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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Montamisé / Mortier / 41, 43 et 45 rue de Mortier
Manoir de Mortier

photographie du dossier documentaire, voir légende
Le logis vu depuis le sud-ouest. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2006.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2006.

Historique

Selon la tradition orale, il s'agirait du fief de Mortier transféré là au 16e siècle depuis l'actuel 7 allée de la Guimarderie, son siège d'origine. Si l'apparence générale du logis date du 18e siècle, plusieurs éléments remontent au-delà. Le pigeonnier, au nord-ouest, semble également dater d'avant la Révolution. Il est d'ailleurs mentionné sur le cadastre de 1817, tout comme l'ensemble du domaine, qui y apparaît selon une disposition similaire à celle d'aujourd'hui. Une aile en retour d'équerre, à l'ouest de la cour, a toutefois été détruite depuis. Elle comprenait une grange au nord, joignant au logis, une étable et des écuries à l'est, côté cour, et, côté ouest, communiquant avec la grange par une porte en plein cintre, un chai. La petite dépendance qui la prolongeait au sud, par-delà l'entrée, subsiste. Par ailleurs, les communs à l'est de la cour ont été allongés au 19e siècle vers le sud : la façade ouest du bâtiment présente encore l'ancien chaînage d'angle. Au 19e et au 20e siècle, le domaine a été divisé en trois fermes : l'une dans la partie ouest du logis, l'autre dans la partie est, la troisième dans le second logement encore en place à l'est du logis. Un mur coupait la cour en deux, un autre sépare toujours la cour du logis de celle du second logement. Le domaine régnait autrefois sur les terres situées au nord et à l'est. L'ancien clos, à l'est, a en partie fait l'objet de constructions de maisons à la fin du 20e siècle.

Description

Le logis est construit au nord d'une grande cour entourée au sud et à l'ouest par un mur et dont le côté est est occupé par de vastes communs en longueur. Une dépendance occupe l'angle sud-ouest de la cour, encadrant, avec le mur ouest, l'entrée du domaine. Un départ de portail y est observé. Avec les dépendances disparues, à l'ouest de la cour, l'ensemble formait un U. Au milieu de la cour se trouve la fontaine de l'ancienne citerne autrefois située à l'arrière du logis. En plus de cette citerne, le domaine comptait trois puits et une mare, dite « la fosse à boire », située au nord. La façade principale du logis, au sud, présente six travées et sept baies en rez-de-chaussée : en effet, jumelée à la porte principale, décentrée, une autre porte mène au sous-sol. Les appuis des fenêtres de l'étage sont moulurés. Une girouette est visible à l'extrémité ouest du faîtage. A l'arrière du logis s'étend le jardin et, au nord-est, l'ancien clos du domaine où se trouvait la mare.
A l'ouest du jardin se situe l'ancien pigeonnier. De forme octogonale, et ouvrant par une porte à l'ouest, il a perdu la partie supérieure de ses murs. A l'intérieur, sept rangées de boulins à pigeons sont toujours visibles. A hauteur du linteau de la porte, un perchoir marque la séparation entre le niveau inférieur du mur et les boulins. Par endroits, d'autres rangées de boulins apparaissent au-dessus, séparées des sept premières par un perchoir.
Le logis se prolonge à l'est par un second logement auquel sont adjointes des dépendances agricoles. Ce logement comprend un étage carré et un comble à surcroît. Il présente vers le sud une façade à trois travées et quatre baies en rez-de-chaussée, dont la porte latérale. Il est prolongé vers l'est par une grange à façade en gouttereau et avec une porte à arc segmentaire.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne 4E 44/17. 1827, 26 mai : vente par Jean-Joseph Pavie à Jean-Baptiste-Honoré Bellliard.
Archives départementales de la Vienne G 1203. 1551, 15 octobre : mémoire pour le chapitre contre les curateurs des biens de feu Charles Bonnault, en son vivant sieur de la métairie de Mortiers.
Archives départementales de la Vienne G 1204. Vers 1647 : pièces du procès entre le chapitre et Pierre Rousseau, écuyer, sieur de la Place et de Mortiers.
Manuscrit de Ginette Mainson, "Monographie de Montamisé", 1944.

● Bibliographie

Barbier de Montault, Xavier. "Notice sur la commune de Montamiser (Vienne)". Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 13, 1871-1873. P. 407-408
Favreau, Robert. "La ville de Poitiers à la fin du Moyen Age. Une capitale régionale". Mém. soc. Antiquaires de l'Ouest, 4e s., t. 15, 1977-1978. P. 529
Le Touzé de Longuemar, Alphonse. "Epigraphie du Haut-Poitou". Mém. Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 28, 1863. P. 376

● Annexe 0 :

Le hameau de Mortier s'organise autour du domaine du même nom, ancien fief relevant de l'abbaye de Saint-Hilaire-de-la-Celle de Poitiers. Un certain Gauffredus de Morteriis est cité en 1162. Mortier est ensuite plusieurs fois mentionné au cours du Moyen-Age. Les 8 février 1487 et 25 juin 1494, Charles Bonnaud, bourgeois et marchand à Poitiers, bientôt maire de cette ville, rend aveu de « l'hôtel de Mortier » à Guillaume Roger, abbé de Saint-Hilaire-de-la-Celle. Dans l'aveu de 1487, il déclare avoir fait bâtir à Mortier « un logis garni de granges, étables et autres bâtiments ». Il s'agit probablement de l'actuel manoir, dont plusieurs éléments datent de cette fin du 15e siècle. L'aveu de 1494 mentionne en plus la garenne qui entoure le domaine, et le pigeonnier ou « fuye ». En 1488, son domaine est érigé en fief, avec droit de fuie et de garenne. Un autre aveu est rendu pour Mortier en 1532 par Jacques Gabois.
Une confusion existe dans les sources avec le fief de la Grimoardière, localisé à Mortier, et dépendant de la Tour Maubergeon de Poitiers. Plusieurs aveux sont rendus pour ce fief à partir du 15e siècle, par exemple le 24 juillet 1415 par Pierre Grimoard le Jeune, époux de Jeanne de Mazé, "pour son domaine de la Grimoardière, situé à Mortier", auquel sa famille semble avoir donné son nom. D'autres aveux sont rendus en 1489 par Charles Bonnaud, déjà propriétaire du fief de Mortier, puis les 1er mars 1564 et 25 septembre 1580 par Guillaume de la Fuye, procureur au présidial de Poitiers. Le fief de la Grimoardière se confond ensuite avec celui de Mortier. Peut-être faut-il voir dans cette fusion le transfert à la fin du Moyen Age, affirmé aujourd'hui encore par la tradition orale, entre un ancien fief situé, dit-on, à l'actuel 7 allée de la Guimarderie (parcelle BB33), et celui construit à l'actuel 41 rue de Mortier (parcelles BB 56 et 57) ?
En tout état de cause, au milieu du 17e siècle, Pierre Rousseau, trésorier de France à Poitiers, est à la fois sieur de Mortier, comme avant lui son beau-père, Simon Le Blanc, président en l'élection de Poitiers, et détenteur du fief de la Grimoardière pour lequel il rend un aveu le 16 juin 1636. Vingt ans plus tard, le 29 septembre 1656, Marie de Brilhac, femme de Louis Rousseau, sieur de La Salle, trésorier de France au bureau des finances de Poitiers, seigneur de Mortier, est la marraine d'une nouvelle cloche de l'église de Montamisé. Peu après, Mortier et la Grimoardière échoient à la famille Foucqueteau, originaire de Montamisé. Un aveu est en effet rendu le 15 octobre 1669 par Pierre Fouqueteau, seigneur de Mortier et de la Grimoardière, époux de Florence Ragonneau, docteur-régent en la faculté de médecine de Poitiers. Son fils Charles Fouqueteau (+ 1740), avocat en parlement, échevin de Poitiers, époux de Marie Richard, lui succède comme seigneur de Mortier et rend aveu en 1691 pour le fief de la Grimoardière. Après lui viennent son fils Pierre-Charles (1686-1760), seigneur de Mortier et de la Grimoardière, échevin de Poitiers, époux de Marie-Radegonde Chauvet, puis leur fils, Charles-René (1723-1751), seigneur de Mortier, échevin de Poitiers. Sa veuve, Louise Drouault rend hommage du fief de la Grimoardière le 23 août 1764, et est la marraine d'une nouvelle cloche à l'église de Montamisé en 1769. Un autre aveu est enfin rendu le 11 février 1775 par leur fils, Charles-Aimé Fouqueteau dit « de Mortier » (1749-1816), seigneur de Mortier et de la Grimoardière, président-trésorier de France.
A la suite de l'émigration de Charles-Aimé Fouqueteau de Mortier, qui combat dans les armées vendéennes, le domaine est saisi comme bien national puis vendu les 12 prairial an II (31 mai 1794) et 6 ventôse an III (24 février 1795). Il est acheté pour moitié par Jean-Joseph Pavie l'aîné, négociant à Poitiers, époux de Rose-Madeleine Parthenay, et pour une autre moitié par Pierre Boisson, architecte à Poitiers, époux de Radégonde-Elisabeth Pavie (peut-être le beau-frère du premier). Pavie rachète sa moitié à Boisson le 23 décembre 1807, puis revend le tout en 1827 à Jean-Baptiste-Honoré Belliard, époux de Hélène-Laure Pavie (peut-être son parent), propriétaire demeurant à Poitiers. L'acte de vente mentionne « une maison de maître, trois métairies, des bâtiments pour l'exploitation, cours, jardins, prés, vignes, enclotures, bois, garenne, terres labourables et non labourables ». Quelques décennies plus tard, Belliard vend Mortier en plusieurs morceaux, aboutissant à l'éclatement actuel du hameau en plusieurs fermes.

● Annexe 1 :

Extrait de Ginette Mainson, Monographie de Montamisé, 1944 :
"Le hameau est entouré tantôt par des bois, tantôt par de grandes prairies et des champs cultivés (...). Un groupe de trois fermes était autrefois une habitation unique, une sorte de château aux murs d'une grande épaisseur en grosses pierres de taille. C'était le château d'un seigneur cruel, paraît-il. On dit que dans les murs, les maçons ont trouvé en creusant des os provenant de malheureuses victimes de sa sauvagerie. C'est lui encore qui revenant de la chasse sans avoir tué de gibiers, n'hésita pas à tirer sur un ouvrier occupé à réparer un toit. L'eau s'accumule l'hiver dans la vallée et y séjourne longtemps. Pour remédier à cet inconvénient, et cela date, dit-on, du seigneur, on creusa un long fossé très profond à travers le bois de Mortier qui facilitait l'écoulement des eaux jusqu'à une autre vallée qui coupe la grand'route au pont du Petit Nieul. Les puits sont nombreux mais il faut dérouler longtemps la corde avant d'atteindre le niveau de l'eau".

● Annexe 2 :

Le 26 mai 1827, devant Bonnin notaire à Poitiers, Jean-Joseph Pavie l'aîné, ancien négociant, et Rose-Magdeleine Partenay son épouse, demeurant rue des Hautes treilles à Poitiers, vendent à Jean-Baptiste-Honoré Belliard, propriétaire, et Hélène-Laure Pavie son épouse, demeurant à Mortiers, un domaine appelé Mortiers et toutes ses dépendances consistant en maison de maître, trois métairies, bâtiments pour l'exploitation, cours, jardins, prés, vignes, enclotures, bois, garenne, terres labourables et non labourables, tel qu'en ont joui François Guérin, cultivateur, et Marie-Jeanne Boisseau son épouse, en qualité de fermiers. La vente est faite moyennant 36000 francs.
Une moitié de ce domaine appartient aux vendeurs en vertu de quinze procès-verbaux d'adjudication faite à leur profit et à celui de Pierre Boisson par les administrateurs du département de la Vienne, les 12 prairial an II et 6 ventôse an III. A la première date, l'adjudication portait sur les anciennes dépendances dudit domaine qui avaient été confisquées à M. Fouqueteau des Mortiers, émigré. A la seconde date, l'adjudication portait sur trois pièces de terres labourables et un pré appelé le pré Ribaton, confisqués sur M. Mayault, émigré.
L'autre moitié a été achetée le 23 décembre 1807, devant Bourbeau notaire à Poitiers, à Pierre Boisson, architecte, et Radegonde-Elisabeth Pavie son épouse, demeurant à Poitiers, pour 8493 francs et une rente viagère de 600 francs. Les Boisson en étaient propriétaires selon les mêmes procès-verbaux d'adjudications que ci-dessus.
Le 29 septembre 1875, devant Cesbron, notaire à Poitiers, Jean-Baptiste-Honoré Belliard, propriétaire du manoir voisin de Mortier, demeurant rue du Petit séminaire à Poitiers, et son épouse Hélène-Laure Pavie, vendent à Joseph, Maurice et Alexandre Thomas, frères, cultivateurs à Mortiers, des immeubles distraits du domaine de Mortiers, et formant la ferme situées aux parcelles G2 44 à 48 (cadastre de 1817), actuels 25, 27 et 29 rue de Mortiers. Parmi ces biens figure une portion à prendre au nord dans la pièce de terre en labour dite « de la fuie » (nord de la parcelle 48), séparée du reste de la parcelle par une ligne qui inclut dans la vente le colombier ou fuie qui y est construit (parcelle 47). L'acte de vente précise que les murs de la fuie devront être abaissés à un mètre au-dessus de ceux du jardin de Belliard, et la porte qui donne sur le jardin, à l'est, sera murée.



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