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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Biard / le bourg / place de la Manufacture
Ferme, filature, usine de bonneterie

photographie du dossier documentaire, voir légende
Atelier de fabrication, façade ouest, partie sud. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / W. Van Riesen, 1991.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 1994.

Historique

La filature de coton et usine de bonneterie fut créée en 1828, par François Laurence-Surin, puis revendue sur saisie à Turquand-Courbe en 1834 : les 70 tonnes de coton nécessaires à la production d'une année proviennent d'Amérique et les produits manufacturés sont vendus en France, en Suisse, en Italie, et aux Etats-Unis. En 1845, il y avait 160 métiers et 2 machines à vapeur pour mouvoir les différents mécanismes (une de 12 ch., une de 3 ch.) . En 1862, il y avait 2400 broches. Le nombre d'ouvriers était de 500 en 1828 et de 650 en 1862. La manufacture cesse de fonctionner en 1862 pour cause de difficultés économiques dues en partie au blocus américain arrêtant l'exportation de coton. En 1882, une partie des bâtiments est démolie et une maison construite sur cet emplacement, ainsi qu'une écurie et une orangerie, au nom de Leblanc-Turquand. Leblanc implante une entreprise d'élevage de poulets, qui ne dure que quelques années, dans les bâtiments de la filature. Ceux-ci ont également servi de caserne d'un bataillon de la garnison de Poitiers, puis sont convertis en habitations et la cheminée d'usine est démolie en 1937. L'ancien logement patronal a été très modifié au cours du 20e siècle.

Description

Atelier de fabrication à un étage carré couvert d'un toit à longs pans en tuile creuse ; logement patronal, à élévation à travées et 2 étages carrés, couvert d'un toit à longs pans en ardoise et tuile mécanique. Sous la cour de l'atelier se trouve une vaste citerne voûtée. Au nord du logement patronal se trouve un vaste parc encore en partie clos de murs, qui s'étendait autrefois jusqu'à l'actuelle rue Nungesser, la route départementale 6 qui le traverse ayant été aménagée en 1968. Au sud, de l'autre côté de la rue Turquand, un portail donne accès à un autre jardin.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne : BA 1-12 (Bilan, 1852).
Archives départementales de la Vienne : 4 P 1863 (Matrices des propriétés bâties, augmentations et diminutions, 1883-1905).
Archives départementales de la Vienne : 8 S 12 (Industrie : appareils à vapeur, 1840).

● Bibliographie

Barbier, Alfred. Statistique du département de la Vienne. Poitiers : imprimerie de Archives EvêchéDupré. 1863. P. 123
Longuemar, Alphonse de. Géographie populaire du département de la Vienne. Poitiers : Létang, 1869. P. 48, 150
Meunier Archives EvêchéLa filature de coton et fabrique de bonneterie de 1825 à 1862. Acte du 100e congrès des sociétés savantes [Paris, 1975], Paris, B.N., 1977, p. 135-147. P. 135-147
Petite chronique de Biard jusqu'à l'actualité. Huit siècles d'ancien régime et plus d'un siècle de révolution. Dans Bulletin municipal, décembre 1976. Petite chronique de Biard jusqu’à l’actualité. Huit siècles p. 16-23

● Annexe 1 :

Extrait de : Statistique du département de la Vienne. Alferd Barbier, 1863, p. 121, 123.

"La grande industrie représentée par de puissantes usines autour desquelles s'agglomère une population ouvrière n'existe pas chez nous, si ce n'est à Châtellerault et à Biard".

La filature et fabrique de tricots de coton "Livre chaque année au commerce environ 80 000 kg d'objets fabriqués. Cet établissement, le plus important de la Vienne dans sa spécialité, occupe 650 ouvriers, des femmes pour la plus grande partie. Il marche avec le secours de la vapeur. Les produits qui en sortent, et qui sont estimés pour la solidité du tissu et le bon marché, se vendent en gros dans toute la France et sont aussi exportés. Le coton qu'on y travaille est principalement de provenance américaine. La guerre acharnée que se font le Nord et le Sud des Etats-Unis, et le blocus qui en est la conséquence forcée, ont entièrement arrêté l'exportation de cette matière, dont la spéculation s'est emparée pour en élever le prix qui aujourd'hui a presque doublé. Jusqu'à présent, bien qu'elle ait eu à lutter contre cette situation défavorable, la manufacture de Biard n'a pas ralenti sa marche, et elle fait travailler constamment ses 2400 broches. Les produits de cette fabrique se divisent en deux catégories : les uns pour la saison d'hiver, Les autres pour la saison d'été. La vente d'hiver, qui commence en juillet et finit en décembre, a été très bonne jusqu'en nevembre ; mais la fin de la saison a laissé beaucoup à désirer par les motifs suivants : saison d'automne trop douce, récolte peu abondante, prix élevé de la matière première et des produits fabriqués".

● Annexe 2 :

Extrait de : Meunier A. La filature de coton et fabrique de bonneterie de 1825 à 1862. Acte du 100e congrès des sociétés savantes [Paris, 1975], Paris, B.N., 1977, p. 135-147.

En 1828, le banquier poitevin François Laurence-Surin créa une filature de coton dans l'ancienne métairie des Augustins de Biard, vendue comme bien national durant la Révolution. Les bâtiments et ateliers de 100 m de long ouvraient sur le jardin de l'ancienne cour du domaine. Une citerne voûtée sur piliers, capable de contenir 200 à 300 m3 d'eau, fut aménagée dans la cour.

Pour l'installation de la filature, on acheta pour 1500 francs des parties du matériel de la manufacture de tapis de Bonneval (Eure-et-Loir) : "deux mécaniques de cuivre, l'une non terminée, un découpoir ou balancier, une plate-forme ou machine à fondre, un laminoir et le brevet de perfectionnement d'objets de dimensions limites extrêmes, 948mm, 2 pieds 11 pouces de diamètre" (A.D. Vienne, E 4 44, 18, 24 novembre 1831). Une machine à vapeur basse-pression de 15 chevaux pour la condensation, alimentée par une prise d'eau sur la rivière, fut également installée.

Suite à la faillite et à la liquidation judiciaire des affaires de Laurence père et fils, la manufacture fut vendue le 12 juin 1834 pour 310 000 F à l'ancien négociant Turquand-Courbe. L'inventaire de la manufacture est alors effectué : chambre du portier ; magasin avec des rouages de cuivre et de fonte, des aiguilles, une machine à étirage, un grand métier à tricoter en réparation ; forge ; réfectoire des ouvriers (2 tables de 12 pieds) ; bureau du directeur et magasin du poids et de l'échantillonnage ; cabinet aux lampes (117 lampes, 400 godets, 300 verres, 1 huilier) ; petite forge et fonderie (3 fourneaux, cuillers de fer, moules de cuivre) ; chambre des machines à vapeur ; cheminée ; atelier du tourneur de la carderie ; filature (8 métiers à filer le coton à 324 broches chacun, magasin au blanc, 2 ateliers du mécanicien) ; carderie (loup, batteur, machine à nappes) ; bureau ; atelier des aiguilles (94 métiers à tricoter, 94 escabeaux, découpoir, petits étaux, tour à polir) ; atelier du tourneur ; salle des métiers à tricoter ; atelier des couseuses (4 grandes tables de sapin, bancs, 55 chaises, 254 planches à plier les tricots).

Dans les emplois d'hommes on trouve au total 4 contremaîtres, 4 mécaniciens, 4 serruriers, 15 fileurs, 2 fabricants d'aiguilles, 2 éguillers ou éguillons (ceux qui terminaient à la main l'aiguillée de coton des métiers mul Jenny dont le chariot ne revenait pas mécaniquement au métier).

Une deuxième machine à vapeur, installée vers 1850, produisait peu de bénéfice d'après Turquand. Après lui, la manufacture, demeurée en activité durant cinq ans sous son gendre Leblanc-Turquand, devait fermer au troisième trimestre de 1862, par suite de la guerre de Sécession aux Etats-Unis et de la disette du coton.

Les bâtiments de la manufacture devinrent caserne d'un bataillon de la garnison de Poitiers, et la grande cour servit de champ de foire à la commune. La cheminée d'usine subsista jusqu'en 1937.

Tableau imprimé de l'activité de la filature et fabrique de Biard (8 août 1849)
Coton venant d'Amérique : quantités, 70 000 dz ; prix, de 1 à 2 F le kg ; valeur, 112 000 F.
Bonnets : quantités, 20 000 dz ; prix, 4,25 F la dz ; valeur, 127 500 F.
Pantalons : quantités, 12 000 dz ; prix, 4,50 F la dz ; valeur, 58 000 F.
Gilets : quantités, 12 000 dz ; prix, 5,00 F la dz ; valeur, 60 000 F.
Jupes : quantités, 12 000 dz ; prix, 7,50 F la dz ; valeur, 71 000 F.
Bas : quantités, 15 000 dz ; prix, 12,30 F la dz ; valeur, 150 000 F.
Gants pour militaires : quantités, 10 000 dz ; prix, 5,50 F la dz ; valeur, 55 000 F.
Calottes : quantités, 10 000 dz ; prix, 5,00 F la dz ; valeur, 50 000 F.

Nombre d'ouvriers :
40 hommes payés de 1,50 F à 7,00 F par jour.
700 femmes payées de 0,90 F à 1,50 F par jour.
20 hommes payés de 0,50 F à 1,00 F par jour.



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