin - situé dans l'atelier de fabrication - qui alimente les écrémeuses.
Les bâtiments de l'usine sont alignés ou forment un U autour du quai de réception du lait.


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Inscription sur la façade de la laiterie de Saivres (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean 2002

Les installations créées à partir de 1893 se différencient des premières usines par leurs dimensions et surtout par la recherche d'une plus grande fonctionnalité. Leur architecture se distingue désormais de celle des bâtiments agricoles ; elle se rapproche plutôt de celle des constructions publiques des communes rurales, telles que gares et mairies-écoles : symétrie des bâtiments, rythme régulier des façades, larges ouvertures, fronton portant le nom de la coopérative - généralement celui de la commune.
Ces constructions témoignent de l'importance économique et sociale des laiteries coopératives dans les bourgs.
Les matériaux mis en œuvre sont traditionnels : moellons enduits avec chaînages en pierre de taille pour les murs, ardoise, tuile creuse ou tuile mécanique pour les toits. L'utilisation de brique pour les linteaux des ouvertures apporte parfois une touche de couleur à ces bâtiments souvent austères.

Deuxième période, de 1905 à 1930 : l'architecture de la laiterie coopérative de Poitou-Charentes comme modèle de référence

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Laiterie à Arçais (Deux-Sèvres), édifiée en 1913 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean 2002
Carte postale - Légende ci-dessous
Laiterie à Ménigoute (Deux-Sèvres), édifiée en 1913 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2002

Le programme architectural d'organisation des laiteries coopératives (implantation, nombre et orientation des différentes salles, revêtements des sols et des murs…) est encore affiné et donne lieu, à partir de 1905, à la création d'un modèle de référence. La composition en U sur un terrain légèrement en pente s'impose, pour faciliter la surveillance du quai de réception du lait et de la beurrerie située en contrebas, ainsi que l'évacuation des eaux usées. Les ailes latérales accueillent de part et d'autre du quai un bureau et un laboratoire.

Ce modèle sera largement suivi par les nouvelles laiteries de la région et aussi d'autres régions, la Touraine notamment, grâce à sa diffusion dans des revues consacrées à l'industrie laitière et à l'architecture, comme La France laitière et avicole.

Ce plan se transforme au fil du temps : le quai de réception du lait est parfois déplacé contre la façade arrière, le plan en U est quelquefois modifié par la suppression ou l'allongement des ailes


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Bâtiments construits dans les années 1910 de la laiterie coopérative de Saint-Loup-Lamairé (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean 2002

L'architecture de la période précédente est délaissée au profit d'un style moins austère, adopté parfois par les édifices publics contemporains : toitures à demi-croupes, décor de bois, de brique, voire de céramique.
Des matériaux industriels sont mis en œuvre : le métal pour les linteaux des ouvertures et pour les charpentes couvrant les quais de réception du lait, la tuile mécanique pour les toits, etc.

Troisième période, à partir des années 1930

Les laiteries s'adaptent à la hausse de productivité…

À partir des années 1930, le plan des laiteries délaisse l'organisation modèle élaborée à partir de 1893.

Des transformations importantes sont imposées par les nouvelles techniques de production et l'augmentation des volumes de lait traité. Cette augmentation est générée à la fois par l'extension des zones de ramassage du lait (la collecte est désormais faite par des engins motorisés) et par le regroupement de petites unités.

Les techniques de fabrication des années 1960 multiplient par 20 ou 30 les capacités de production des unités du début du siècle


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Quai de réception de la laiterie de Beauvoir-sur-Niort (Deux-Sèvres) en 1920 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2001
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Quai de réception de la laiterie de Beauvoir-sur-Niort (Deux-Sèvres) dans les années 1960 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2001

Beaucoup de laiteries sont désaffectées, reconstruites ou modifiées par l'adjonction de nouveaux bâtiments (de plus grandes chaufferies, des garages, des ateliers de réparation mécanique…) et la construction d'ateliers spécifiques de fabrication (atelier de fabrication de caséine, de fromage ou de poudre de lait).


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Laiterie coopérative de Rochefort (Charente-Maritime) : l'atelier d'embouteillage de 1947 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1997
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Laiterie coopérative de Surgères (Charente-Maritime) transformée dans les années 1950 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

À partir des années 1960-1970 apparaissent de vastes constructions qui abritent l'ensemble des activités sous un même toit. À l'intérieur, de très larges couloirs distribuent les différentes salles : atelier de fabrication, atelier de conditionnement, chambres frigorifiques, magasins.


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Laiterie de Dissay (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994
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Couloir d'accès aux salles d'affinage de la laiterie-fromagerie de Celles-sur-Belle (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2001

… et créent des formes architecturales spécifiques…

Des caractéristiques architecturales différencient les divers ateliers de la chaîne de production. Les chaufferies se reconnaissent toujours par leur toit à lanterneau et la proximité d'une haute cheminée. Les ateliers de fabrication de caséine, qui sont généralement des bâtiments à un seul niveau, sont également dotés de petits lanterneaux. Les ateliers de fabrication et d'affinage du fromage possèdent un grand nombre d'ouvertures pour assurer la ventilation nécessaire : à partir des années 1940, ces ateliers ont souvent plusieurs niveaux et des ouvertures hautes et étroites.


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Atelier de fabrication de poudre de lait de la laiterie de Beauvoir-sur-Niort (Deux-Sèvres) : vue intérieure © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2001
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Atelier de fabrication de poudre de lait de la laiterie de Beauvoir-sur-Niort (Deux-Sèvres) : vue extérieure © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2001

… en utilisant des matériaux industriels

À la fin des années 1940, les matériaux industriels remplacent peu à peu les matériaux traditionnels dans les nouvelles constructions ; le béton armé et les charpentes métalliques font leur apparition. La plupart des usines sont largement éclairées par de grandes verrières, voire par des sheds comme à la laiterie d'Aytré


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Laiterie d'Aytré (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996
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Laiterie d'Aytré (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

Des logements annexés aux usines

Les logements annexés aux laiteries sont généralement limités à ceux du directeur et du responsable de la chaufferie. Ils sont tantôt abrités dans le même bâtiment que l'usine, tantôt dans un bâtiment accolé. Ce sont des constructions d'aspect modeste, qui n'ont pas fait l'objet de recherche architecturale particulière.


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Logements construits de part et d'autre de la laiterie de Tonnay-Boutonne (Charente-Maritime) : © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996 et Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1997
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Logements construits dans les années 1960 de part et d'autre de la laiterie de Tonnay-Boutonne (Charente-Maritime) : © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996 et Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1997

Le décor

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Inscription sur la façade de la laiterie d'Échiré (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2001

Le plus souvent, le décor se limite à l'inscription gravée de la raison sociale de l'établissement et de sa date de création.

La céramique est parfois utilisée pour souligner l'ordonnance des façades, comme aux laiteries d'Échiré et d'Arçais. Le bandeau en céramique de Gien de la laiterie de La Mothe-Saint-Héray, d'inspiration Art nouveau, est exceptionnel.


Buste - Légende ci-dessous
Buste de Delphin Sagot dans la cour de la laiterie d'Échiré (Deux-Sèvres) ) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2001

Deux laiteries coopératives mettent à l'honneur leur fondateur : le buste en bronze de Delphin Sagot orne la cour de l'établissement d'Échiré depuis son inauguration en 1910, un médaillon de bronze représentant Eugène Pérault est apposé sur la façade de la laiterie de Saint-Loup-Lamairé depuis 1921.
Ces deux œuvres sont des réalisations du sculpteur niortais Pierre-Marie Poisson (1876-1953).


Dessin - Légende ci-dessous
Bandeau en céramique de la (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Po laiterie de La Mothe-Saint-Héray itou-Charentes / A. Dagorn, 2001

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