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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Béruges / le Pin
Abbaye Notre-Dame

photographie du dossier documentaire, voir légende
Vue aérienne de l'ensemble des bâtiments depuis le sud-ouest. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Union sociale et sportive d'Asnières, 2006.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2006.

Historique

L'abbaye du Pin aurait été fondée vers 1120 à l'instigation de Géraud de Sales, par Guillaume des Forges, chanoine de Saint-Hilaire de Poitiers, sur des terres offertes par Tition de Bares. Obéissant à la règle cistercienne à partir de 1141-1142, l'abbaye Notre-Dame du Pin est placée sous la tutelle de l'abbaye de Pontigny le 3 juillet 1163. A la fin du 12e siècle, elle connut une grande prospérité grâce à l'intervention de Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre et comte de Poitiers, qui nomma son cinquième abbé, Pierre Milon, et dota l'abbaye de biens fonciers au sud-est de l'Angleterre et du droit de minage (taxe sur la vente du blé) perçu à Poitiers dans un bâtiment rue du Moulin-à-Vent. Bénéficiant de nombreuses dotations, elle possédait, au 13e siècle, une grande partie du territoire de Béruges, un étang et un moulin. Du 12e siècle restent la partie inférieure des murs de la nef de l'église et une partie du mur nord de l'ancien moulin. L'abbaye connut une première vague de réparations au 15e siècle, suite à la Guerre de Cent Ans (surélévation des murs et reconstruction de la toiture de l'église).
Occupés par les troupes de Coligny, les bâtiments subirent un incendie au moment du siège de Poitiers en 1569. La voûte en berceau du sanctuaire s'effondra, seuls les quatre murs de la nef subsistèrent mais restèrent découverts pendant 80 ans durant lesquels les religieux faisaient l'office dans la salle du chapitre. Des réparations furent alors effectuées et le choeur fut séparé de la nef par un mur portant toujours l'inscription : ce pignon fut faict an l'an 1598. En 1600, la voûte du choeur s'effondra à son tour. L'abbaye abandonna la Commende pour redevenir abbaye régulière. En 1621 le choeur, de même longueur que la nef, est restauré et pourvu de trois autels. Puis tout au long du 17e siècle des travaux importants sont entrepris, c'est de cette époque que date le logis abbatial dont l'aile sud est établie en 1649 sur l'emplacement du choeur de l'église et qu'une sacristie y fut installée. La nef est alors recouverte d'un berceau de bois et en 1699 un retable est commandé au sculpteur poitevin Girouard. Sont également édifiés les vastes communs qui existent toujours et un cloître est construit (l'emplacement des supports est visible sur le mur nord de l'église et sur la façade ouest du logis). En 1714 le pont est réparé comme l'indique une date gravées sur son arche nord. Sur le pavillon d'entrée une inscription : 1736 fait par la main de Charles Boud[ile], indique la date de sa construction qui est peut-être également celle du portail, du côté de l'accès actuel à l'ouest. A partir de 1779, le logis est remanié par l'architecte Robert Penchaud. Sa façade orientale est percée de grandes fenêtres disposées en travées, la pièce située entre la cuisine et le couloir est divisée et l'étage est entièrement cloisonné. A la Révolution, l'abbaye est vendue comme bien national ainsi que toutes ses dépendances qui consistaient en 12 métairies, 8 borderies et de nombreuses terres. En 1792, l'abbé Guy de Cressac rachète la maison abbatiale. Sur la plan cadastral de 1830, en plus des bâtiments actuels, figure au centre une construction qui devait correspondre aux traces d'arrachement visibles à l'angle nord-ouest de l'église et devait soutenir la galerie ouest du cloître.
En 1945, la voûte de l'église s'effondre et sa toiture est abbatue vers 1952 par mesure de sécurité.

Description

L'abbaye du Pin est située à l'ouest du bourg de Béruges, en fond de vallée, dans une boucle de la Boivre et en bordure de celle-ci. Au nord et au nord-ouest un coteau abrupte et boisé la sépare de la route départementale 6 et, au sud, le terrain monte plus doucement vers la route rejoignant la route départementale3 et la Torchaise en bordure de laquelle sont encore visibles les vestiges d'un long mur clôturant la propriété. A l'ouest un pont à plusieurs arches sépare l'abbaye de l'ancien moulin et filature. De ce côté, l'accès à l'enclos se fait par un portail constitué de deux piliers à amortissement, derrière lequel se trouve un logement en rez-de-chaussée à haut toit à croupes couvert d'ardoise. Au nord, en bordure de la route D 6 où se trouvent un mur de clôture et un ancien logement de gardien en ruine, également couvert d'ardoise, est un ancien accès par un chemin en lacets descendant à flanc de coteau pour arriver à un pont franchissant la Boivre. Ce pont est constitué de trois arches dont l'une correspond au canal d'un moulin. Entre la falaise et la rivière se trouve une fontaine maçonnée abritée par une voûte en arc brisé au sud de laquelle sont trois bassins rectangulaires successifs, celui du milieu aux angles coupés, le plus proche de la rivière étant un lavoir.
Sur l'autre rive, les bâtiments se regroupent autour de plusieurs cours. Celle qui est au débouché du pont est bordée à gauche par un bâtiment de communs abritant des fours et où se trouvait autrefois le moulin. Il est traversé par un passage couvert donnant accès à la grande cour nord-est. En vis à vis à l'ouest est un corps de dépendance et, entre les deux, face au pont, un passage couvert donne accès à une très vaste cour entourée sur trois côtés par d'anciennes écuries et autres communs, le quatrième étant aujourd'hui fermé par un mur. Dans l'aile sud de ces communs, face à celui qui est aménagé dans l'aile nord, un passage couvert donne accès à la cour d'entrée actuelle, également accessible par un portail à l'ouest, qui est bordée au sud par un bâtiment de dépendances allongé et bas. A l'est de la précédente cour, accessible par un passage aménagé dans les années 1940 dans l'aile sud des communs, s'étend la cour principale bordée au sud par le prolongement de l'aile des communs et à l'est par un grand corps de logis. Dans sa partie sud, accolée perpendiculairement au logis, se trouve l'église abbatiale. La partie nord de cette cour s'étend en contrebas jusqu'à la Boivre. Elle est séparée de la première cour par le bâtiment contenant les fours et autrefois le moulin, auquel est accolé un petit corps de bâtiment perpendiculaire, autrefois à usage de buanderie.
L'église abbatiale, construite en pierre de taille, est constituée d'une nef à trois travées dont le sol, en contrebas par rapport à la cour, présente par endroit un carrelage de terre cuite. Dans la première travée, à la base des murs se trouve une banquette en pierre. Actuellement il n'y a plus aucune charpente ni couverture. A l'ouest, où sont visibles les traces de l'ancien pignon avant sa surélévation, s'ouvrent un portail et une petite porte à droite, toutes deux couvertes d'un arc segmentaire. Plus haut est une haute fenêtre en arc brisé. Les travées sont séparées par des colonnes sur dosseret dont les chapiteaux restants sont sans sculpture, leur tailloir se prolongeant en un cordon à la base de l'ancienne voûte. Dans chacune de ces travées s'ouvre, au nord et au sud, une fenêtre en plein cintre (plusieurs d'entre elles ont été élargies). Dans la partie inférieure du mur nord, dans la travée médiane, s'ouvrent une porte et une niche dont le fond est ouvert dans sa partie supérieure. A l'est, un mur a été construit sous l'arc qui ouvrait autrefois sur le choeur et qui a fait place à une aile du logis. A l'extérieur, la façade est encadrée par deux gros contreforts corniers et se divise en deux registres séparés par une corniche en glacis. Le portail est couvert d'un arc brisé à deux rouleaux, dont les arêtes sont ornées d'un tore, et à archivolte retombant sur un tailloir se prolongeant sur toute la largeur du mur et sur des chapiteaux orné de feuilles. Au-dessus du portail, des corbeaux supportaient vraisemblablement un auvent ou un porche. Les murs latéraux sont renforcés par des contreforts plats et l'archivolte des fenêtres se prolonge pour former un cordon horizontal. Dans le mur nord, limité à gauche par un autre contrefort, en plus des baies vues à l'intérieur, est visible à gauche la partie supérieure d'un enfeu couvert d'un arc brisé orné d'un tore sous un arc plein cintre muré. Au-dessous du niveau des fenêtres sont les traces d'arrachement des supports et du solin de la galerie de cloître du 17e siècle. Le mur sud est limité à droite par une ancienne tour d'escalier carrée dont la face sud porte des traces de reprise de maçonnerie qui peuvent correspondre au départ du mur d'un ancien transept détruit.
Le logis abbatial est un long bâtiment rectangulaire à corps central entre deux ailes en saillie sur la façade orientale. L'ensemble est construit en moellons irréguliers et les couvertures sont en ardoise. Celle de l'aile nord a disparu et celle de l'aile sud est pourvue de croupes. Ce bâtiment est constitué d'un sous-sol, un rez-de-chaussée, un étage et un comble. La façade ouest sur la cour présente des travées irrégulières et conserve des baies en plein-cintre (du 17e siècle) à clef saillante et pour certaines murées. Des traces des supports du cloître disparu sont visibles dans le mur. L'élévation postérieure est beaucoup plus régulière, avec treize travées, la porte au centre et quatre lucarnes dans le comble. Les ailes latérales ont chacune trois travées de fenêtres dont le linteau est surmonté d'un arc de décharge en brique. Dans l'aile sud, légèrement plus haute que le corps de bâtiment principal, s'ajoutent deux lucarnes passantes. L'aile nord, à l'abandon, a perdu sa couverture et dans sa façade sur la Boivre sont des ouvertures percées de manière très irrégulière tandis que l'élévation sud de l'aile sud présente quatre travées, les trois de gauche étant surmontées d'un oculus.
A l'intérieur, la partie centrale est simple en profondeur tandis que les ailes sont divisées par un mur de refend longitudinal. Sous la partie centrale, accessible par un escalier en pierre au nord et par une porte dans la façade ouest, le sous-sol est divisé en cinq caves en enfilade couvertes de voûtes en berceau. La première au nord, sous la cuisine, a un pilier carré en son centre pour soutenir la voûte. La troisième, très vaste, a son mur ouest renforcé par des contreforts. Sous la partie est de l'aile sud se trouve une salle voûtée, réutilisée comme chapelle, accessible par l'escalier principal au bas duquel se trouve un massif de maçonnerie appareillé qui pourrait être un vestige de l'ancien chœur, à droite duquel la porte d'accès à la salle est couverte par une dalle funéraire en remploi. Au rez-de-chaussée du corps principal sont, du nord au sud : en contrebas, une pièce voûtée transversale sans fenêtre ouvrant à l'ouest sur la cour et à l'est sur un escalier en pierre rampe sur rampe ; la cuisine à voûte d'arêtes soutenue par un pilier carré ; une pièce étroite ; une pièce avec une cheminée en marbre et des lambris sculptés ; un couloir médian transversal à sol dallé, avec porte donnant sur l'extérieur à l'ouest et à l'est ; une salle divisée par des cloisons ; une autre salle couverte d'une voûte d'ogives (seule la retombée sud-est conserve son chapiteau), avec cheminée lambrissée, lambris d'appui et une porte murée couverte d'un arc déprimé à l'ouest ; la cage de l'escalier principal en pierre, dont le sol est dallé d'ardoise, qui ouvre par une porte sur la cour ouest et par un très haut arc en plein cintre sur chacune des volées, rampe sur rampe, et sur l'aile sud. Dans cette aile sud, la partie ouest, qui a servi un temps de sacristie, est divisée en deux par un mur au nord duquel est un large couloir avec quelques marches. Dans son angle nord-ouest est visible la base de l'arc muré de la nef de l'église, dans lequel est engagé un petit bénitier en pierre. Dans le mur nord se trouve un lavabo en pierre à niche concave bordée d'une moulure et en face, au sud un large oculus également à encadrement mouluré. La partie est de cette aile sud est divisée par une cloison en deux pièces chacune avec une cheminée. Dans le mur ouest de la pièce sud-est est un grand arc en plein-cintre muré. A l'étage, le corps de bâtiment principal est cloisonné et un couloir longe la façade ouest, desservant les chambres. Au sud, la cage de l'escalier principal communique avec l'aile par un grand arc semblable à celui du rez-de-chaussée. L'espace intérieur de l'aile sud a été réaménagé. L'escalier conduit jusqu'au comble, séparé de la cage par une cloison en pan de bois.
Les communs sont constitués de trois très vastes corps de bâtiments accolés en U traversés par deux passages couverts en vis à vis, pourvus de chasse-roues coniques surmontés d'une boule en pierre. Le passage de la partie est de l'aile sud a été aménagé au 20e siècle derrière une porte charretière en plein cintre existante. La majeure partie des ouvertures de ces communs sont pratiquées côté cour, sur deux niveaux. Les portes charretières et piétonnes sont couvertes en plein-cintre et les fenêtres (ou anciennes fenêtres) sont rectangulaires. A l'intérieur sont d'anciennes pièces d'habitation, des écuries et diverses dépendances.

Précisions sur le décor

Chapiteaux de la porte de l'église à larges feuilles et crochets. Dalle funéraire ornée d'un personnage gravé et pierres à décor de pointes de diamant en remploi. Dans la salle sud du logis, chapiteau à feuilles ; dans la salle nord, lambris ornés de volutes, coquilles et feuilles ; cheminées lambrissées à panneaux ; porte à panneaux dans la cage d'escalier. Aile sud : lavabo à niche garnie d'une coquille, chambre sud-est avec cheminée à décor végétal, de rubans et d'instruments de musique. Portail ouest à pilastres et amortissements en forme de pomme de pin.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne : B 126 (1771 - Procès-verbal des reconstructions et réparations à exécuter à l'abbaye, dressé par Robert penchaud, architecte du comte d'Artois ; le vitrage des bâtiments est fait partie en carreaux de verres de Bohême, partie en verres de Normandie.
Archives départementales de la Vienne : 1 H 11, liasse 1 (1225 - Bouchard de Marle, seigneur de Montreuil-Bonnin, donne aux religieux du Pin les prés du Roi entre le Pin et Béruges, ils y construiront un étang ; sur la chaussée de cet étang sera construit un moulin. 1646 - Traité entre Léonard de la Béraudière, abbé, et Jean de la Fontaine. Le bail consenti à ce dernier en 1631 est prorogé de sept ans à condition qu'il fera bâtir à ses frais la nef de l'église détruite par les protestants en 1569 (depuis ce temps les religieux faisant l'office dans la salle du chapitre). Procès-verbal de visite des bâtiments et déposition des témoins sur la cause des ruines. 1649 - Procès-verbal de visite de l'abbaye par Claude de Tudert, lieutenant général de la Sénéchaussée de Poitiers). .
Archives départementales de la Vienne : 1 H 11, liasse 2 (1653 - Etat des domaines de l'abbaye aliénés par Léonard de la Béraudière et rachetés en 1631. Procès-verbal de visite des bâtiments faite dans le but d'apprécier les constructions réalisées par Jean de la Fontaine lorsqu'il était économe de l'abbaye).
Conservation régionale des Monuments Historiques. Dossier de protection.

● Bibliographie

Andrault-Schmitt Claude. Les églises cisterciennes en Poitou, l'invention architecturale et l'émergence d'un réseau européen (1129-1277). Dans Revue historique du Centre-ouest, Tome I, 1er semestre 2002. P. 21-24
Aubert, Marcel. L'architecture cistercienne en France. Editions d'art et d'histoire, Paris, 1947. P. 154-155, 233, 364
Bizard, Etienne. Histoire d'un village du Poitou, Béruges. 1968. P. 29-37
Brien, Jacques. Le développement de l'ordre cistercien en Poitou au XIIe siècle et dans la première moitié du XIIIe siècle. Essai sur l'emplacement des monastères cisterciens. Mémoire de DES, université de Poitiers, octobre 1954.
Durand Philippe, Andrault Jean-Pierre, dir. Châteaux, manoirs et logis, la Vienne. Editions patrimoines et médias. Niort, 1995. P. 182
Gauduchon, Bruno. L'abbaye Notre-Dame du Pin. Mémoire de licence d'histoire de l'art, université de Poitiers, 1980.

● Annexe 1 :

27 mars 1647, procès-verbal de visite (A.D. Vienne : 1 H 11 liasse 1)
[...] Ay vu et visité la porte et principale entrée de la nef de l'église : 4 ou 5 quartiers de pierre qui sont ostés et brulez par le feu. Au côté de ladite grande porte, y aune autre petite porte ronde de pierre de taille de 3 pieds et 7 de hauteur à laquelle est besoins d'y mettre 6 cartiers de pierre de taille qui ont estés rompus et bruslés. Lesdicts deux sans degrez pour entrer. Dans le pignon grand vitrail de hauteur d'environ 18 pieds et de 6 de large, tout rompu, sans vitre ni fer, mesme les costés de la taille dudit vitrail rompus en plusieurs endroits.
D'ici est descendu dans ladite nef laquelle ai trouvé toute découverte sans aucune aparance de thuille ardoise ni pavez, où il y a quelques sièges de pierre de taille aux deux costés tous cassez et ruinez. Ladite nef toute remplie d'espines et de pierres ; 7 vitraux, 3 de chaque costé et l'autre au milieu du pignon d'environ 7 pieds de haut et 3 pieds de large, en pierre de taille, la plupart rompu et brisez soit par le feu ou autrement. Les murailles des deux costés et leur pignon fort ruinez et ont besoin de leur refaire d'environ 3 ou 4 pieds de haut, craint que lesdites murailles soient abismés par le moyen du grand temps qu'il y a eu sans discontinuer et ici les murailles incommodées par le moyen du temps et du feu qu'y a bruslé et faudra brosser enduire et blanchir. Ladicte nef sans aucung autels, les 4 piliers par le dedans d'icelle coupez, scavoir trois d'environ 7 pieds de hault et l'autre d'environ 12 à 13 pieds. Sur lequel pignon de la dicte nef du costé du choeur y avoit un clocher autrefois de pierre de taille, à présent tout rompu [...] du costé lequel choeur y a un petit escalier de pierre qui servoit autrefois pour monter audict clocher où il y a 6 marches rompus. Il y a aussi une autre porte de pierre de taille pour entrer dans les cloistres de largeur de 3,5 pieds et de 6 pieds de haut, donst les cartiers de pierre de taille sont tous bruslez et cassez. Y a aussi dans le pignon de ladite nef en haut au choeur une porte en pierre de taille de forme ronde, sans gong laquelle est murée de pierre sèche.
J'ai entré dans le cloistre que nous avons trouvé tout ruinez sans aucune couverture soit de thuilles, pierres ou ardoises. Proche dudit cloistre, grange autrefois voûtée dont l'une des murailles est par terre et sans couverture.
Conduisant dudit cloistre dans le choeur ay vu une arcade ou sépulture dans la muraille de ladite nef dont les fondements des deux costés mesme la muraille sont tous brisez et rompus, pour monter dans lequel y avoict autrefois cinq degrez qui sont à présent tous rompus. Ay entré par une porte de pierre [...] pour entrer au choeur de la largeur de 4 pieds et sept et demy de haut. Lequel choeur j'ai trouvé composé de trois chapelles, les voustes des deux desquels sont encore dans leur entier ensemble, celle de un des costez dudit choeur, la vouste du grand hostel à demy ruynée et apparence qu'il aye esté vousté autrefois comme il aparoit par les retombées [...]. La muraille du pignon sur icelle porte toute crevée. Y avoir aparence autrefois de deux portes à présent murées. Y a encore une autre porte de pierre de taille pour entrer dans le jardin. Ledit choeur estant de la largeur de 24 pieds et 80 pieds de long dans oeuvre sans comprendre les chapelles où sont dictes trois chapelles comme aussi ladite nef contient en longueur 80 pieds et de largeur 27 le tout en oeuvre.
Lieu où à présent se célèbre le service divin quy a aparance avoir esté autrefois le chapitre qui est voûté et portée par deux piliers, carrelée de carreaux de terre cuite avec sièges de pierre de taille tout autour, de longueur de 35 pieds et de largeur de 23 dans l'oeuvre, aveq quatre vitreaux garnis de vittres et fer. L'autel de la dicte église sur lequel est un tabernacle. De ladicte église, ay entré dans la sacristie quy est à costé. Trois vittraux, trois portes de pierre. Dudit lieu j'ay monté dans le dortoir par un escalier de pierre où il y a six chambres pavées de grands carreaux de terre cuite, de huit pieds en un sens et neuf dans l'autre et sept pieds et demy de hault dans lesquelles n'y a aucune cheminées, aveq un courroy devant icelles chambres de largeur de 14 pieds et de 64 pieds de long, couvert à thuilles plattes supporté par sept tirans, le clocher sur iceluy. Au bout duquel escalier est la chambre prieurale, carrelée de terre cuite. Sur ledict escalier en dessendant y avoit autrefois une chambre aveq une cheminée. Et d'icelle ay descendu dans le jardin où ay vu une chapelle au costé d'iceluy, autrefois bastie à présent ruinée sauf la moitié des murailles. Proche d'icelle est une cave voustée sur laquelle estoyt l'infirmerie touste ruynée et plus des trois quart descouverte, où y a un escallier de pierre et dudict lieu ay entré dans le refectouer de largeur de 21, 5 pieds et de longueur de 26 pieds aveq une cheminée de neuf pieds de large à laquelle chambre y a un grenier.
Logis abbatial consistant en une chambre basse en laquelle y a une cheminée, deux fenestres grillées une antichambre à costé. Par-dessus ladite chambre est la chambre dudit sieur abbé et une antichambre à costé, et à costé desdites chambres une salle, et à costé desdites chambres y a deux écuries et à costé de ladite est une chambre haulte. La plupart desdits bâtiments ruinez et un escalier de pierre pour monter dans le petit logis et une cave voustée servant auxdits religieux où se fait le vin pour iceluy estant faict estre conduit dans une autre cave sous le dortouer.
Le logis estant à l'entrée des grandes portes j'ay trouvé consisté le premier en deux chambres basses, une cave et une chambre haute par le dessus, un esvier et une petite chambre à costé. Un autre corps de logis consistant en deux chambres basses, un grenier par-dessus, une grange à costé ; plus le logis appelé Ribouard consistant en un grenier bas carrelé et une chambre par-dessus, un grenier par-dessus, une grange à costé, un fourniou four et chambre.
Plus un moulin à une rouhe, un moulin à 3 rouhes appelé le grand moulin aveq une grange et les écuries, une maison consistant en trois chambres et une escurie pour servir à la thuillerye, une autre maison consistant en deux chambres, une escurie et une boutique [...].
Plus pour avoir abattu la souche du clocher de ladite église qui était de pierres.

● Annexe 2 :

30 janvier 1653, extrait de l'expertise des travaux réalisés par La Fontaine (Archives départementales de la Vienne : 1 H 11 2)
La muraille de ladite église est surhaussée de trois pieds tout à l'entoure ; plus vu une muraille qui fait séparation du choeur de ladite église et de la nef à laquelle y a une grande porte ronde de pierre de taille ; plus une muraille refaite du côté de la fuie et bouché une porte du côté de la grande église ; plus ladite église a été carrelée de grands carreaux en sa longueur et largeur avec une chaîne par le milieu de pierres de tailles. Plus pour avoir abattu la souche du clocher de ladite église qui était de pierres.

● Annexe 3 :

Rapport de Robert Penchaud, 1779 (A.D. Vienne : 1 H 11)
Aujourd'hui dix huit octobre mille sept cent soixante dix neuf, nom Robert Penchaud architecte de monseigneur le comte d'Artois en son apannage du Poitou et architecte juré au siège de la maitrise particulière des eaux et forêts de Poitou à Poitiers, demeurant au dit Poitiers, paroisse de Saint-Porchaire, sommes en conséquence de la commission à nous adressée par le maitre particulier des eaux et forêts du dit Poitiers transportés à l'abbaye royale de Notre-Dame du Pin à l'effet de procéder à la visite des ouvrages de reconstruction et réparations qui sont à faire à la dite abbaye, et au devis estimatifs dicelles article par article conformément à l'arrêt du Conseil d'Etat du roi du premier novembre mille sept cent soixante quatorze et à l'ordonnance de monseigneur de Quimos (?) grand maitre de ce département en date du sept janvier mille sept cent soixante quinze signé de Quimos (?). Avons procédé ainsi qu'il suit :

Premièrement, le grand corps de logis
La partie comprise entre les deux pavillons contient vingt six toises un pied quatre pouces de longueur, cinq toises deux pieds de largeur hors oeuvres et six toises de hauteur mesurées du sol à la terrasse sur le jardin jusqu'au dessous de la charpente du comble.
Au rez-de-chaussée, le mur de face sur le jardin quatre pieds trois pouces d'épaisseur, celui du côté du clôitre quatre pieds un pouce. Le dans oeuvre est de trois toises cinq pieds huit pouces, divisé en quatre pièces et un passage vouté en voutes d'arêtes, les arêtiers et arc doubleau en pierre de taille, le remplissage en moellon ; au bout du corps de logis du côté du logement de monsieur l'abbé un escalier en pierre de taille, à l'autre bout du côté du logement des hôtes, un escalier de dégagement aussi en pierre de taille : une petite chambre voûtée en moellon servant pour les archives. Les distributions peu aisées et très humides. Le nombre des croisées inssufisant et trop petites, les fermetures des fenêtres et des portes usées de vétusté tant en bois que ferrures, les pavés totalement hors de service.
Au premier étage
Le mur de face sur le jardin comme celui du côté des cloîtres trois pieds d'épaisseur ; le dans oeuvre est de quatre toises un pied huit pouces ; la longueur entre les deux escaliers est de vingt toises cinq pieds ; la distribution comprend des cellules pour des religieux éclairées par des petites fenêtres sur le jardin, et un corridor de dix pieds dix pouces de largeur sur toute la longueur de vingt toises cinq pieds, éclairé par cinq fenêtres tirant le jour du côté des cloîtres ; les pans de séparation construits avec poteaux de charpente taillés et enduits en maçonnerie sur lesquelles sont posés les planchers ? des cellules et du corridor. La plus grande partie des poteaux qui composent les pans sont usés de vétusté, les soliveaux des planchers trop faibles, le plus grand nombre est arqué, toutes les fermetures des portes et fenêtres usées de vétusté tant en bois que ferrures.
Le pavillon du côté de la rivière destiné pour le logement des hôtes contient six toises quatre pieds de face du côté du jardin, comme du côté de la cour, et quatre toises de face du côté de la rivière, le tout hors oeuvre les trois murs. Le mur de refend du corps de logis trois pieds d'épaisseur. Les trois susdits murs de faces sont corrompus, affaissés et ouverts en plusieurs endroits entre les encoignures. Parties des pierres des fenêtres dégradées et plusieurs déplacées, toutes les fermetures des fenêtres usées de vétusté tant en bois que ferrures, les logemenst incommodes et totalement hors de service.
Ayant examiné en détail toutes les réparations et reconstructions à faire pour remettre le corps de logis et le pavillon des hôtes en bon état nous disons que pour profiter avantageusement de la dépense indispensable pour y parvenir il conviendrait de former un nouveau plan de distribution tendant avec économie à rendre les appartements plus éclairés, plus seins et plus commodes, lequel plan nous avons rédigé en présence et de l'avis de monsieur l'abbé, de monsieur le maitre particulier, de monsieur le procureur du poitou. Il sera délivré à l'adjudicataire copie des plans pour qu'il ait à s'y conformer exactement en suivant pour la construction les détails ci-dessous.

Reconstructions et réparations à faire au corps de logis entre les pavillons
Le mur de face sur le jardin
Au rez-de-chaussée sera fait et érigées suivant le plan une porte et douze fenêtres, chacune des fenêtres auront quatre pieds trois pouces d'ouverture entre les tableaux sur neuf pieds dix pouces de hauteur mesurée du dessus de l'appui, au dessous de la plate-bande, les dessus des appuis seront posés parfaitement de niveau sur toute l'étendue de la face à deux pieds dix pouces au dessus du sol du plancher. La porte aura cinq pieds d'ouverture entre les tableaux, la plate-bande qui terminera la hauteur sera de niveau avec celles des croisées. Toutes les dites croisées seront construites en pierre de taille formant piedroits et bancs, posées alternativement dans le parement extérieur commençant par piédroit d'allège qui sera de niveau avec les appuis. Elles seront ornées d'un bandeau de neuf pouces de largeur taillées de dix huit lignes sur le mur de la face. Les tableaux auront onze pouces de largeur, tous les piédroits seront appareillés [...].
Les appuis piédroits allèges seront tirés des carrières de Bonillet. Le surplus sera tiré des carrières des Lourdines.
Les jambages de la porte, les piédroits comme pour la plate-bande seront construits de niveau avec les fenêtres. Les premières assisses jusqu'au niveau des appuis seront en pierre de Bonillet, le surplus en pierre des Lourdines.
Les écoinçons pour les parements intérieurs en pierre des Lourdines ou de démolition autant qu'elles seront de bonne qualité [...]. Les parements dans les ébrasures des croisées entre les piédroits et les écoinçons seront faits en bon moellon posé de plat à lien de mortier de chaux. Les linteaux entre les ébrasements seront en bois de chêne neuf [...]. Les dits linteaux seront lattés et recouverts d'un plafond.
Sera fait les ouvertures et démolitions nécessaires pour l'emplacement des sus dites fenêtres et la porte, l'emplacement des pierres de taille suivant l'ordre de l'appareil prescrit ; sera aussi fait la démolition des anciens parements des tableaux et ébrasements pour lier solidement la nouvelle maçonnerie avec l'ancienne ; on se dispensera de démolir les anciennes plates bandes ou linteaux lequels sont plus haut que la nouvelle construction. Les têtes sur les faces extérieures seront rustiquées pour être crépies.
Les sus dites démolitions à faire contiennent ensemble : longueurs 9 toises 3 pieds, hauteurs 2 toises 4 pieds, épaisseur des murs 4 pieds 3 pouces.
Estimé relativement à la difficulté, la dureté des mortiers, la vidange des matériaux, la déduction faite du moellon restant au profit de l'entrepreneur pour les treize toises et demi cubes [...].
Cube de la pierre de taille et la taille enparement pour la construction d'une fenêtre : pierres de la carrière de Bonillet deux piédroits d'allèges joignant les appuis contenant ensemble 4 pieds 9 pouces, la taille compris moulures et retours 9 pieds ; pierres de la carrière des Lourdines dix bancs, dix piédroits, vingt six écoinçons, deux sommiers, deux claveaux et la clef contenant ensemble 91 pieds 7 pouces, les feuillures 158 pieds 7 pouces [...].
Le total pour la pierre de taille et la pose des douze fenêtres ensemble monte à 2003 livres 18 sols. [...] Le total pour la pierre de taille et la pose de la porte estimé cent soixante quatre livres un sol et sept deniers.
Au premier étage sera fait treize fenêtres de chacune sept pieds six pouces de hauteur mesurée de l'appui au-dessus de la plate-bande. Elles auront quatre pieds trois pouces de largeur entre les tableaux, les jambages seront érigés perpendiculairement à ceus du rez-de-chaussée, le dessus des appuis seront posés à deux pieds dix pouces au-dessus du dallage des planchers ce qui fera sept pieds de distance entre le dessus des appuis et la platebande intérieure. Toutes les dites fenêtres seront de même construction que celles du rez-de-chaussée en pierre de taille formant piédroits et bancs posées alternativement dans les parements extérieurs [...]. Elles seront ornées d'un bandeau de neuf pouces de largeur faisant saillie de dix huit lignes, les tableaux auront onze pouces de largeur, tous les piédroits et bancs seront appareillés aux assises de hauteurs égales entre elles [...]. Les murs d'allège au-dessous des appuis auront onze pouces six lignes d'épaisseur construits en moellon blanc choisis. Tous les piédroits, bancs sommiers claveaux seront tirés des carrières des Lourdines, ils seront parfaitement conformes à ce qui est prescrit pour le rez-de-chaussée tant pour l'échantillon que pour la taille des pierres, les appuis seront aussi en pierre des Lourdines, les écoinçons pour les paremnts intérieurs en pierre de Lourdines ou de démolition suivant l'ordre de l'échantillon prescrit pour le rez-de-chaussée. Les paremenst dans les ébrasures des fenêtres et les linteaux entre les dits ébrasements seront construits comme au rez-de-chaussée. Sera aussi fait les ouvertures de démolition nécessaires pour l'emplacement des sus dites treize fenêtres et remplacement des pierres de taille suivant l'ordre prescrit. Sera également fait la démolition des anciens parements, des tableaux et ébrasements pour lier solidement la nouvelle maçonnerie [...]. Pour les treize fenêtres ensemble, cubes de pierre : 1131 pieds [...].

● Annexe 4 :

Etienne Bizard. Béruges, histoire d'un village du Poitou
C'est au début du XIIe siècle que des moines de l'Ordre des Citeaux vinrent s'installer dans la vallée de la Boivre, au coeur d'une région isolée et sauvage, et qu'ils y fondèrent l'abbaye de Sainte-Marie du Pin [...]. La Chronique de Maillezais rapporte que Gérard de Sales édifia en 1120 les premiers bâtiments de l'abbaye, dont la construction fut achevée en 1141[...]. Mais le monastère fut très pauvre à ses débuts ; il fut dissous et sur les conseils du Pape Alexandre III, on le rattacha à l'abbaye de Pontigny, qui était également cistercienne. En 1180, les bâtiments étaient mal entretenus et très délabrés. C'est alors que l'Abbaye fut réparée et richement dotée par les soins de Richard Coeur de Lion, Roi d'Angleterre, Duc de Normandie et d'Aquitaine, qui s'intéressait beaucoup à la région et en particulier à son château voisin de Montreuil-Bonnin. Parmi les réparations datant de cette époque, on note la porte d'entrée principale actuelle. Une charte de Richard, en date du 8 août 1191, donne aux religieux un bois situé entre le monastère et Ferrières ainsi que les droits d'usage et de pacage dans le bois Maingot. A cette même date, le prince fait don à l'abbaye des droits qui étaient prélevés sur la vente des blés dans la ville de Poitiers [...]. En 1225, Bouchard de Marle, Seigneur de Montreuil, donne à l'Abbaye les prés du Roi, entre le Pin et Béruges. «Les moines construiront un étang dans leurs prés entre le monastère et le pré de Montreuil appartenant audit Bouchard, et les poissons de cet étang serviront exclusivement à la pitance des religieux. Sur la chaussée de l'étang sera construit un moulin [...]».

Les dons s'accumulent au cours des années et les religieux deviennent détenteurs de grandes propriétés : une partie du bourg de Béruges, Bourg-versé, Boussay, les Cours, la Coudre, la Cossonière, les Essarts, Cruchet, Ferrières, Gaudant. Leur appartiennent également l'Aumône, l'Espassière, la Grange, la Malinière, la Marsauderie, la Nallière, la Montagne, la Richardière, Vauvinard, les bois du Verger-Marion et de la Terre-Noblette. L'énumération serait fastidieuse de tous les biens qu'ils ont possédé dans les paroisses de Benassay, Champigny, la Chapelle-Montreuil (Talant), Chiré, Cissé, Ayron, Latillé, Montreuil (Les Bruères), Mirebeau, Quinçay, Vaussais, Vendeuvre, Vouneuil (Maison-Neuve), Vouhé, Vouillé, Aulnay, Martaizé, Ouzilly, Saint-Savin, Saint-Clair. [...] On peut cité les baux de la Montagne, hameau voisin du monastère, mis en culture dès le XIIe siècle, qui portait alors le nom de Monte Calvo, où les moines plantèrent des vignes qu'ils remplacèrent ensuite par un four à chaux. Nous trouvons en date du 16 novembre 1691 un bail de la maison noble et métairie de la Montagne [...]. On pourrait suivre pareillement les baux de la métairie de l'Aumône, louée dans le cours du XVIIIe siècle [...]. On sait d'autre part que les revenus de l'Abbaye, à la fin du XVIIIe siècle, se montaient à 7000 livres, alors que ceux de l'Abbaye de Fontaine-le-Comte n'étaient que de 2000 livres.

Toutefois, si les Abbés du Pin connurent des jours fastes, ils eurent aussi à subir bien des vicissitudes. L'Abbaye a été dévastée pendant la Guerre de Cent Ans. C'est à la suite de cette dévastation que l'on dut réédifier au XVe siècle le pignon occidental et refaire une toiture. Puis, au cours des guerres de religion, l'église fut incendiée et les bâtiments furent ruinés [...]. Les réparations sont adjugées par un bail au rabais à Vincent Bernier moyennant 6430 livres. Le choeur de l'église avait été séparé de la nef par un mur et le service religieux se fit dorénavant dans ce choeur, qui était pourvu de trois chapelles rayonnantes, de trois autels de pierre et éclairé par sept fenêtres. Vers 1600, la voûte du choeur s'effondra et le service religieux fut transféré dans la salle capitulaire. Le nombre de religieux faut alors très réduit, on le fixa à quatre [...]. C'est alors que, le 23 août 1646, l'Abbé Léonard de la Béraudière passe un traité avec Jean de la Fontaine, fermier général de l'Abbaye, pour la prorogation d'un bail des domaines à condition que le preneur fera rebâtir à ses frais la nef de l'église. La restauration complète du monastère est entreprise. Le choeur est démoli et remplacé par une sacristie. Les corps de bâtiments qui entourent le cloître sont réparés ou reconstruits, ainsi que les dépendances de l'Abbaye. Tous ces travaux sont à peu près finis en 1650 et les bâtiments qui subsistent encore aujourd'hui remontent à cette époque. En 1699, l'Abbé Laurent Julien fait sculpter par un artiste poitevin, Gambert Girouard, un magnifique retable en bois, comportant un baldaquin et une crosse eucharistique ; ce retable qui était resté à l'abbaye jusqu'en 1940 a été acquis à cette date par le propriétaire du Château de la Mercerie, en Charente, où l'on peut l'admirer dans une salle dite « de Béruges ». Nous avons vu que Léonard de la Béraudière, Abbé du Pin de 1629 à 1649, avait fait réparer la nef de l'église. Ces réparations étaient insuffisantes car son successeur, Léonard II Gaultier, moine, docteur en Sorbonne et abbé du Pin de 1649 à 1660, entreprit également d'importants travaux, qui furent poursuivis par Pierre II Gaultier [...].

Le dernier Abbé du Pin, Guy de Cressac, prieur de l'abbaye de Charroux, nommé abbé du Pin en décembre 1780. Après la suppression du monastère en 1791, Guy de Cressac devint Agent National de la commune de Béruges. Lors de la vente des biens nationaux, il acheta la maison abbatiale. Une note du 16 pluviose an II relate qu'il offre à l'Agent National près l'administration du district de Poitiers deux des trois cloches de l'ancienne abbaye pour en faire des canons, mais qu'il garde la troisième [...].

● Annexe 5 :

Affiche : A vendre par suite de saisie immobilière, convertie en vente volontaire sur publications judiciaires ; le samedi 20 octobre 1860, heure de midi, en l'étude et par le ministère de Me Girard de Soubeyran, notaire à Poitiers, rue d'Orléans,
1° Le domaine du Pin situé commune de Béruges (Vienne),
2° L'usine du Pin et ses dépendances,
3° La borderie de Saubredac située commune de Montreuil-Bonnin,
4° Le pré de la Guia situé commune de Montreuil-Bonnin,
5° Trois pièces de terre en vigne situées commune de Béruges
[...] En vertu d'un jugement rendu le 28 août 1860, qui ordonne sur la requête des époux Ambert parties saisies, et de M. Boucher, créancier poursuivant [...] les immeubles mentionnés audit procès-verbal de saisie [...] seront mis aux enchères en cinq lots [...].
Premier lot. Le domaine du Pin, ancienne abbaye de bénédictins, située au lieu du Pin [...] se compose de la maison d'habitation et des dépendances ci-après désignées :
1° La maison d'habitation consiste en un principal corps de bâtiments et en deux pavillons faisant saillie du côté des jardins. Le principal corps de bâtiments se compose de : au rez-de-chaussée, cuisine, corridor, petit salon, office, salle à manger, vestibule avec portes donnant sur le jardin et sur la cour du cloître, cabinet de travail, fruitier au-dessus, deux salons, escalier montant au premier étage, autre decendant aux caves ; porte ouvrant sur la cour du cloître et une autre dans la chapelle ; au premier étage vaste corridor, dix chambres et sept cabinets. Le pavillon du nord placé près de la rivière comprend : au rez-de-chaussée trois pièces ; au premier, deuxième et troisième étage une vaste pièce non divisée ayant deux cheminées ; au quatrième étage une pièce voûtée. Le pavillon du midi se compose : au rez-de-chaussée d'une sacristie, d'une lingerie, d'une chambre et de deux cabinets ; au premier étage d'un vestibule, d'une grande chambre et d'une autre chambre avec deux cabinets. Un grenier règne sur le bâtiment du milieu et sur le pavillon du midi ; il y a cinq caves sous les trois corps de bâtiments.
Les dépendances sont : une chapelle adossée au pavillon du midi ; une cour d'honneur plantée d'arbres ; une autre cour autour de laquelle se trouvent une buanderie, un serre-bois, des magasins, deux fours, une chambre pour la chaux, deux toits à volailles, etc. Dans le serre-bois se trouve une chute d'eau de la force de quatre à cinq chevaux, utilisée autrefois pour le petit moulin du Pin. Une troisième cour, autour de laquelle se trouvent des étables pour bêtes à cornes avec fenils par-dessus. Une quatrième cour, autour de laquelle se trouvent deux écuries, une autre écurie pour juments poulinières, une menuiserie, un serre-bois, une grange, deux chambres de domestiques, quatre borderies et une remise, fenil sur le tout, grenier à blé, chambre et fenil, serre pour les légumes, porte donnant sur la cour de la chapelle et barrière ouvrant sur la cour d'honneur. Une cinquième cour d'entrée avec barrière ouvrant sur le chemin de Béruges, comprenant deux petits jardins, une borderie, un vaste hangar, deux pavillons avec servitudes.
2° Un beau parc entouré de murs avec barrière et claire-voie sur la route de Poitiers à Benassais, et barrière ouvrant sur le chemin de Béruges. Ce parc qui est traversé par la rivière la Boivre se divise en vastes jardins, vergers, prés, terres labourables et bois en coteaux ; il renferme un pavillon avec jardin et terrasse et aussi plusieurs fontaines dont l'une alimente quatre bassins et un lavoir et forme cascade.
Ce lot qui forme un ensemble d'un seul tenant joint la route de Poitiers à Lavausseau, le chemin de Béruges et le chemin de Vivône à Vouillé ; il a une contenance de vingt six hectares environ. Mise à prix de ce lot, cinquante mille francs.

Enregistré à Poitiers, septembre 1860. Le receveur, signé de Gyves. Poitiers. Typ. de Henri Oudin.



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