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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Montamisé / le Bourg / place de l'Eglise ; place de la Mairie
Place du champ de foire et cimetière, actuellement place de la mairie et place de l'église

photographie du dossier documentaire, voir légende
La place de la Mairie vue depuis le nord, la mairie au fond. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2006.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2006.

Historique

Actuellement partagé entre la place de l'Eglise, au nord, et la place de la Mairie, au sud, cet espace était encore occupé au début du 19e siècle, selon le cadastre de 1817, d'une part par le cimetière, d'autre part par le champ de foire. Le cimetière entourait l'église, s'étirait jusqu'à l'emplacement actuel du monument aux morts et s'étendait de l'autre côté de la rue, au nord de la place de la Mairie, à l'emplacement actuel du parking. Le reste de la place de la Mairie constituait le champ de foire. En 1817, selon le cadastre, la partie ouest de la place, partie triangulaire délimitée par les rues du Cèdre et du Puits de la Vallée, était un espace inculte, également propriété de la commune.

Description

L'ensemble formé par les places de l'Eglise et de la Mairie, est délimité, comme leurs noms l'indiquent, au nord par la rue de l'Eglise et l'église, et au sud par la mairie, tandis qu'à l'ouest se trouve le cimetière, et à l'est des habitations. Il est traversé à l'ouest par la rue du Puits de la Vallée et la rue du Cèdre, et au nord par le prolongement de la rue de l'Ancien porche. Depuis ce passage, une allée mène vers le sud jusqu'à la mairie. Parmi les nombreux arbres qui ornent les deux places, le cèdre de l'Atlas, au nord de l'église, est le plus imposant. Haut de 14 mètres, son envergure est de 10 mètres et sa circonférence de 3,30 mètres.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne E dépôt 136. 1788-1834 : registre des délibérations du conseil municipal de Montamisé.
Archives départementales de la Vienne G 1203. 1588 : enquête au sujet des droits respectifs du chapitre et du seigneur de la Roche de Bran sur les droits prélevés à la foire de Sainte-Acquitaire.
Archives départementales de la Vienne G 1204. 1624-1642 : pièces du procès entre le chapitre et le seigneur de la Roche de Bran au sujet des droits à percevoir sur la foire de Sainte-Quitaire, au lieu appelé la Treille.
Archives départementales de la Vienne J dépôt 22, chartrier de la Roche de Bran, liasse 24. 1646, 30 novembre : donation par Laurent Richard d'une croix à placer dans le cimetière.
Archives municipales de Montamisé. Registres des délibérations du conseil municipal de Montamisé depuis 1834.
Manuscrit de Ginette Mainson, "Monographie de Montamisé", 1944.

● Bibliographie

Arbres remarquables de la Vienne. Poitiers : Atlantique éditions, 1999. P. 122
Petit, Robert. Les arbres de la Liberté à Poitiers et dans la Vienne, 1989. P. 216
Salvini, Joseph. "La Roche de Bran, victime de guerre". Bull. soc. des Antiquaires de l'Ouest, 4e s., t. 1, 1949-1951. P. 788

● Annexe 0 :

La place est dès le Moyen Age le coeur religieux, économique et administratif de la paroisse puis de la commune de Montamisé. C'est là que se trouvait, dit-on, au Moyen Age, le poteau de justice des seigneurs de la Roche-de-Bran. Remplacé vers 1580 par un carcan de fer, avec les armoiries du seigneur peintes, il fut détruit en 1594 pendant les guerres de Religion. C'est aussi autour de l'église qu'ont été découverts en 1964, 1983 et 2004 des sarcophages carolingiens, preuves de l'existence du cimetière tout autour de l'édifice dès le Moyen Age. C'est là surtout que se tenait la foire de Sainte-Quitère, tous les 22 mai, autrement appelée "la Loue". A cette occasion, patrons et employés saisonniers se rencontraient pour conclure les embauches, valables pendant un an à partir de la Saint-Jean.
La grande proximité entre le champ de foire et le cimetière a engendré de nombreux litiges au sujet de la propriété des terrains, de leur usage et, sous l'Ancien Régime, des droits fiscaux prélevés sur les marchands. En 1588, un tel contentieux oppose le chapitre de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, propriétaire de la seigneurie de Montamisé, à Olivier de Diovaio, seigneur de la Roche de Bran qui prétend lever les droits sur les marchands de la foire de Sainte-Quitaire. Les témoins requis au cours du procès attestent qu'autrefois, lors de la foire, les marchands et un jeu de quilles s'installaient dans le cimetière, et que les droits étaient levés par les fabriciens de la paroisse, au nom du chapitre, pour financer l'entretien de l'église.
Un autre procès s'élève sur le même sujet à partir de 1624 entre le chapitre et André Richard, seigneur de la Roche de Bran. Le litige a notamment pour théâtre une partie de la place, le lieu « appelé la Treille, dit vulgairement le lieu de Passetemps ». Richard prétend y lever le droit d'étalage et de plaçage, ce que le chapitre rejette en expliquant que cet espace faisait autrefois partie du cimetière, sur lequel lui seul peut prélever des droits. Une altercation a lieu le 22 mai 1626, jour de la foire, lorsque Richard et une petite foule le soutenant, s'opposent à la levée des droits par le chapitre. Apaisé, le contentieux refait surface lors de la foire du 22 mai 1642. Un mémoire produit à cette occasion donne une description des lieux, occupés par les marchands : "Une pièce de terre proche l'église et joignant le cimetière, où les marchands ont étalé leurs marchandises comme boeufs, pourceaux, chevaux et autres bétails et plusieurs charrettes chargées de vin et autres vivres, de même que aux environs du cimetière où avons trouvé sur le bord du chemin qui l'entoure quantité de marchands et marchandises, et aussi en une petite pièce de terre sise proche ladite église que l'on nous a dit s'appeler la Treille, auquel lieu il y a apparence de cimetière et y paroist encore quelques tombes, où nous avons trouvé plusieurs marchands merciers, potiers et sabotiers". Un arrêt du Parlement du 23 avril 1646 renvoie finalement les deux parties dos à dos : la place de la Treille est en effet déclarée publique, aucun droit ne pourra y être prélevé. Le 30 novembre suivant, Laurent Richard fait donation d'une croix en pierre de taille à lever sur le lieu du cimetière appelé la Treille, avec un piédestal à marches. Ses armoiries sont gravées sur l'une des faces ainsi qu'une inscription rappelant la donation. Il s'agit sans doute de la croix hosannière au pied de laquelle le curé François Poirier est inhumé le 8 août 1743.
Entre temps, le 1er mai 1641, une ordonnance du chapitre de Notre-Dame-la-Grande, suivant celle rendue par le sénéchal de Poitou le 15 décembre 1640, a interdit de tenir les foires et les marchés dans le cimetière. Pour se conformer à cette décision, il a été décidé de tenir la foire de Sainte-Quitaire dans un champ "contenant douze boisselées appartenant à Jehan Bouyn", proche le cimetière.
Celui-ci reste autour de l'église jusque dans la première moitié du 19e siècle. En 1823, la coexistence entre foire et cimetière s'avérant de plus en plus difficile, il est décidé de transférer le cimetière à son actuel emplacement. En 1841, le conseil municipal fixe une seconde foire au 5 avril. Cette assemblée se maintient jusqu'à l'Entre-deux-guerres, puis l'on revient à une seule foire, celle du 22 mai. La perception des droits sur le champ de foire, à payer par les marchands et exposants, est adjugée par la commune au plus offrant. Le 11 mai 1845, par exemple, ce droit est adjugé à M. Bertholleau, précédent fermier, pour 150 francs par an pendant trois ans. Lié à cette activité marchande, un pont-bascule est installé sur la place en 1930. Son tablier est en chêne et il est possède un abri en tôle. Vétuste, il est démonté en 1972.
Dès la première moitié du 19e siècle, au moins, la place est déjà agrémentée d'arbres : le 6 juin 1847, un vieil ormeau mort situé sur la place publique, à côté de l'église, est ainsi mis en adjudication par le conseil municipal. Le 29 avril 1848, c'est un arbre de la Liberté qui est planté sur la place, peut-être l'actuel cèdre près de l'église, à moins qu'il ne s'agisse de l'arbre planté le 10 mars 1921 par le comte Louis de Murard à l'occasion d'un baptême familial. Le 23 février 1854, toujours pour faciliter la circulation, notamment à l'époque des foires, le conseil municipal décide d'ouvrir une nouvelle voie devant l'église, à travers l'ancien cimetière. Ce nouveau passage, qui sépare encore aujourd'hui le monument aux morts et la croix, est alors bordé par des ormeaux et des acacias offerts par le duc des Cars. Ainsi mieux dégagée, la place s'entoure peu à peu aux 19e et 20e siècles de nouvelles habitations, d'ateliers d'artisans et de boutiques, sans compter l'implantation de l'école publique de filles, aujourd'hui mairie. L'agencement des arbres qui agrémentent l'ensemble, est revue une première fois en 1881 : le conseil décide de remplacer les ormeaux morts et d'en planter de nouveau de façon à former une allée pour conduire jusqu'à la porte du cimetière. Quatre ans plus tard, d'autres ormeaux donnés par le duc des Cars, sont plantés sur la place. En 1881 également, est creusé le puits près de l'église. En 1945, retiré du cimetière, le monument aux morts vient prendre sa place actuelle.
La même année est installée une salle des fêtes dans l'emplacement triangulaire délimité par la rue du Cèdre et la rue du Puits de la Vallée, devant le cimetière. Il s'agit d'un bâtiment en bois long de 20 mètres et large de 8. Un premier bâtiment avait été monté là dès 1938 pour accueillir les éventuels réfugiés de la guerre qui s'annonçait. Emporté par les troupes allemandes vers 1942-1943, sans avoir abrité de réfugiés, ce premier bâtiment est remplacé après la guerre par un autre, identique, ramené de la commune de Saint-Benoît. Cette salle accueille pendant trente ans toutes les festivités de la commune, des fêtes de fin d'année scolaire aux représentations de théâtre. Vétuste, la salle est démontée en 1972 et vendue à un agriculteur du village de Fontaine pour servir de séchoir à tabac.
En 1983, 1984 et 1986, les vieux ormes de la place, malades et endommagés par une tempête, sont abattus et remplacés par des charmes, des tilleuls et des érables, offerts pour certains par le comte de Murard. Le 21 mars 1989, comme cela avait déjà été fait en 1798, 1848, 1917 et en 1947, un arbre de la Liberté, un chêne rouge d'Amérique, est planté par les enfants des écoles. Une bouteille contenant les noms et une photographie des élus municipaux, est enterrée au pied. Enfin, en 2000, est inauguré devant la mairie le monument en l'honneur du jumelage avec San Sebastiano da Po, tandis que la place est réaménagée pour prendre son aspect actuel.

● Annexe 1 :

Extraits de Ginette Mainson, Monographie de Montamisé, 1944 :
"Nous sommes à l'entrée du village. D'un côté une ferme avec une bergerie d'où s'élèvent les bâtiments plaintifs des brebis. De l'autre un forgeron : l'atelier et la cour sont encombrés de charrues, semoirs, faucheuses, moissonneuses. Sur le côté de la forge s'étend un grand jardin où fleurissent en juillet-août de merveilleux dahlias, orgueil du propriétaire. Passées ces deux maisons, nous avons de larges places, étendues gazonnées, plantées de nombreux arbres : ormeaux depuis des jeunes aux tronc minces jusqu'aux centenaires aux gros troncs rugueux, aux longues branches fourchues ; marronniers touffus, acacias au fin feuillage et au délicat parfum, tilleuls ronds tout bruissants d'abeilles en été. Le pourtour de la place est occupé par les habitations. En face de nous un charron, sur la droite un autre forgeron, le bureau de tabac, un café et un peu en contrebas, l'école laïque de filles. Sur la gauche c'est le cimetière, toujours bien entretenu par le vieux garde champêtre, M. Catinat (...). En arrière des deux places, entre des gros ormeaux, nous apercevons l'église, assez importante, au grand toit d'ardoise et au clocher pointu, terminé par un coq de bronze. Sur le côté de l'église, un puits communal autrefois muni d'un treuil et d'une longue corde à laquelle on accrochait les seaux. Aujourd'hui il s'est modernisé, et l'eau monte d'une profondeur de 42 mètres à l'aide d'un moteur".
"Il y avait autrefois deux foires, celles des 5 avril et 21 mai. Il ne reste que celle du 21 mai, transformée en « assemblée » au matin de laquelle les jeunes gens se louent. C'est la « loue »".



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