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Le minerai : les usines métallurgiques et les usines de construction mécanique


Le sol de la région renferme des minerais exploités pour certains dès la préhistoire ; les gisements de minerai de fer sont les plus répandus. Les nombreux trafics commerciaux entraînent dès l'Antiquité des échanges à grande échelle et la transformation de métaux de provenance lointaine.

Dans la région, le travail du fer évolue particulièrement au cours des XVe et XVIe siècles ; s'installent alors des établissements de production de fonte et de fer, qui sont les premiers sites industriels de Poitou-Charentes.


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Levage d'un canon à la Fonderie de Ruelle (Charente), gravure du XIXe siècle © BnF-Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Hermanowicz, 1989

À partir de la fin du XVIIe siècle, la fondation de l'arsenal de Rochefort entraîne le développement de l'activité métallurgique, particulièrement en Charente. C'est ainsi que de nombreuses forges prospèrent en produisant des canons destinés à la marine, comme la forge de Rancogne ou la fonderie de Ruelle , créée à cet effet en 1751.

L'ensemble des établissements métallurgiques fabrique des produits finis variés et fournit par ailleurs la matière première à d'autres usines de construction mécanique et de petite métallurgie. À la fin du XIXe siècle et au, les besoins accrus en matière première entraînent l'emploi massif de fonte, de fer, d'acier et d'aluminium provenant d'autres régions françaises ou de l'étranger.

En ce qui concerne des minerais plus rares, quelques mines de galène (minerai de plomb contenant des quantités notables d'argent) ont été exploitées à Melle dans les Deux-Sèvres, ainsi qu'à Alloue et Ambernac en Charente. Les mines de Melle, en activité entre le VIIe et le Xesiècle, permettent à la ville de devenir un des plus grands ateliers monétaires de l'empire carolingien. L'argent est utilisé pour la monnaie et le plomb sert à la couverture, à la fabrication de canalisations ou de vaisselles. L'exploitation des mines d'Alloue et d'Ambernac remonte à l'époque gauloise pour la première et romaine pour la seconde. Après une production de 375 tonnes de plomb et 16 tonnes de zinc au cours du XIXe siècle, la mine d'Alloue ferme définitivement vers 1930. Quant à l'uranium présent dans le granite du nord des Deux-Sèvres, autour de Bressuire et de Parthenay, il n'a jamais été exploité, malgré une prospection dans les années 1950 et contrairement à celui de la Vendée toute proche.

Plus de 100 usines de travail du métal

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Carte de localisation des usines étudiées, liées au travail du métal -  Source : Région Poitou-Charentes / Inventaire - Fonds : Cartographes associés, 2007

Les cent six établissements industriels de travail du métal se caractérisent par des activités diversifiées, de la fabrication et la transformation des métaux (fonte, fer, zinc.) à l'élaboration de produits variés (machines, canons, robinets, serrures, couteaux, fils.).

Plus du tiers de ces usines concerne la fabrication et la transformation du métal et se situe essentiellement en Charente :


Les deux autres tiers des usines se consacrent à l'élaboration de produits à partir du métal et se répartissent sur l'ensemble du territoire régional.


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Usine de construction mécanique à Cenon-sur-Vienne (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Maulny, 1986
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Le moulage à la fonderie Haineauxà Niort (Deux-Sèvres), photographie publiée dans 1909-1959, cinquantenaire de la société Haineaux © Collection particulière - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / C. Rome, 2001

Les hauts fourneaux et grosses forges : les premiers établissements industriels régionaux...

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Haut fourneau de Puyravaud à Vitrac-Saint-Vincent (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / W. van Riesen, 1990

L'installation des premiers hauts fourneaux aux XVe et XVIe siècles entraîne une grande mutation dans la production de fer : le procédé de réduction directe dans des bas fourneaux (à faible température) est remplacé par celui de réduction indirecte, mis au point au cours des XIVe et XVe siècles. Ce dernier procédé, à très haute température, permet l'obtention de fonte liquide, laquelle pourra être ensuite transformée en fer. Cette nouvelle technique est rendue possible par la mécanisation de souffleries qui, actionnées par l'énergie hydraulique, ont une puissance suffisante pour ventiler de très hauts fourneaux (de l'ordre de 5 à 6 m de haut).

Les grandes quantités produites dans ces fours, qui fonctionnent en continu une grande partie de l'année, confèrent à ces établissements un caractère industriel. Ces hauts fourneaux s'installent à proximité de gisements de minerai de fer facilement exploitables, de forêts et de rivières, qui leur fournissent charbon de bois et énergie hydraulique.


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Bâtiment du haut fourneau de la forge de la Mothe à Feuillade (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1989

Les plus anciens hauts fourneaux de la région sont édifiés en Charente : celui de la Mothe à Feuillade, au XVe ou XVIe siècles, et celui de Planche-Meunier à Sers, en 1514. Les autres établissements, fondés au cours des trois siècles suivants, sont tous créés par des propriétaires terriens désireux de compléter les revenus tirés de leurs domaines. La construction de la forge de la Meilleraye à La Peyratte, au milieu du XVIIe siècle, par le maréchal Charles de La Porte, cousin germain de Richelieu, s'inscrit ainsi dans le projet de mise en valeur du duché de la Meilleraye.


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Forge de la Meilleraye à La Peyratte (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Hermanowicz, 1986

Ces établissements forment de grands ensembles bâtis, organisés autour du haut fourneau et de l'eau qui les alimente en énergie. Les nombreux et vastes bâtiments abritent ateliers d'affinerie et de forge, halles à charbon, local de stockage du fer, logement du maître de forge (souvent un château) et logements d'ouvriers.

Ils produisent de la fonte moulée (boulets de canon, plaques de cheminée, cloches .) et du fer forgé (outils agricoles et ustensiles domestiques) vendus principalement sur les marchés de la région. Ils fournissent également le fer aux forges locales. Un certain nombre d'établissements de Charente, ainsi que du Périgord, se tournent vers la fabrication de canons pour l'arsenal de Rochefort à la fin du XVIIe siècle.

...concurrencés à la fin du XIXe siècle

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Haut fourneau à Montmorillon (Vienne ), à la fin du XIXe siècle © A.privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Hermanowicz, 1989

La production régionale de fonte et de fer est peu à peu abandonnée à la fin du XIXe siècle ; les raisons en sont multiples : épuisement des mines, concurrence de la métallurgie du Nord et de celle du Royaume-Uni (dès 1860, date du traité de libre-échange franco-britannique), retard technologique.

Quelques établissements continuent toutefois à fonctionner grâce à la modernisation de leur équipement, comme l'usine de Sireuil où Émile Martin met au point, en 1864, le procédé de l'acier dans un four à sole. C'est aussi le cas de l'usine de Combiers où fonctionnent deux fours Wilkinson (fours à réverbères chauffés au coke) en 1865 et celui de la forge de Champlaurier à Nieuil qui fonctionne jusqu'en 1930. La fonderie de Ruelle , quant à elle, est toujours en fonctionnement de nos jours après une réorientation de ses activités.

En 1872, pour compenser les gisements de Moselle annexés par l'Allemagne, la Société métallurgique de la Vienne est créée à Montmorillon. Elle traite du minerai provenant de la région et de l'Algérie, du charbon des houillères de la Marche acheminé par voie ferrée et de la pierre calcaire locale. La forte concurrence étrangère entraîne la fermeture de l'usine après seulement deux ans d'activité.

Les hauts fourneaux : une industrie pourvoyeuse d'emplois qualifiés

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Forge à Rancogne (Charente) © Fonds Éditions Patrimoine et Médias - Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/A.P.P, 1998

L'activité des hauts fourneaux exige un personnel nombreux (la forge à Rancogne occupe dès 1755 plus de 300 personnes) et qualifié. Elle nécessite en effet une manutention importante et des savoir-faire spécifiques. Elle génère par ailleurs un grand nombre d'emplois annexes pour la fabrication du charbon de bois, le ramassage du minerai de surface, le transport du combustible, du minerai et des produits fabriqués.

En 1730, l'établissement de Lhommaizé (Vienne), de dimension moyenne, occupe pour le seul haut fourneau une dizaine de personnes : un garde, trois chargeurs, deux ouvriers pour la préparation du minerai et plusieurs pour le démoulage des produits en fonte. Par ailleurs, à la grosse forge sont employés un marteleur, deux affineurs et leurs valets, un chauffeur et son valet, un maréchal, un charpentier, un journalier, un fondeur, un souffletier.

Pour attirer et conserver son personnel qualifié, le maître de forge met à sa disposition des logements dont le niveau de confort est bien supérieur aux logements agricoles contemporains. Ainsi, c'est dans les forges et hauts fourneaux qu'apparaissent les premiers logements d'ouvriers de la région.

Des usines de construction mécanique à la production très variée

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Manufacture d'armes de Châtellerault (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / C. Rome, 1999

Les premières usines de construction mécanique sont les usines d'armes renommées de Rochefort (XVIIe siècle), de Ruelle (XVIIIe siècle) et de Châtellerault (XIXe siècle). Ces établissements nationaux se consacrent à la fonderie de canons pour ceux de Ruelle et de Rochefort, tandis que la Manufacture de Châtellerault est dévolue à la fabrication d'armes blanches, puis d'armes à feu et de missiles dans ses dernières années d'activité.

Aux XIXe et XXe siècles, la mécanisation accrue des activités agricoles, industrielles et de transport développe le secteur de la construction mécanique.


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Trieur de grains sur la couverture d'un catalogue de la fabrique Jeannin à Mirebeau (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994

Ainsi, de nombreuses usines s'installent ou se spécialisent :


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Usine de construction métallique à Jaunay-Clan (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994

Par ailleurs, l'utilisation fréquente de métal dans l'architecture entraîne la création d'usines de construction métallique (les Ateliers de la Chaînette à Parthenay, l'établissement Mongruel à Jaunay-Clan.).

Enfin, l'évolution des moyens de transport suscite non seulement l'implantation de grands établissements de matériel ferroviaire à Saintes et Aytré, mais également des usines de construction automobile à Niort, Thouars et Cerizay. Ce secteur s'élargit encore avec la construction navale et aéronavale à La Rochelle.


Des établissements moins spécialisés fournissent les machines utilisées dans diverses industries, comme la maison Duveaux à Angoulême, qui réalise aussi bien du matériel pour les blanchisseries mécaniques que pour les usines de feutre ou les tuileries-briqueteries.

Les usines de construction mécanique, aux activités variées, sont de taille très différente : certaines emploient plusieurs centaines d'ouvriers ( Alsthom à Aytré, Leroy-Somer à Angoulême) alors que d'autres ne comptent qu'une dizaine de personnes. Elles sont généralement implantées dans une agglomération ou à proximité de celle-ci ; elles ne sont plus tributaires de l'énergie hydraulique puisque l'époque de leur installation correspond à l'utilisation généralisée de l'énergie thermique puis électrique.


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Usine Leroy Sommer à Angoulême (Charente) : magasin et bureaux © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1988
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Usine Alsthom à Aytré (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

La construction automobile

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L'usine de construction automobile Heuliez à Cerizay (Deux-Sèvres) dans les années 1960 © Coll. particulière - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2003

Le secteur de la construction automobile s'est développé au début du XXe siècle dans les Deux-Sèvres, où il est encore animé de nos jours par la Société Heuliez à Cerizay.

La première usine est créée dans les années 1900 à Niort par Gaston Barré ; elle connaît un développement important jusque dans les années 1920, où elle compte 250 ouvriers. L'entreprise Barré travaille à façon : elle assemble moteur, boîte et transmissions provenant de divers fournisseurs sur des châssis qu'elle fabrique ; la carrosserie est ensuite réalisée selon les souhaits du client. L'usine d'Adrien Morin, fondée à Thouars en 1913, travaille elle aussi à façon sous la marque Tuar. Ces deux établissements périclitent dans les années 1930.


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Affiche publicitaire de l 'usine de construction automobile Barré à Niort (Deux-Sèvres) dans les années 1920 © A.D. Deux-Sèvres - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ R. Jean, 2004

Deux fabricants de voitures attelées de Cerizay, Émilien Dumas et Louis Heuliez, se spécialisent à partir des années 1910 dans la carrosserie, en bois d'abord, puis en métal, de véhicules automobiles utilitaires : remorques, fourgons, bus. Ces deux entreprises prennent leur plein essor à partir des années 1950. L'usine Dumas déménage en 1964 dans de plus vastes ateliers en Vendée.

La société Louis Heuliez, qui compte plus de 1500 salariés dans les années 1960-1970, est alors l'un des plus gros employeurs des Deux-Sèvres ; Heuliez est désormais une société internationale, dont deux sites demeurent dans ce département.

Des usines nées d'une longue tradition de coutellerie à Châtellerault

Dans le secteur de la « petite métallurgie », la chaudronnerie industrielle s'est particulièrement développée dans le Cognaçais, pour la fabrication des alambics utilisés par les distilleries d'eau-de-vie de cognac.

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Atelier d'aiguisage des rasoirs, vers 1900, à la coutellerie Pagé à Naintré (Vienne) - Gravure dans Pagé, la Coutellerie © A. M.Poitiers - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Deneyer, 1992

L'activité phare de ce secteur est toutefois la coutellerie, née d'une tradition attestée depuis le Moyen Âge à Châtellerault. Quatre usines , créées au XIXe siècle, illustrent cette activité très florissante jusque dans les années 1930. Ces coutelleries s'installent à Naintré et Cenon-sur-Vienne, dans les sites d'anciens moulins à blé, dans des ateliers à la construction soignée, éclairés par de larges fenêtres ; l'eau du Clain, sur lequel elles sont implantées, est utilisée pour l'énergie hydraulique et dans les procédés de fabrication.

Ces usines se spécialisent dans les couteaux de table, les couteaux professionnels et les rasoirs. Elles sont parmi les premières en France, avant les années 1860, à se mécaniser (lames forgées par des presses mécaniques, manches préparés par des machines-outils) et à utiliser des procédés innovants, notamment en matière de trempe des lames. Parmi elles, l'usine d'Eugène Mermilliod est présentée comme un modèle de coutellerie mécanisée par Julien Turgan, rédacteur scientifique, dans son ouvrage sur les grandes usines en France et à l'étranger paru en 1865.

Au début du XXe siècle, ces usines diversifient leur production avec la fabrication de limes ; elles se tournent dans les années 1960 vers la construction mécanique.


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Coutellerie Mermilliod à Naintré (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / W. van Riesen, 1987
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La roue hydraulique de la coutellerie Pagé à Naintré (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1986

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