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La pierre : les carrières, les usines de chaux, les cimenteries

Essentiellement constitué de calcaires, le sous-sol de la région Poitou-Charentes est exploité pour l'extraction de pierre à bâtir, de pierre destinée à la fabrication de ciment ou de chaux, de sables marins et de rivières, de graviers et de granulats.

Ces activités produisent les matériaux nécessaires à la construction et sont pratiquées depuis très longtemps ; leur développement industriel s'amorce dans la seconde moitié du XIXe siècle, grâce à l'amélioration des voies de communication, qui facilite le transport, et à l'évolution des techniques, qui augmente les capacités de production. Leur essor correspond aussi à des demandes précises, comme celle de chaux pour l'amendement des terres trop acides à partir des années 1830-1840, ou de béton pour les reconstructions de l'après-guerre.

L'exploitation de carrières à ciel ouvert a transformé le paysage régional, sans qu'il soit possible pour le promeneur de le distinguer d'un paysage naturel et d'identifier l'activité passée qui en est responsable. En revanche, les usines de chaux et les cimenteries ont toujours entraîné la construction d'imposants édifices, fours pour les premières, bâtiment de fabrication et de stockage pour les secondes, qui laissent durablement leur empreinte dans le paysage.

L'industrie régionale de l'extraction est de nos jours encore très active, avec 255 carrières autorisées par les services de la D.R.I.R.E. (Direction Régionale de l'Industrie de la Recherche et de l'Environnement) en exploitation en 2005. Elles fournissent le granulat utilisé dans le bâtiment et les travaux publics, mais aussi la pierre de taille nécessaire aux rénovations de prestige.


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Usine de chaux Vazon à Airvault (Deux-Sèvres) : à gauche, le four ; à droite, les bâtiments annexes © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2004
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Carrière de Saint-Même-les-Carrières (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Carpentier, 2002

93 établissements industriels liés à la pierre et à sa transformation

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Localisation des usines de chaux, cimenteries et carrières documentées - Source : Région Poitou-Charentes / Inventaire - Fonds : Cartographes associés, 2007

Les carrières, surtout celles à ciel ouvert, transforment radicalement le paysage lors de leur exploitation. Leur durée est parfois très brève et ne peut aujourd'hui excéder 30 ans. Leur remise en état après exploitation - rendue obligatoire depuis 1994 - modifie à nouveau leur aspect - remblaiement des excavations, création d'un plan d'eau,- et dissimule les traces de l'activité passée. De plus, la durée réduite de l'exploitation ne suscite pas, dans la plupart des cas, de constructions maçonnées. Ainsi, l'absence de traces visibles rend impossible le dénombrement des carrières, qui étaient autrefois très nombreuses sur l'ensemble du territoire.

Parmi ces multiples carrières, les sept entreprises extractives documentées illustrent le mode de fonctionnement qui leur était commun. Quatre d'entre elles sont situées en Charente, les trois dernières sont réparties dans les autres départements.

Deux carrières de pierre à bâtir, à Saint-Même-les-Carrières et à Thénac, comprennent un atelier de taille de pierre. La Société Rocamat, à Vilhonneur, possède près de la carrière un atelier de taille de marbre et de calcaire.


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Usine de chaux Maudoux à Saint-Jean-de-Thouars (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2003

Les trois quarts des soixante-sept usines de chaux sont situées dans les Deux-Sèvres, dans les pourtours calcaires de la Gâtine, fortement demandeuse de chaux pour l'amendement de ses terres à la fin du XIXe siècle. Les autres se répartissent sur le littoral charentais, le centre de la Charente et l'est de la Vienne.

Deux plâtrières exploitent les carrières de gypse de Cherves-Richemont en Charente, pour la fabrication de carreaux et de cloisons de plâtre.

Des trois cimenteries situées à Mortagne-sur-Gironde, Airvault et La Couronne, les deux dernières sont encore en activité.

Les cinq usines de fabrication de matériaux de construction , créées à partir du début du XXe siècle, se situent pour deux en Charente, deux dans les Deux-Sèvres et une dans la Vienne.

Les carrières : de nombreux sites exploités par de grandes sociétés interrégionales

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Transport de la pierre par bateau à Crazannes (Charente-Maritime), avant 1918 - Carte postale, cliché Braun © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / S. Guignard, 1999

La pierre extraite localement a toujours été utilisée dans les constructions de la région. Certaines carrières, en Saintonge notamment, acquièrent une grande renommée en raison des qualités de finesse du calcaire du Crétacé supérieur.

La façade maritime et le fleuve Charente, qui permet le transport des pierres par bateau, participent à l'essor des carrières charentaises. Ainsi celle de Saint-Même-les-Carrières fournit au XVIIIe siècle la pierre destinée aux constructions en Nouvelle-France (Canada).

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les petites carrières, en très grand nombre dans la région, se caractérisent par la grande diversité des matériaux exploités, à ciel ouvert ou de manière souterraine : calcaire surtout, granite, diorite, marbre, porphyre, schiste, meulière, sables et graviers. Chaque exploitant, qui emploie un petit nombre d'ouvriers, vend sa production localement.


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Le chantier d'Artiges à Chauvigny (Vienne) en 1936 : les blocs destinés aux colonnes du Trocadéro à Paris - Cliché Caillaud © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994

À partir des années 1870, l'amélioration des routes et la création du réseau de chemin de fer permettent de transporter facilement la pierre plus loin ; elles élargissent considérablement les débouchés de cette activité, notamment pour la pierre à bâtir dont la qualité est très largement reconnue : le socle de la statue de la Liberté à New-York est réalisé en pierre de Saint-Même-les-Carrières, les colonnes du Trocadéro à Paris sont taillées en pierre de Chauvigny... Dès lors se développent des entreprises qui se regroupent ultérieurement au sein de grandes sociétés interrégionales : la Société Civet-Pommier et Cie rachète en 1895 les Grandes carrières du Poitou, nées elles-mêmes du regroupement, à partir de 1861, de nombreuses petites entreprises de la Vienne des alentours de Poitiers et de Chauvigny.


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Installations de chargement de la carrière de granite de la Sté des carrières Exideuil-Saint-Eloi à Exideuil (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1990

Les grandes sociétés investissent dans des équipements lourds : chemin de fer, pont roulant. Le travail se mécanise lentement pour concerner toutes les phases du travail, de l'extraction au transport. L'accroissement de l'activité des carrières nécessite, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, une main-d'½uvre importante. Parmi celle-ci, on trouve souvent des agriculteurs qui travaillent comme carriers durant l'hiver.


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La cantine des Grippes à Chauvigny (Vienne), dans les années 1930 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1994

Après la Première Guerre mondiale, faute de main-d'½uvre locale, on fait appel, notamment dans les carrières du Poitou, à des ouvriers étrangers, italiens le plus souvent ; ainsi la Société Civet-Pommier et Cie aménage dans les années 1920 pour ces nouveaux venus un réfectoire et un dortoir. Dix ans plus tard, cette entreprise emploie environ 1000 carriers, tailleurs de pierre, mécaniciens, man½uvres. Les carriers sont alors payés à la tâche, au  m3 de pierre extraite. Ce travail reste très longtemps d'une pénibilité extrême.


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Carrière souterraine Ets Rocamat à Saint-Même-les-Carrières (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1988

La pierre est généralement taillée dans des ateliers annexes à la carrière, comme à Saint-Même-les-Carrières dans le Cognaçais, dont le calcaire est très recherché pour la sculpture et l'ornementation.

Quelques sociétés se spécialisent dès les années 1930 dans les matériaux d'empierrement et de ballast, comme celle située à Mazières-en-Gâtine . L'utilisation intensive du béton après la Seconde Guerre mondiale entraîne une baisse de la demande de pierre à bâtir au profit des sables, graviers et granulats. La pierre à bâtir continue cependant à approvisionner le marché de la rénovation, notamment celle des monuments historiques.

Les usines de chaux : des établissements qui s'industrialisent dès 1850

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Usine de chaux de Beausoleil à Chail (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2004

La chaux (oxyde de calcium, CaO) est obtenue par la calcination de pierre calcaire, à environ 1100° C. Jusqu'aux années 1860, elle est le plus généralement fabriquée dans les fours des tuileries-briqueteries et utilisée presque exclusivement dans la construction. Toutefois, dès la fin du XVIe siècle, certains grands domaines sont pourvus d'un four à chaux fonctionnant au bois et de manière intermittente pour la mise en valeur de leur terre trop acide. Quelques entreprises artisanales utilisent également ce type de four tout au long du XIXe siècle.

La généralisation de l'amendement des terres par le chaulage à partir du début du XIXe siècle entraîne une très importante augmentation des besoins en chaux et amorce l'industrialisation de cette activité : plus forte productivité, spécialisation du métier de chaufournier, construction de fours plus performants et création d'usines consacrées exclusivement à la fabrication de la chaux.



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Les fours de l'usine de chaux de Pilorges à Coulonges-sur-l'Autize (Deux-Sèvres) : avant 1912 - Carte postale © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2003 
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Les fours de l'usine de chaux de Pilorges à Coulonges-sur-l'Autize (Deux-Sèvres) : les vestiges en 2004 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon 

Le premier four vertical, à cuisson continue et alimenté au charbon, connu dans la région est construit en 1841 à Coulonges-sur-l'Autize pour la Société des houillères de Saint-Laurs, qui cherche à valoriser dans l'activité chaufournière son charbon de médiocre qualité.


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Vestiges des fours de l'usine de chaux de Mauprévoir (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1995

La production industrielle de chaux, fortement rémunératrice, attire les investisseurs : très vite de nombreux établissements sont créés, notamment durant le troisième quart du XIXe siècle. Les usines sont installées à proximité des carrières de pierre à chaux, voire dans les carrières mêmes, et non loin d'une voie de chemin de fer qui permet d'expédier la chaux vers les lieux d'utilisation à l'intérieur ou à l'extérieur de la région. Dans les établissements, des wagonnets sur rails permettent d'acheminer la pierre et le charbon en haut des fours et de récupérer la pierre cuite en contrebas.


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Usine de chaux de la Grande-Palisse à Nanteuil (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Masson, 2003

Cette industrie s'éteint entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, concurrencée, pour l'amendement des terres, par les engrais chimiques, et, pour la construction, par le ciment. De nos jours, une seule entreprise spécialisée, à Nanteuil (Deux-Sèvres), poursuit la fabrication de chaux. De nombreux vestiges monumentaux témoignent du dynamisme de cette activité sur l'ensemble du territoire régional au cours du XIXe siècle.

Les cimenteries

Le ciment, qui sert de liant dans les maçonneries, est un matériau qui durcit à l'air ou dans l'eau. Il est obtenu en cuisant à une température de 1450° C. de la pierre calcaire contenant une certaine quantité d'argile, ou un mélange de calcaire et d'argile. Ses techniques de fabrication ne sont précisément définies que depuis le milieu du XIXe siècle. Dans la région, il est produit à partir de 1904 seulement.


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Cimenterie de la Gravelle à Mortagne-sur-Gironde (Charente-Maritime) vers 1910 - Carte postale ancienne © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2000

La première cimenterie de la région est installée à Mortagne-sur-Gironde en 1904 par la Société Lavocat et Cie, qui est également propriétaire d'usines du même type à Neuchâtel (Pas-de-Calais) et au Boucau près de Bayonne (en 1909). Cette usine est destinée à desservir le Centre et le Midi de la France. Le charbon, qui lui sert de combustible, arrive au rythme de trois à quatre bateaux par mois en provenance de Grande-Bretagne. Dans les années 1920, 120 personnes travaillent dans cette usine, qui fermera en 1936 en raison de problèmes financiers liés au surcoût de la fabrication et du transport.



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Cimenterie Lafarge à La Couronne (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1988

Deux autres établissements importants se développent à Airvault, où une usine de chaux créée en 1919 produit du ciment dès 1921, et à La Couronne à partir de 1930. Ces usines, qui fonctionnent encore de nos jours, dépendent de grandes firmes internationales (respectivement Calcia et Lafarge) . Elles se sont considérablement agrandies par la construction d'immenses fours et de bâtiments de stockage. Chacune emploie plus de 150 personnes.

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L'nventaire général du patrimoine culturel de Poitou-Charentes © Région Poitou-Charentes, 2007-2012.