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La betterave sucrière : les sucreries et les distilleries


Dans la région Poitou-Charentes, les sucreries et distilleries d'alcool de betterave sont les premiers établissements industriels installés en milieu rural, dans le courant du XIXe siècle.

Cette industrie permet le développement d'une activité agricole nouvelle (la culture de la betterave) et l'intensification de l'élevage bovin (nourri par les pulpes de la plante). Les établissements de transformation de betterave, malgré leur nombre réduit, jouent un rôle moteur dans le développement local, comme les laiteries le feront à la fin du XIXe siècle.



La betterave sucrière en remplacement de la canne à sucre

betterave sucrière

La culture de la betterave sucrière est introduite dans la région Poitou-Charentes, comme dans les autres régions de France, au début du XIXe siècle, sous le premier Empire. Elle permet de remplacer la canne à sucre dont l'importation est rendue difficile par la guerre avec l'Angleterre depuis 1793.

La betterave sucrière est un légume-racine en forme de gros cône à la chair claire. On en extrait un jus qui renferme environ 15  % de sucre. Cette richesse en sucre avait été remarquée dès le XVIe siècle par Olivier de Serres, un des créateurs de la science agronomique française.

La sucrerie de betterave emprunte ses méthodes de fabrication à la sucrerie de canne.

Les traces d'une raffinerie de sucre de canne à La Rochelle

La canne à sucre en provenance des Antilles est transformée à La Rochelle, à partir de la fin du XVIIe siècle, dans une douzaine de manufactures. Cette industrie décline rapidement en raison de la forte concurrence bordelaise et nantaise, et des difficultés d'importation des produits coloniaux. Ainsi, en 1798, l'unique raffinerie en activité dans la ville n'occupe plus que douze personnes sur les quatre-vingts qu'elle employait auparavant.

Aujourd'hui, il subsiste à La Rochelle les traces d'un seul établissement, rue de l'Evescot, créé à la fin du XVIIe siècle et fermé en 1850.

Le sucre de canne

De la canne au sucre roux

La première transformation se déroule à proximité du lieu de culture de la canne à sucre  : le jus de la canne est extrait dans un moulin à canne, puis chauffé dans une chaudière avec de la chaux. Après évaporation, on obtient d'un côté la mélasse, qui est transférée à la distillerie pour la fabrication des rhums et alcools, et de l'autre le sucre roux.

Le raffinage du sucre

La seconde transformation, celle du blanchissage du sucre roux, s'effectue en raffinerie, dans les ports européens où accostent les vaisseaux en provenance des Antilles. Dans ces usines, le sucre brut est cuit dans une succession de chaudières, avec ajout de sang de b½uf et de chaux. Ce mélange est ensuite clarifié par suppression de l'écume formée par les impuretés, puis le sucre est versé dans des moules, refroidi et conditionné .

Les premières sucreries artisanales en Charente-Maritime

Photographie - Légende ci-dessous
Ancienne sucrerie à Pons (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / C. Rome, 1999

Le procédé industriel d'extraction du sucre de la betterave est mis au point au tout début du XIXe siècle. En 1812, Napoléon I er fait débloquer d'importants crédits pour le développement de l'agriculture betteravière et de l'industrie sucrière.

Quelques grands propriétaires de la région, comme le duc Decazes au Fouilloux (Charente-Maritime), dans les années 1820, tentent de promouvoir la culture de la betterave, pour sa double vocation : la fabrication de sucre et l'engraissement du bétail avec les pulpes.

C'est en Aunis, en Charente-Maritime, que s'amorce le développement de cette activité, avec la création à partir de 1840 des premières sucreries artisanales, celle de Ballon - qui ferme 8 ans plus tard - puis celles de Saint-Rogatien, du Gué-d'Alleré et de Chambon.

Deux sucreries industrielles sont connues dans la région : l'une installée à Saint-Léger-de-la-Martinière dans les Deux-Sèvres en 1872 et l'autre créée à Pons en Charente-Maritime en 1881.

Une nouvelle activité : la distillerie d'alcool de betterave

Photographie - Légende ci-dessous
Distillerie d'alcool de betterave à Aigrefeuille-d'Aunis (Charente-Maritime) avant sa destruction en 1944 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Maulny

Dans les années 1850, une nouvelle activité liée à la betterave apparaît dans la région, celle de la distillerie d'alcool destiné à la consommation de bouche ou à l'industrie.

Cette activité, qui nécessite des équipements plus simples, moins de combustible, ainsi qu'une main-d'½uvre moins qualifiée que la sucrerie, se développe rapidement dans les Deux-Sèvres : dix-sept distilleries d'alcool sont ainsi créées dans la plaine de Niort et le Mellois, entre 1855 et 1870, puis en Charente-Maritime, à Forges-d'Aunis et Aigrefeuille-d'Aunis . Les distilleries d'alcool de betterave sont plus rares dans la Vienne et en Charente.

Les deux sucreries de Saint-Léger-de-la-Martinière et de Pons s'orientent très vite elles aussi vers l'élaboration d'alcool.

Jean-François Cail, promoteur de l'industrie de la betterave dans la région

Photographie - Légende ci-dessous
Buste de Jean-François Cail sur la façade de l'hôtel de ville de Chef-Boutonne (Deux-Sèvres) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / C. Rome, 2001

L'installation des distilleries agricoles est le fait de grands propriétaires ou d'hommes désireux d'améliorer l'agriculture par l'industrie et ainsi de développer l'économie du monde rural. Jean-François Cail joue un rôle éminent dans cette industrie, en tant que fabricant de matériel (en succédant à Derosne) et créateur lui-même de fermes agricoles au milieu du XIXe siècle (les Plans à La Faye et la Briche en Indre-et-Loire) et d'une sucrerie fondée à Melle en 1872, un an après son décès.

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Distillerie du domaine des Plans à La Faye (Deux-Sèvres) créée par Jean-François Cail © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2005

Jean-François Cail, natif de Chef-Boutonne, crée une distillerie d'alcool de betterave sur son domaine des Plans à La Faye vers 1855. Les écrits qu'il produit sur l'organisation de son usine sont largement diffusés et contribuent au développement des distilleries agricoles.


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Vue cavalière du domaine des Plans à La Faye (Deux-Sèvres), dans Mémoire sur le domaine agricole des Plans par Jean-François Cail, 1867 © Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2006

Une industrie au service du développement rural

Cette activité est considérée durant la seconde moitié du XIXe siècle comme une mise en valeur agricole particulièrement rentable ; elle assure des bénéfices élevés et permet, grâce aux pulpes, de développer l'élevage intensif des bêtes de boucherie. Certains grands propriétaires valorisent ainsi leur domaine, comme ceux des anciennes forges de Lhommaizé et de Combiers qui les transforment en distillerie de betterave et de topinambour à la fin du XIXe siècle.

Au moment de l'épidémie du phylloxéra qui prive la région de ses vignes, l'alcool de betterave pallie partiellement le manque d'eau-de-vie de cognac.


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Étang et distillerie d'alcool de betterave à Lhommaizé (Vienne) en 1889 - Cliché R. Paul © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1995
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Vestiges de la distillerie d'alcool de betterave à Lhommaizé (Vienne) en 1995 © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer

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Distillerie d'alcool de betterave à Ansac-sur-Vienne (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1989

La plupart des distilleries de la région n'ont fonctionné que peu de temps, en raison d'une production betteravière insuffisante, d'une mauvaise gestion ou encore de problèmes de pollution de l'eau.

La culture de la betterave ne fait que diminuer dans la région au cours du XXe siècle. Quelques usines seulement perdurent, la plus importante, celle de Saint-Léger-de-la-Martinière est bientôt transformée en usine chimique, celle de Forges est la dernière à fermer en 1961.

Cependant, on constate deux nouvelles installations autour des années 1940, destinées à la production d'alcool industriel : l'une est située à Ansac-sur-Vienne et ferme dans les années 1960 ; l'autre, à Saint-Pierre-de-Maillé, cesse son activité en 1972.

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