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Les fibres textiles : les filatures et tissages, les usines de feutre, les usines d'habillement




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Les bâtiments du tricotage de l' usine textile à La Rochefoucauld (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / W. van Riesen, 1987

Les fibres textiles, d'origine végétale (chanvre, lin, coton et jute) ou animale (laine), utilisées en Poitou-Charentes dans la fabrication de fils et de tissus, donnent lieu à de nombreuses activités : filatures, tissages, usines d'habillement (bonneterie, confection, pantoufles.), usines de feutre. De plus, les chiffons en fibres végétales ont longtemps été utilisés comme matière première exclusive dans les moulins et usines à papier, jusqu'à l'emploi de la pâte de bois à la fin du XIXe siècle.

Des fibres locales : végétales.

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Arrachage du chanvre à Ouzilly (Vienne) - Photographie du début du XXesiècle, dans Mémoire en images ;le pays châtelleraudais, 1999 © Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2002

Le chanvre et le lin sont des plantes cultivées dans la région en grande quantité jusqu'à la fin du XIXe siècle ; les fibres extraites de leurs tiges servent à la fabrication de toiles rustiques nécessaires aux besoins des ménages (draps, nappes, serviettes, chemises.).

Leur traitement reste essentiellement une activité exercée à domicile en dehors des périodes des travaux agricoles. Toutefois, quelques usines de filature et tissage sont créées dès le début du XIXe siècle.


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Détail d'une planche de l' Encyclopédie Diderot et d'Alembert : Corderie - 1762 © Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / G. Beauvarlet, 2006

Dès sa création au sein de l'arsenal de Rochefort, en 1670, la corderie royale est destinée à fournir en cordages la Marine royale et les colonies d'Amérique. Elle utilise le chanvre provenant d'autres régions comme l'Auvergne et la Bretagne, en raison des très grandes quantités nécessaires ; elle en assure ensuite le traitement complet, depuis la filature jusqu'à la fabrication de cordes. (Pour découvrir l'histoire de la corderie royale, voir la bibliographie ).

... et animales

La laine est produite en grande quantité, grâce à un élevage ovin important sur l'ensemble du territoire, notamment en Gâtine et dans le Confolentais.

Comme le chanvre et le lin, elle est traditionnellement filée et tissée par des tisserands travaillant à façon ; à partir des années 1830 s'implantent des fabriques destinées à sa transformation industrielle.

À la fin du XIXe siècle, l'essor de la papeterie entraîne une forte demande en feutre (étoffe de laine) servant au pressage du papier. En 1960, sur les quatorze fabriques françaises de feutre, six sont implantées en Charente, dont cinq à Angoulême et sa proche banlieue. De l'industrie du feutre naît également celle de la pantoufle « charentaise », qui devient emblématique du département de la Charente.


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Usine textile à Confolens (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1989
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Une machine à tricoter de l' usine textile à La Rochefoucauld : © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / W. van Riesen, 1987

Quant aux quelques tentatives régionales d'élevage de vers à soie au cours des XVIIIe et XIXe siècles, elles ont toutes très vite avorté.

Des fibres végétales importées aux fibres synthétiques

Le coton (entourant les graines du cotonnier ) et le jute (extrait d'une plante herbacée) sont importés, d'Asie et d'Amérique pour le premier et du Sud-Est asiatique pour le second, et ont également donné lieu à quelques implantations industrielles dans la région, à Biard, Saint-Jean-d'Angély, La Rochelle...

Depuis les années 1960, les fibres synthétiques permettent la fabrication de tissus spéciaux destinés à l'industrie.

Une industrie textile peu développée dans la région

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Carte de localisation des usines textiles - Source : Région Poitou-Charentes / Inventaire - Fonds : Cartographes associés, 2007

Cinquante-deux usines textiles ont été étudiées dans la région.

Ce nombre paraît relativement faible au regard des activités artisanales largement répandues sur l'ensemble du territoire jusqu'au XIXe siècle : activités domestiques de filatures et tissages, moulins à foulon, teintureries. Il s'explique notamment par la concurrence des régions du nord de la France qui empêche le développement industriel de ces activités.

Parmi les dix-huit usines de filature et de tissage, sept se sont installées dans les Deux-Sèvres : dans les bassins de la Sèvre nantaise et de la Sèvre niortaise, situés dans ou auprès de la Gâtine, dont l'activité principale d'élevage de moutons fournissait la matière première. Onze usines se sont implantées dans les trois autres départements : quatre dans la Vienne, dont la filature de Ligugé qui connaît un développement important sur plus d'un siècle, quatre en Charente et trois en Charente-Maritime, qui s'installent plus tardivement et concernent exclusivement le travail du jute et du genêt.

Deux usines à caractère exceptionnel sont par ailleurs liées au travail du chanvre : la première, à Ouzilly dans la Vienne, est la seule de la région à assurer la préparation de la fibre ; la seconde est la célèbre corderie royale de Rochefort. Sur les treize usines de feutre, onze se sont implantées dans le bassin du fleuve Charente et dans l'Angoumois, pour alimenter l'industrie papetière.

Trois usines d'apprêt des étoffes et de teinturerie servent d'annexes à des fabriques de la Gâtine deux-sèvrienne.

Enfin, les dix-huit usines d'habillement se situent principalement dans le nord des Deux-Sèvres, dans la zone d'attractivité de Cholet.

Une usine de préparation du chanvre à Ouzilly

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L'usine de traitement du chanvre à Ouzilly (Vienne) au début du XXe siècle, carte postale © A. privées- Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1992  

Une seule usine de préparation du chanvre est connue à ce jour dans la région ; elle est installée à Ouzilly en 1876 par MM. Jamet et Prinet. Le chanvre, récolté par les cultivateurs de la commune et des localités voisines, est acheté par la maison Jamet-Prinet, qui en assure le traitement jusqu'à l'obtention de la filasse. Cette dernière, portée à la gare de Saint-Genest-d'Ambière, est expédiée en grande partie en Amérique du Sud, via le port de Bordeaux.

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L'usine de traitement du chanvre à Ouzilly (Vienne) : ses vestiges en 1992 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1992

L'industrialisation des activités textiles à partir de 1820

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En-tête de lettre de la filature à Saint-Maixent-l'École (Deux-Sèvres), dans Saint-Maixent au fil de ses rues, de ses monuments et de son histoire, Soc. hist. arch. du Val-de-Sèvre, 1994 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / A. Dagorn, 2004

Le traitement des fibres textiles devient industriel en Poitou-Charentes à partir de 1820.

Les premières installations concernent le travail de la laine et ont lieu dans les Deux-Sèvres, à Châtillon-sur-Thouet, Saint-Maixent-l'École, Niort, Azay-sur-Thouet ainsi qu'à Largeasse, et en Charente, à Condac .

Une filature de coton est fondée en 1828 à Biard, près de Poitiers, et une autre usine du même type s'installe un peu plus tard à Niort.

À partir des années 1840 s'établissent de nouvelles entreprises à Salles et Chef-Boutonne pour la transformation de la laine puis, à partir de 1850, à Ligugé et Confolens pour celle du chanvre.

Toutes ces premières créations, à l'exception de celle de Biard, sont édifiées à l'emplacement d'anciens moulins, près de l'eau, utilisée à la fois pour l'énergie et le traitement des fibres. L'énergie thermique sera utilisée très tôt dans les filatures : ce sont les premières usines régionales à être équipées de machines à vapeur.

Deux établissements renommés

En-têtê d'une lettre de 1921-Légende ci-dessous
En-tête de lettre de 1921 de la filature à Ligugé (Vienne) © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / R. Jean, 2006

Deux établissements, qui associent le tissage à la filature, connaissent un développement particulier.

L'établissement de Biard, créé en 1828 en tant que filature de coton et usine de bonneterie, prend rapidement une remarquable expansion, puisque ses productions sont vendues en France, en Suisse, en Italie et aux Etats-Unis. Des difficultés d'approvisionnement, dues à l'arrêt de l'exportation du coton américain en raison de la guerre de Sécession, entraîneront sa fermeture en 1862.

La filature de Ligugé, créée en 1856, devient en 1870 la deuxième entreprise du département de la Vienne avec près de 350 ouvriers et la plus importante usine de filature et tissage de la région. À l'origine, elle utilise le chanvre récolté dans les environs de Ligugé et dans le voisinage de Lencloître, puis provenant de différentes régions de France et de l'étranger. Dans le courant du XXe siècle, on y traite du jute importé d'Inde. L'établissement assure les différentes opérations de foulage, coupage, peignage, filage et tissage pour la réalisation de toiles, de sacs ou de sangles, ainsi que la fabrication de ficelles et de tresses. La filature fermera en 1976.

La plupart des filatures et tissages ferment dès la fin du XIXe siècle

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Usine de filature et de tissage de la Pallice à La Rochelle (Charente-Maritime), vue aérienne des années 1960, dans La Pallice : les grandes luttes syndicale (Paroles de Rochelais), mai 1997 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1997

Les premières usines de filature et de tissage créées dans la région ferment à la fin du XIXe siècle en raison notamment de la concurrence d'autres régions de France plus spécialisées dans le textile. Seuls demeurent de cette génération les établissements de Salles et de Ligugé, qui cessent leur activité respectivement en 1934 et 1976.

Quelques entreprises voient encore le jour au début du XXe siècle, tel le Comptoir Linier, usine de filature et tissage de jute implantée à la Pallice, en 1901, en raison de la facilité d'approvisionnement : les balles de jute arrivent par bateau à quelques centaines de mètres de l'usine.

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Inscription sur la cheminée (C.M.M.P. 1947) de l' usine de traitement de genêt à Saint-Vaize (Charente-Maritime) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / S. Guignard, 1999



Stratégie et économie de guerre provoquent, dans les années 1940, le déplacement d'une filature de jute, initialement installée dans une région sinistrée, à Bischwiller (Bas-Rhin), dans une ancienne chocolaterie de Saint-Jean-d'Angély, et l'implantation à Saint-Vaize d'une usine de rouissage et de défibrage de tiges de genêt, matière textile destinée à suppléer le coton d'outre-mer.

L'industrie du feutre naît de l'essor de la papeterie dans l'Angoumois

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Usine de feutre au Gond-Pontouvre (Charente) © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / P. Moisdon, 2001

L'activité papetière est connue depuis le XVIesiècle en Poitou-Charentes et plus particulièrement en Charente, dans l'Angoumois. La fabrication feuille à feuille du papier nécessite l'utilisation de feutre pour l'égouttage. Avec l'installation de machines à papier en continu, le besoin en feutre s'accroît et entraîne à partir des années 1860 la création d'usines de feutre. Parmi les douze usines de feutre connues, dix sont de grands établissements situés dans l'Angoumois.

Certains de ces établissements diversifient leur production, avec la fabrication de courroies à partir des années 1910 et de couvertures pour literies dans les années 1950.

Chaque fabrique de feutre possède l'ensemble des ateliers nécessaires à l'élaboration de l'étoffe, depuis la filature jusqu'à la finition.

L'industrie de l'habillement se développe au début du XXe siècle

Dix-huit usines d'habillement s'installent durant la première moitié du XXe siècle dans la région et plus particulièrement dans les Deux-Sèvres. La production, spécifique à chaque usine, est très diverse : chemises, bonnets, bas, perruques, pantoufles et vêtements de toutes sortes.

Dans le département de la Charente, la fabrication de pantoufles dites charentaises prend un essor important dès le début du XXe siècle. Quelques usines s'installent également en Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres.


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Usine de pantoufles à Angoulême (Charente), 117 rue de Bordeaux © Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / M. Deneyer, 1990
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Usine de confection à Courlay (Deux-Sèvres), vers 1975 © A. privées - Reproduction Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes / G. Beauvarlet, 2003

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