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Dossier documentaire d'usine

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Moulin à blé, usine à papier, puis usine textile, usine de feutre pour papeterie Bricq et Cie
Montbron (Charente), le Moulin-Neuf

photo de la notice
Atelier de fabrication (tissage), façade sur l'eau. © Inventaire général / Phot. Inv. M. Deneyer
Date de l'enquête : 1989

Historique :

Un moulin à blé et à huile à trois roues est mentionné en 1838. En 1863 s'ajoute une papeterie à quatre vannes motrices, appartenant d'abord à Rousselot, puis, en 1866, à Georget, qui reconstruit le moulin et la papeterie en 1871. En 1883, le foulonnier Jean Bricq achète le tout, le fait démolir en 1889, et fait construire en 1890 une teinturerie et l'atelier de fabrication, en 1892, un séchoir et un bureau et installe une machine à vapeur. En 1902 sont adjoints la filature et la conciergerie et, en 1905, un magasin de laine et le logement patronal. En 1953 est édifié un atelier de fabrication pour les couvertures.
Les métiers à tisser les courroies sont de Robert Hall and sons, de Bury (Grande-Bretagne), de 1920 ; Oscar Moeschler, de Meetane I.S., de 1920 ; Cordebart Michaud (Angoulême). La fileuse en continu est de la marque Carniti de Oggiono (Italie). Il y a une turbine de 175 kW. La machine à imprégner les courroies de goudron provient de la maison Duveaux frères (Angoulême).
L'effectif en 1988 est de 404 personnes.

Description :

L'atelier de fabrication, le magasin, l'entrepôt, l'atelier de réparation et le bâtiment d'eau en rez-de-chaussée, sont en moellon enduit, avec toit à longs pans et shed pour certains ateliers de fabrication, couverture de tuile mécanique. Le logement patronal est à un étage et étage de comble, avec toit à longs pans brisés couvert d'ardoise. La cité ouvrière est composée de six maisons à un étage. Le bureau est en béton. Les ateliers de la 2e moitié du 20e siècle sont en brique ou en parpaing de béton, en rez-de-chaussée avec toit à longs pans et ciment amianté en couverture. La surface du site est de 145000 m2 et la surface bâtie de 45000m2.

Documentation :

● Archives :

Archives départementales de Charente, S 342. Moulin Neuf, moulins haut et bas de Montbron, de Mongaudier, de Menet, de Pierre-Pensu à Montbron.

● Bibliographie :

" Bricq ". Publicité de l'Ets Bricq et Cie. Montbron, s. d.
" Du feutre à la couverture de laine ". In : Images de Charente. Paris, 1964. P. 103-105
Historique de la S. A. Bricq et Cie.

● Annexe 1 :

Du feutre à la couverture de laine. Extrait de : Images de Charente, Paris, 1964.


Le département de la Charente, dont la vocation agricole ne peut pleinement s'affirmer en raison de la nature accidentée du terrain, a été longtemps un centre d'élevage du mouton. Dans les foires qui se tenaient en chaque chef-lieu de canton, les éleveurs avaient coutume d'apporter leur laine pour la vendre à des transformateurs qui la muaient en couvertures ou en tissus de vêtements très épais appelés " cuir laine ".

C'est à cette activité, la fabrication des draps de laine, que les établissements Bricq de Montbron se sont voués dès 1865. L'objet de la société fut ensuite étendu aux feutres de papeteries, et dès 1904 cette nouvelle production se développa rapidement grâce à la construction de nouveaux ateliers et à l'implantation de matériels perfectionnés. En 1910, la firme entreprit la fabrication des courroies ternies, commercialisées sous la marque " Nervus ".

Enfin, en 1953, pour permettre d'utiliser au maximum son potentiel industriel, la société a lancé la fabrication de couvertures pour literie, unies, double face, écossaises. C'est sur cette fabrication, devenue maintenant la plus importante de l'usine, que nous voudrions quelques instants arrêter nos regards.

Depuis les âges les plus reculés, il est curieux de constater que le travail de la laine a été assimilé à l'une de sciences les plus précieuses de la vie matérielle : lorsque Jason, à la tête de l'expédition des Argonautes, s'embarquait vers le Moyen Orient pour se lancer à la conquête de la fameuse " Toison d'Or ", celle-ci symbolisait alors non seulement les connaissances intellectuelles et artistiques, mais encore tout le savoir acquis dans le domaine pratique, tel que confection des poteries, travail du cuir et des métaux, teinture et tissage des laines, etc.

Aussi, les établissements Bricq ont-ils heureusement choisi pour marque de fabrique cette " Toison d'Or ", symbole d'une qualité sans cesse améliorée.

Chacun sait que, par les qualités qu'elles présentent, les couvertures du commerce se classent en trois catégories distinctes : pure laine, mi-laine, synthétiques. Les articles de laine sont considérés comme les plus chauds, car certaines caractéristiques physiques de la fibre de laine, après traitements appropriés, permettent de créer dans le tissu des matelas d'air qui, en isolant le corps du froid, autorisent néanmoins les échanges gazeux indispensables. Quelques fibres synthétiques, tel l'orlon (dont la société Bricq a l'exclusivité de l'emploi en couverture pour la France), possèdent le même pouvoir calorifique, avec cet avantage d'être insensibles à l'action des parasites.

Il est un détail curieux, souvent ignoré du public et qu'il convient de signaler en ce chapitre de la qualité : c'est l'importance primordiale des eaux utilisées dans certaines opérations du traitement de la laine. Les manufactures de couvertures se sont traditionnellement implantées en des régions hydrographiques bien délimitées. Les rivières charentaises sont réputées de longue date pour leur limpidité et leur acidité naturelle qui les rendent parfaitement aptes au travail qu'on attend d'elles. De façon générale, les opérations de fabrication restent sensiblement les mêmes, quelles que soient les matières premières envisagées. Pour la clarté de notre exposé, nous suivons ici les différents stades du traitement de la laine.

Cette matière arrive en balles pressées et se présente sous l'aspect bien connu de bourres, comme on en utilise dans la confection des matelas. Elle est d'abord lavée en de grands bacs remplis d'eau additionnée de carbonate de soude et de savon de Marseille. Après rinçage et essorage, on la sèche à l'air chaud. Puis, elle est teinte en bourre. Des peseuses automatiques opèrent le dosage des mélanges de teintes différentes propres à obtenir le coloris désiré. Ce mélange est extrait de silos de stockage par un cyclone pneumatique qui l'achemine dans un mixer où il est arrosé d'huile d'ensimage afin que soit facilité le glissement des fibres les unes contre les autres lors de la filature. Au départ des machines de la filature, l'alimentation est automatiquement réglée de façon à obtenir un même poids de matière par centimètre carré de tablier. Il en sort une " toile d'araignée " qui passera sous divers cylindres destinés à rendre les fibres parallèles en vue de leur transformation en fils. Ces fils recevront alors des torsions différentes selon qu'ils seront utilisés en chaine ou en trame. Enfin, ils seront bobinés avant d'être acheminés vers les métiers à tisser.

Le tissage consiste à entrecroiser, suivant un ordre voulu, les fils de chaine et les fils de trame. Cette opération est effectuée sur des machines à contrôle automatique qui s'arrêtent dès que le fil de trame (de torsion moins accentuée que le fil de chaine) casse à la sortie des navettes lancées à grande vitesse dans un mouvement de va-et-vient continuel. Sur les métiers, les tissus acquièrent leur caractéristique définitive, qu'il s'agisse de dessins Jacquart, d'écossais ou de double face. Ils en sortent par coupons d'une trentaine de couvertures qui sont vérifiés avant de subir les apprêts.

Dans la série des apprêts se classent trois opérations : le foulage, le dégraissage et le garnissage.

La dénomination de foulage vient de ce que jadis l'opération s'effectuait aux pieds. Elle est aujourd'hui exécutée mécaniquement en soumettant les coupons à une pression entre deux cylindres, dans le sens de la largeur puis dans le sens de la longueur, ceci en présence d'eau et d'un lubrifiant, qui est le savon. Le but est de souder les fibres les unes aux autres afin de donner au tissu une meilleure tenue et de fixer les poils. Ce foulage permet un usage plus long des couvertures.

Le dégraissage est un lavage qui consiste à éliminer les corps gras accumulés lors des opérations précédentes. Il est souvent suivi d'un traitement antiparasitaire. Les coupons de couvertures passent ensuite sur la garnisseuse qui à l'aide de chardons gratte la surface pour en sortir le poil. Puis ils sont molletonnés, c'est-à-dire passés dans une série de tambours munis d'aiguilles flexibles, afin de leur donner du gonflant et de créer ainsi les matelas d'air qui assurent leur pouvoir adiathermique.

Les coupons sont alors débités en couvertures aux dimensions définitives. Celles-ci sont vérifiées, brossées, bordées avec de larges rubans de nylon, et, enfin, pliées et mises sous boites en carton rigide afin qu'elles ne soient pas aplaties lors du transport.

La production " couvertures " des établissements Bricq se trouve en tête de celles du département pour des fabrications similaires. Sur le plan national, si elle occupe le troisième ou quatrième rang quant aux quantités produites, elle se situe sans conteste parmi les premières en ce qui concerne la qualité de la marchandise.

Outre la France, les ventes sont surtout orientées vers la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la Hollande, l'Italie et Suisse, ce qui lui procure une excellente position dans la perspective de développement du Marché commun. Deux cent cinquante mille articles sortent actuellement chaque année des ateliers qui couvrent une superficie de près de 20 000 m2 et occupent 450 ouvriers. Mais ces moyens de production sont devenus insuffisants. Il faudra bientôt doubler la filature et déjà l'on construit un hall nouveau pour abriter les opérations de tissage et de finition des couvertures.

Ce hall, nous a dit M. Bricq, sera conçu non seulement en fonction des données de la techique la plus moderne, mais tiendra compte en premier chef du confort nécessaire aux personnes qui y seront affectées : un pont roulant assurera la distribution des matériels en chaque poste, la lumière sera largement diffusée par le plafond transparent, tandis que la chaleur sera assurée par le chauffage sous plancher... ciré. Une salle " relax " avec tisanerie distribuant des boissons, chaudes ou froides suivant la saison, fauteuils, cigarettes même, permettra aux ouvriers de prendre quelque détente pendant les temps de pause. Il faut avouer que l'équipement social des établissements Bricq constitue sans doute l'aspect le plus original de la firme et mérite d'être souligné. Sans nous étendre sur les efforts faits en matière de logement du personnel, nous n'en donnerons ici qu'un exemple, mais combien frappant : sur la place du bourg de Montbron, l'usine a racheté un ancien hôtel qu'elle a transformé en centre d'accueil pour célibataires. Trente chambres y sont aménagées avec eau courante chaude et froide. Un restaurant sert des repas copieux et variés pour un prix modique. Une salle des fêtes est installée en vue de suppléer à la pénurie de distractions en ce petit bourg. Simple cantine ouvrière, direz-vous ? Ah, non ! Nous y avons vu assiettes et couverts frappés aux armes des " Chevaliers de la Broche et de la Navette " afin que chacun se pénètre de l'idée qu'en ce lieu il se trouve bien chez lui, au sein d'une grande famille que le travail élève et anoblit... Vraiment, la Toison d'Or est là en bonne et digne compagnie !

● Annexe 2 :

Historique de la S. A. Bricq et Cie. Plaquette publicitaire de la maison Bricq, dans les années 1970,


MONTBRON : Chef-lieu de canton - Arrondissement d'ANGOULEME - 2540 habitants

Les activités économiques de MONTBRON étaient, avant la Révolution, essentiellement variées. A vocation agricole, elles n'en étaient pas mains artisanales. De nombreux moulins sur la " Tardoire " actionnaient des meules à blé et à huile, des ateliers de mécanique, des petites filatures de laine, une fabrique de tissu vestimentaire ainsi qu'une papeterie.

C'est en 1866 que Monsieur Jean BRICQ s'installe à MONTBRON, tout d'abord comme filateur.

En 1891, il rachète la vieille papeterie du " Moulin-Neuf ". Après y avoir fabriqué du feutre pour semelles et dessus de chaussons charentais très à la mode de l'époque, la Société BRICQ entreprend la fabrication des feutres pour papeteries. Cette industrie, qui a pris une place très importante en Charente, livre des feutres dans le monde entier. Cette branche a depuis profondément évolué. L'installation d'une importante machine à aiguilleter et de métiers à tisser extra-lourds dont l'un de 18 mètres de large permettant de produire des feutres d'excellente qualité, dont la vente se développe rapidement tant en France qu'à l'Etranger, maintient à cette branche toute son activité. L'évolution de la technique oblige à prévoir l'achat en 1977 d'un nouveau four (coût 6.000.000 de F).

Pour favoriser le développement de l'usine, Monsieur Emile BRICQ, fils du précédent, crée en 1910 une branche courroies textiles, dont la qualité " NERVUS " fait prime sur le marché tant en France qu'à l'Etranger, et porte la firme BRICQ au premier rang des producteurs français de courroies textiles. Cette branche fabrique surtout maintenant des tapis pour le transport des matières pulvérulentes sur coussin d'air. A noter également la fabrication de sangles pour les barrières qui équipent les aérodromes militaires.

A son tour, Monsieur Robert BRICQ, petit-fils de Jean BRICQ créé en 1953 une nouvelle branche d'activité, celles des couvertures de lits en pure laine ou en fibres synthétiques, vendues sous l'emblème prestigieux de la TOISON D'OR. Cette branche qui est devenue rapidement la plus importante de la Société a placé cette dernière à la première place des fabricants français de couvertures de belle qualité.

La recherche technique a toujours été le violon d'Ingres des dirigeants de la firme et Monsieur Marcel LHOMME nouveau Président Directeur Général depuis 1963 ne faillit pas à la tradition.

La Société BRICQ a conçu une machine à aiguilleter double frappe, réalisée suivant des plans qui lui sont propres. Elle est actuellement le seul fabricant français à avoir mis au point une couverture de lit de qualité non tissée. La Société BRICQ est également le seul fabricant français à fabriquer des couvertures tricotées et elle a bon espoir de pouvoir très rapidement augmenter dans de fortes proportions son chiffre d'affaires grâce au tissu pour revêtement mural qu'elle vient de mettre sur le marché.


CARACTERISTIQUES DES ACTIVITES DE LA S. A. BRICQ & Cie

FEUTRES de laine, de coton, de fibres synthétiques servant à la fabrication du papier et du carton.
TISSUS FILTRANTS (lutte contre la pollution).
TAPIS transporteurs coton et fibres synthétiques servant à la production du carton ondulé.
TAPIS pour le transport des matières pulvérulentes sur coussin d'air.
COURROIES TEXTILES pour transmission, transporteur, pour levage de masses de moutons de forge.
COUVERTURES de lits : TOISON D'OR.
TISSU pour revêtement mural tendu et collé.


CARACTERISTIQUES DE LA BRANCHE COUVERTURES

Cette activité est récente car elle ne date que de 1953.
Ces couvertures sont vendues dans le commerce sous la marque : TOISON D'OR

Environ 3.000 points de ventes (Grands Magasins, magasins d'ameublement, literie, linge de maison, etc). Plus les Sociétés de vente par correspondance et sur catalogue ; les fournisseurs de l'industrie hôtelière et des collectivités ; les Administrations (Education Nationale, Intendance Militaire, Assistance Publique, Ministère de la Justice).

Grâce à la qualité de sa production, la Société BRICQ se situe à la première place du groupe des fabricants français.

Sa capacité représente environ 20% du marché actuel.


ETS BRICQ & Cie, 16220 MONTBRON

MONTBRON Commune de 2600 habitants est située à 30 kms à l'Est d'ANGOULEME.

En 1865 Jean BRICQ s'installe à " La Basse-Ville " Commune de MONTBRON comme filateur.

En 1891 avec son fils Emile il crée la Société BRICQ & Cie qui rachète au " Moulin-Neuf ", toujours commune de MONTBRON, les bâtiments d'une ancienne papeterie. La filature y est transportée et un tissage de feutre pour semelles et dessus de chaussons " Charentais ", puis de feutres pour papeteries installé.

En 1910 vient d'ajouter la fabrication des courroies en poil de chameau, puis en 1953 celle des couvertures TOISON D'OR et en 1970 celle des revêtement muraux.
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Le patrimoine industriel de Poitou-Charentes, 2007-2012.
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