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La terre : les tuileries et les briqueteries


La présence de nombreux gisements d'argile dans la région Poitou-Charentes a permis l'installation de fabriques de céramique, dont la spécialité est liée à la qualité de la terre utilisée : tuileries, briqueteries, poteries, faïenceries et porcelaineries.


Argile : terre provenant de la décomposition de roches imperméable, de couleur variée selon les minéraux qu'elle contient, elle peut être façonnée une fois pétrie avec de l'eau. Après cuisson, elle se transforme en céramique (mot provenant du grec keramos, argile).


80 usines liées à la transformation de l'argile

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Carte de localisation des usines liées à la transformation de l'argile - Source : Région Poitou-Charentes / Inventaire - Fonds : Cartographes associés, 2007

Deux tiers des soixante-dix tuileries et briqueteries industrielles sont implantés sur la frange est de la Charente et la partie nord des Deux-Sèvres. Les autres usines sont dispersées, en nombre égal, en Charente-Maritime et dans la Vienne. Traditionnellement, ces établissements produisent aussi bien des tuiles que des briques, des carreaux ou la chaux nécessaire aux maçons locaux.




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Panneau publicitaire en carreaux de faïence fabriqués dans l'usine Genevière et Bonniot à Saintes (Charente-Maritime) vers 1909 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / C. Rome, 1999





Les dix autres usines de céramique sont réparties sur l'ensemble du territoire : six d'entre elles, qui concernent la fabrication de chamotte, sont regroupées dans le sud de la Charente et de la Charente-Maritime ; deux usines de faïence, spécialisées dans la fabrication de carreaux mosaïque utilisés comme revêtement de sols ou ornement de façades, se sont installées à Saintes (en 1880) et à Cerizay (en 1910) ; les deux seules porcelaineries sont situées dans la Vienne, l'une à Persac, l'autre à Chauvigny.

Les tuileries et les briqueteries, principaux établissements de fabrication de céramique...

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Tuile mécanique de la tuilerie-briqueterie à La Grève-sur-Mignon (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1993

C'est dans la seconde partie du XIXe siècle que la région a compté le plus de tuileries-briqueteries artisanales. Elles fournissent les matériaux indispensables aux constructions locales : tuiles creuses ou plates, qui recouvrent la majorité des toits de la région, ainsi que briques et carreaux utilisés pour les souches de cheminées et les sols. Elles emploient généralement trois ou quatre ouvriers.

À partir des années 1880, le perfectionnement du matériel et l'amélioration des voies de communication, qui permet de trouver des marchés plus lointains, entraînent l'industrialisation de quelques établissements. Parallèlement, un grand nombre de fabriques poursuit son activité artisanale et ce, jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Les tuileries-briqueteries de Roumazières-Loubert et de La Rochefoucauld en Charente, regroupées en Comptoir des tuileries et briques des Charentes et de l'Ouest, connaissent dès le début du XXe siècle une notoriété nationale. Ces établissements sont encore aujourd'hui parmi les plus grands producteurs français de tuiles.


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Tuilerie-briqueterie Ravail à Reignac (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1988
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La tuilerie coopérative française, puis tuilerie briqueterie française TBF à Roumazières-Loubert (Charente), vers 1920 © / A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Maulny, 1987

... qui s'industrialisent tardivement

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Tuilerie de la Grève-sur-Mignon (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 2001

La seconde moitié du XIXe siècle est l'époque du plein développement des tuileries-briqueteries artisanales, qui fournissent les matériaux nécessaires (tuiles, briques, chaux.) aux nombreux chantiers de construction locaux alors en cours (architecture publique et religieuse, habitat). Ces nombreux établissements s'installent à proximité des gisements de terre adaptée à leur production. Ils ne fonctionnent généralement que de manière saisonnière, pendant l'été, alors que l'hiver est consacré à l'extraction de la terre.

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Tuilerie Polakowski puis Grande Tuilerie de Roumazières (GTR) à Roumazières-Loubert (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1986

La modernisation des équipements débute dans les années 1880 avec l'utilisation de premières presses entraînées par des machines à vapeur et l'installation de fours plus performants. Certains établissements sont alors en mesure de travailler également pendant l'hiver. La première tuilerie mécanique de la région fonctionne à partir de 1898, à Roumazières-Loubert, grâce à l'ingénieur Eugène Polakowski ; ce dernier y met au point la fabrication par pressage automatique de tuiles mécaniques - tuiles à emboîtement dont le premier brevet a été déposé par Gilardoni en 1844.


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Logements ouvriers de la tuilerie de Fontafie à Genouillac (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1986

Au début du XXe siècle, un grand nombre des tuileries-briqueteries ferment faute de pouvoir investir dans un équipement onéreux. Certaines se modernisent peu à peu, tout en restant de taille modeste. D'autres s'industrialisent et généralement se spécialisent dans la fabrication d'un produit unique destiné à la construction : tuiles, briques pleines ou creuses, drains, accessoires de couverture. (et, après la Seconde Guerre mondiale, briques plâtrières). Aucune d'entre elles ne produit plus de chaux, fabriquée désormais dans des usines spécifiquement équipées. Certains de ces établissements industriels deviennent d'envergure nationale, comme les tuileries de Roumazières-Loubert.

Les cinq usines regroupées en Comptoir des tuiles et briques de Charente et de l'Ouest emploient en 1922 1500 ouvriers, logés pour certains dans des cités conçues pour eux.


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Briqueterie Ayrault à Châtillon-sur-Thouet (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2002

À partir des années 1920, les améliorations techniques concernent toutes les étapes de fabrication : l'extraction de l'argile (par l'utilisation de pelleteuses, wagonnets.), sa préparation (grâce à des malaxeurs, presses.) et sa cuisson (dans des fours à très haute température qui fonctionnent non plus au bois, mais au charbon, au fuel, puis au gaz).

La crise pétrolière des années 1970 entraîne durant la décennie suivante non seulement la fermeture de la plupart des petits établissements, mais aussi celle des grandes structures vivement concurrencées par des firmes internationales.

La majorité des sites actuellement en activité dépend de grands groupes, comme Terreal (par le rachat de Tuilerie Briqueterie Française [TBF] ) et Lafarge (fusion de Perrusson, Rohmer et des Grandes tuileries de Roumazières [GTR]).

De nombreuses poteries artisanales, une seule porcelainerie industrielle

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Cuve à lessive, dite ponne, réalisée par la tuilerie-briqueterie Roulet à La Peyratte (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / C. Rome, 2002

Jusqu'au début du XXe siècle, de nombreuses fabriques de poterie et de faïence sont présentes dans la région, surtout dans le Confolentais, en Gâtine et en Saintonge ; elles fournissent des objets destinés à la vie domestique (vaisselle courante et grandes cuves servant à la lessive appelées « ponnes ») qui sont parfois commercialisés au-delà des limites régionales. Ces établissements artisanaux ne se sont pas industrialisés, à l'exception de l'entreprise de poterie créée en 1826 à Chauvigny et devenue la Porcelainerie Deshoulières.

La Porcelainerie Deshoulières

La fabrique de faïence implantée en 1826 par Jean Bozier dans un hameau de Chauvigny s'installe douze ans plus tard dans le centre de la ville, sur le ruisseau de Montauban.

L'entreprise prend une première extension, à la fin du XIXe siècle, avec la fabrication de faïence fine à l'initiative de Gaston et Fernand Deshoulières, descendants de Jean Bozier. À partir de 1906, la fabrication de grès très fin, puis de porcelaine à feu permet à cette entreprise familiale de prendre un essor remarquable. Dans les années 1970, elle occupe la première place des fabricants français d'assiettes grâce à la complète automatisation de la fabrication.

Le développement de l'usine et l'évolution des techniques de fabrication entraînent des agrandissements de bâtiments ou des constructions nouvelles durant plus d'un siècle, sans projet architectural d'ensemble. L'entreprise, installée dans trois sites différents à partir des années 1970, est désormais regroupée dans un même lieu ; elle est devenue en 2005 filiale du groupe Lomonossov.

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Presse de 1986 de la porcelainerie Deshoulières à Chauvigny (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1995
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Ouvriers exécutant les filets d'or ou de couleur à la porcelainerie Deshoulières à Chauvigny (Vienne) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1995

Une particularité : la chamotte

À partir des années 1910, une argile kaolinique, réfractaire (qui résiste à une température d'au moins 1500° C.), est exploitée dans l'extrême sud de la région, en Charente et en Charente-Maritime, aux confins de l'Aquitaine.

Six usines s'installent pour son exploitation et sa transformation en chamotte ; cette poudre, issue de la cuisson, du broyage et du tamisage de l'argile, est destinée à l'industrie de la céramique : mêlée à la terre crue, elle facilite le séchage et évite les déformations et les fentes qui se produisent souvent après cuisson. La chamotte est également employée dans l'industrie chimique à partir des années 1960.

Ces établissements utilisent d'abord des fours monumentaux verticaux, puis, à partir des années 1950, des fours rotatifs semblables à ceux des cimenteries.


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Usine de chamotte à Clérac (Charente-Maritime) : stockage de la chamotte © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996
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Usine de chamotte à Clérac (Charente-Maritime) : le four rotatif © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

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