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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Montamisé / la Roche de Bran
Château de la Roche de Bran

photographie du dossier documentaire, voir légende
La façade principale du château vue depuis le sud-est après les travaux des années 1920-1930. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Reproduction R. Jean, 2006.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2006.

Historique

Détruit par l'incendie commis par les troupes allemandes le 15 août 1944, l'ancien château de la Roche de Bran datait de 1785. Le cadastre de 1817 le représente avec ses deux pavillons latéraux, son perron, des bâtiments au sud formant avec lui un U autour d'une cour, la pièce d'eau au sud, toujours en place aujourd'hui, un parc au nord, et plusieurs bâtiments à l'est, dont quatre formant ensemble un trapèze et, au sud, un pigeonnier, aujourd'hui disparu. Des travaux avaient été entrepris sur le château à partir de 1924. Ils en ont modifié la physionomie de manière importante, donnant au château l'aspect qu'il avait lors de sa destruction en 1944. Ils consistaient en une consolidation des fondations, un remaniement partiel de la façade et de l'intérieur, une reprise des toits et l'aménagement d'un jardin à la française, inachevé au moment de l'incendie. Tous ces travaux n'ont pas concerné la chapelle, édifiée en 1816. C'est aujourd'hui le seul vestige de l'ancien domaine, avec le portail situé entre la chapelle et la ferme équestre, et les restes de murs de clôture du domaine. La chapelle a toutefois perdu le lanternon qui la surmontait. La demeure actuelle a été reconstruite dans les années 1950 à l'emplacement de l'ancien château. Elle n'occupe cependant que la place de l'ancien corps central, et présente donc les mêmes proportions que le château avant les travaux des années 1920-1930. Les bâtiments de l'actuelle ferme équestre datent également des années 1950.

Description

NB : La description suivante s'appuie sur l'observation de vues aériennes, de cartes, du cadastre et de photographies anciennes.
L'accès à l'ancien château se fait par plusieurs allées forestières. L'allée principale, au sud-ouest, bordée d'arbres, relie le domaine au bourg de Montamisé. Le domaine comprend trois parties : l'ancien château, la chapelle et la ferme équestre.
Avant les travaux des années 1920-1930, et selon ce que nous en montre une photographie prise auparavant (fig. 6), la façade nord-est (arrière) du château avait la disposition suivante, sans doute proche de celle du château construit en 1785. Elle comprenait au total huit travées réparties sur le rez-de-chaussée, l'étage carré et le comble : quatre pour le corps central et deux pour chacun des deux pavillons qui l'encadraient. Les quatre travées du corps central se prolongeaient chacune par une lucarne à baie ronde et fronton en plein cintre. Les façades des deux pavillons étaient en alignement par rapport à celle du corps central, et ils n'étaient pas plus hauts que lui. Ils se singularisaient par leurs toits brisés en pavillons, ouvrant au nord par une lucarne rectangulaire à fronton en arc segmentaire. Au pied du château, côté est, un portail et un muret avec grille séparaient le côté sud du château, où se trouvait la chapelle, du côté nord où s'étendait le parc. Côté ouest, un bâtiment perpendiculaire au château, s'avançant vers le nord, comprenait deux parties de hauteur différente. Une tour ronde lui était accolée sur le côté est. Elle était presque aussi haute que le château. Ce dernier ensemble n'apparaît pas sur le cadastre de 1817 et avait donc été construit au 19e siècle.
Les travaux des années 1920-1930 ont consisté en la refonte des deux pavillons et du corps central sous un seul toit plus haut que précédemment, à longs pans et croupe, surmontant au nord-est une façade à huit travées prolongées chacune par une lucarne à fronton en plein-cintre. Encadrant ce nouveau corps central, deux pavillons à une seule travée chacun ont été ajoutés de part et d'autre. Chacun comprenait deux étages carrés, contre un seul pour le corps central, et était surmonté par un toit à longs pans et croupe. Sur la façade principale, au sud-ouest, les travaux ont abouti à la création sur le corps central de trois groupes de trois travées chacun, le groupe central, en avancée, étant accessible par un perron et surmonté par un fronton triangulaire percé d'une lucarne ronde. Au-dessus de ce fronton avait été ajouté un édicule à toit à l'impériale qui supportait une horloge et une sphère. Le château était, comme aujourd'hui, entouré d'un parc composé de prairies et d'arbres. Une mare se trouve encore au sud-ouest, et une seconde plus au sud encore.
La chapelle constitue un bâtiment séparé de l'ancien château, au sud. Couverte d'un toit à croupe en ardoise, qui a perdu son ancien lanternon, elle ouvre à l'ouest par une porte et par une baie en plein cintre portant des restes de vitraux, et au nord par une autre baie en plein cintre présentant également des morceaux de vitraux. Une corniche couronne le bâtiment sur ses quatre côtés. La chapelle est précédée par un avant-corps surmonté d'un toit en terrasse et d'une balustrade, surmontant la façade principale et la porte d'entrée, au sud. L'arc de celle-ci, en plein cintre et mouluré, repose sur des impostes, et présente une clé en forme de console. Un fronton triangulaire couronne l'entrée. La porte elle-même, en bois, est divisée en deux par une traverse d'imposte.
La ferme, à l'est de l'ancien château dont elle est séparée par un mur et un portail à piliers maçonnés, comprend des dépendances en U à l'ouest, cinq hangars au nord, un petit bâtiment à l'ouest, et au sud un long édifice abritant aujourd'hui le centre équestre.
Les bois de la Roche de Bran, entourant le domaine au nord, à l'est et au sud, constituent une Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type 1. Par arrêté du 6 juillet 2004, ils forment avec la forêt de Moulière, dont ils sont un prolongement, une Zone de Protection Spéciale (ZPS) dans le cadre du plan Natura 2000. Cette zone concerne une futaie mixte de chênes et de hêtres, et un taillis de charmes, avec la présence de plantes de sous-bois et d'oiseaux forestiers rares et menacés (rapaces, passereaux, pic noir...).

Précisions sur le décor

La balustrade de la chapelle est décorée par quatre pots à feu et une croix glorieuse centrale. Les écoinçons de la porte sont ornés chacun d'un brin de fleur de lys. Un triangle dans les nuées, est sculpté sur le fronton de l'entrée.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne B 58. 1673 : ordonnance des eaux et forêts portant assignation d'un cantonnement dans la forêt de Moulière pour le pacage des bêtes du domaine de la Roche de Bran.
Archives départementales de la Vienne B 65 et 112. 18e siècle : provisions et réceptions de gardes de forêt pour le domaine de la Roche de Bran.
Archives départementales de la Vienne E nouveau 1295 à 1297. 1544-1803 : archives de la famille Richard.
Archives départementales de la Vienne J dépôt 22, chartrier de la Roche de Bran, en particulier les liasses 20, 21, 24 et 93.
Archives Evêché Poitiers dossier Montamisé. 1816, 11 septembre : procès-verbal de bénédiction de la chapelle du château de la Roche de Bran.
Archives Evêché Poitiers dossier Montamisé. 1858, 18 novembre : bénédiction d'une statue de la Vierge Marie, Notre Dame de l'Espérance, et d'un chemin de croix dans la chapelle nouvellement restaurée du château de la Roche de Bran.
Coll. part. Michel Dantin, photocopies des archives paroissiales de Montamisé. Registres des baptêmes, mariages et sépultures, année 1944.
Manuscrit de Ginette Mainson, "Monographie de Montamisé", 1944.

● Bibliographie

Barbier de Montault, Xavier. "Notice sur la commune de Montamiser (Vienne)". Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 13, 1871-1873. P. 408
Delineau, Anne. "La Roche de Bran, 15 août 1944". Site internet www.ville-montamise.fr [consult. 17/05/2006].
Desaux. "Projet d'une ferme modèle dans les environs de Poitiers". Bull. soc. d'agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers, 1830, n° 7-8. P. 131
Dupuy, Claudine. Gagnaire, Jacqueline. Le marquis de Pérusse des Cars. Association Monthoiron Patrimoine, 2004. P. 217-222
Le Patronage Saint-Joseph, 1892-1992. Poitiers, Ligugé : Aubin Imprimeur, 1995, 560 p. P. 196
Picard, Roger. La Vienne dans la guerre, 1939-1945. Lyon, 1993. P. 232
Salvini, Joseph. "La Roche de Bran, victime de guerre". Bull. soc. des Antiquaires de l'Ouest, 4e s., t. 1, 1949-1951. P. 783-801
Salvini, Joseph. "A propos du château de la Roche-de-Bran". Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 4e s., t. 5, 1959-1960. P. 338-339
Site internet www.observatoire-environnement.org [Direction régionale de l'environnement de Poitou-Charentes] [consult. 16/05/2006].

● Annexe 0 :

Fief relevant de la Tour Maubergeon, à Poitiers, la Roche de Bran est citée pour la première fois, sous le nom de « la Roche près de Moulière », en 1324, puis de nouveau en 1337. Le 8 décembre 1404, Légier de Torigné rend aveu pour son « hébergement de Brent », qui lui est échu par sa femme, Denise Gillier. Aux alentours de 1500, le domaine appartient à Denis de Thorigné puis à son fils Raoul, décédé avant 1534. A cette date, Jacques de Thorigné est seigneur de la Roche de Bran. Le 15 juillet 1555, après sa mort, un aveu est rendu par sa veuve, Jeanne de Malteste, au nom de leurs enfants mineurs, Claude et Melchior. La Roche de Bran est ainsi décrite : un « hôtel avec ses préclôtures, tant en pré, garenne et vieilles vignes ». En dépendent : la « grand métairie de Bran », avec les appentis, granges, logis, courtillages, jardins, clôtures ; la métairie de la Chaignerie (60 ares, quatre boeufs de labour) ; la métairie de la Cailleterie (120 ares, quatre boeufs de labour) ; la métairie de Latus (15 ares, quatre boeufs de labour) ; la métairie de la Berthaudière (76 ares) ; la métairie de Legret (30 ares, deux boeufs de labour).
En 1577, la seigneurie passe à Melchior de Thorigné, qui a été élevé avec sa soeur Claude à la cour d'Espagne. Devenue dame d'honneur de la reine Marguerite de Valois, première épouse du roi Henri IV, Claude de Thorigné épouse Olivier de Diovaio, chevalier, seigneur de Vermond, et lui apporte la Roche de Bran où ils se retirent. Le 27 novembre 1585, Olivier de Diovaio rend aveu pour « le fief, chastel, tour et maison forte de la Roche-de-Bran, fossés et douves autour, tours, tourelles, créneaux, canonnières et fossés, basse-cour en laquelle est une chapelle, deux granges, celliers, fours, étables, caves ». Le clos qui entoure le château comprend 6 hectares. Un étang est signalé à proximité en 1594. Il ne resterait de cet ancien château, dans les caves, qu'un cellier des XIIIe, XIVe ou XVe siècles. En 1603, une prison voûtée est également signalée sous le château, accessible par un escalier de quelques marches. Olivier de Diovaio meurt avant 1594. Il est inhumé en l'église Notre-Dame de Châtellerault. A cette date, Etienne Bonvallet, écuyer, receveur des tailles et gouverneur de Châtellerault, probablement son gendre, rend aveu pour la Roche de Bran.
Sa veuve vend le domaine à André Richard, receveur général des finances en Poitou, capitaine de la ville de Poitiers, marié à Marie Jaltat puis à Jacquette de Lespine. André Richard laisse dans les archives la mémoire de son contentieux avec le chapitre de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers au sujet du prélèvement des droits de marché sur la place du champ de foire de Montamisé. André Richard meurt avant le 12 février 1642, date à laquelle ses biens sont partagés. La terre de la Roche-de-Bran échoit à l'aîné de ses enfants, Laurent Richard, écuyer, juge au présidial de Poitiers. Le château se présente alors ainsi :
- Un grand portail de pierre de taille avec une porte bâtarde à côté, et de chaque côté deux pavillons faits à tire-point couverts de tuile plate.
- Dans la cour, à droite, se trouvent deux chambres basses, un four et un fournil ; à gauche, des écuries. Le tout est surmonté de greniers, et est couvert d'un toit à tire-point recouvert de tuile plate. Plus loin dans la cour se trouve un puits et, à droite, une chapelle dont le toit, également à tire-point, est aussi couvert de tuile plate.
- Situé de l'autre côté de la cour, le logis comprend un rez-de-chaussée et deux étages. Au milieu, un grand escalier en pierre de taille est surmonté d'un petit pavillon couvert d'ardoise. Au rez-de-chaussée se trouvent : à droite, une cuisine, une « dépense » et une garde-robe ; à gauche, une grande salle et deux chambres. Au premier étage : à droite une chambre, une antichambre et une garde-robe ; à gauche, une grande salle et deux chambres. Au second étage : à droite une chambre, une antichambre et une garde-robe. Un grenier est situé au-dessus. Au-dessous se trouvent deux caves.
- Le logis est couvert de tuiles plates bordées d'ardoises. Il est encadré par deux pavillons carrés couverts de tuiles plates. La couverture de l'un d'eux est bordée d'ardoises.
- Le logis est entouré d'un parc renfermé de murailles, et dans lequel on trouve un colombier, une basse-cour, des jardins, des chènevières, une fosse, une mare ou « gardoir » (c'est-à-dire un vivier), des bois de menue futaie, des prés et des vignes, soit 1380 ares au total.
Laurent Richard meurt avant le 18 juin 1660, date du partage de ses biens. La Roche de Bran revient à son frère Nicolas Richard, écuyer, seigneur des Groux, époux de Louise Chessé. Le domaine comprend alors une « grande allée » d'environ 400 mètres de long, traversée par le grand chemin de Chasseneuil à la forêt de Moulière, et appelée "avenue" sur le cadastre de 1817. Il comprend aussi une autre grande allée appelée « le Mail », proche la grande métairie, de 200 à 250 mètres de long, appelée « charmille » sur le cadastre de 1817. Nicolas Richard meurt avant le 22 novembre 1662.
Saisie pour dettes, la Roche de Bran est rachetée le 9 mai 1663, pour 35.000 livres, par sa fille, Nicole Richard, épouse de Henri de Fourny, écuyer, seigneur du Jon, capitaine de chevau-légers dans le régiment de Crillon. Un de leurs fils, âgé de huit jours, est inhumé le 18 juin 1664 dans l'église de Montamisé. Nicole Richard meurt le 20 mars 1676. Sa fille Marie-Henriette de Fourny épouse en 1689 Pierre Thoreau, chevalier, seigneur de Rouilly et Assay, trésorier de France en la généralité de Poitiers, et lui apporte la Roche de Bran.
Devenue veuve vers 1705, elle fait donation par testament, le 10 août 1710, d'une somme pour financer la venue d'un second vicaire à Montamisé, spécialement chargé de dire des messes dans la chapelle de la Roche de Bran. Le 30 octobre 1717, l'évêque de Poitiers autorise que la messe se dise dans la chapelle, sauf les jours de Pâques. La fondation est renouvelée en 1756 pour une messe dite par un vicaire de Montamisé les dimanches et jours de fête. Ce service cessera en 1793 et reprendra en 1802. La chapelle comprenait une cloche sur laquelle était portée cette inscription, en lettres gothiques, relevée en 1776 : "laudate dum in timpano. p dailler". La cloche pesait environ 80 livres, et mesurait 13 pouces de large, 11 de haut.
Marie-Henriette de Fourny reste à la Roche-de-Bran jusqu'à sa mort en 1748. La Roche de Bran passe alors à son fils, François Thoreau, chevalier, seigneur de Rouilly, la Grimaudière, la Roche de Bran et Charassé. François Thoreau est inhumé le 1er juin 1763 dans l'église de Montamisé. Son fils François Thoreau, chevalier de Saint-Louis, époux de Marie-Jeanne-Julie Stinville, lui succède. Il participe à la restauration de l'église de Montamisé, et est parrain de l'une des cloches en 1769. A la même époque, il introduit dans le domaine la culture du mûrier et l'élevage des vers à soie, encouragé en cela par l'intendant de Poitou, M. de Blossac.
Le 17 mai 1775 pourtant, François Thoreau vend la Roche de Bran, y compris les meubles, à Jacques-René-Joseph-Marie Esperon de Beauregard, écuyer, conseiller du roi, président trésorier de France au bureau des finances de Poitiers. La vente est consentie pour 172.000 livres. Le domaine comprend alors : le logis, la manufacture de vers à soie, une grande plantation de mûriers, un parc fermé de hauts murs et comprenant un jardin, un parterre, une charmille et une avenue de cinq allées de très beaux ormeaux, un grand pré en dehors du parc, une grande vigne, plusieurs grands taillis. La vente concerne aussi les métairies de la Cour, des Royères et de la Bignotière, une borderie au village de Bran, la seigneurie de Charassé, ainsi que les meubles du château, les tonneaux, les pressoirs, les barriques et les vaisseaux servant à la viticulture, enfin les ustensiles de la manufacture de vers à soie. A la même date, un mémoire sur la valeur des biens proposés à la vente indique que la manufacture de vers à soie rapporte beaucoup depuis dix ans. Le parc, "vaste et beau", comprend "un très beau jardin et un magnifique parterre, une belle et grande allée de charmille, une avenue très étendue formant cinq allées plantées en ormeaux très beaux". Le domaine comprend aussi "un labourage au moins de quatre boeufs, un grand pré en dehors du parc, une grande vigne, un fief planté de vigne, plusieurs grands taillis, trois grosses métairies, une borderie et beaucoup de terres à défricher".
A la suite de cette acquisition, Esperon de Beauregard reconstruit le château en 1785, sur un plan totalement différent du précédent : les deux façades principales sont orientées l'une au nord, l'autre au sud, quand l'ancien logis regardait à l'est et à l'ouest. Ce parti pris vaudra des affaissements au château : contrairement à l'ancien, le nouvel édifice ne repose plus totalement sur le rocher, mais en partie sur de la glaise. Esperon de Beauregard parvient à conserver le château, et le parc de 15 hectares attenant, par-delà la Révolution. Il meurt le 1er août 1814. Sa veuve, Marie-Geneviève-Radegonde de Feydeau, fait reconstruire la chapelle, bénie par l'évêque le 11 septembre 1816. Elle meurt le 28 mars 1820 à Poitiers, sans postérité.
Les neveux et héritiers d'Esperon de Beauregard vendent alors la Roche de Bran le 22 avril 1822 à François Chazaud, receveur général de la Vienne, qui revend le domaine le 5 janvier 1828, pour 176.200 francs, à Amédée-François-Régis de Pérusse, duc des Cars, pair de France, lieutenant général des armées du roi, menin du Dauphin. Le domaine s'étend alors sur 716 hectares. Il comprend les métairies de la Cour ou de la Porte, à Charassé, des Royères, de la Bignotière, la borderie du village de Bran, le domaine de Charassé, et les métairies de la Caillerie et de Lathus. Toutes ces métairies, sauf celles de Charassé et de la Cour, sont détruites et réunies au domaine de la Roche-de-Bran pour constituer une vaste entité homogène.
Le duc des Cars entend en effet faire de la Roche de Bran une exploitation moderne et modèle, avec des pratiques agricoles novatrices, des ateliers de forge, de menuiserie et de charronnerie. D'ores et déjà, le cadastre de 1817 montre un domaine beaucoup moins forestier et beaucoup plus en labours qu'aujourd'hui (fig. 2). Un premier four à chaux est construit en 1828. Un autre est édifié en 1857 au lieu-dit « Gigousson », près de Charassé. Il est indiqué en ruines sur le cadastre en 1893. En 1829 est créé un élevage de chevaux, des pur-sang importés d'Angleterre. Le haras est cependant transféré en 1847 à Sourches (Sarthe). Le duc des Cars plante par ailleurs de nombreux arbres d'essences différentes, notamment des cèdres ramenés d'Algérie en 1830. En 1833, le parc du château comprend 50 cèdres, 1000 épicéas, 300 mélèzes, 100 pins, 100 sapins argentés, 100 sapinettes bleues, 100 cognassiers, 6 clématites, 2 bignonias et un jasmin. Les terres des anciennes métairies sont défrichées et dès 1835, le duc des Cars équipe le domaine des premières machines à battre les céréales. En 1846, la charrue de la Roche de Bran remporte le premier prix d'un concours agricole. Le duc réside toutefois essentiellement à Paris. Il confie son domaine à son régisseur, le dénommé Fennebresque, qui s'entoure d'un personnel nombreux (paysans, garde-chasse...). Agronome, le duc est aussi soucieux du bien public et fait profiter la commune de sa générosité, notamment lorsqu'il s'agit de reconstruire l'église, ou de créer une école de filles à la Jourie. A sa mort en 1868, le domaine de la Roche de Bran se présente ainsi : 10 hectares de prés naturels, 50 de prairies artificielles, 150 de terres arables, 7 de vignes, 699 de taillis et futaies de sapins, pour un total de 916 hectares.
Son fils François-Régis de Pérusse des Cars reprend le flambeau. Dès avant la mort de son père, il est intervenu sur le domaine, par exemple pour faire restaurer la chapelle. Le 18 novembre 1858, une nouvelle statue de la Vierge et un chemin de croix sont bénis par l'évêque de Poitiers. Mécène comme son père, il fonde dans le bourg de Montamisé, rue de la Tonnelle, une école privée de garçons. Après sa mort, le 22 septembre 1891, son gendre, Henri de Murard, marié en 1872 à Justine-Marie-Antoinette de Pérusse des Cars, lui succède, puis leur fils, Louis de Murard, officier d'aviation, décédé en 1930. Des travaux de réaménagement sont engagés à partir de 1924, et sont presque achevés lorsque la guerre de 1940 éclate. Le 15 août 1944, en représailles à la présence de résistants dans le château, les troupes allemandes incendient les dépendances, puis le château le 17.
Parmi les éléments constitutifs du domaine de la Roche de Bran, outre la croix de Saint-Hubert et le four à chaux, le lieu-dit « la Vierge », au nord de la Roche de Bran, tirerait son nom, selon la tradition orale, de la statue de la Vierge autrefois visible dans une niche creusée dans un grand chêne, aujourd'hui abattu.

● Annexe 1 :

Extrait de Delineau, Anne. "La Roche de Bran, 15 août 1944". Site internet www.ville-montamise.fr :
"Les Américains sont, dit-on, au-dessous de Loudun. C'est pour les rejoindre et marcher avec eux sur Poitiers qu'un groupe du maquis arrive en avant-garde à la Roche de Bran, dans l'après-midi du 14 août 1944. Le groupe est mené par le Lieutenant Choffat, surnommé « La Panthère » et demande l'hospitalité pour son petit groupe et les 150 hommes du maquis Anatole qui vont arriver. Mme de la Grandière, veuve Louis de Murard, met sans hésiter son château et ses communs à la disposition des maquisards, avec l'assurance que ses gens ne courent aucun danger. Mme de la Grandière est en effet seule avec sa fille aînée Isabelle et une vieille cuisinière. Elle se sent responsable de son personnel. Le lieutenant Choffat est confiant. Il fait venir sa femme, Mme Choffat, au château. « La nuit sera calme. Les Allemands n'attaquent qu'au petit jour. Nos hommes pourront reprendre des forces et se disperser dans les bois demain matin, » assure le lieutenant.
A 23h, alors que tout le monde dort, des coups de feu éclatent ! Les SS de la Kriegsmarine repliés à Migné ont été alertés de l'arrivée des maquisards par un milicien.... La lutte est terrible. Le poste avant des maquisards est décimé malgré leur résistance et 6 membres des FFI sont emmenés à Migné pour y être fusillés. Un blessé grave est laissé pour mort près d'une mare, la poitrine traversée par une balle. Mme de Murard s'est réfugiée avec Isabelle, Mme Choffat et la cuisinière, dans les sous-sols du château. Isabelle de Murard parvient, dans l'obscurité totale, à dissimuler des pièces compromettantes oubliées par le lieutenant Choffat. A 2h du matin, les coups de feu ont cessé, tout est calme.
Mais dès 7h le lendemain, les Allemands reviennent au château, dans un état d'énervement indescriptible : « Ouvrez ! Ou vous serez tous fusillés ! » hurle le lieutenant de la Kriegsmarine, tirant dans toutes les directions. Il n'y a que des femmes au château, mais les Allemands obligent Mme de la Grandière à leur ouvrir toutes les portes, ils pénètrent sans ménagement partout. L'un des officiers de la Wehrmacht avoue à la comtesse qu'il trouve ces pratiques scandaleuses et honteuses. La « grande dame », elle, songe d'abord à rassurer ses gens : on lui assure que leurs vies ne sont pas en danger, même si ils sont sommés de quitter les lieux dans la demi-heure, avec leurs effets personnels. Le château et les communs, tout doit en effet être brûlé ! La Comtesse, sa fille et Mme Choffat sont faites prisonnières. Les Allemands se répandent alors dans le château et le pillent systématiquement. Au moment de partir pour la prison, Mme de la Grandière a le courage d'objecter qu'elle déjeunera d'abord, elle et ses compagnes. Le lieutenant de la Kriegsmarine ordonne alors que tout son détachement se restaure aussi. Les quatre femmes doivent servir 70 hommes.
C'est le moment que choisit Geoffroy de Murard, fils de Mme de la Grandière, pour faire son apparition. Il faisait partie des FFI de l'Indre. On imagine la terreur de sa mère : et si les Allemands reconnaissaient son appartenance aux FFI ? Accusé d'avoir pris part au coup de main de la nuit, il est également fait prisonnier.
Avant de partir, le lieutenant les force à assister à l'incendie des communs du château : tout brûle sous leurs yeux, récoltes et matériels compris ! Le château est pour le moment épargné, grâce à l'intervention de l'officier de la Wehrmacht..... Les prisonniers sont emmenés à Migné. Après un interrogatoire brutal, les prisonniers arrivent à la prison de la Pierre Levée. On annonce « la Comtesse, le jeune comte, la fille de la comtesse et une femme de maquisard » : c'est un triomphe pour les Allemands.... Geoffroy est séparé des femmes, retenu comme otage. Le lendemain, nouvel interrogatoire. Mme Choffat s'effondre, confrontée à deux prisonniers maquisards. Mme de la Grandière manifeste son indignation devant le sort réservé aux prisonniers. Cette attitude résolue ne semble pas la desservir.... Au cours des nuits qui suivent, la Comtesse, isolée dans un couloir, éprouve les plus vives inquiétudes pour ses enfants : un convoi de prisonniers part pour la déportation, son fils en fait-il partie ? Elle entend qu'on creuse une fosse : qui va-t-on fusiller ? Mais des geoliers rassureront Mme de la Grandière : son fils et sa fille sont restés, vivants. Hélas, Mme Choffat, elle, a été déportée. Elle n'en reviendra pas... Devant l'avancée des Américains, les Allemands se préparent à quitter Poitiers et le gardien-chef de la prison prend sur lui, du moins le dit-il, de relâcher les prisonniers.
La joie de la liberté retrouvée est rapidement ternie par le spectacle qui attend Mme de la Grandière et ses enfants à leur retour. Du château, il ne reste que des cendres... Le 17 août en effet, la Kriegsmarine est revenue et a incendié le château, ensevelissant souvenirs et objets d'art accumulés depuis des générations...
Les noms des sept maquisards dont les corps ont été retrouvés, ainsi que celui de Mme Choffat, figurent sur le monument commémoratif de la Roche qui fut inauguré le 8 août 1948 en présence du Préfet de la Vienne M. Ravail et du Maire de Montamisé, Charles Choisie".

● Annexe 2 :

Extrait des registres paroissiaux de Montamisé, année 1944 :
"14 août : arrivée de 200 maquisards aux fermes de la Roche de Bran (...). Dans la nuit, combat avec les Allemands (...). Le 15, els Allemands rassemblent tout le personnel du village soit 41 personnes, et le tiennent sous la menace de la mitraillette, debouts, alignés devant le mur des communs du régisseur. Pendant ce termps, ils fouillent les maisons, défoncent portes, fenêtres, armoires, c'est le pillage organisé, vidant de nombreuses bouteilles. Plusieurs fois dans la matinée, les Allemands annoncent qu'ils vont fusiller tout le monde et mettre le feu dedant. Ce sont alors des cris, des pleurs, des supplications. Plusieurs homems sont roués de coups. Au début de l'après-midi, les femmes sont réquisitionnées pour faire la cuisine aux barbares, devant prendre chez elles tout ce qu'elles ont de meilleur. Pendant ce temps, les hommes doivent rassembler tout le bétail, même les animaux de basse-cour, et doivent les mener à pied dans un châetau près de Grand Pont. Vers 4 heures, des brutes incendient tous les bâtiments et les récoltes à l'exception de la porcherie, de la chapelle et du château, les habitants n'ayant eu qu'un quart d'heure pour sauver un peu de linge et leur agrent. Les Allemands renvoient tout le monde et finissent la journée dans une orgie sans nom. Le 17, ils retournent incendier le château à la grenade incendiaire, seule la chapelle résiste". [Suivent les noms des familles sinistrées, soit les Fradet père et fils et leurs familles, gardes du domaine, les familles Magin, Philipot et Doué, fermiers, et les familles Gissy et Prusoir, réfugiés de Poitiers].

● Annexe 3 :

Extrait de Ginette Mainson, Monographie de Montamisé, 1944 :
La Roche de Bran était autrefois formée « des fermes du château brûlées comme lui au mois d'août. Elles étaient toutes disposées autour d'une vaste cour plantée de marronniers et occupée en son centre par un grand grenier à fourrage ». Une longue allée « permet d'y accéder. Les branches des chênes se touchent et font un dôme de verdure au-dessus du chemin bordé de chaque côté par des buissons d'épine taillés (...). Le château est caché en partie par de grands et larges cèdres plusieurs fois centenaires ». Le château présentait une façade « longue, flanquée de chaque côté par des pavillons. On entrait dans le château par une suite de degrés. Devant s'étendait un large espace couvert de graviers et de pelouses plantées de cèdres majestueux. Les fermes constituaient autrefois un véritable village. Un vaste jardin fournissait et fournit encore de nombreux primeurs et légumes. Le parc du château compte surtout des cèdres, des sapins, des chênes. De grandes pelouses bien entretenues séparent les bosquets ».



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