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Dossier documentaire d'usine

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Distillerie d'eau-de-vie de cognac J. et F. Martell
Cognac (Charente), place Edouard-Martell

photo de la notice
Chai des coupes. © Inventaire général / Phot. Inv. M. Deneyer
Date de l'enquête : 1987

Historique :

Les chais, le bureau et l'atelier de mise en bouteilles sont entièrement reconstruits dans les années 1850, par l'architecte Eugène Demangeat, pour la maison de commerce Martell, fondée en 1715 et installée depuis 1833 rue Gâte-Bourse, dans des bâtiments du début du 19e siècle. Des grands travaux sont entrepris à la fin du 19e siècle, avec la construction de la distillerie en 1890, de nouveaux chais et du comptoir en 1906. La construction de la tour de mise en bouteilles s'effectue en 1928. Vers 1930, on transforme la distillerie en tonnellerie. En 1988, il y a la vente de la société au Canadien Seagram.
Deux machines à vapeur sont installées en 1882. En 1890, la distillerie a quatre chaudières de 6 hl.
L'Effectif en 1882 est de 200 personnes et, en 1988, de 778 personnes. Il existe un fonds d'archives privées.

Description :

La distillerie en rez-de-chaussée, est en pan de bois et brique, à charpente en bois apparente, double toit à longs pans avec lanterneaux et couvert d'ardoise. Les chais sont en moellon, en rez-de-chaussée, avec charpente en bois apparente et charpente métallique apparente, couverts de tuile creuse. Le bureau est en pierre de taille, à deux niveaux, avec façade à travées et ordonnancée, couvert de tuile creuse. La mise en bouteilles à structure en béton rempli de brique, est à 4 étages, avec terrasse en béton.

Documentation :

● Archives :

Archives privées Martell.

● Bibliographie :

" Cognac Martell ". Bulletin Officiel Municipal. Cognac, 1971. P. 63
" J. et F. Martell ". In : Annuaire historique et littéraire, commercial et d'annonces industrielles de Cognac. Cognac, 1892. P. 484
" La maison J. et F. Martell ". L'Illustration économique et financière, n° spécial, Charente, 1922. P. 59-62
" Martell et Cie ". Bulletin Officiel Municipal. Cognac, 1969. P. 87
Cognac illustré. Bordeaux : H. Massonneau, 1898. P. 84-85
Sepulchre, Bruno. Le livre du Cognac. Trois siècles d'histoire. Paris, 1983. P. 227-230
Turgan. Les grandes usines de France. 1892.

● Annexe 1 :

L'histoire de la maison Martell. Publicité. Bulletin officiel Municipal, Cognac, 1971.


L'histoire de la maison Martell se confond avec le négoce des eaux-de-vie de Cognac.

La prospérité économique de la région des Charentes est née du commerce des vins, qui se transformait dans la suite par la distillation de ces vins en eaux-de-vie.

Il est impossible de préciser à quelle date la distillation a commencé dans les Charentes, mais c'est vers 1715, date à laquelle Jean MARTELL, originaire de Jersey, vint s'établir à Cognac, que le négoce des eaux-de-vie prit son essor et se répandit dans le monde entier.

Quand il mourut, en 1753, sa veuve formait avec ses deux fils Jean et Frédéric, une société avec la raison sociale Jean et Frédéric Martell, qui devenait en 1807, " J. et F. MARTELL ", ce qu'elle est encore aujourd'hui.

La Maison MARTELL, bien qu'ayant dépassé deux siècles et demi d'existence, n'a jamais cessé d'appartenir à la famille MARTELL.

Le cognac doit sa réputation, d'abord à ses qualités intrinsèques, dues aux caractères alliés du sol et du climat, au choix des cépages, aux méthodes de culture et de distillation usitées dans les Charentes. Il ne réunit pas toutefois au sortir de l'alambic toutes les qualités qui en font un produit universellement apprécié ; son plein épanouissement n'est atteint que par le vieillissement.

C'est pendant la période de vieillissement dans les fûts de chêne que s'élabore la transformation mystérieuse qui métamorphose un liquide blanc et brûlant au gosier quand il sort de la chaudière en une liqueur de belle couleur ambrée, bouquetée et dégageant l'odeur fine et pénétrante de raisins en fleurs.

Il est important de savoir que le vignoble des Charentes est peu étendu et ne donne qu'une production nécessairement restreinte soumise aux aléas de toute récolte.

C'est dire le rôle du négociant ; il est d'autant plus prééminent que les stocks dont il dispose sont plus importants.

Un stock considérable comme celui de la Maison MARTELL dépassant 2.000.000 de bouteilles en volume et composé d'eaux-de-vie sélectionnées dans les seuls crémiers crus du vignoble, assure une qualité toujours égale et parfaite.

Produit inimitable... et tant imité, le cognac est fort heureusement bien défendu. Le bénéfice de l'acquit régional jaune d'or ne lui est accordé qu'après un contrôle actif de la Régie, depuis le lieu d'origine jusqu'à la consommation.

Si on y ajoute la caution de plus de deux siècles et demi d'expérience et de tradition, nul ne sonqera à s'étonner du prestige et du rayonnement dans le monde entier de cette grande marque qu'est MARTELL.

MARTELL, c'est MARTELL, depuis 1715.

● Annexe 2 :

La maison J. et F. Martell. Extrait de l'Illustration Economique et Financière, Charente, 1922, p. 59-62.


Le pays de Cognac est formé par les Charentes ; région bien spéciale et tout à fait caractéristique, tant au point de vue du climat que de la nature du sol et de ses productions. II est d'ailleurs très nettement délimité par le décret du 1er mai 1900.

Dans ce pays, le vignoble est roi. Il est répandu sur toute la surface de la région, où la plus grande partie du sol cultivable est occupé par la vigne.

Le vignoble charentais donne un vin blanc frais et fruité, qui, distillé, produit cette eau-de-vie incomparable pleine de finesse, de réconfort et de stimulant : LE COGNAC, quintessence du vin lui-même. Le COGNAC MARTELL, dont la réputation est mondiale, peut en être considéré comme le prototype.

Le commerce des vins en Charente remonte au XIVe siècle et c'est vers 1630 que l'on commença à le transformer en eau-de-vie de Cognac, d'après un procédé inventé par les Grecs, Le vieil alambic charentais qui date de cette époque, n'a été depuis lors que très peu modifié. La réelle extension, toutefois, du commerce des cognacs dans le pays date du régne de Louis XIV. C'est, en effet, en 1715, que JEAN MARTELL fonda à Cognac la célèbre maison qui, depuis plus de deux siècles, répand dans le monde le produit incomparable du sol charentais, LE COGNAC.

A sa mort, en 1753, il laissa Ia direction à sa veuve, qui prit comme associés ses deux fils Jean et Frédéric Martell. C'est de l'époque de cette gestion que date la marque " J. & F. MARTELL ", gardée fidèlement depuis lors.

Cette marque est toujours restée dans les mains de la famille Martell, qui conserve jalousement les traditions ançestrales, avec la fierté de pouvoir montrer au visiteur, des stocks " hors de pair " en qualité et en quantité de vieux COGNAC, provenant des meilleurs crus classés des Charentes.

De nombreuses distilleries, attachées exclusivement à la MAISON J. ET F. MARTELL, transforment en Cognac les grandes quantités de vins, qu'elle achète annuellement aux viticulteurs charentais ; quantités qui, dans les années normales, dépassent 150.000 barriques.

La finesse, le moelleux et le bouquet du COGNAC MARTELL, qui en font la réputation mondiale, sont dus à des coupages soigneusement établis, tenant compte à la fois de la provenance et de la durée de vieillissement en fûts de produits déjà sélectionnés à la distillation.

L'imposante salle où s'effectuent ces opérations, comporte 34 grands foudres, dont la contenance totale dépasse 600.000 litres. Leur alignement dans un hall gigantesque offre au regard des visiteurs un ensemble très curieux et très intéressant. Cette installation est du reste unique à Cognac.

De vastes chais servent en outre au logement du stock, où le cognac est conservé pour y vieillir dans des barriques en chêne du Limousin. Pendant ce stage de vieillissement, il se fond et développe ses qualités naturelles. D'autres bâtiments sont encore affectés à la mise en bouteilles et aux expéditions. Un personnel très ancien et expérimenté, comprenant plus de trois cents ouvriers ou ouvrières, est employé par la MAISON J. & F. MARTELL, aux manipulations et aux soins qu'elle apporte dans la fabrication et la surveillance de son merveilleux produit le COGNAC MARTELL.

Le COGNAC MARTELL est livré au public par la MAISON J. & F. MARTELL avec toute garantie de pureté et d'authenticité, que la première elle se fît un devoir de donner sous sa propre signature. Plus lard, par " l'Acquit Régional ", qui accompagne toutes les expéditions de COGNAC MARTELL, l'Etat Français a ajouté, en vertu du décret du 1er mai 1909, une garantie d'origine officielle
supplémentaire.

Le COGNAC MARTELL est, par son arôme, sa finesse, son parfum, un régal pour l'homme de goût, et de l'avis même des plus hautes compétences médicales, il est un excellent régulateur de la digestion, un puissant reconstituant et un merveilleux tonique.

● Annexe 3 :

Martell. In : Sépulchre B. Le livre du cognac. Trois siècles d'histoire. Paris, 1983 (?), p. 227-230


Issus d'une très vieille famille originaire de Normandie, les Martell étaient établis depuis très longtemps à Jersey lorsqu'au XVIIIe siècle, Jean Martell fonda sa maison de négoce à Cognac.

II est difficile de préciser avec exactitude la date de cette fondation. Une ancienne publicité indique 1705, des actes parlent de 1719, et 1715 est la date retenue par la maison. Jean Martell, né à Jersey en 1694, hérite de son père le sens du commerce et pratique pendant sept ans à Guernesey.

A cette époque où le commerce d'exportation se réorganisait, il utilisa ses relations commerciales du continent et s'associa avec un compatriote : Jean Flot. Ils résidèrent à Bordeaux jusque vers 1726, date à laquelle Martell épousa la fille de riches négociants installés depuis longtemps à Cognac, Jeanne Brunet. Mais les deux compères firent faillite et Martell, ayant remboursé ses créanciers, s'établit à Cognac en 1728.

Cette cité ne lui était pas étrangère ; d'abord parce qu'il y avait pris femme mais aussi parce que, un peu avant 1720, il y avait établi une sorte de succursale : " Monsieur, il y a quelque temps que je suis établi ici pour y faire des achats d'eau-de-vie. Avant de connaître ce commerce à fond, et estre en état d'en tirer la quintessence, je n'ai point voulu risquer de faire des offres de service ", écrit-il en 1720 à plusieurs négociants de cognac.

Très actif (à une époque où le courrier était d'un coût très élevé, Martell n'hésitait pas à écrire deux à trois lettres par jour... à charge du destinataire, il est vrai) et réaliste, il répondait en 1721 à son beau-frère Kastell qui lui reprochait de sacrifier trop de temps aux petites affaires que " tout le monde ne peut faire de grandes affaires, et si un commissionnaire négligeait les intérêts de ceux qui lui en commettent de moindre, il se verrait bientôt réduit à un commerce bien borné ".

Faisant le commerce d'eau-de-vie et de vins blancs de Borderies, il commerçait aussi avec sa mère des bas, des oignons, des fleurs rares, des peaux, du charbon, etc..

Sa première femme étant morte jeune, Martell se remaria en 1737 avec Rachel Lallemand, fille d'une vieille et puissante famille cognaçaise. Protestant, il dut officiellement abjurer (abjuration de circonstance. Les Martell restèrent protestants et cet état ne devait guère les gêner puisqu'ils purent acheter des charges réservées aux seuls catholiques) afin de pouvoir " célébrer les noces en fasse de notre mère Sainte Eglise ".

Il mourut en 1753 et sa femme, âgée de trente-sept ans, prit la direction de la maison connue désormais sous le nom de " Veuve Martell " puis " Veuve Martell-Lallemand " après l'association avec son frère en 1753. Par la suite, elle y amena ses fils (1767) et ceux-ci reprirent l'affaire en 1775 qui devint " Veuve Martell-Lallemand et Cie ", " J. & F. Martell " en 1807 et enfin " Martell et Cie " en 1819.

Comme les Hennessy, les Martell participaient à la vie publique cognaçaise, dans un climat de courtoisie mutuelle. Par exemple, au XIXe siècle, Gabriel Martell attendit que le député sortant Jacques Hennessy renonce à son mandat pour poser sa candidature, appuyé en cela par l'administration et par... Jacques Hennessy. Il représentait le grand commerce cognaçais tandis que son concurrent, l'excolonel Lemercier réunissait les espoirs de la Société Vinicole, œuvre des grands propriétaires.

Les Martell furent maires, députés, sénateurs. Ils s'éteignirent (en branche directe) en la personne d'Edouard Martell mais sa sœur eut un fils, René, qui adjoignit son nom à celui de Martell d'où les Firino Martell, toujours à la direction de cette entreprise.





Martell est la première maison de cognac et, depuis quelques années, elle est cotée en bourse (La maison Martell comprend d'autres activités importantes surtout dans l'importation de produits alimentaires et de spiritueux. Dans ce domaine, elle a pris des participations très importantes dans la distribution de : Champagne (Heidsieck), whisky (Black & White), armagnac (janneau), etc). On sort impressionné de sa visite. Implantée au cœur de Cognac, elle s'étend comme une ville dans la ville, avec son petit réseau routier et même son feu rouge ! La plupart du personnel est habillé avec le célèbre " bleu Martell " et l'on doit reconnaître que l'ensemble en impose.

Les produits commercialisés sont à la hauteur de la réputation Martell avec diverses qualités : ***, Médaillon V.S.O.P., Cordon Bleu, Extra.
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