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Le blé et les autres céréales

Les terres de Poitou-Charentes sont propices à la culture céréalière. Au tout début du XXe siècle, les récoltes se composent de blé principalement, d'orge en moindre proportion et d'un peu de seigle. Seuls le blé et l'orge ont fait l'objet d'une transformation industrielle dans la région. La sélection industrielle de semences permet d'améliorer les variétés de plantes pour obtenir une meilleure productivité.


Le blé : les minoteries

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Minoterie, Grande semoulerie de l'Ouest agrandie en 1923 - Le Gond-Pontouvre (Charente) © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Maulny, 1988

La transformation du blé en farine pour la consommation locale et pour l'exportation s'effectue dès le Moyen Âge dans des établissements conçus pour la mouture des grains ; 206 minoteries portent de nos jours témoignage de l'évolution de cette activité, qui passe de l'artisanat à l'industrie au cours du XIXe siècle.
La forme architecturale de ces établissements évolue pour répondre aux nouveaux besoins créés par la modernisation de leur équipement, qui consiste en machines de nettoyage du grain, de tri et de conditionnement de la mouture.
Si le vent et l'eau sont les seules forces utilisées initialement pour mouvoir les mécanismes, la sophistication de ces derniers nécessite des moteurs hydrauliques de plus en plus performants et le recours aux énergies thermique et électrique.

L'équipement spécialisé de la minoterie se retrouve dans la caséinerie de Surgères , où se réalise la mouture de la caséine produite dans les différentes laiteries coopératives de la région.

D'autres activités de l'industrie meunière se sont développées : la fabrication de semoules à Ligugé ou au Gond-Pontouvre, la fabrication de pâtes alimentaires par Panzani à Parthenay, de biscuits à Beurlay, à Pons et à Saintes.

Des moulins aux minoteries

Les moulins à blé, qui utilisent comme énergie l'eau ou le vent, sont des établissements artisanaux. Toutefois, un grand nombre d'entre eux ont été étudiés parce qu'ils témoignent du passage d'une forme artisanale à une configuration industrielle : il s'agit des moulins transformés en minoteries. Cette évolution n'a concerné que les moulins à énergie hydraulique, l'énergie éolienne n'étant pas suffisante pour permettre le fonctionnement de l'ensemble des mécanismes d'une minoterie.


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Moulin d'Assit du XVIIIe siècle à Manot (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Deneyer, 1989
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Minoterie Veillet des années 1910 à Glénay (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ R. Jean, 2003
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Minoterie construite en 1878 à La Rochefoucauld (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ W. van Riesen, 1987
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Minoterie des années 1930 à Pont-l'Abbé-d'Arnoult (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Deneyer, 1998

Le mot « minoterie » provient de « minot », terme désignant une ancienne mesure de capacité pour le blé et le sel, puis le contenant et enfin la farine elle-même. Il désigne à la fois l'établissement industriel transformant les grains en farine et cette activité.
Le mot « moulin » (du latin molinum dérivé de mola : meule) désigne l'appareil à moudre le grain des céréales et l'établissement qui utilise ces machines.


Des moulins implantés dès le Moyen Âge, qui évoluent à la fin du XVIIIe siècle

Carte postale - Légende ci-dessous
Le moulin de Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne) avant sa reconstruction en 1920 - Carte postale ancienne © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ M. Deneyer, 1992

Des moulins à farine sont mentionnés sur les rivières de la région dès le XIe siècle ; ainsi, le moulin de Pont-l'Abbé à La Mothe-Saint-Héray est attesté au XIIe siècle comme dépendance de l'abbaye de Saint-Maixent. Propriétés de seigneurs ou de communautés religieuses, ils sont répartis le long des cours d'eau sur l'ensemble du territoire. Nombre d'entre eux sont associés à un moulin à vent qui pallie le manque d'eau en période d'étiage.

Leur équipement se réduit jusqu'à la fin du XVIIIe siècle à un système mécanique simple composé d'une ou plusieurs roues hydrauliques qui entraînent une ou plusieurs paires de meules.


Un mécanisme simple pour la production d'une mouture ordinaire ou «à la grosse»

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Atelier de fabrication du moulin d'Assit à Manot (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ W. van Riesen, 1990

Chaque roue entraîne une seule paire de meules. Ces dernières sont faites de pierre tendre, en général extraite localement et piquée (à l'aide d'un marteau, qui lui donne l'aspérité nécessaire au broyage) très régulièrement (tous les quarante jours en moyenne, ce qui fait qu'elles ne durent pas plus de deux ans).
Seule la meule supérieure (meule tournante) tourne pour écraser le grain sur la meule inférieure (meule gisante ou dormante).
La mouture grossière obtenue est dite « à la grosse », la farine étant mêlée au son. Avant leur mouture, les grains sont lavés à l'eau puis séchés au soleil.
Cette méthode est soumise aux aléas du temps et la production qui en découle n'est pas constante. De plus, elle entraîne une grande perte de la mouture, en l'absence de système de récupération autour des meules découvertes.
En 1818, la production moyenne d'un moulin est d'environ 350 kg de farine par jour.


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Moulin de la 1ère moitié du XIXe siècle à Chabanais (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ W. van Riesen, 1989

La Révolution provoque une rupture importante pour la meunerie en raison de la suppression des moulins banaux seigneuriaux et de la mutation des propriétés : les moulins, comme les autres biens seigneuriaux confisqués, sont mis en vente et acquis par de petits propriétaires, ce qui cause leur morcellement ; une même chute d'eau actionnant plusieurs roues devient la propriété de plusieurs meuniers.

La fin du XVIIIe siècle correspond également au début d'un bouleversement technique qui, sur plus d'un siècle, transformera la meunerie en une véritable industrie.

Dans la région, deux établissements appelés « moulins à la mécanique » s'installent après 1771 et permettent, par la mécanisation des systèmes de nettoyage et de tamisage, de produire une farine plus fine et plus blanche, le minot.

Au cours du XIXe siècle, l'évolution du moulin se poursuit notamment par l'adoption, à partir des années 1820, du système du « moulin à l'anglaise », qui permet à une seule roue hydraulique d'entraîner plusieurs paires de meules. Grâce à ces perfectionnements, une farine de plus en plus blanche produit un pain blanc plus apprécié des consommateurs que le pain bis, fabriqué à partir de farine contenant du son.



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Machines à cylindres des années 1920 - Minoterie à Courlay (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ R. Jean, 2003

L'introduction en 1887 des machines à cylindres en remplacement des meules entraîne une augmentation conséquente de la productivité des établissements. C'est la naissance de la minoterie industrielle.

Au tournant des XIXe et XXe siècles, l'abandon des plus petits moulins se poursuit, tandis que la modernisation de l'équipement de certains établissements entraîne une augmentation considérable de leur productivité.

Le pain est jusqu'au milieu du XXe siècle, l'aliment de référence (en 1889, on estime à 530 g la consommation de pain, par jour et par personne).

L'activité meunière de la région Poitou-Charentes prend son plein essor au début du XXe siècle, avec la création de plus de cent minoteries.

Dans les années 1920, les établissements les plus importants ont une capacité de production de 100 à 150 quintaux (10.000 à 15.000 kg) de blé par jour et emploient de 6 à 10 personnes. À la fin des années 1930, des récoltes abondantes et un nombre croissant de minoteries entraînent une surproduction nationale de farine ; une mesure de contingentement fixe alors la quantité de blé à moudre pour chaque minoterie en fonction de son équipement et interdit la création de nouveaux établissements.

Dès ce moment s'amorce un mouvement de regroupement des capacités de production, qui induit l'agrandissement de certaines structures et la fermeture des autres. Ce mouvement se poursuit tout au long du siècle. C'est ainsi que, dans la région, le nombre de minoteries en fonctionnement, estimées à 61 en 1966, passe à 46 dans les années 1990.

206 minoteries étudiées, installées pour la plupart au bord de l'eau

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Carte de localisation des minoteries - Source : Région Poitou-Charentes / Inventaire - Fonds : Cartographes associés, 2007

La répartition des minoteries est assez régulière sur l'ensemble du territoire régional ; toutefois, le département de la Vienne en compte le plus grand nombre (64) : la meunerie a été au XIXe siècle et au début du XXe siècle la principale activité industrielle de ce département.

La quasi totalité des deux cents minoteries étudiées résulte de la transformation ou de la reconstruction d'un ancien moulin à eau, généralement utilisé auparavant pour moudre le blé.

Elles sont ainsi, pour leur grande majorité (191), implantées le long de cours d'eau et ont fonctionné à un moment donné grâce à l'énergie hydraulique.



Carte postale - Légende ci-dessous
Minoterie du Bouchot-Marin des années 1890 à Naintré (Vienne) : carte postale du début du XXe siècle © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1992

Quelques rares établissements construits ex nihilo et non tributaires de l'eau (15) se sont implantés en cœur de ville ou auprès d'une voie ferrée, de manière à faciliter l'écoulement de leur production, à l'image de la minoterie Balbon, à La Rochelle, en 1922.



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Minoterie de l'Isle de la seconde moitié du XIXe siècle à Taizé-Aizie (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes/ W. van Riesen, 1989

Seuls les sites hydrauliques au plus fort rendement pouvaient offrir l'énergie nécessaire au fonctionnement d'une minoterie : c'est ainsi que la Vienne, la Sèvre niortaise et le fleuve Charente dans sa partie supérieure (en Charente) ont vu la création de nombreux établissements ; la difficulté d'aménagement des berges de la Charente en aval a gêné en revanche l'installation d'usines en Charente-Maritime.

Les rivières au potentiel énergétique plus faible, telle la Boutonne, qui actionnaient pourtant de nombreux moulins mentionnés sur la carte de Cassini à la fin du XVIIIe siècle, n'ont pas pu connaître le même développement.


Photographie - Légende ci-dessous
Ancien moulin à marée duXIXe siècle à Chaillevette(Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1997

La force des marées a également été utilisée par cinq minoteries installées sur la côte en Charente-Maritime.
Les sites hydrauliques sont parfois délaissés au cours du XIXe siècle. Ainsi, en Charente, seuls 162 moulins à blé utilisant l'eau sont en activité en 1883, alors qu'ils étaient 867 en 1818.

D'autres énergies
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Minoterie Balbon de 1937 à La Rochelle (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1996

D'autres énergies (thermique puis électrique) ont souvent été utilisées en complément de l'énergie hydraulique.

Quelques rares établissements se sont même complètement affranchis de l'énergie hydraulique : Augustin Barreau fonde ainsi une minoterie actionnée par une chaudière à vapeur dans le bourg de Vendeuvre-du-Poitou en 1908 ; quatre ans plus tard, aux Grands-Moulins, à Montmorillon, un nouvel atelier de fabrication mu par l'énergie thermique est édifié à quelques dizaines de mètres de l'ancien. Plusieurs établissements utilisent l'électricité comme unique énergie ; le premier semble être la minoterie Balbon à La Rochelle en 1945.

L'orge : les brasseries et les malteries

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Panneau publicitaire pour la bière de Montmorillon à Saulgé (Vienne) © Club de Saulgé, 1992

L'industrie de la brasserie (fabrication de la bière) s'est illustrée dans la région à la fin du XIXe siècle par quelques entreprises, notamment à Poitiers et à Niort ; cependant les traces de cette activité passée ne subsistent aujourd'hui qu'à Saulgé, Angoulême et Saint-Jean-d'Angély.

Certains de ces établissements, comme la « brasserie de Montmorillon » à Saulgé et la brasserie d'Angoulême, sont également des malteries, c'est-à-dire qu'elles assurent la transformation de l'orge récolté dans la région en malt par sa germination artificielle et son séchage.

Les opérations suivantes de la brasserie comprennent : la transformation du malt en farine, son mélange avec de l'eau, sa saccharification (conversion en sucre), l'addition de houblon - qui provient surtout d'Allemagne ou d'Autriche, et un peu de l'est de la France - et enfin, son ébullition pendant une ou deux heures.

Les semences : les usines de sélection de semences

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Usine de sélection de semences des frères Fautrat à Thouars (Deux-Sèvres) en 2003 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2003

Deux entreprises de sélection de semences, créées à Thouars au début du XXe siècle, l'une par Louis Ferrand et l'autre par Léon Fautrat, se sont regroupées en 1927 sous la raison sociale : Société des Frères Fautrat.

Cet important établissement, situé à proximité de la gare de la ville, est spécialisé dans la sélection et le commerce de graines potagères, fourragères et de fleurs. Ses cultures couvrent 800 hectares autour de la ville. Sa clientèle, constituée exclusivement de marchands grainiers, est informée par le biais d'une revue créée à son intention et intitulée « Le Marchand grainier ».


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Le patrimoine industriel de Poitou-Charentes
L'nventaire général du patrimoine culturel de Poitou-Charentes © Région Poitou-Charentes, 2007-2012.