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Dossier documentaire d'usine

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Usine de matériel électrique industriel Leroy Somer
Angoulême (Charente), boulevard Marcelin Leroy Sillac

photo de la notice
Façade et entrée principale. © Inventaire général / Phot. Inv. M. Deneyer
Date de l'enquête : 1989

Historique :

Cette usine est créée en 1919 par Marcelin Leroy sur le site de Sillac nord. Les bâtiments sont reconstruits et modernisés vers 1950, après la construction de nouveaux ateliers de fabrication, du caissage, d'un quai d'expédition et d'un bâtiment administratif à Sillac sud par les ouvriers de l'usine en 1947. La fonderie date vraisemblablement des années 1950-1960, ainsi que l'atelier de fabrication des alternateurs. Le transfert de la fonderie sur le nouveau site de Rabion a lieu en 1973. La production en 1925 est de 12000 moteurs par an, en 1939, elle est de 55000. En 1950, il y a la création du moteur N de type ferme à refroidissement extérieur. En 1964, il y a une fonderie d'acier avec un four électrique de 1200 kw, une fonderie de fonte d'une capacité de dix tonnes par jour et une fonderie d'alliage léger. L'effectif en 1939 est d'environ 200 personnes et, en 1988, 617 personnes.

Description :

Le bureau est en moellon et brique, à trois étages, avec terrasse en béton. L'atelier de fabrication (2) en rez-de-chaussée, est en béton, avec shed couvert de ciment amiante. Le magasin industriel (3) avec quai d'expédition, est en moellon, rehaussé de deux étages en béton, avec toit à longs pans et ciment amianté en couverture. Le bâtiment du service achats (5) est en moellon, avec toit bombé en béton. L'atelier de fabrication (4) est en béton, avec charpente métallique apparente et shed. L'ancienne fonderie est à toit à longs pans et lanterneau. L'ancien atelier de fabrication (7) pour le caissage, en rez-de-chaussée, est en moellon, avec toit bombé en béton.

Documentation :

● Archives :

Archives privées. Ets Leroy Sommer.

● Bibliographie :

" Le moteur électrique ". In : Images de Charente. Paris, 1964. P. 110-113

● Annexe 1 :

Le moteur électrique. Extrait de : Images de Charente, Paris, 1964.


Avec plus de 250 000 appareils fabriqués annuellement, les Moteurs Leroy, dont les usines se dressent à la sortie d'Angoulême sur la route de Bordeaux, se placent en tète de la production française des machines électriques tournantes d'une puissance de 0,25 à 800 ch. Qui s'imaginerait que ces vastes bâtiments doivent leur implantation à la fois au hasard et à la volonté d'un seul homme ? Car ce sont les hasards de la première guerre mondiale qui amenèrent à Angoulême Marcellin Leroy, natif du Pas-de-Calais où son père exerçait la profession de forgeron. Décidé à y créer, en 1919, un atelier de mécanique et d'électricité, il débuta sans capitaux et sans concours extérieurs. Bientôt cependant, grâce à un travail acharné, l'affaire prit une extension rapide : en 1925 la production atteignait 1 000 moteurs par mois ; en 1939 elle était de 55 000 machines fabriquées annuellement avec 200 ouvriers seulement. Les Moteurs Leroy dès lors ne quitteront plus leur place privilégiée dans le potentiel économique du Sud-Ouest.

Vint la seconde guerre mondiale, puis la Libération. Dès 1947, M. Leroy mit au point des alternateurs pour groupes électrogènes en vue de dépanner les industriels victimes de la pénurie de courant électrique. Et en 1950 se situa le véritable tournant dans les destinées de l'entreprise par le lancement sur le marché d'un moteur révolutionnaire, de type " fermé " à refroidissement extérieur : il s'agissait du moteur " N " qui depuis a fait ses preuves dans le monde entier.

Pour bien comprendre l'essor pris par l'entreprise, il est nécessaire de savoir que l'idée force qui a toujours dominé les réalisations est la croyance aux vertus de l'indépendance. Il en est découlé trois grands principes :
- Autonomie financière,
- Indépendance technique,
- Équilibre et variété des fabrications.

Pour conserver son autonomie financière, Marcellin Leroy préféra en ses débuts, travailler avec des machines d'occasion plutôt que d'emprunter de l'argent. Tous ses bénéfices, il les réinvestissait en ses ateliers. Ainsi l'usine put ensuite faire peau neuve, puis s'agrandir. Aujourd'hui, plusieurs années après la disparition du créateur de l'affaire, l'esprit " maison " demeure, et la politique d'autofinancement est rigoureusement poursuivie. La charge directoriale est assurée par M. Georges Chavannes, co-gérant, collaborateur de Marcellin Leroy et choisi par lui comme successeur.

Dans le domaine des fabrications, Marcellin Leroy avait très tôt appliqué les méthodes de l'intégration industrielle en réalisant sur place le plus d'opérations possibles. Cette ligne de conduite fut sans doute d'origine mi-sentimentale, mi-économique, dictée à la fois par le désir de ne dépendre d'aucun sous-traitant et par la volonté de ne pas accroitre les prix de revient par le coût de transport de pièces détachées en une ville éloignée d'industries soeurs. Aujourd'hui les roulements à billes et les fils électriques sont à peu près les seuls produits finis importants en provenance de l'extérieur. Et si cette intégration a eu pour conséquence la constitution d'ateliers de plus en plus vastes et nombreux au fur et à mesure que la firme prenait de l'extension, le problème fut résolu par la constitution d'une équipe de bâtisseurs attachés en permanence à l'usine. En ce qui concerne la production, dès ses débuts encore, Marcellin Leroy sut accepter de fournir aux industriels qui en taisaient la demande, les appareils spéciaux dont ils avaient besoin et que les marchés concurrentiels de la fabrication en série ne pouvaient fabriquer. Aujourd'hui " tout ce qui touche de près ou de loin aux moteurs électriques est notre affaire " déclarent les dirigeants de la firme. Le seul catalogue des matériels de série Leroy ne comporte pas moins de 50 familles, parmi lesquelles, outre les machines électriques à courant alternatif ou continu, on relève des convertisseurs de courant, des groupes moto-pompes, des moteurs-freins, des groupes moto-réducteurs, des variateurs de vitesse électroniques, voire des groupes frigorifiques.

Ainsi actuellement, pour assurer une production aussi importante que variée, les moyens mis en oeuvre par les Moteurs Leroy se révèlent à la fois puissants et de caractère universel.

Avant de parcourir les ateliers, et pour suivre plus clairement les différents stades de fabrication, disons de façon bien simpliste qu'un moteur électrique est en fait une machine composée d'une partie fixe, le " stator ", dans lequel tourne une partie mobile, le " rotor ". Ce rotor est maintenu à l'intérieur du stator par des flasques. Les stators contiennent toujours du bobinage ; les rotors n'en sont pourvus que pour certaines utilisations.

Dans un premier atelier, destiné au découpage, sont préparées les parties " actives " du moteur. On y débite chaque jour 20 tonnes de tôles magnétiques. La production du matériel normal est assurée par des presses " à suivre " découpant simultanément une tôle stator et une tôle rotor, sans reprise complémentaire. Pour les fabrications spéciales, des batteries de presses classiques et d'encocheuses peuvent durer en action. Les déchets de découpage sont acheminés vers les fonderies.

La fonderie d'acier dispose d'un four électrique d'une puissance de 1 200 kW et peut fournir une tonne d'acier moulé à l'heure. De là sortent les carcasses et pièces pour machines spéciales, en particulier les moteurs à courant continu et marine nationale.

La fonderie de fonte, d'une capacité de 10 tonnes par jour, permet la réalisation des flasques de certains stators, de pompes ou de réducteurs. Une chaîne de machines à mouler, alimentée par sableric automatique, fournit chaque jour plusieurs milliers de moules. Un hall de moulage à main est réservé aux fabrications particulières. Le séchage rapide des noyaux s'effectue grâce â une étuve à haute fréquence et passage continu.

L'exploitation des brevets du moteur " N ", réalisé par coulée directe d'alpax sur le paquet de tôles magnétiques préalablement découpées a justifié l'installation d'une fonderie d'alliages légers. La coulée des stators pour machines de 5 à 170 ch est réalisée par gravité. Pour les rotors, petites carcasses et pièces accessoires, dix machines à couler permettent l'injection d'aluminium sous pression de 500 g à 15 kg. Trois tonnes de lingots sont nécessaires à la consommation journalière.

Un département implanté récemment, par suite du développement des matières plastiques dans les fabrications industrielles, produit planchettes à bornes et ventilateurs.

Pour réaliser les opérations mécaniques les plus diverses, les Moteurs Leroy disposent d'un parc impressionnant de machines-outils : 150 tours automatiques, semi-automatiques, à copier, qui usinent des pièces allant jusqu'à 1,10 m de diamètre et 4 de longueur ; 30 fraiseuses à cycle automatique ou universelles ; des machines à percer, brocher, rectifier, tarauder, etc. Quant à l'atelier d'outillage, il fabrique au sein même de l'usine, les outils de découpage, les moules à injection, les coquilles pour coulée par gravité, les plaques modèles pour fonderie et les montages d'usinage.

L'atelier de bobinage permet l'enroulement des sections de fil et leur mise en place dans un millier de stators par jour. Des ateliers spéciaux exécutent les induits à courant continu, les roues polaires d'alternateurs, les rotors bobinés, etc. Les stands d'imprégnation, où est assurée l'isolation, sont adaptés aux cycles de séchage, trempage et cuisson nécessités par les vernis correspondant aux différentes conditions d'utilisation.

Toutes les machines de série subissent enfin, après montage, un essai de vérification des principales caractéristiques électriques. Afin de permettre le fonctionnement des moteurs sous tous les climats, leur résistance est éprouvée en chambre humide et température variable.

Il est impossible de terminer cet exposé sans citer en parallèle à un équipement industriel remarquable, toute une structure sociale qui prouve qu'en cette usine les soucis de rendement et de productivité n'ont pas aliéné, dans l'esprit des dirigeants de la firme, le désir de faciliter sans cesse la promotion de tous les collaborateurs, à quelque échelon qu'ils participent à l'oeuvre commune : l'ensemble du personnel est associé intimement à la marche de l'entreprise par deux contrats d'intéressement, l'un au chiffre d'affaires, l'autre à l'amélioration de la productivité. Un comité d'entreprise extrêmement dynamique préside à l'ensemble des activités sociales : aide au logement, journal d'entreprise, organisation de fêtes variées, association culturelle, camping, etc. Une cantine moderne sert, pour un prix modique, 1 200 repas simultanément. Un club sportif enfin permet à chacun de pratiquer, sur des terrains aménagés ou en salle, la disci-pline de son choix.

Un climat social détendu, une organisation efficace, un équipement industriel ultra-moderne, ont permis de quintupler la production en un délai record de cinq ans.

Sur le plan international, la conclusion d'un accord de normalisation des matériels européens ouvre aux Moteurs Leroy les plus vastes perspectives d'avenir. " Nous assurons actuellement 30 % de la production française des machines électriques basse tension, déclare M. Georges Chavannes, et ce que nous voulons, c'est couvrir le même pourcentage dans le Marché commun. " Programme d'ambition certes, mais à la portée d'une firme dont le renom a déjà largement dépassé les frontières du vieux continent. Ce rayonnement se traduit aussi dans le fait que plusieurs pays font appel aux ingénieurs et aux brevets Leroy pour développer la fabrication des machines électriques tournantes et en perfectionner les techniques. Ainsi, les usines d'Angoulême vont bientôt doubler leur superficie en passant de cinq à dix hectares. Les successeurs de Marcellin Leroy ont largement poursuivi le chemin tracé par le " patron ".
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Le patrimoine industriel de Poitou-Charentes, 2007-2012.
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