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La houille : les sites d'extraction et les usines de transformation

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Usine d'agglomérés de houille de la Grenouillère à Tonnay-Charente (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Deneyer, 1997

La houille est une roche fossile solide provenant de la décomposition de végétaux. Il s'agit d'une qualité spécifique de charbon. Ses propriétés calorifiques en font un très bon combustible qui a largement contribué à l'essor industriel. Ce combustible est concurrencé à partir du XXe siècle par le pétrole, lequel sert également de base à l'élaboration de nombreux produits chimiques .

Dans la région Poitou-Charentes, la houille est utilisée à partir des années 1840 comme principal combustible pour la production d'énergie thermique dans les usines (dans les chaudières des machines à vapeur) et la fabrication de chaux. À la fin du XIXe siècle, son emploi se généralise dans l'industrie : machines à vapeur, centrales thermiques pour la production d'électricité et fabrication de l'acier dans les hauts fourneaux après sa transformation en coke. Parallèlement son utilisation se développe pour le chauffage domestique en milieu urbain.

La houille est extraite dans l'unique bassin de la région, situé à l'ouest des Deux-Sèvres, à la limite de la Vendée. Ce bassin houiller, peu étendu, a généré de petites concessions, comptant moins de dix puits. Sa production est ainsi modeste au regard des grands bassins miniers français.


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Le puits Saint-Laurent de la mine de Saint-Laurs (Deux-Sèvres) au début du XXe siècle - Carte postale © A. Privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ A. Dagorn, 2003

La concession exploitée dans les Deux-Sèvres est située à Saint-Laurs. Durant son activité entre 1840 et 1916, sa production totale, qui s'élève à 1.200.000 tonnes, est comparable à celle de concessions de dimension équivalente situées dans de grands bassins miniers ; ainsi, l'exploitation de Longpendu dans le bassin de Blanzy - Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, a produit la même quantité de charbon sur la même durée.

L'exploitation de cette mine entraîne l'implantation et le développement, aux alentours de Coulonges-sur-l'Autize, d' usines de chaux, que l'établissement alimente en houille.

Ce seul gisement ne suffit pas à produire le combustible nécessaire aux besoins de la région, tant industriels que domestiques. De la houille est donc parallèlement importée, principalement du Royaume-Uni. Arrivée sous forme de poudre dans les ports de La Rochelle et de Tonnay-Charente, elle est ensuite façonnée en briquettes ou boulets dans des usines d'agglomérés. Cette importation de houille reste très importante durant toute la première moitié du XXe siècle ; elle représente encore la plus grande part du trafic du port de la Pallice dans les années 1930. Dans ce port arrive également, à partir des années 1900, du pétrole, qui peu à peu remplace la houille comme combustible industriel et domestique.

Le pétrole est lui-même concurrencé par le gaz naturel, après la découverte et l'exploitation d'un gisement à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) à partir de 1951. L'utilisation de ce gaz devient prépondérante dans les usines de la région Poitou-Charentes à partir des années 1970.

La mine de Saint-Laurs

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Vestiges du bâtiment de la machine d'extraction au puits Sainte-Claire de la mine de Saint-Laurs (Deux - Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ A. Dagorn, 2003

La mine de Saint-Laurs se situe à l'extrémité est d'un étroit bassin houiller qui s'étend vers l'ouest sur une vingtaine de kilomètres jusqu'à Cezay en Vendée. Son histoire est étroitement mêlée à celle de la mine voisine et concurrente de Faymoreau en Vendée (exploitée à partir de 1831). Une ordonnance royale du 27 août 1840 attribue une concession de 16 km2 au marquis de Nettancourt-Vaubecourt, dont les enfants créent en 1861 la Société civile des houillères de Saint-Laurs. Les deux mines, réunies en 1915, cessent toute activité en 1958.

Situées dans le bocage, les deux concessions souffrent de l'absence de grands axes de communication, qui entraîne un surcoût du prix de revient de la houille produite, ainsi concurrencée par celle importée du Royaume-Uni. Pour valoriser leur production difficile à écouler, les deux sociétés se tournent vers la fabrication de chaux, qui nécessite une grande quantité de charbon pour la cuisson des pierres calcaires. L'ouverture, en 1869, de la ligne de chemin de fer Angers-Niort permet d'abaisser le prix du transport du charbon et d'étendre ses débouchés.


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Plan de la concession de Saint-Laurs (Deux-Sèvres) vers 1900 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ Z. Lambert, 2005

À la mine de Saint-Laurs, le creusement des quatre puits d'exploitation s'étale sur vingt ans : Saint-Laurent est le premier mis en service en 1840, suivi de celui de Sainte-Marie en 1843, puis de celui de Sainte-Clotilde en 1849 ; le dernier, le puits Sainte-Claire, est foré en 1861. Chacun d'eux comprend un chevalement (charpente qui soutient le dispositif d'extraction) en bois, une salle qui abrite le moteur à vapeur, une cheminée d'usine, une forge, un bureau, quelques logements d'ouvriers ; le puits Sainte-Marie possède également un magasin, une menuiserie, un atelier de charron et un atelier d'ajustage ; celui de Saint-Laurent est doté quant à lui d'une poudrerie.

La concession de Saint-Laurs emploie un nombre important de mineurs (200 en 1855), qui diminue jusqu'à la fermeture du dernier puits, en 1916. Le travail pénible, dangereux et peu rémunéré conduit en 1896 les mineurs à se syndiquer, comme leurs collègues de Faymoreau un an plus tôt, et à faire une grève de quarante jours, qui se solde par un échec. D'autres mouvements sociaux, de moindre ampleur, suivront en 1906, 1910 et 1914.

La fermeture du dernier puits entraîne la disparition de nombreux équipements : tous les chevalements sont détruits, les galeries, bouchées, se sont remplies d'eau. Il reste toutefois des logements ouvriers, une salle des machines partiellement ruinée, des appuis de chevalement et des quais de chargement. Le dernier terril (monticule constitué des déchets d'extraction) connu, situé à Saint-Laurent, a servi de remblais et a lui aussi totalement disparu.

Visite du puits Sainte-Claire à Saint-Laurs par H. Gelin, relatée dans le Mémorial des Deux-Sèvres du 4 mai 1889.



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La tonne à eau servant à puiser l'eau des galeries, au puits Saint-Laurent de la mine de Saint-Laurs (Deux-Sèvres) au début du XXe siècle - Carte postale © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ A. Dagorn, 2003
« Nos yeux se font peu à peu au jour livide que les lampes promènent sur les roches noires et leurs étais de bois. Le puits est à deux compartiments : quand une benne vide descend d'un côté, une autre remonte pleine par le second compartiment. Au milieu de la descente [.], nous croisons la benne de retour, chargée de houille. Sous celle-ci est placée la tonne à clapet, remplie d'eau. Un cordon, placé dans un angle, correspond avec la cloche et permet de faire à volonté stationner, monter ou descendre la benne. La profondeur totale, à Sainte-Claire, est de 180 mètres [.]

« Nous parcourons une galerie. Toutes se ressemblent plus ou moins. Elles sont de section carrée, de deux mètres environ de large et de haut. Les côtés et les plafonds sont protégés par des boiseries de chêne ou de châtaignier, plus ou moins serrées suivant la nature de la houille et de la roche encaissante. Quand celle-ci est compacte, les poteaux latéraux sont supprimés, mais non ceux du plafond qui maintiennent la houille, très friable à Saint-Laurs.

« Tout au fond de chaque galerie sont deux ou trois mineurs, armés de la grole et du pic, sortes de pioches terminées, comme leur nom l'indique, en bec d'oiseau, et qui servent à l'attaque du charbon ou de la roche. Lorsque cette dernière est très résistante, on la désagrège à la mine. « La direction des galeries et aussi leur largeur sont déterminées par celles de la couche de houille exploitée. Les couches sont fortement redressées au puits Sainte-Claire, et en plusieurs points elles sont presque verticales.»


Les usines d'agglomérés de houille

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Fabrication de briquettes de charbon au puits Sainte-Clotilde à la mine de Saint-Laurs (Deux-Sèvres), au début du XXe siècle - Carte postale, dans Les Deux-Sèvres au début du siècle en cartes postales, Ed. UPCP, 1988 © Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ G. Beauvarlet, 2003

Dans ces usines, la houille est agglomérée sous la forme de boulets et de briquettes pour être ensuite commercialisée auprès des particuliers ou des entreprises.

La Société civile des houillères de Saint-Laurs s'efforce de diversifier sa production en annexant dès 1843, au puits Sainte-Claire, une usine d'agglomérés de houille qui fonctionne jusqu'en 1900, et qui est installée ensuite au puits Sainte-Clotilde. Cette activité permet en outre d'utiliser la poussière, appelée fine, produite en grande quantité par la houille très friable de cette mine.

En 1934, la Société anonyme vendéenne de Faymoreau fonde, auprès du puits Bernard, une usine de briquettes sur la commune du Busseau ; on y fabrique des agglomérés de forme cubique avec un procédé innovant à haute température (800° C). La difficulté de mise en œuvre de ce procédé entraîne la fermeture de l'usine dès 1936.


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Presse à boulets du début du XXe siècle à l' usine d'agglomérés de houille de la Grenouillère à Tonnay-Charente (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Deneyer, 1997

Les autres usines d'agglomérés sont installées dans les quatre ports où arrive la houille importée du Pays de Galles, d'Écosse ou de la Ruhr : Tonnay-Charente, Rochefort, La Rochelle et Marans. Le brai, liant qui permet l'agglomération des particules de charbon, est le résidu de la distillation des goudrons de houille (sous-produit de la fabrication du coke) ; il provient d'Angleterre, du Canada ou d'Allemagne.

À Tonnay-Charente, la Société charentaise d'agglomérés  poursuit aujourd'hui encore son activité. Depuis sa création en 1899, les techniques de fabrication y ont peu varié. Les poussières de houille, homogénéisées par broyage et asséchées dans un four, sont versées avec le brai dans un malaxeur, à une température de près de 100° C, pour obtenir une pâte malléable. Cette pâte passe dans une presse à boulets ou à briquettes où elle est moulée ; l'une des presses utilisée de nos jours date du début du XXe siècle.

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