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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Migné-Auxances / Auxances / 39 rue du Querreux
Château fort, actuellement couvent de Carmélites

photographie du dossier documentaire, voir légende
Donjon et corps de logis nord-est vus depuis le sud-est. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2006.

Historique

Dès l'époque gallo-romaine, l'emplacement approximatif du château de Migné-Auxances, en fond de vallée et au bord de l'Auxance, a pu être occupé par une villa. Depuis sa construction par une branche de la famille des seigneurs de Lusignan, vers la fin du 11e siècle, le château connaît de nombreuses mutations de propriété, accompagnées dans certains cas de reconstruction. Le donjon carré, de conservation remarquable, ainsi que quelques parties remaniées du château, témoignent encore aujourd'hui des phases médiévales de la construction. Au Moyen Age, le seigneur y a droit de haute, moyenne et basse justice et sa juridiction relève de la Tour de Maubergeon à Poitiers. Le fief d'Auxances est aussi désigné par l'appellation "tour et forteresse des Ances" en 1531. Devenu châtellenie en 1589, il est élevé en comté vers 1640 et le demeure jusqu'à la Révolution.

Une première habitation fortifiée est mentionnée dans une charte du 15e siècle comme étant l'oeuvre du petit-fils d'Hugues II de Lusignan, appelé Foucault, sire de la Roche, ayant vécu durant la seconde moitié du 11e siècle. Foucault est le premier de la dynastie des La Roche-Foucault qui reste propriétaire du domaine d'Auxances jusqu'en mai 1434. Cette place fortifiée consiste, aux 11e-12e siècles, en une tour carrée ou donjon de trois étages comme l'attestent les traces de solives actuellement observables. Le rez-de-chaussée est alors accessible de l'intérieur par le premier étage et de rares petites baies s'ouvrent à partir du deuxième étage. Foulques de La Roche-Foucault étant sans descendance, le château est vendu à Jean Rabateau, magistrat et seigneur de La Caillère. Il comprend alors, outre le donjon ancien, une ou plusieurs fausses-braies, des fossés et une basse-cour, mais l'état de l'ensemble se dégrade. Pour y remédier Jean Rabateau obtient de Charles VI, le 15 octobre 1434, la permission de faire réparer et fortifier la tour d'Auxances ainsi que ses abords. La seigneurie est transmise en dot à sa fille Denise dont l'époux, Thomas de Vivonne, chevalier, seigneur de Fors et de Saint-Gouard, devient seigneur d'Auxances en 1450. Une vingtaine d'années plus tard, en 1472, la seigneurie d'Auxances est vendue, en même temps que celle de Sigon, à Jean Mérichon. Ce nouveau propriétaire est seigneur d'Uré et des Halles de Poitiers, chambellan du roi Louis XI, et gouverneur de La Rochelle. Un acte adressé par le roi à Jean Mérichon, en 1474, lui accorde de nouveau privilèges concernant le droit d'usage et d'exploitation du bois ; le bénéfice qui en est tiré est destiné à bâtir et édifier l'hôtel d'Auxances et les halles de Poitiers qui lui appartiennent. Des deux propriétaires du 15e siècle, Jean Rabateau et Jean Mérichon, on ne sait lequel a réalisé des travaux de grande envergure sur le château. La surélévation du donjon (Fig. 7), qui reçoit un quatrième étage surmonté d'un chemin de ronde fermé sur mâchicoulis et une toiture en ardoise, est plutôt attribuée à Jean Rabateau. Celui-ci fait également construire la tour d'escalier au nord-est pour desservir tous les niveaux. Le colombier dans le parc peut dater de cette époque puisque le droit de "fuies" est mentionné dans l'acte de vente à Jean Mérichon. Une autre transmission en dot de la seigneurie amorce le long règne de la famille de Montbron sur le domaine d'Auxances, suite au mariage en 1561 de Guyonne Mérichon, fille de Jean, avec Jean de Montbron. Un siècle plus tard, en 1660, le domaine est vendu à la famille Derazes, seigneur de Verneuil, dont les armoiries figurent sur l'ouvrage d'entrée du château. Cette famille noble compte de nombreux magistrats exerçant à Poitiers.

Du 16e à la fin du 18e siècle, des bâtiments sont construits autour du donjon, certains encore visibles malgré les remaniements postérieurs. Après le décès de Charles Alexis Marie de Razes d'Auzances en 1785, le château reste en indivision entre son épouse et ses deux filles. L'une d'elles, Marie Alexandrine de Raze, épouse de Cugnac, en devient ensuite propriétaire. Un acte de 1805 précise que la propriété de Louis Philippe de Cugnac comprenait le domaine d'Auxances (château et moulin), les métairies de la Picoterie et de Limbre, le domaine de Verneuil (métairie et moulin) et des domaines sur d'autres communes. Jules Emilien de Cugnac, son fils, vend le château le 25 mai 1811 à Joseph Bernard Dupont, banquier et député de la Vienne. En 1839, le domaine appartient à Charles Dupont et le plan cadastral (Fig. 1 et 2) montre alors un édifice en équerre flanqué de quatre tours d'angle comme aujourd'hui. Le donjon est à l'époque pris dans des corps de bâtiment qui ont disparus. L'aile nord-est est bordée de douves sur deux côtés, avec un pont-levis à l'extrémité sud-est. Des dépendances, à l'est, forment une grande avant-cour dont il reste l'ouvrage d'entrée et une partie des constructions qui lui sont accolées. La fuie au nord, dont il subsiste des vestiges, est signalée. En 1874, le bâtiment principal (parcelle 18) est imposé pour 20 ouvertures et les communs (parcelle 17) pour 6.

Ensuite le château passe entre les mains de plusieurs propriétaires, dont le scientifique et inventeur Henri Coanda, de 1941 à 1957. Puis la communauté du Mont-Carmel de Poitiers, suite à la cession de son couvent à l'université de Poitiers, acquiert la propriété pour s'y installer. Des transformations sont entreprises entre 1958 et 1960, sous la direction de Madeleine Ursault, architecte. L'aile nord-ouest est prolongée en retour d'équerre par la construction d'un pavillon à usage d'habitation et d'accueil (Fig. 9 à 15). Des baies sont percées ou modifiées et, dans l'aile nord-ouest, est aménagée une chapelle avec de hautes baies à vitraux. Des galeries couvertes sont accolées au bâtiment principal côté cour. En juin 1960, a lieu l'inauguration du monastère et les soeurs carmélites s'approprient le donjon, exempt de remaniements, en lui donnant un nouveau sens théologique.

Description

Le château est situé en fond de vallée, en retrait du bourg de Migné, dans une boucle de la rivière l'Auxances. Au Moyen Age, il était donc isolé du bourg et le donjon permettait de contrôler le passage à gué de la rivière. Dans son écrin de verdure, l'édifice actuel, sans unité architecturale, est constitué de bâtiments construits en équerre autour d'un haut donjon carré décentré (Fig. 4 à 6). Au nord sont les vestiges d'un colombier (Fig. 98 et 99) et, au sud, un ouvrage d'entrée et des communs accolés (Fig. 24 à 36). Le domaine est ceint de murs et de haies arbustives et bordé, au nord-ouest, par la rivière.

Le donjon de plan carré comprend actuellement six niveaux de 10,30 m sur 9,75 m (Fig. 7 et 8). Chaque élévation (Fig. 37 à 42) est rythmée par trois contreforts plats, de 0,93 m sur 0,42 m de saillant, et des contreforts d'angle qui accusent tous un léger retrait au-dessus du troisième niveau. Une large échauguette est en surplomb au sud (Fig. 43 à 45) et une tour d'escalier est accolée au nord-est (Fig. 46 à 48). Celle-ci présente des vestiges de baies murées et des traces d'arrachement permettant de supposer que le donjon était relié aux bâtiments qui l'entourent. Les quatre faces du donjon sont percées de baies réparties sans ordre. Le premier niveau, partiellement en sous-oeuvre, est dépourvu de fenêtre. Le deuxième niveau présente une petite baie rectangulaire sur la face sud-ouest, mais à l'origine il était aveugle. Le troisième niveau présente quatre petites baies en plein-cintre, ébrasées à l'intérieur : deux symétriques sur la face sud-ouest, une sur la face sud-est à gauche et une sur la face nord-est à gauche. Au quatrième niveau est percé une petite baie rectangulaire récente au sud-est. Le cinquième niveau a été remanié. Son mur nord-est est percé d'une fenêtre à croisillon du 15e siècle (Fig. 48), aujourd'hui presque entièrement murée, et une baie rectangulaire s'ouvre au sud-est. Au sixième niveau se trouve le chemin de ronde sur mâchicoulis ouvert de petites baies carrées et de meurtrières intercalées, avec un décor de moulures et d'ornements géométriques. La tour d'escalier, hormis sa partie comprise dans le chemin de ronde, est percée de trois baies inégales dont l'une, murée, établissait une liaison avec un autre bâtiment disparu. Les toitures coniques de l'échauguette et de la tour se distinguent du couvrement central à quatre pans. L'ensemble est couvert en ardoise. A l'intérieur les niveaux ont été modifiés. Dans l'actuel rez-de-chaussée (Fig. 50), un escalier en pierre descend vers un couloir muré. Au troisième (Fig. 52 à 54) et au quatrième (Fig. 55 et 56) niveaux une cheminée est adossée au mur nord-ouest. Le cinquième niveau (Fig. 58 à 61) communique avec l'échauguette sud et au dernier niveau sous charpente (Fig. 63 à 74) sont, tout autour, les orifices de tir des machicoulis (Fig. 65).

Le donjon est encadré par deux corps de bâtiment perpendiculaires. Celui qui se trouve au nord-est (Fig. 91 à 95) est flanqué de trois tours. Deux encadrent le pignon sud-est (Fig. 92) dont la partie centrale est plus récente. Ces deux tours présentent une corniche à la base de leur toiture conique couverte en ardoise. Elles sont percées d'une travée de trois fenêtres récentes alors que d'autres fenêtres on été murées. La partie centrale du pignon présente une travée de quatre fenêtres à meneaux, traverses et appuis saillants moulurés, avec un décor sculpté au-dessus (imitant le style du 15e siècle). Des cartes postales anciennes figurent des éléments aujourd'hui disparus (Fig. 21) : créneaux d'ornement, élément saillant sur la tour gauche, pierres saillantes en hauteur sur la tour droite et soubassement d'un pont-levis. La construction de la partie centrale est postérieure à 1838, date du plan cadastral signalant le pont-levis (Fig. 2) qui implique une ouverture entre les deux tours pour entrer dans le logis seigneurial. L'élévation nord-est (Fig. 94 et 95), couronnée par une corniche, a été percée de sept travées de fenêtres vers 1960 pour éclairer un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. La partie gauche, est plus haute et présente, outre une travée de baies, une petite baie en plein-cintre aux premier et deuxième étages, rappelant certaines baies du donjon. Le plan cadastral de 1838 atteste la présence de douves, aujourd'hui comblées, devant cette aile nord-est, côté extérieur.

Dans l'angle saillant formé par les corps de bâtiment nord-est et nord-ouest, se trouve une grosse tour (Fig. 80 et 96) percée d'une meurtrière et à deux travées de fenêtres, couverte d'un toit conique avec souche de cheminée. Le corps de bâtiment nord-ouest (Fig. 79 à 82) ouvrant côté rivière présente trois parties à couvertures distinctes en alignement (la partie centrale légèrement plus haute est couverte en tuile plate, les autres en ardoise) et une tour d'angle à l'ouest. Il se compose d'un niveau de soubassement, d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage. La façade est rythmée par neuf travées de baies, plus trois baies étroites et hautes à droite éclairant la chapelle. Contre la partie centrale est un escalier droit à balustrade, conduisant à une ancienne fenêtre convertie en porte (une carte postale montre cette partie sans escalier et avec trois souches de cheminées). A gauche dans le niveau de soubassement s'ouvre aujourd'hui une porte. A droite la tour d'angle est percée de petites baies. A l'intérieur, la partie centrale est desservie par un escalier en pierre (Fig. 85 et 86) et la partie sud-ouest a été transformée en chapelle (Fig. 88 et 89). En retour au sud-ouest se trouve le corps de bâtiment d'accueil (Fig. 82, 83 et 97) construit en 1960, à murs en moellons apparents et couvertures d'ardoise.

Les façades sur cour des deux corps de bâtiments perpendiculaires (Fig. 84 et 91) sont très remaniées et une galerie de cloître a été accolée. L'extrémité est de l'aile nord-est (Fig. 91) est débordante sur la cour et plus profonde que le bâtiment qui la flanque. Cette partie présente une travée de baies et se compose d'un rez-de-chaussée, avec une grande baie moderne en plein-cintre, et de deux étages carrés. L'aile nord-ouest (Fig. 84) comporte une partie débordante sur cour, avec deux contreforts plats en pierre de taille et une ornementation géométrique, rappelant celle du donjon, à la base du toit. Sur des vues anciennes on peut voir un oculus sur le mur sud et la poursuite de l'ornementation géométrique vers le sud-ouest.

Au sud de la grande cour se trouve l'accès au domaine, avec un ouvrage d'entrée (Fig. 24 à 33) constitué de deux tours présentant les mêmes créneaux d'ornement et le même décor géométrique que ceux visibles sur le logis. Chaque tour présente des meurtrières et des armoiries sculptée ; celle de gauche est percée d'une baie rectangulaire au rez-de-chaussée. Entre les tours s'ouvre un portail en plein-cintre surmonté de créneaux portant d'autre armoiries sculptées. L'arrière de chaque tour est tronqué et constitué d'un mur plat couvert d'une toiture en tuile qui ne dépasse pas les trois-quarts de la hauteur. L'arrière de la tour gauche est percé d'une travée de deux baies, dont une porte large. A l'arrière de la tour droite est accolée un logement (Fig. 34), en rez-de-chaussée avec comble à surcroît, couvert en tuile. La façade présente deux travées plus une porte centrale surmontée d'une croix peinte. Les deux fenêtres du rez-de-chaussée sont remaniées avec un appui saillant. Des dépendances sont accolées à l'arrière et dans le prolongement (Fig. 35 et 36).

Au nord du château sont les vestiges d'un pigeonnier (Fig. 98 et 99) de plan circulaire et, à l'ouest, ceux d'un pont enjambant l'Auxances.

Précisions sur le décor

Arcatures trilobées au sommet du donjon, des tours de l'ouvrage d'entrée et de l'avant-corps postérieur de l'aile nord-ouest du logis. Tête sculptée sur l'échauguette du donjon (Fig. 45). Fleuron au-dessus des fenêtres du pignon sud-est de l'aile nord-est du logis (Fig. 92). Croix peinte à la chaux sur le logement proche de l'ouvrage d'entrée sud (Fig. 34). Cartouche et armoiries sur l'ouvrage d'entrée sud : armoiries de la famille Derazes (palé d'or et d'azur au chef d'argent chargé de trois feuilles de fougère de sinople) [Fig. 30], armoiries de la famille Derazes associées à celles de la famille de Chouppes (Marie-Françoise de Chouppes épouse de Jean Derazes) [Fig. 28], armoiries non identifiées (peut-être de la famille Huchet ?) [Fig. 29] et initiales MA (pour Marie Alexandrine fille de Charles Alexis Marie de Razes ?) surmontées d'une couronne comtale [Fig. 33].

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne : B 8/1. 1777-1790 : Justice seigneuriale du comté d'Auzance, terre de Verneuil. Archives départementales de la Vienne : 2E 193. 1589-1793 : Seigneurie de Verneuil, famille de Razes. Archives départementales de la Vienne . 3E 43/11. 1806, 13 février : acte de partage des biens de la succession de Razes. Archives départementales de la Vienne : En 2038. 1701 : inventaire des papiers, titres, pièces et enseignements de la terre et seigneurie de Verneuil depuis le 13e siècle. Archives départementales de la Vienne : J 51. 1598 : Terres à Migné appartenant à Pierre Chemeoux, meunier à Verneuil. Archives départementales de la Vienne : J 109. 1852 : Famille Bonnet, terre à Verneuil. Archives départementales de la Vienne . 3 Q 4064 : Tables successions et absences. Archives départementales de la Vienne . 3 Q 4494 : Tables des donations et autres dispositions éventuelles (1791-1824). Archives départementales de la Vienne . 3 Q 4387 : Tables des donations et autres dispositions éventuelles (1791-1825). Archives départementales de la Vienne . 3 Q 5149 : Déclaration des mutations par décès. Archives départementales de la Vienne . 3 Q 4404 : Table des vendeurs et des nouveaux possesseurs.
Archives départementales de la Vienne : C 318. Vers 1770 : hommage et aveu rendu au roi par Louis, Jacques et Louis de Montbron, et Charles-Alexis-Marie de Razes pour le fief d'Auzance.
Archives départementales de la Vienne : 4 P 1059-1069 (Plans parcellaires, 1838-1839) ; 4 P 2629 (Etats de sections des propriétés bâties et non bâties, 1839) ; 4 P 2630 (Tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1839) ; 4 P 2631 et 4 P 2638 (Matrices des propriétés foncières, 1841-1914) ; 4 P 2639 (Matrices des propriétés bâties, 1882-1910).
Archives municipales de Migné-Auxances : 1D1 à 1D8, Registres des délibérations du Conseil municipal (1839-1977).

● Bibliographie

Association Migné-Auxances Mémoire. Migné-Auxances d'hier à aujourd'hui. - Migné-Auxances (Vienne) : Commune de Migné-Auxances, 1999, p. 23-24, 42-48, 54, 110-114 : ill. + encart couleur, p. 297-299. Casier archéologique [documents établis par le service des Monuments historiques au lendemain de la seconde guerre mondiale sur des édifices protégés ou destinés à l'être]. Migné-Auxances, 4 p. : 1 fig. Chatelain, André. Donjons romans des Pays d'Ouest. Etude comparative sur les donjons quadrangulaires de la France de l'Ouest. Paris : A.& J. Picard, 1973. Chatelain, André. Les donjons quadrangulaires à contreforts des XIème et XIIème siècles. Archéologia, n° 82, mai 1975, p. 53 : carte. Crozet, René. Châteaux de la Vienne. Paris : Nouvelles Editions latines, 1966, p. 11-14 : 1 ill., p. 31. Crozet, René. Recherches sur les sites de châteaux et de lieux fortifiés en Haut-Poitou au Moyen âge. Bull. Soc. Antiquaires de l'Ouest, 4ème s., t. 11, 1971-1972, p. 203. Crozet, René. Textes et Documents relatifs à l'Histoire des Arts en Poitou, recueil. Archives Historiques du Poitou, t. 53, 1942, p. 116-162. Degout, Jean-Paul ; Sirot, Christian ; Coldeboeuf, Michel. Le château d'Auxances. Publ. du Club d'Histoire Locale, Centre socio-culturel de Migné-Auxances, 1982-83. Degout, Jean-Paul ; Sirot, Christian ; Coldeboeuf, Michel. Le Siècle Illustré de Migné-Auxances, 100 ans de cartes postales. AGENA Migné-Auxances : 2e brochure du Club d'Histoire Locale, Centre socio-culturel de Migné-Auxances, sept. 1984. Direction Régionale des Affaires Culturelles de Poitou-Charentes, Conservation des Monuments historiques. Eygun, François. Art des pays d'Ouest. Paris : Arthaud, 1965, p. 210. Godefroy, Frédéric. Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XV e siècle. Paris, Librairie des Sciences et des Arts, 10 vol., 1937-1938. Grandsaignes d'Hauterive, R. Dictionnaire d'ancien français. Paris, Larousse, 1947. Lavault, Guy, Lavault, Cathy. Les châteaux de la Vienne. Poitiers : Brissaud, 1985, p. 298-299 : ill. Répertoire des Inventaires. Liste de 221 manoirs et châteaux, avec photographie et texte de présentation. Le carmel, ses origines, à Poitiers, à Migné-Auxances, 1630-1980, la vie des carmélites. Opuscule réalisé à l'occasion du 250e anniversaire de la fondation du monastère à Poitiers. Le Carmel, le 15 septembre 1980, p. 12-14. Lecointre-Dupont, Gérasime. Documents concernant la seigneurie d'Auxances. Archives Historiques du Poitou, t. 7, 1878, p. 364-373. Lecointre-Dupont, Gérasime. Notice sur un anneau d'or trouvé à Auxances, près Poitiers. Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 2, 1838-1840, p. 34 (château), 32-36 : ill. (anneau). Portejoie, Paulette. Le régime des fiefs d'après la coutume du Poitou. Mémoire de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 4ème s., t. 3, 1958, p. 55, note 48. Pouliot, Maurice. Une appellation fantaisiste : l'Hôtel des Jacobins à Poitiers. Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1942, p. 21, note 1 Rédet, Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne. Paris, J.-M. Williamson, 1989 (1e éd. : 1881), p. 13. Ancien fief et haute justice relevant de la tour de Maubergeon, châtellenie en 1589 (cure de Migné), érigée en comté avant 1640. Rivaux, Jean-Pierre, (dir.). Châteaux, manoirs et logis. La Vienne. Association Promotion Patrimoine, Niort, réd. Bernard Brochard, Patrimoines et médias, 1995, p. 239. Sirot, Christian. Le château d'Auxances. Club d'histoire locale du centre socio-culturel, 1983.

● Annexe 1 :

Document retranscrit et transmit par l'actuel propriétaire de Verneuil (source : Archives départementales de la Vienne : E / 43-11) :
" (...) A été reconnu, convenu, et arrêté ce qui suit.
Savoir que moi, Dame de Cugnac étant fondée pour une moitié (prélèvement fait du préciput qui m'était accordé par la loi dans les biens dépendant de la succession de feu Monsieur Charles Alexis Marie Deraze d'Auzances mon père décédé). En Mil Sept Cent Quatre Vingt Cinq, et ladite Dame Huchet pour l'autre moitié, comme fille unique et seule héritière de Dame Anne-Marie Deraze d'Auzances, ma soeur décédée, veuve de Monsieur François Victor Desclos de La Fouchaie, et encore l'une et l'autre héritière pour chacune une moitié de Dame Magdeleine Anne de Villebois veuve de Monsieur d'Auzances notre mère et grand-mère, décédé le premier Floréal de l'an douze, nous avons d'un commun accord formé le projet de faire cesser toute indivision entre nous et audit nom, et à cet effet d'opérer le partage général des biens immeubles et rentes dépendant de la succession de feu Monsieur Deraze d'Auzances auteur commun dont l'indivision a toujours subsisté depuis son décès.
Pour parvenir à ce partage, il est bon d'observer que tous les biens immeubles qui avaient appartenu à feue Madame de Villebois d'Auzances ont été aliénés pendant son vivant, et que n'ayant fait aucun règlement avec ses deux filles, Mesdames de Cugnac et de La Fouchaie pour son douaire et autres droits résultant de son contrat de mariage, sa succession s'est trouvée réduite au jour de son décès à de simples effets mobiliers et créances, qui ont déjà été partagés, ou quoique ce soit, le prix en provenant entre moi Dame de Cugnac et Madame Huchet, ma nièce. Au moyen de quoi il n'est donc plus question, comme nous venons de l'annoncer, que de procéder au partage en deux lots égaux des biens et rentes dépendant seulement de la succession de feu Monsieur d'Auzances, notre père et grand-père, et avant de composer ces deux lots, il devient nécessaire de donner le détail des biens à partager.
- Tableau général des biens et rentes :
Article premier
La terre et domaine d'Auzances situé commune de Migné près Poitiers, consistant dans un ancien château, cour, servitudes, avenue, douves, jardin, promenades et prés clôturés, bois, prairie, le grand pré, pré armé, un clos de vigne entouré de mûrs, garenne, bois de vache et autres dépendances,
Plus la Métairie de la Picoterie consistant en logement de ferme, écurie, toits, et autres servitudes, terres labourables, prés et bois.
Plus le moulin d'Auzances consistant en deux roues, logement du meunier, servitudes, jardin, chènevière, prés et terres labourables, et généralement tout ce qui dépend et fait partie dudit château, Métairie de la Picoterie et moulin sans en rien excepter.
Article deux
La maison de Verneuil sise en ladite commune de Migné consistant dans une maison de maître, servitudes et aisances, cour, écurie, granges, jardin, avenue et allées, le bois Lucas, bois taillis à la suite, bois, futaie, lisières, vergnier et autres bois, futaie et taillis, clôture, pré de la tour, pré du pont de Moulinet, pré de Limbre, pré Fréchau, pré de la Biguerie et de la Vouzoire.
Plus la Métairie de la porte de Verneuil, consistant en logement de métayer, granges, écurie, toits et autres servitudes, cour, jardin, prés, bois, terres labourables et non labourables.
Plus la Métairie de Limbre consistant aussi en logement de fermier, granges, écurie, toits, cour, jardin, prés, terres labourables et non labourables.
Ensemble le moulin de Verneuil consistant en deux roues, logement du meunier, granges, cour et autres servitudes, deux jardins, chênaies, prés et terres labourable et la Borderie de la Chapelle de Verneuil consistant en deux chambres à feu, grenier au-dessus, cellier, écurie, jardin, prés et le champ du meunier, et généralement tout ce qui dépend et fait partie de ladite maison de Maître, Métairie de la Porte, Métairie de Limbre, moulin et Borderie de la Chapelle de Verneuil sans en rien excepter ni réserver.
[...]
- Premier lot (Madame de Cugnac)
A ce premier lot a été mis, sera et demeurera en pleine propriété et à perpétuité
1. Le Château et terres d'Auzances, la Métairie de la Picoterie et le moulin d'Auzances avec leur appartenances et dépendances sans en rien excepter ni réserver, tel que le tout se poursuit et comporte maintenant, et que lesdits objets se trouvant compris dans l'article premier du tableau général, y compris cinq tonneaux à faire vin, dont deux grands reliés ou cerclés de fer et trois moyens.
2. La maison de la Brosse avec ses dépendances sise commune de Lavoux, Métairie et Borderies en dépendant, sans en rien excepter ni réserver, tel que le tout se poursuit et comporte maintenant et se trouve compris à l'article trois du tableau général.
3. La maison de la Jacquetière avec ses dépendances, les Métairie et Borderie en dépendant, aussi tel que le tout se poursuit et comporte maintenant sans aucune exception ni réserve et se trouve compris à l'article six du tableau général.
4. Enfin, la rente foncière en grains due par les Sieurs Delaunay et Delon sur la Métairie de la Jarrie, celle de cent quinze Francs en argent due au propriétaire de la Bajellerie par la Dame Veuve Caventon, et celle aussi foncière de six Francs et la liberté de faire brûler deux barriques de vin d'une part, et de deux Francs cinquante centimes d'autre part, due par les Sieurs Surrault et Roux, les dites quatre rentes comprises aux articles huit, neuf et dix du tableau général.
- Deuxième lot (Madame Huchet de Quénetin).
A ce deuxième lot a été mis, sera et demeurera en pleine propriété et à perpétuité
1. La maison de Verneuil sise commune de Migné, la Métairie de la porte de Verneuil, la Métairie de Limbre, le moulin de Verneuil, et la Borderie de la Chapelle de Verneuil avec toutes et chacune leurs appartenances et dépendances sans en rien excepter ni réserver, tel que le tout se poursuit et comporte maintenant, et que lesdits objets sont compris à l'article deux du tableau général.
2. La maison de Montlouis située commune de Jardres et la Métairie de la Jarrige en dépendant aussi avec toutes et chacune leurs appartenances et dépendances sans réserve, telles qu'elles se poursuivent et comportent, et qu'elles sont comprises à l'article quatre du tableau général.
3. La maison et Métairie de Laleu sise en la commune de St Christophe sur Rocq, département des Deux-Sèvres, aussi avec leurs appartenances et dépendances sans en rien excepter ni réserver, telles qu'elles se poursuivent et comportent, et qu'elles sont comprises à l'article cinq du tableau général.
Et finalement, la rente foncière en grain dite de l'hommeraye due par les héritiers Gaborit de Labrosse et comprise en l'article sept du tableau général.
Ces deux lots ainsi faits et composés après l'examen le plus scrupuleux sur la valeur et le produit des biens, ayant été reconnus justes et égaux par nous et auxdits noms, il a été fait deux billets sur du papier de même grandeur et dimension, sur l'un desquels il a été écrit Premier lot, et sur l'autre Second lot, ceux-ci pliés et roulés d'une manière uniforme, mis dans un vase ouvert, et présentés par moi Riollay et aux dits noms à Madame De Cugnac, qui en a tiré un sur lequel s'est trouvé écrit Premier lot, commençant par la terre d'Auzances et finissant par les rentes Surrault. Ouverture faite de celui resté dans ledit vase, et attribué à Madame Huchet, il s'est bien trouvé écrit Second lot, commençant par la terre de Verneuil et finissant par la rente de l'hommeraye.
Au moyen de quoi moi, Dame de Cugnac, demeure incommutable propriétaire de tous les objets compris au premier lot, et ladite Dame Huchet aussi propriétaire de ceux compris au second lot pour par chacune de nous en jouir, user et disposer, comme bon nous semblera, en tout droit de propriété, et en toucher chacun à notre égard les revenus et prix de ferme, à commencer par les termes qui échoiront postérieurement au vingt cinq Mai prochain, sauf les comptes et précomptes qui restent à faire entre nous pour maison desquels nos droits respectifs demeurent réservés et conservés.
En conséquence, chacune de nous et auxdits noms déclare se tenir pour compte et bien partagé, et nous renonçons respectivement à revenir contre le présent partage pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse être, nous promettons au contraire de l'exécuter dans tout son contenu, et de nous porter réciproquement et auxdits noms la garantie de droit entre copartageants.
Fait double pour...à Niort. Le Treize Février Mil Huit Cent Six, j'ai lu et j'approuve le partage ci-dessus et les autres parts.
D'Auzances de Cugnac. J'approuve ce partage après lecture de tout ce que dépend de ma procuration.
A Niort, le dit jour, Treize Février Mille Huit Cent Six".

● Annexe 2 :

Historique et description du donjon en pierre (DRAC Poitou-Charentes, Conservation des Monuments Historiques) :
11e siècle : Donjons quadrangulaires romans en pierre à contreforts dans l'Ouest de la France. Tactique défensive passive : protection derrière les murs épais.
Les caractéristiques générales des donjons quadrangulaires de trois à quatre étages : murs épais avec peu d'ouvertures, porte d'accès étroite (0, 80 m) fermée à l'intérieur, placée à 6 m du sol, accessible par une échelle mobile ou un pont mobile. Rez-de-chaussée : obscur, sans communication avec l'extérieur. Accessible par le premier étage par une trappe ou un oculus dans le plafond. Premier étage : appartement du seigneur divisé en pièces séparées par des tentures. Deuxième et troisième étages : logement des fils et domestiques. Quatrième étage : usage militaire défensif et de surveillance des alentours, guet terminé par une terrasse crénelée ou couverte d'un toit bordé d'un parapet percé de meurtrières. Murs de refend pour supporter le poids des planchers des étages. Ascension : peu d'escaliers droits en pierre réservés dans le mur, mais emploi d'échelles de bois. Les escaliers en vis sont des constructions postérieures. Ouvertures : des meurtrières qui sont de petites fenêtres rectangulaires ou cintrées. Des baies géminées dans la partie haute de la tour, à linteau droit ou cintré.

3- Portrait de Jean Rabateau :
Né dans le dernier quart du 14e siècle, il soutient le parti favorable à Charles VII contre la présence anglaise sur le territoire de France, dans le contexte troublé de la Guerre de Cent ans (1337 à 1453). Il fait carrière dans la magistrature et remplit de nombreuses fonctions : avocat général criminel, membre du Conseil privé de Charles VII, président de la Chambre des Comptes de Bourges, quatrième président en la cour de Parlement à Paris (récompense royale), garde des sceaux conjointement avec Martin de Charpagnes (évêque de Clermont). Le futur roi Charles VII, eu égard à la confiance qu'il accorde à Jean Rabateau et son épouse (née Pidoux), leur confie la protection de Jeanne d'Arc. C'est en tant qu'avocat général au Parlement transféré à Poitiers, que Jean Rabateau héberge Jeanne d'Arc dans sa maison de la Rose à Poitiers. Jean Rabateau fait partie de son escorte vers Orléans en avril 1429. La mention du couple Rabateau figure dans le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc. Il meurt à une date inconnue, après août 1443.

4- Lettre du roi Charles VII accordant à Jean Rabateau, président en la Chambre des comptes, seigneur d'Auxances, la permission de faire réparer et fortifier la tour d'Auxances, le 15 octobre 1434. Archives Historiques du Poitou, t. VII, texte en ancien français, p. 364-365. L'extrait suivant est traduit :
"[...] maître Jean Rabateau nous a fait exposer qu'il est seigneur de la tour, terre et seigneurie d'Auxances [...], et que la dite tour a été de toute ancienneté forte, et autour beau "faubraier" et de grands et notables fossés avec une grande et spacieuse basse cour, à laquelle les sujets de la dite terre et autres voisins ont coutume de faire retraite, eux et leurs biens, lesquels par ce moyen étaient sauvés et gardés ainsi que leur bétail ; qu'ils pourraient l'être [sauvés et gardés] de plusieurs estradeurs et pillards qui, depuis ces nouvelles guerres, se sont accoutumés, et bien souvent, à venir, par nuit et par jour au dit lieu d'Auxances et ses environs, prendre les boeufs et les mules des pauvres sujets d'ici qui les ont accoutumés à faire leur labour, et [les estradeurs et pillards se sont accoutumés] à les mettre à grandes et excessives dépenses, par quoi ils ont été et sont tous anéantis ; surtout qu'ils ne peuvent avoir leur retraite et refuge en la dite tour et basse cour qui l'entoure, à cause, tant à l'occasion des anciennes guerres que par la négligence et le petit gouvernement des seigneurs qui ont été ci-devant en la dite terre, et par quoi les dites tour et basse cour ont été et sont à présent "désemparées" et non fortifiées ainsi qu'elles avaient coutume de l'être anciennement. Lequel suppliant [Rabateau] a voulu et eu l'intention de faire réparer et mettre au point la dite tour, fortifier et "emparer" les dits "faubrayer" et basse cour ; [...] qu'au dit lieu d'Auxances qui a eu d'ancienneté tour environnée de "faubrayer", fossés et basse-cour comme il est dit, tu [le roi] permettes et laisses le dit suppliant réparer, fortifier et mettre en état convenable cette tour avec les dits "faubrayer" et basse cour [...]".

Les troubles de la Guerre de Cent ans, durant laquelle les Anglais ont dominé les terres d'Auxances de 1346 à 1373, mettent Jean Rabateau dans la nécessité d'entreprendre une reconstruction partielle de la tour, 87 ans plus tard. Son dessein est de constituer, comme par le passé, une protection véritable pour les sujets de la seigneurie d'Auxances. Les permissions de construire sont fréquentes au 15e siècle et visent à remédier aux pillages incessants dans tout le royaume de France, par la multiplication de places fortes qui sont autant de refuges pour la population.
Le terme "faubraier" n'est pas traduit dans le texte afin de présenter le problème que pose sa traduction. Dans la bibliographie consultée, ce terme a été traduit par "douves", cependant les dictionnaires d'ancien français ne permettent pas d'attester ce sens, et les dictionnaires de langues régionales (patois) ignorent ce terme. En revanche, "faubraier" trouve sans doute son vrai sens si on le rapproche du terme actuel "fausse-braie", dont la forme autant que le sens sont convaincants. Le manuel de vocabulaire d'architecture de Pérouse de Montclos définit ainsi la fausse-braie : "sorte de braie remparée : l'espace entre le corps de place et l'enceinte basse est rempli de terre. La fausse-braie est l'ensemble du terre-plein ainsi constitué et du mur de soutènement. La fausse-braie est une variété de boulevard". La braie est "une enceinte basse enveloppant extérieurement une partie ou la totalité du corps de place dont elle défend le pied et dont elle est séparée par un fossé ou par une lice". Dans le texte, les quatre occurrences du terme "faubraier" peuvent correspondre à cette définition. "Faubraier" est compris dans la description de l'ensemble de la place forte, juste après la tour, avant les fossés et la basse cour, mais il est aussi désigné avec la basse-cour pour être fortifié et peut-être entouré d'un rempart. Un autre terme important qui concerne aussi le château proprement dit, n'est pas traduit car il peut comporter différents sens selon l'interprétation. Il s'agit de "désemparées", signifiant la ruine, le démantèlement, mais aussi l'abandon, ou encore mettre en désordre. Les fortifications de cette place ont pu être démantelées vers le milieu du 14e siècle, lors de la domination anglaise à Auxances, mais cela reste du domaine de l'hypothèse. Un dernier terme dans l'extrait, se rapportant à la construction du château, est laissé dans sa forme ancienne. Le terme "emparer", précédé dans le texte par le terme "fortifier", peut en être le synonyme mais peut aussi prendre le sens d'entourer.

5- Acte de vente des terres et seigneuries d'Auxances et de Sigon par Thomas de Vivonne, chevalier, seigneur de Fors, à Jean Mérichon, écuyer, seigneur d'Uré, des Halles de Poitiers, du Broil Bertin et de Lagort en Aulnis, chambellan du roi Louis XI, gouverneur et capitaine de la Rochelle pour Charles, duc de Guyenne, frère de Louis XI, le 10 novembre 1472. Archives Historiques du Poitou, t. VII, texte en ancien français, p. 366-370. Ce document comporte une description générale du domaine dans le troisième quart du 15e siècle, avec les droits et possessions qui y sont rattachés. L'extrait suivant est traduit :
"[...] vend, cède et transporte [...] le château (chastel), forteresse, terres et seigneuries d'Auxances et de Sigon et leurs appartenances, "appendances" et dépendances quelconques, que ce soient hommes, hommages, cens, fermages, rentes, maisons, vignes, terres, prés, bois, vergers, moulins, eaux, pêcheries et étangs, hommes levant et couchant, services, corvées, complants, fuies, garennes, justice et juridiction haute, moyenne et basse ; ou que ce soient d'autres droits et choses quelconques, tant en noblesse que autrement, appartenant à ces terres et seigneuries quelque part et en quelque lieu qu'ils soient situés et assis, en ce qui est compris cent sous de rente à lui dus sur l'hôtel du Portau et autres acquêts faits par lui en les villages de Pasché, Poy de Breuil, Beauvoir, que ce soit en domaines ou rentes, et dont les labours pourront être dus et échus, et tous les autres acquêts qu'il pourrait avoir faits en ces dits lieux d'Auxances et de Sigon et leurs environs [...]". Le même acte de vente contient deux autres fois la mention "chastel, terres et seigneuries d'Auxances et de Sigon, et leurs appartenances, appendances et dépendances", et encore une autre fois la mention "chastel et seigneurie d'Auxances". Le terme "chastel" qui signifie château est distinct, dans le texte, de terme forteresse. Le chastel a un sens relativement large, prenant en compte la totalité du domaine et non strictement le bâti. Il désigne le patrimoine, la possession, principalement mobilière, le rapport en argent d'un champ, d'une vigne, et la rente ; il peut s'employer dans le sens particulier de gain, profit. Durant le mois de la vente, le 29 novembre 1472, Jean Mérichon reçoit une lettre du roi Louis XI faisant suite à l'acte de vente adressé au roi. Les foi et hommage que Jean Mérichon fait au roi à l'occasion de cette acquisition, s'accompagnent d'un paiement de droits et de devoirs. Le roi décide de récompenser Jean Mérichon pour ses services et sa fidélité, en conséquence de quoi il lui fait don et remise du paiement (ou des ventes et honneurs).

6- Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, Notice sur un anneau d'or trouvé à Auxances, près Poitiers, par G. Lecointre-Dupont, 1838-39, p. 32-36.
"On peut le regarder comme un type primitif de nos alliances modernes. [...] les légendes de cet anneau nous offrent de simples et naïves devises où l'amante heureuse dit à son amant qu'elle ne peut mieux choisir ailleurs l'objet de son amour. Cet anneau est en or pâle, mal poli à l'extérieur. Il pèse cent deux grains. Sa hauteur est de deux lignes et demie, son diamètre intérieur de six lignes ; aussi n'a-t-il pu servir qu'à un très petit doigt de femme. Les caractères des inscriptions sont ces lettres resserrées, anguleuses, formées seulement de lignes droites, sans parties courbes, quelquefois accolées l'une à l'autre, qui étaient en usage dans les inscriptions lapidaires de la fin du quinzième siècle". L'anneau est divisé en deux parties qui s'emboîtent. Chaque partie comporte une inscription gravée. L'une signifie après traduction : "Mon coeur s'est réjoui, aussi doit-il, si Dieu m'aide" ; l'autre : "Amour que je ne puis mieux ailleurs choisir" ou bien "A mon gré je ne puis mieux ailleurs choisir". L'auteur établit ensuite une datation de l'anneau à partir d'une charte qu'il a également découverte de façon fortuite, et prend le parti d'attribuer la fondation du château à Jean Mérichon. Il ignore ainsi les précédents propriétaires du domaine. Il dit en ces termes : "Un heureux hasard m'a fait rencontrer, dans un lot de vieux parchemins que j'avais achetés, une charte de Louis XI qui fait connaître l'époque de la fondation de ce château et le nom de son fondateur. [...] cette charte qui donne en quelque sorte une date certaine à l'anneau qui nous occupe". Il cite intégralement cette charte en ancien français adressée par Louis XI à Jean Mérichon. L'extrait suivant est traduit :
"[...] donnons et octroyons de grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale par ces présentes, pour lui, ses héritiers et successeurs, tout le droit d'usage et d'exploitation de bois-vert, bois-mort et mort-bois en nos forêts de Moulière, Gâtine, Chassepoil et autres de nos bois et forêts aux environs de son château et hôtel d'Auxances (son chastel et hostel d'Ouzance), tant pour bâtir et édifier le dit hôtel d'Auxances et les halles de Poitiers qui lui appartiennent, que pour son chauffage et autres affaires des dits hôtels [...]". On peut constater que dans la charte il est fait mention du "châtel" et "hôtel" d'Auxances pour désigner la propriété de Jean Mérichon. Toutefois l'action de bâtir par Jean Mérichon est associée à l'hôtel d'Auxances ainsi qu'aux halles de Poitiers, et non au châtel proprement dit. S'agirait-il d'une distinction intentionnelle entre les différents bâtiments de la propriété d'Auxances ? Mérichon aurait-il construit des bâtiments autour du donjon ? Les termes d'hôtel et de châtel peuvent aussi être synonymes dans ce cas. Cependant la conclusion de G. Lecointre-Dupont sur la fondation du château reste une hypothèse ; la charte peut aussi désigner une campagne de travaux commanditée par Jean Mérichon, sans pour autant être une fondation. Enfin comme on peut le constater, les textes en ancien français comportent des distinctions dans le vocable du château, à considérer attentivement. Jean Rabateau est associé au terme "tour", et Jean Mérichon aux termes "châtel" et "hôtel".

7- Au 16e siècle, les guerres de religion sévissent dans le pays, opposant les catholiques aux protestants, et n'épargnent pas le château qui est attaqué lors du siège de Poitiers en 1569 par l'amiral Gaspard de Coligny, tandis qu'une partie de l'armée royale dirigée par Charles II de Cossé, duc de Brissac, et le duc Henri Ier de Guise en assure la défense. Le propriétaire Jacques de Montbron, gouverneur de la ville de Metz, loge alors les troupes royales catholiques dans son château d'Auxances. Une vingtaine d'années plus tard, en 1592-93, les troupes royales catholiques viennent à nouveau s'installer dans le domaine d'Auxances et, de cette place forte, assiéger la ville de Poitiers occupée par la Ligue des protestants.

8- Biographie d'Henri Coanda résumée à partir de l'ouvrage publié en 1999 par l'association Migné-Auxances d'hier à aujourd'hui et de leur site internet (http : //membres.lycos.fr/mignememoires/)
Scientifique dans l'aéronautique, Henri Coanda se distingue dans l'histoire du château, à la fois personnellement et par l'utilisation qu'il fait des bâtiments et du terrain environnant. Né en Roumanie, en 1886, d'une mère française et d'un père roumain faisant carrière dans la diplomatie, il a souvent l'occasion de résider en France. Il fait preuve tout au long de sa vie d'une remarquable capacité d'inventions techniques et d'une grande curiosité dans des domaines très variés. Il s'illustre en particulier dans l'aéronautique. Pendant la guerre 1914-1918, il choisit de se battre aux côtés de la France. Du fait de ses compétences en ingénierie civile de l'aéronautique, les dirigeants de l'armée française l'assignent à la conception d'avions de chasse et de bombardement. Après la guerre 1914-18, en parallèle à ses recherches, il réussit dans les affaires avec la société de construction de maisons préfabriquées qu'il fonde en 1923, et implante ses usines à proximité de Poitiers en 1939. C'est à cette occasion qu'il découvre le Poitou et saisit l'opportunité d'achat du château de Migné-Auxances. En 1941, le château de Migné-Auxances devient la propriété d'Henri Coanda et de son épouse Marguerite Lecca. Tout le domaine devient alors le théâtre des expériences scientifiques d'Henri Coanda. Il met en pratique son mécanisme d'échappement directionnel des gaz par la réalisation de prototypes d'engins munis de turbopropulseurs. Ces prototypes peuvent être rapprochés des hydroglisseurs et des "soucoupes volantes". L'utilité de ses très nombreuses recherches et inventions lui valent la reconnaissance de la Roumanie et de la France, mais aussi des Etats-Unis qui le sollicitent en 1947 et où il part travailler dans les années 60. Henri Coanda et son épouse décident de quitter Migné-Auxances et vendent le château aux soeurs carmélites en octobre 1957, après y avoir habité 16 ans.
"Outre ses nombreuses inventions touchant des domaines aussi variés que l'aéronautique, l'énergie solaire, l'automobile, le chemin de fer ou l'habitat préfabriqué, ce perpétuel créateur est également poète, musicien et sculpteur au talent certain".

9- Archives de l'Evêché.
Le carmel, ses origines, à Poitiers, à Migné-Auxances, 1630-1980, la vie des carmélites. Opuscule réalisé à l'occasion du 250e anniversaire de la fondation du monastère à Poitiers. Le Carmel, le 15 septembre 1980, p. 12-14.
Du carmel fondé à Paris en 1604 vinrent le 7 mai 1630 cinq religieuses et deux postulantes pour la fondation du carmel de Poitiers. Elles logèrent dans plusieurs maisons, puis rue des Basses-treilles presque à l'emplacement où fut bâti plus tard leur monastère et qui est actuellement la banque de France. La prise de possession eut lieu le 15 septembre 1630 et les carmélites vécurent 30 ans dans ce lieu. Les postulantes affluant, il fut urgent de construire un monastère plus grand. La reine Anne d'Autriche demanda à son fils Louis XIV de faire bâtir le monastère. Le roi posa lui-même la 1ère pierre. Il fut terminé et la chapelle consacrée en 1699.
Le 13 février 1790 l'Assemblée constituante abolit les voeux monastiques. En 1792 parut le décret ordonnant aux religieuses de quitter leur couvent, il fut exécuté au carmel le 20 septembre. En juillet 1802 les religieuses se regroupèrent dans une maison louée près de l'hospice. Puis elles achetèrent une partie de l'abbaye de la Celle. Ce n'est que le 12 avril 1817 qu'elles purent acquérir la partie principale de l'abbaye qui devint jusqu'en 1957 le carmel de l'Incarnation du Plan de la Celle. En 1956, l'amplification du bruit autour du monastère amena les religieuses à envisager un transfert. Le carmel du Plan de la Celle fut vendu à l'Université, les religieuses trouvèrent une propriété à Migné et elles partirent le 31 octobre 1957.

10- Acte de vente de 1957 dans lequel la propriété est décrite (DRAC Poitou-Charentes, Conservation des Monuments historiques) :
a. Maison de concierge.
b. Portail d'entrée avec grille et deux tours crénelées et armoriées.
c. Donjon carré attribué au 16e siècle, comprenant un rez-de-chaussée et quatre étages.
d. Château attribué aux 15e et 16e siècles, comprenant au rez-de-chaussée, sur caves voûtées, vestibule, hall, grand salon, grande salle à manger, cuisine, bureau, deux petits salons, lingerie. Grand escalier monumental en pierre de taille. Au premier étage, grand hall, six chambres avec cabinets de toilette, salle de bains, deux water-closets. Très grand grenier. Chauffage central. Eau. Electricité. Téléphone. Servitudes, garage, vastes locaux.
e. Jardin, parc, charmille, vivier, puits. Le tout, d'une contenance d'environ deux hectares.
f. Ferme contigue au château, comprenant bâtiments d'habitation et d'exploitation, cour, grange, greniers, servitudes diverses, abreuvoirs, terres labourables, prairies naturelles bordant la rivière l'Auxances : le tout d'une contenance d'environ 11 hectares 50 ares.
g. Deux îles dans la rivière d'Auxances, l'une située en face le château, d'une are 90 centiares ; l'autre, un peu en amont de 3 ares 50 centiares.
L'ensemble de la propriété a une contenance approximative de 15 hectares 50 ares.
Limites : Route d'Auxances à Migné, bâtiments de Mr Plumereau et d'autres, rivière l'Auxances, terrains de M. Hivonnait, cours d'eau des Platanes, et un pré pouvant dépendre du moulin de Migné.

11- Les soeurs Carmélites de Poitiers :
Les origines du Carmel remontent au 13e siècle, avec comme préoccupations catholiques la solitude et la prière. Au 16e siècle, Sainte Thérèse d'Avila donne à cet ordre religieux une impulsion forte. La fondation du Carmel de Poitiers est établie en 1630, par lettre patente du roi Louis XIII, à la demande de Madame de Combalet, dame d'atours de la reine Marie de Médicis et nièce du cardinal Richelieu. Les soeurs s'installent d'abord peu de temps dans des bâtiments presque en ruine de l'abbaye Sainte-Croix, puis dans une maison du faubourg de la Porte de Paris, rue des Basses-Treilles (à Poitiers, actuelle rue des Carmélites, bâtiments occupés par la Banque de France qui a rajouté deux ailes). La pauvreté de leur établissement suscite la générosité de la reine Anne d'Autriche, venue s'y réfugier à plusieurs reprises avec le jeune roi (futur Louis XIV) pendant les troubles de la Fronde. Vers 1660, le roi Louis XIV finance la construction de bâtiments conventuels pour ces Carmélites, en leur accordant tous les privilèges concédés aux maisons de fondation royale. La Révolution française vient bouleverser leur clôture. Les voeux solennels des soeurs sont annulés en 1790 et elles sont contraintes de quitter leur couvent en 1792. Au 19e siècle, elles s'installent au Plan de la Celle, rue Saint-Pierre-Le-Puellier, à Poitiers. Le bruit de la circulation moderne et la vétusté des bâtiments les décident à quitter de nouveau leur retraite. Leur choix se porte sur le château de Migné-Auxances mis en vente par Henri Coanda en 1957. Elles y demeurent aujourd'hui.



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