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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Fontaine-le-Comte / les Piliers
Château, dit Logis des Piliers

photographie du dossier documentaire, voir légende
Vue d'ensemble depuis le nord-est. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / C. Bunoz, 2005.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2005.

Historique

Les Piliers sont mentionnés sous l'appellation des Deffens en 1510, en tant que fief relevant de l'abbaye de Fontaine-le-Comte mais l'origine du domaine pourrait remonter au 13e siècle. L'appellation d'origine du Deffens provient de l'époque du partage des bois qui appartenait à la fois à l'abbaye de Fontaine-le-Comte et à l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers, la moitié des bois étant mise en réserve, en "deffens". Ce domaine est acheté, en 1515, par François Ardouin qui s'engage à restaurer les bâtiments en ruine. L'édifice perd, finalement, son caractère religieux (ferme cistercienne) pour relever de l'architecture civile (maison noble, gentilhommière). Le domaine des Piliers s'étend lorsqu'il devient successivement propriété des familles Rataud, Acquet, puis celle de Maître Louis de Sauzay, avocat au présidial. Entre 1621 et 1630, Pierre Guyon de la Chevallerie, écuyer, sieur de Vattre, pair et échevin de Poitiers (1636), et Suzanne Constant des Chézeaux, propriétaires des Piliers, étendent le domaine par l'acquisition de terres de La Foy. Les déclarations de 1603 et 1640 évoquent la présence d'une chapelle, mais ne distinguent pas le logis de la métairie. Une déclaration de 1686 décrit le logis possédant « premier et deuxième appartement », constitués de salles, d'offices, chambres hautes et basses, grenier, sellier, four, écuries, granges, étables, jardins. Ces sources permettent d'attribuer la construction du logis à Jean Guyon de la Chevallerie propriétaire des Piliers entre 1640 et 1686. Le plan de ce château est représentatif des édifices du 17e siècle : la façade principale donne sur la cour, offrant un ensemble clos, entourée des communs et accessible par le porche axial. Le chemin provenant du lieu-dit de L'étoile devait sans doute accéder à la propriété. Le 16 octobre 1724, les Piliers sont vendus à Maître Louis Huret, écuyer, conseiller du roi, trésorier de France au Bureau des finances de la généralité de Poitiers. A la mort de M. Huret en 1787, la famille Ragot hérite du Logis des Piliers et le lègue à leur unique fille, mariée à Augustin-Jérôme Poirier de Clisson, trésorier de France au Bureau des finances de la généralité de Poitiers. En 1840, le domaine est la propriété du fils aîné Augustin de Clisson, marié à Marie-Catherine Célinie de Curzon. La construction du perron sur la façade nord-est date vraisemblablement du 19e siècle. Mariée le 18 juin 1908 à M. Babinet, riche industriel descendant d'un maire de Poitiers (Pierre-Mathieu Babinet, maire de 1727 à 1730), Paule Poirier de Clisson hérita des Piliers en 1912. Selon Montsabert, c'est à cette époque que le domaine fut étendu par l'acquisition de la propriété des Essart (commune de Béruges) et que le logis fut agrandi (exhaussement du pavillon est, construction d'un des pavillons, aménagement du colombier, du parc et du jardin). C'est dans les années 1920, qu'une galerie de distribution à arcades, reliant les deux pavillons, est aménagée sur la façade sud-ouest et que la chapelle est installée dans la tour ouest. La lucarne et la porte piétonne du porche ont été rajoutées tardivement. Très récemment, plusieurs campagnes de restauration ont été menées pour l'aménagement de l'ensemble des communs.

Description

L'accès à ce château s'effectue par un chemin privatif au bord duquel se trouve une borne en pierre, marquant l'entrée du domaine. Les autres bornes, ou piliers de justice, étaient vraisemblablement situées au Poizac et à la Haute-Torchaise. Le parc, aujourd'hui aménagé à la Française, est circonscrit par un fossé (vestige des douves du château féodal ?) et possède un cèdre centenaire. Les murs sont recouverts d'un enduit. Le corps de bâtiment principal qui accueille le logis, de plan rectangulaire, est flanqué symétriquement de corps de bâtiment plus élevés, de travées de jonction et de tours rondes. L'ensemble est couvert de toits à longs pans en ardoise. La façade principale orientée au nord-est dispose d'une terrasse aménagée récemment, l'accès s'effectue par une porte à entablement (fronton trilobé, dont le cintre est brisé pour accueillir un blason, et surmonté d'un arc plein cintre). Le logis comporte un corps central, présentant un étage de comble percé de lucarnes, et des pavillons s'élevant sur un étage carré et un étage de comble, également percé de lucarne. Le corps central présente trois travées, cinq baies sont percées au rez-de-chaussée (les deux portes intermédiaires, sans moulure, sont sans doute un ajout postérieur). Le pavillon à l'est se caractérise par une façade ordonnancée (trois travées et trois baies au rez-de-chaussée), tandis que celui à l'ouest ne comprend que deux travées. Les travées de jonction sont au même niveau que le corps de bâtiment central (avec un étage de comble), la travée à l'ouest dispose d'une porte monumentale, semblable à celle du logis, qui offre un accès direct à la tour accueillant une chapelle familiale, comme en témoigne la présence de la croix au sommet du toit conique. La tour à l'est, desservie par un escalier en pierre, faisait probablement office de colombier. Les façades latérales se caractérisent par un pignon découvert. Les encadrements de l'étage, sur les pavillons, sont saillants (appuis rectangulaires et débords). Les combles sont munis de lucarnes à ailerons, dont les frontons triangulaires sont ornés d'acrotères à boules. Sur la façade latérale du pavillon ouest se trouve une petite fenêtre chanfreinée. L'ensemble des bâtiments est disposé autour d'une cour centrale, accessible par un porche axial, inscrit sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques. Les toits, à longs pans, sont couverts en tuile creuse. Le porche couvert est surmonté d'un blason aux armes de la famille de Guyon, il comporte un étage carré et un étage de comble, percé d'une lucarne ; son toit à croupe est couvert en ardoise. Un escalier extérieur en pierre dessert le niveau supérieur d'un bâtiment annexe.

Précisions sur le décor

Les encadrements des lucarnes sont ornés de décors géomériques (fronton triangulaire, sphère). Un blason décore le linteau du porche couvert.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne. Liasse 1 H 15/11.
Conservation régionale des Monuments Historiques, dossier de protection.

● Bibliographie

Lavault, Guy, Lavault, Cathy. Les châteaux de la Vienne. Poitiers : Brissaud, 1985. Répertoire des Inventaires. Liste de 221 manoirs et châteaux, avec photographie et texte de présentation. P. 316-317 : ill
Monsabert, Pierre de, O.S.B. Le domaine des Piliers (commune de Fontaine-le-Comte, Vienne). Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 4ème s., t. 7, 1963-1964. P. 487-497 : 1 pl., 1 plan dépl
Monsabert, Dom Pierre de. Le domaine des Piliers. Bulletin municipal. Juillet 1985, n°5. P. 12
Rédet Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne. Paris : Imprimerie Nationale, 1881. P. 313

● Annexe 1 :

Archives départementales de la Vienne. Liasse 1 H 15/11.
-Mention en 1510.
- Aveu (sans date) de la maison noble des Piliers : "La maison noble des Défends autrement Les Piliers (...) avec les appartements et dépendances de logis (...) salles offices chambres basses et hautes grenier cellier four (...) cour jardin métairie grange étable".
- 1640, déclaration signée par Pierre Guyon, échevin de la ville de Poitiers, seigneur des Deffens les Piliers : "ma métairie de la Galleterie alias la loge consistant en deux chambres basses les greniers au dessus, la grange étable (...) à mon clos fermé de murailles (...), plus le village de la Haute-Torchaise consistant en maison granges estables (...), ma métairie du Poizac consistant en bâtiments granges étables".
-1686, déclaration des lieux roturiers que tiennent de Fontaine-le-Comte les seigneurs des Piliers (Monseigneur Pierre de Ferrare), la Torchaise, la Gallettrie, La Foye et autres lieux : "métairie de la Galleterie, métairie de la Haute-Torchaise, deux métairies de la Foye". La métairie de La Galletrie, dont les bâtiments (maison à deux chambres basses et grenier, étables et jardin) ont disparu, a été reconstruite vers 1960.
- 1738, déclaration de la maison noble des Piliers : "avec les appartenances et dépendances de logis premier en second, appartement, sales, offices, chambres basses et hautes, greniers, écurie, fours, celliers, jardins, métairies, granges, étables (...)", la Galleterie (métairie), la Haute-Torchaise (métairie), les deux métairies de la Foye.

● Annexe 2 :

Lavault, Guy, Lavault, Cathy. Les châteaux de la Vienne.
"Ce fief porta d'abord le nom de « Deffens », ce n'est qu'en 1572 qu'on commença à le désigner sous le nom des « Troys Piliers » puis simplement des Piliers. Cette appellation prête à confusion puisqu'elle peut aussi bien évoquer les sombres piliers de justice que de pacifiques bornes.
Ce domaine relevait de l'abbaye de Fontaine-le-Comte et, en 1515, son propriétaire et seigneur François Ardouin s'engage envers l'abbé à rebâtir les bâtiments en fort mauvais état et à refaire les fossés. On peut supposer que c'était alors un manoir féodal protégé par des douves et des murailles. Au début du 17e siècle Pierre Guyon, pair et échevin, en est propriétaire et avec sa femme, Suzanne Constant des Chézeaux, il va en faire un grand domaine.
C'est à cette famille Guyon qu'on peut attribuer la construction de la gentilhommière qui sera vendue en 1724. Passées dans diverses familles les Piliers étaient à la fin du 19e siècle au comte de Clisson. Sa fille, Mme Babinet, en hérita. Les Babinet agrandirent leur demeure par la construction d'un second corps de logis semblable au premier auquel il est relié par une sorte de galerie contenant chambres et salons. L'ancien colombier devenu tour et une tour nouvelle servant de chapelle complétèrent l'ensemble. Jardin et parc furent aménagés".

● Annexe 3 :

Monsabert, Pierre de, O.S.B. Le domaine des Piliers (commune de Fontaine-le-Comte, Vienne).
Selon Montsabert, une mention est faite en 1285 de l'implantation d'une borne aux deffens des Piliers actuels, aux deffens du Poizac, et aux deffens de La Torchaise, c'est sans doute pourquoi le domaine prit le terme des Trois-Piliers. Le 28 août 1515, François Ardouin, écuyer, devient propriétaire et seigneur des Deffens, qui appartenait alors à l'abbaye de Fontaine-le-Comte, et s'engage auprès de François Ardillon, abbé, à restaurer les bâtiments en ruine et à refaire les fossés. Du 18e au début du 20e siècle, le domaine des Piliers est le plus vaste de la commune de Fontaine-le-Comte (environs 500 hectares). Selon Montsabert, un aveu de Pierre Acquet, sieur du Mont, propriétaire des Piliers, en date du 19 août 1603, donne des précisions sur le domaine : les terres de la métairie de La Loge (la Galletrie) appartenant à Jean Gervain, avocat au présidial, forment un ensemble peu étendu avec Les Piliers. La maison de maître n'y est pas décrite, mais il est fait état des communs : "métairie, grange, appentis, tets, ouche, jardin, cour, nesde, entrées, issues et sorties".
La fille de Louis Huret, propriétaire du Logis des Piliers de 1724 à 1757, Marie-Radegonde, mariée à Pierre Dupuy, écuyer, seigneur de la Jarrie donna naissance à deux enfants qui sont enterrés à Fontaine-le-Comte (p. 493).
Selon Montsabert, les articles 2 et 3 du rôle des vingtièmes de la paroisse de Fontaine-le-Comte, du 15 mai 1780 (A.D. 86, C 840) fournissent une description détaillée des Piliers : propriété de M. Huret, curé à Saint-Savin, "la maison des Piliers, trois métairies, une borderie et dépendances. La maison grande, belle et fort logeable avec toutes ses commodités : jardin, cour, écurie, grange et autres bâtiments (...)", propriété de M. Ragot, officier de l'ordre de Malte, par son mariage avec la fille Huret.



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