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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Saint-Benoît / le bourg / rue Paul-Gauvin
Abbaye Saint-Benoît

photographie du dossier documentaire, voir légende
Façade. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / G. Beauvarlet, 2005.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2004.

Historique

Le monastère primitif a été fondé en 654 sur une terre appartenant à la famille Achard, au lieu-dit Quinciacum, par Achard, moine de Saint-Jouin de Marnes, sous l'impulsion de Fulbert, abbé de Jumièges. Il est placé sous la règle de saint Benoît. Ce premier monastère est détruit par les Normands en 877 et reconstruit à la fin du 11e siècle et au début du 12e. Le clocher n'est que partiellement d'époque romane, la balustrade et la flèche ayant été ajoutées au 14e siècle. Au 15e siècle, une chapelle seigneuriale est construite sur le côté nord du choeur ; sur la clef de voûte les armes peuvent être celles de l'abbé Guillaume Thébaut (vers 1425-1435) ou celles de l'abbé Guérin Boisseau (vers 1466-1482). Sur le mur nord du choeur, un enfeu gothique abritait un gisant d'abbé. L'abbaye étend sa puissance spirituelle mais aussi temporelle sur les environs, notamment sur de nombreuses maisons du bourg et plusieurs métairies à Saint-Benoît. Elle possède aussi les moulins à papier et à blé sur le Clain. Le nombre de religieux diminue toutefois dès la fin du Moyen Age : ils ne sont que 7 en 1395, 6 en 1546.
En 1569, Coligny installe là le siège de son quartier général ; après le passage des protestants, les dommages sont importants (église saccagée, salle capitulaire transformée en écurie, cloître démoli). L'abbaye n'abrite plus au XVIIIe siècle que les six membres du chapitre. Deux cloches sont bénies en 1725. La restauration des bâtiments est engagée la même année, puis en 1733 par Jean Delafond, entrepreneur à Poitiers. Vers 1743, les boiseries du choeur sont refaites et des stalles neuves y sont posées. De nouveaux travaux importants ont lieu en 1750. Jean de Mareuil est abbé lorsque, le 14 janvier 1760, l'évêque de Poitiers applique à Saint-Benoît la mesure générale décrétée par le roi contre les monastères bénédictins et supprime la mense conventuelle, communauté et chapitre de Saint-Benoît. Le 15 mai 1762, l'église abbatiale devient église paroissiale par ordonnance de l'évêque de Poitiers. Elle est placée sous le vocable de Saint-André, c'est-à-dire celui de l'ancienne église paroissiale au centre du bourg. Le vitrail situé au-dessus du portail de l'église actuelle fait référence à ce saint. En octobre 1762, les biens et revenus de l'abbaye sont réunis au grand séminaire par lettres patentes du roi. L'abbaye est vendue en 1790 comme bien national et demeure fermée pendant la Révolution. Elle est réouverte en 1802. Des travaux ont lieu en 1870, au moins l'installation d'un nouveau coq qui porte cette date.
En 1994, la famille Proyart de Baillescourt vent à la commune la plus grande partie des bâtiments conventuels restant sur le côté est de l'ancien cloître, correspondant à la salle capitulaire et au dortoir. En 2003, des constructions en ruine et des murets occupant l'emprise du cloître sont démolis et les bâtiments abbatiaux sont restaurés.

Description

L'église, placée au centre du bourg, est longée au nord par une rue. Au sud, l'emplacement du cloître est bordé, à l'est, par un bâtiment conventuel comprenant au rez-de-chaussée la salle capitulaire et un passage couvert et, au premier étage, l'ancien dortoir. Séparé, à l'est de ces deux corps de bâtiment, se trouve ce qui était probablement l'ancien logis abbatial.
L'église, orientée, est construite selon un plan en croix latine, sans collatéraux, avec transept à une absidiole sur chaque bras. La nef est couverte en berceau brisé, le choeur, la croisée du transept et le transept en berceau plein-cintre et les absides en cul-de-four. La chapelle accolée au nord du choeur est quant à elle voûtée d'ogives. Dans le mur nord du choeur, un enfeu est en grande partie masqué par les stalles, on n'en voit que le gâble.
La façade ouest est constituée d'un mur-pignon assez élevé, épaulé par quatre contreforts. Au centre, le portail en plein-cintre, est encadré de deux baies géminées aveugles, l'ensemble est orné de chapiteaux à décor végétal ou historié ; une grande baie s'ouvre au-dessus du portail. Différents appareils sont observés sur ce pignon, l'ensemble des baies est notamment entouré d'un appareil losangé. Les côtés nord et sud, à appareillage mixte et corniche à modillons, présentent une alternance de contreforts peu épais et de baies en plein-cintre. Une tourelle d'escalier se trouve à l'angle du bras nord du transept et du mur de la nef. Les murs latéraux du choeur et l'abside, plus base et percée de trois fenêtres en plein-cintre, sont chacun soutenus par deux contreforts. La chapelle accolée au nord du choeur est couverte en appentis et englobe l'abside du bras nord du transept.

Précisions sur le décor

Chapiteaux et modillons à décor végétal, animalier ou à représentation humaine. Relief dans le mur nord de la nef représentant le Christ en majesté. Armoiries sur la clef de voûte de la chapelle nord. Trois des marches de l'escalier en vis menant au clocher, sont des morceaux d'une dalle funéraire médiévale. L'une porte une inscription en lettres gothiques. On reconnaît les drapés d'un vêtement, une épée et des chausses.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne . B 53. 1734, 5 juillet : reconnaissance de paiement par Jean Delafond, entrepreneur à Poitiers, adjudicataire des réparations à faire à l'église, bâtiments et dépendances de l'abbaye de Saint-Benoît, suivant le bail au rabais du 15 janvier 1733. Les travaux ont été reçus le 31 juillet 1733. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/1 à 11. 13e-18e siècles : titres concernant les revenus de l'abbaye et de ses différents offices. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/1. 1274 : transaction entre l'abbé et les religieux pour faire des fosses et des écluses sur le Clain afin d'y mettre du poisson. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/4. 18e siècle : pièces concernant les rentes dues sur soixante-deux maisons du bourg. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/7. Titres relatifs aux biens dépendant de la sacristie de l'abbaye de Saint-Benoît. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/13. 1233-1746 : fonds de l'abbaye de Saint-Benoît, titres, dont : 1641, acte produit en justice par Paul Durcot, abbé de Saint-Benoît, par lequel est constaté le nombre de religieux dans cette abbaye à diverses époques, soit 7 en 1395, 6 en 1546 et en 1607, 7 en 1622 et 1635 ; 1695-1739 : registre du chapitre de l'abbaye, contenant notamment les procès-verbaux de visite du vicaire général de la congrégation de Saint-Benoît à l'abbaye, réglant diverses affaires ; 1740-1750 : registre contenant les actes de vêtures, noviciats et professions des voeux faits pour entrer dans l'ordre de Saint-Benoît de Quinçay ; 1745, 26 octobre : vente de biens pour financer des réparations à l'abbaye. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/14. 1750-1786 : fonds de l'abbaye de Saint-Benoît, titres, dont : 1750 : procès-verbal de visite et des réparations à faire à l'abbaye ; 1750-1759 : registre des décisions du chapitre de l'abbaye de Saint-Benoît ; 1752, 30 janvier : procès-verbal de visite des bâtiments de l'abbaye ; 1762, 15 mai : ordonnance de l'évêque de Poitiers interdisant l'église paroissiale et transférant le culte dans l'église abbatiale ; 1762, octobre : lettres patentes du roi réunissant au grand séminaire de Poitiers les biens et revenus de la mense conventuelle et des offices claustraux de l'abbaye de Saint-Benoît ; 1776 : état des revenus de l'ancienne mense conventuelle, réunis au grand séminaire de Poitiers. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/15. 1499-1736 : actes de la juridiction seigneuriale de l'abbaye de Saint-Benoît. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/16. 1459-1789 : hôtel abbatial, maisons, moulins et autres domaines dépendant de l'abbaye de Saint-Benoît. Archives départementales de la Vienne . 1H 6/18. 1496-1782 : domaines dépendant de l'abbaye de Saint-Benoît. Archives départementales de la Vienne . H supplément 11. 1303-1746 : pièces relatives à l'abbaye de Saint-Benoît et à ses dépendances.
Archives municipales de Saint-Benoît. Bulletins municipaux, 1975 t. 5 p.12-15, 1978 t. 7 p.10, 1979 t. 8 p. 12, 1980 t. 9 p. 13, 1983-1985 t. 12 p. 11.

● Bibliographie

Casier archéologique [documents établis par le service des Monuments historiques au lendemain de la seconde guerre mondiale sur des édifices protégés ou destinés à l'être]. 7-4 p. : 10-2 fig., 1 plan, 1 coupe, 1 élévation.
Beauchet-Filleau, Paul. Extrait de la visite des bénéfices de la sénéchaussée de Poitiers, faite en exécution d'un édit des grands-jours du 30 septembre 1634. Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 3, 1841-43. P. 33-34
Crozet, René. Eglises de la Vienne. Paris : Nouvelles Editions latines, s. d., p. 27-30 : 2 ill. P. 27-30
Crozet, René. Saint-Benoît (Vienne). Dictionnaire des églises de France, t. IIIc. - Paris : Laffont, 1967. P. 167
Lecointre, Eugène. Notice sur l'abbaye de Saint-Benoît-de-Quinçay. Mém. soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 18, 1851. P. 417-430
Sinqsous, Michel. Saint-Benoît d'hier à travers la carte postale ancienne.- Poitiers : Municipalité de Saint-Benoît, 1993.
Verdon, Jean. La chronique de Saint-Maixent et l'histoire du Poitou aux 9ème-12ème siècles. Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 4ème s., t. 13, 1975-76. P. 466

● Annexe 1 :

1H 6/13. Extraits du registre du chapitre de l'abbaye, contenant notamment les procès-verbaux de visite du vicaire général de la congrégation de Saint-Benoît à l'abbaye, réglant diverses affaires, 1695-1739.

1716, 3 novembre : visite des objets et ornements de l'abbaye dont, dans la sacristie, de nombreux vêtements sacerdotaux, « deux calices avec leurs patènes, dont l'un à la coupe dorée avec sa patène, et l'autre sans être doré, un soleil d'argent pour exposer le Saint Sacrement, avec son étui de cuir bouilli, plus un ciboire d'argent comme est dit ci-devant, couvert de son pavillon, un encensoir d'argent avec sa navette et son étui de cuir bouilli (...), plus une grande croix pour la procession, de cuivre jaune, avec son bâton de bois (...), le vieux tabernacle du grand autel ».
La visite continue par l'église elle-même : sur le maître-autel, « un petit tabernacle propre et doré, au-dessus duquel est un grand tableau dans lequel est représenté un crucifix en sa grandeur avec un saint Benoît et un saint Hilaire des deux côtés, et deux petits tableaux au côté du grand dont un représente le Sauveur et l'autre la Sainte Vierge ; et aux deux côtés de l'autel avons remarqué deux tentes de tapisserie fort usées et hors d'état de service davantage, qui ferme et cache un tombeau qui se trouve derrière l'autel. Sur lequel autel il y a six chandeliers doré de sculpture (...).
Descendant dans le choeur, nous avons trouvé un pupitre fort ancien, couvert d'une moquette fort ancien, dans lequel nous avons trouvé six grands livres de choeurs (...). Et sortant dudit choeur, nous avons remarqué deux autels de pierre à droite et à gauche qui, paraissant inutiles et tout nus. De là nous avons été à l'autel de la Vierge où nous avons trouvé un tableau représentant l'Assomption, sur lequel nous avons trouvé quatre petits chandeliers blancs (...). Et levant les yeux sur la voûte de l'aile gauche, où est situé le dit autel, nous avons remarqué qu'elle avait besoin d'être griffonnée et blanchie. Et à côté dudit autel, il paraît un tombeau cassé en plusieurs morceaux qui a besoin d'être aplani et uni. Et passant à l'autre aile droite, nous avons remarqué un autel dédié à saint Jean, tout nu, la voûte de la dite aile ayant besoin pareillement d'être griffonnée et blanchie. Vis-à-vis lequel autre autel il y a une ancienne porte qui sert pour aller dans le cloître et pour certaines processions (...) ».
La visite continue « dans un endroit qui n'a pas forme de cloître, ayant été démoli par les guerres civiles anciennement et à succession de temps. Et de là sommes entrés dans un lieu qu'on dit avoir été le chapitre autrefois, tout déplanché par le haut. Sur lequel chapitre il se trouve encore un grand dortoir bien couvert, et la charpente très bonne, où logeait autrefois partie des religieux, dans lequel il n'y a à présent aucune chambre, le tout ayant été démoli durant les guerres civiles. Au côté duquel dortoir il y a des vieux murs où étaient anciennement le réfectoire, cuisine et office et caves et autres choses servant à l'utilité du monastère, le tout en masure.
Et de là, nous avons été conduits dans la maison du chantre qui se trouve à côté de l'appartement de monsieur l'abbé, de là dans celle du sacristain, ensuite dans le logis de l'aumônier, dans celui de la prévôté, ensuite dans le logis de l'infirmier, lesquels tous logements nous avons trouvé en bon état, distingués et séparés les uns des autres, avec des grands jardins entre deux, quoique néanmoins le tout dans l'enceinte de l'abbaye et renfermés des murs et de deux grands portes qui se ferment des deux côtés à clé (...).
Nous ayant apparu que les deux autels qui se trouvent à droite et à gauche à l'entrée du choeur étant inutiles à l'église (...), nous avons ordonné qu'ils soient ôtés.
Et comme il nous paraît que tout est dans cette maison dans le bon ordre, et que la paix et l'union fraternelle y règne, nous nous contenterons de renouveler certains règlements généraux afin qu'on continue à les observer de mieux en mieux. Ordonnons que les portes de l'abbaye continueront de se fermer à neuf heures du soir, et les clés portées chez monsieur le prieur. Item défendons à tous religieux de découcher sans la permission de monsieur le prieur, comme celui de s'absenter. Item leur défendons l'entrée du cabaret pour y boire et manger dans le lieu de leurs résidences. Item qu'ils porteront l'habit long avec le scapulaire. Défendons aussi à peine de désobéissance de porter en campagne d'autres habits que le noir. Item défendons la chasse à peine de désobéissance à tous les religieux ».
« Aujourd'hui, samedi 27 du mois de janvier 1725 (...), j'ai béni en présence de M. l'abbé de Pigis, deux cloches que M. l'abbé nous a donné, l'une pour réparer l'ancienne qui était cassée, et l'autre pour augmenter la sonnerie de notre église, l'une pesant cinquante quatre et l'autre quarante quatre livres ».

1725, 18 août : une nouvelle visite a lieu, l'église est en cours de réparations.

« Aujourd'hui mercredi 16 janvier 1732, nous avons enterré dans notre église, en la chapelle de saint Jean qui regarde la porte des cloîtres, le corps de demoiselle Suzanne Delaunay, soeur de M. Delaunay, sacristain de notre abbaye, laquelle mourut le jour d'avant sur les onze heures du soir ou environ, dans le logis de la sacristie où elle demeurait avec son frère depuis dix-huit ans ».

● Annexe 2 :

1H 6/13. Extrait du registre contenant les actes de vêtures, noviciats et professions des voeux faits pour entrer dans l'ordre de Saint-Benoît de Quinçay, 1740-1750 :
1743, 19 juin : visite par le supérieur général de la congrégation. « Nous sommes allés au choeur qui vient d'être boisé à neuf et orné de stalles propres et suffisantes pour le nombre de religieux, et meublé de tous les livres convenables, en très bon état. Avons ensuite examiné tout le corps de l'église que nous avons trouvé fort nette, en fort bon état et ornée de deux chapelles tenues fort proprement et munies de toutes les choses nécessaires pour la célébration des Saints Mystères (...). A l'examen des lieux claustraux, nous avons trouvé que le cloître et la majeure partie des dortoirs ont été entièrement détruits, que cependant les six officiers claustraux se sont pratiqué de petits logements logeables, le tout dans une enceinte fermée de murs, de sorte que il n'y a que celui qui a la simple place qui n'a point de logement, qui se loge où il peut ».

● Annexe 3 :

1H 6/14. 1750 : procès-verbal de visite et des réparations à faire à l'abbaye, par Maître Pain, charpentier à Poitiers. « Etant monté au clocher que nous avons trouvé fort endommagé et plusieurs pierres tombées et les fenêtres de pierre toutes fendues et rompues par un éclat de tonnerre qui tomba sur le dit clocher le 17 du mois de février dernier. Et avons remarqué qu'il était fort endommagé et qu'il fallait incessamment y remettre des pierres de taille dans la place de celles que le tonnerre a emportées, faute de quoi le dit clocher tomberait totalement par terre. Nous avons aussi remarqué que les murs étaient fort endommagés et qu'il fallait en faire une grande partie. Ensuite de quoi nous avons été dans les voûtes que nous avons trouvé découvertes, les charpentes brisées et les tuiles par le tonnerre cassées entièrement. De là nous nous sommes transportés dans le logis abbatial où nous avons trouvé une arcade de pont emportée par inondation, et un autre pont détruit par la vétusté, et environ soixante toises de murs assez fondus par inondation ». La visite continue par les métairies dépendant de l'abbaye : celle de Fontarnaud avec un grenier à blé, une cuisine, un fournioux, une fuie, deux toits à cochons, une étable à boeufs, une grange ; la métairie de Puyjoubert avec un grenier, un fournioux, un toit à brebis ; une étable aux boeufs ; la métairie de la Fereté avec un four, une grange ; la métairie de la Varenne avec une cour à battre, une grange, un four ; la métairie des Jumaux avec un portail.

● Annexe 4 :

1H 6/14. 1762, 15 mai : ordonnance de l'évêque de Poitiers interdisant l'église paroissiale et transférant le culte dans l'église abbatiale. Il répond ainsi à la requête du curé et des habitants formulée parce que « leur église est trop petite contenir tous les habitants et dans un état d'indécence qui ne permet pas d'y célébrer les Saints Mystères » ; « le tabernacle est susceptible d'interdiction, étant entrouvert en plusieurs endroits, ce qui fait qu'on y a trouvé plusieurs fois des insectes qui déshonorent le lieu sacré » ; l'église « est située sur une cave dont la voûte ruinée a plusieurs fois occasionné l'éboulement scandaleux des cendres des fidèles et présenté l'affreux spectacle des débris d'un corps imparfaitement consumé, que la maison du propriétaire de la dite cave, qui exerce la profession de menuisier, n'étant séparée de l'église que par un simple mur, à qui le plus misérable autel du diocèse est appliqué ». La requête est formulée d'autant que l'église abbatiale, « grande, belle, décente et en bon état de toute réparation », est désormais inutilisée depuis la réunion de la mense conventuelle au grand séminaire et de la dispersion des religieux. L'abbatiale sera entretenue à savoir le choeur par les décimateurs et la nef par les habitants. « Dans le cas où la dite église viendrait à crouler et tomberait en ruine, les dits habitants ainsi que les décimateurs ne seraient pas tenus de la rétablir telle quelle mais seulement dans l'état qui sera jugé convenable pour la décence du service divin et d'une étendue suffisante pour contenir les habitants ». L'ancienne église paroissiale retournera en la possession des directeurs du séminaire comme ayant été autrefois cédée par les abbés et religieux.

● Annexe 5 :

1H 6/14. Extraits du registre des décisions du chapitre de l'abbaye de Saint-Benoît, 1750-1759 :

1750, 2 et 3 août : procès-verbal de visite de l'abbaye de Saint-Benoît par le supérieur général de la congrégation des Bénédictins. "Avenus le jour et heure indiqués, les dits doms prieur et religieux sont venus nous chercher processionnellement dans l'appartement du dit dom prieur que nous avons pris pour notre logement, à la porte duquel le dit dom prieur nous a donné l'étole et nous a conduit dans le même ordre en chantant le Te Deum à la porte de l'église où nous ayant donné de l'eau bénite, la croix à baiser et nous a conduit au maître autel en chantant l'antienne accoutumée, où étant arrivé nous avons entonné le Veni Creator pendant le chant duquel nous sommes monté à l'autel pour ouvrir et visiter le tabernacle, et ayant mis le saint ciboire sur l'autel, dit le [...] et oraisons en tel cas requis, chanté le Tantumergo, nous avons donné la bénédiction du Saint Sacrement pour l'ouverture de notre visite, le tout selon le rite de notre congrégation. Après quoi nous avons célébré la messe du Saint Esprit pour demander les lumières nécessaires. Après laquelle nous avons visité le maître autel que nous avons trouvé très décent et garni de toutes les choses nécessaires pour la célébration des Saints Mystères, et comme nous avons trouvé dans la visite que nous avons fait du ciboire qu'il n'était pas doré en dedans, nous ordonnons dans la suite ce qui conviendra. Après quoi nous avons fait la visite des ornements que nous avons trouvés très simples et insuffisants, attendu qu'il n'y a point de dalmatiques d'aucune couleur et qu'une écharpe ou pluvial fort usé. De suite nous avons fait la visite des vases sacrés. On nous a montré deux calices avec leurs patènes en bon état, un soleil ou ostensoir aussi en bon état. On nous a encore montré le linge de la sacristie que nous avons trouvé suffisant. Ensuite nous avons visité le choeur que nous avons trouvé en bon état et garni de livres nécessaires pour faire l'office monastique. Après quoi nous avons visité l'église que nous avons trouvé proprement tenue et ornée de deux chapelles en état et fournies du nécessaire pour y célébrer les Saints Mystères. Après quoi nous avons ordonné ce qui suit : premièrement que la coupe du ciboire sera dorée ; qu'il sera acheté un ornement complet pour les fêtes solennelles consistant savoir en une chasuble dalmatique et une chape, le tout en soie ; comme il n'y a pas d'écharpe pour donner la bénédiction su Saint Sacrement, nous ordonnons qu'il en soit acheté une d'une étoffe de soie blanche, garnie d'une crépine en or par les deux bouts ; qu'il sera acheté une chape violette d'un camelot gaufré, garnie d'un galon de soie, lesquels achats seront faits dans six mois à compter de ce jour aux dépends de qui il appartiendra ; qu'il sera fourni de l'huile pour que la lampe brûle nuit et jour. Enjoignant au dit dom sacristain d'exécuter notre présente ordonnance".

1752, 30 janvier : procès-verbal de visite des bâtiments de l'abbaye. "Et suivant le jour et heure indiqué, nous nous sommes transportés dans tous les appartements des officiers de la dite abbaye qui sont dans l'enclos et avons commencé par celui qui est attaché à l'office de l'aumônerie où nous nous sommes aperçu qu'il consistait en une chambre basse et une autre où il fait sa cuisine, deux chambres hautes et des greniers par-dessus, avec des écuries auprès du dit appartement, auprès desquels il y a un jardin, le tout en assez bon état ainsi que les autres dépendances du dit appartement. Ensuite nous nous sommes transportés au domicile dépendant de la sacristie qui consiste en une basse cour assez vaste, en deux chambres basses, un salon au milieu, une cuisine auprès de laquelle est une buanderie, au-dessus duquel dernier appartement sont des greniers, avec un jardin d'une assez grande étendue, et auprès des dits appartements une cave, le tout très bien tenu et fort propre. De là nous sommes au logis dépendant de l'office d'infirmerie qui est composé d'une chambre basse, une cuisine, une chambre haute de maître et une autre petite pour domestique, et greniers, et cave, et un salon allant au jardin, le tout parfaitement tenu. Là nous sommes allés dans celui dépendant de la chambrerie où nous avons remarqué une cuisine, une décharge à côté avec une chambre haute par-dessus, et un petit cabinet à côté, une écurie à côté, une cave et un jardin, le tout en assez bon état. Ensuite sommes allés à celui dépendant de la prévôté que nous avons trouvé consistant en une petite basse cour, une cuisine, une petite décharge à côté, et par-dessus une petite chambre et un petit cabinet et un grenier, et une cave, une écurie avec son fenil, et un jardin, le tout en bon état. De là sommes allés à l'appartement dépendant de la chanterie consistant en une chambre, une cuisine, un grenier par-dessus, deux selliers, une petite écurie, un grand jardin, le tout en assez bon état. En outre dans le dit appartement est deux grandes chambres inhabitables par dégradation de vétusté. Ensuite nous commissaire susdit avons prié les sieurs prieur et religieux sortant de leurs dits appartements de nous accompagner dans les lieux réguliers de la dite abbaye. Ils nous ont conduit dans un endroit qui n'a point forme de cloître, ayant été démoli par les guerres civiles anciennement et à succession de temps. Et de là sommes entrés dans un lieu que l'on dit avoir été le chapitre, autrefois fort vaste, tout déplanché par le haut, sur lequel chapitre il se trouve encore un grand dortoir bien couvert et la charpente assez bonne, où logeaient autrefois partie des religieux, dans lesquels il n'y a à présent aucune chambre, le tout ayant été démoli pendant les guerres civiles. Et au côté duquel dortoir il y a de vieux murs où étaient anciennement le réfectoire, cuisine et office et cave et autres choses servant à l'utilité du monastère, le tout en masure".

● Annexe 6 :

1H 6/14. 1776 : état des revenus de l'ancienne mense conventuelle, réunis au grand séminaire de Poitiers. Parmi les biens figure la maison abbatiale située dans l'enceinte de l'abbaye avec ses prés et clôture.
Revenus de l'aumônerie : la maison de l'aumônier consistant en bâtiment, cours, jardin, enclos en la dite maison, et un autre jardin où était ci-devant l'ancien four banal, tenant d'une part à la maison du sacristain, d'autre au lieu régulier ; la maison de Mouchedune consistant en bâtiment, prés, bois, garenne, terres dont les limites sont développées, maison dont la propriété de l'abbaye est reconnue par acte du 17 janvier 1460, et dont relève aussi le Petit Château, acquis le 25 août 1696 par le grand séminaire de Poitiers auprès de Catherine Roulin veuve Robin, ainsi que la maison et métairie de la Bernonnière, vendue le 11 juillet 1719 par M. de Ferrière à M. Henry.
Revenus de la sacristie : la maison, cour, jardin et pré clôture du sacristain tenant d'une part à la maison et jardin de l'aumônerie, d'autre à la pré clôture de l'abbaye, d'autre au chemin du pont à Proust à la Maison neuve, d'autre au chemin de Saint-Benoît au moulin ; avec dans le pré une petite maison consistant en deux chambres, une écurie et grenier par-dessus.
Revenus de l'infirmerie : la maison, cour et jardin de l'infirmerie tenant d'une part à l'église abbatiale, d'autre au chemin de Poitiers à Gençay, d'autre à la grange commune de l'ancien monastère et à l'ancienne église paroissiale, d'autre à la maison du chambrier ; plus un pré situé dans la prairie de la Couture, près les moulins de Saint-Benoît, appelé le pré de l'infirmerie, tenant d'un côté au Clain, d'autre au pré de la mense conventuelle.
Revenus de la chambrerie : la maison, cour et jardin tenant d'une part à la maison de l'infirmerie, d'autre à celle de la prévôté, et d'autre par le jardin au chemin de Poitiers à Gençay.
Revenus de la prévôté : la maison de la prévôté tenant d'une part au chemin de Saint-Benoît à l'église abbatiale, d'autre par le jardin au chemin de Poitiers à Gençay, d'autre à la maison et jardin du chambrier, d'autre à la maison et jardin de l'aumônerie.
Revenus de la chanterie : la maison du chantre consistant en bâtiment, cour et jardin, situé derrière l'église abbatiale, le chemin entre deux, tenant d'une part à la maison arrentée aux directeurs du séminaire, d'autre au chemin de Poitiers à Gençay.

● Annexe 7 :

Fouilles autour de l'église, 1975

BM n°5, 1975, compte rendu d'Alain Dargirolle et Jean-Claude Papinot (Direction régionale des Affaires culturelles, service de l'Archéologie) :
"Au mois d'octobre 1975, des travaux d'adduction réalisés près de l'église amenèrent la découverte de vestiges architecturaux et de sépultures à l'ouest et au nord de l'édifice. La Direction Régionale des Antiquités assura la surveillance des travaux. Une tranchée d'environ deux mètres de large et cinq de profondeur traversa des zones d'inhumation d'époques différentes. Entre la façade de l'église et la place qui précède la mairie, des sépultures en pleine terre furent exhumées et détruites par l'engin mécanique, interdisant toutes constatations précises. Une deuxième zone, plus intéressante, limitée à l'ouest par un mur nord-sud, à environ trente mètres de la façade de l'abbatiale et au nord par un mur est-ouest constituait un ensemble d'inhumation particulièrement dense. Enfin, au nord-est du chevet sont apparues de nouveau des sépultures en pleine terre et des sépultures à entourage de pierres. Au nord de l'église s'étendaient des vestiges de construction, d'époque relativement récente, visible sur le cadastre de 1840.
La zone centrale présentait un intérêt archéologique tout particulier du fait de la superposition des inhumations et de la diversité des types de sépultures. Le niveau inférieur comprenait trois types : des tombes maçonnées, des sarcophages monolithes, et entre les deux, des sépultures en pleine terre, toutes orientées ouest-est.
Etant donné les conditions d'intervention, il n'a pas été possible de procéder à une fouille méthodique et nos constatations se sont limitées à l'observation des structures. Les cuves maçonnées présentaient des parois de béton rosé lissé ; elles étaient recouvertes de pierres plates qui fermaient ainsi la sépulture. Les sarcophages étaient dans l'ensemble fort soignés. De forme trapézoïdale, les parois étaient ornées de larges stries. Certains ont été détruits, d'autres laissés en place. L'un deux a été retiré et placé dans l'église. Il mesure 2,15 m de long, 0,60 m de large au chevet et 0,45 m aux pieds. Les faces latérales présentent des stries semi-circulaires concentriques, dessinant une sorte de draperie. Son couvercle, brisé en partie, était en forme de bâtière. Le squelette qu'il contenait était en très mauvais état de conservation. Ce type de sarcophage appartient au haut Moyen Age, peut-être du VIe siècle. L'on mesure l'intérêt de cette découverte pour la chronologie incertaine de la fondation de l'abbaye. Le niveau supérieur des tombes est probablement contemporain de l'abbaye et peut se situer vers le XIIe siècle. Les sarcophages sont trapézoïdaux mais présentent un loculus pour recevoir la tête du défunt. [...] Il semble que ces tombes ne contenaient aucun mobilier".

● Annexe 8 :

Les travaux

1971 marque le début des travaux de rénovation de l'église.
1971 : le poids de la flèche ayant provoqué l'affaissement de la pile nord-ouest de la croisée du transept, des travaux de consolidation sont entrepris. Près de cette pile, un sarcophage est découvert, contenant la crosse émaillée.

BM n°5, 1975, p. 12-15, BM N°7 1978, p. 10 ; BM n°8 1979, p. 12 ; BM n°9 1980, p. 13 ; BM n°12 1983, p. 11
Tranches de travaux, de 1971 à 1984, pour un coût total de 2 627 000 F
1971-1972 : consolidation du pilier nord de la croisée du transept.
1974-1975 : restauration des murs extérieurs de la nef et couverture (en tuile pour retrouver aspect d'origine).
1975-1976 : restauration des murs intérieurs de la nef (les murés sont désenduits ; mise au jour d'un Christ sculpté sur un montant de fenêtre, d'une arcade de porte de sortie, réouverture d'une fenêtre obstruée) et réfection des revers pavés.
1976-1977 : réfection des enduits de la moitié du transept et du choeur.
1977-1978 : restauration de la couverture du choeur, des transepts et de l'abside ; réfection des fenêtres de la tour lanterne ; installation du chauffage.
1978-1979 : réfection de l'installation électrique ; remise en état du bras nord du transept et du choeur.
1980-1981 : fin de la réfection intérieure du bras nord du transept et du choeur ; réfection de la couverture de la sacristie ; restauration des peintures murales du bras nord du transept et du cul de four de l'abside ; installation d'un coffre pour la crosse ; réalisation de vitraux ; restauration des peintures (médaillons) du choeur ; réfection du sol du transept et du choeur.
1981-1982 : remise en état des stalles ; remise en état de l'autel ; restauration des peintures murales de l'arc doubleau entre le choeur et la nef.
1983-1984 : réfection du dallage du choeur et du transept, finition des stalles et des boiseries de l'autel.
Travaux terminés en 1984, soit 13 ans.

Après l'achat par la commune des bâtiments abbatiaux appartenant à la famille Proyart de Baillescourt, des travaux de rénovation sont entrepris : 1996, réfection totale de la charpente et de la couverture ; remise en état de la façade ouest ; remise en état partielle de la façade est. 1997-1998, réfection des façades ouest et sud ; aménagement du parvis ; aménagement intérieurs.



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