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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Buxerolles / la Charletterie / 28 rue du Pic-Vert
Manoir de la Charletterie

photographie du dossier documentaire, voir légende
Le domaine, fermé par le portail, vu depuis l'est avec la chapelle en arrière-plan. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

Le domaine est mentionné sur le plan cadastral de 1817, notamment les anciens communs, formant l'aile est, le pigeonnier au nord du logis, et deux bâtiments, dont le logis et la maison du métayer, à l'ouest et au sud, de l'autre côté de la cour. Ces derniers ont été reconstruits depuis, sans doute en 1827 puis en 1865, dates indiquées par le cadastre, de même que la partie nord des communs, proche du pigeonnier. La grange semble être, avec le pigeonnier, le seul bâtiment restant du domaine d'origine, comme l'indiquent ses baies chanfreinées. Quant à la chapelle, située au sud de l'ensemble et placée sous le vocable de Notre-Dame-du-Lys, elle a été édifiée en 1933, selon la tradition orale, ce que confirme son style architectural. Les anciens communs, à l'est, ont récemment été transformés en logements.

Description

La propriété est délimitée par un clos de mur que l'on franchit au sud par un portail à piliers maçonnés. Le domaine comprend un ensemble de bâtiments à l'est et un vaste parc à l'ouest. A droite de la cour, côté est, se trouvent les anciens communs de forme longiligne. A gauche de l'entrée, côté ouest, se succèdent la chapelle, le logis et l'ancienne maison de métayer. Le logis, couvert en ardoise, présente un toit à longs pans et croupe marqué par trois lucarnes à croupe sur le versant. La chapelle est de plan basilical, commençant à l'est par un mur pignon et se terminant à l'ouest par le choeur hémisphérique. Son style architectural se rapproche du type scandinave, notamment par la forme et la hauteur du toit. La partie basse de l'élévation présente un parement en faux moellon. Le toit, très haut, est couvert d'ardoises. Ses longs pans sont coiffés au centre de la nef par un décrochement en forme de toit en pavillon qui se termine par un beffroi. Celui-ci est surmonté par un petit toit en pavillon que domine une croix glorieuse. Le choeur quant à lui est couvert d'un toit à croupe ronde aussi élevé que celui de la nef. Le mur pignon Est, par où s'effectue l'entrée, ouvre par un groupe de sept baies hautes et étroites à arc brisé : la baie centrale est entourée de chaque côté par trois autres, chacune plus petite l'une que l'autre à mesure que l'on va vers l'extérieur. Le mur sud de la chapelle ouvre par quatre baies accolées et dont les arcs brisés reposent sur des colonnettes.

Inscriptions

Sur le mur pignon est, au-dessus du groupe de sept baies, on observe en lettres rapportées l'inscription "IHS".

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne 4 E 43/34. 1822, 21 février 1822 : vente du domaine de la Charletterie, devant Geoffroy notaire à Poitiers, par Marie-Adolphe-Ferdinand Duchesne de Denant à René-Pierre Moricheau-Beauchamps.
Archives départementales de la Vienne G 281. 1566-1727 : papiers relatifs à une rente due par le propriétaire de la Charletterie au chapitre cathédral de Poitiers.
Archives départementales de la Vienne 2 H 1/19. 1674-1752 : fonds de l'abbaye Sainte-Croix, papiers concernant la Charletterie.
Archives départementales de la Vienne 2 O 51/6. 1871-1925 : enquête sur les tombes de la Charletterie ; transfert, réparations et agrandissement du cimetière de Buxerolles.
Archives Evêché Poitiers. Bulletin de l'école apostolique, n° 4, 20 juillet 1931.
Archives des Jésuites, province de France, 7 rue Beudant, 75017 Paris.

● Bibliographie

Béduchaud, Joseph-Marie-Ulysse. Le culte de la Très Sainte Vierge dans le Poitou, à travers les siècles jusqu'à nos jours. Poitiers : S.F.I.L., 1982. P. 39
Chancerel, François. Buxerolles à la fin de l'Ancien Régime : les hommes et la terre dans une paroisse de la banlieue de Poiters. Mém. de maîtrise, dir. D. Guillemet, J. Peret. Poitiers, 2005, 219 p. P. 187
Chancerel, François. Mobilité, enracinement et ouverture villageoise dans une paroisse de la banlieue de Poitiers : Buxerolles (17e-début 19e siècles). Mém. de master, dir. J. Peret, Poitiers, 2006, 155 p. P. 136
Thimonier, Joseph. Buxerolles : le pays des buis. Poitiers, les Editions du Pont-Neuf, 1998, 126 p. P. 48
Vaudel, Jean. Dir. Les collèges Saint-Joseph et Saint-Stanislas de Poitiers, 1607-1980. Poitiers : 1981, 455 p. P. 53

● Annexe 0 :

Ce domaine tient son nom de la famille qui le possédait au début du 17e siècle, les Charlet. C'est sans doute en effet Jacques Charlet, écuyer, seigneur de Mondon et de la Poupardière, conseiller du roi et président des comptes en Bretagne, par ailleurs seigneur de Buxerolles à partir de 1611, qui a fait construire la Charletterie. Le domaine n'existe pas en 1566 lorsqu'un certain François Poupeau est condamné à payer au chapitre cathédral de Poitiers une rente sur des terres qui semblent correspondre à l'emplacement de la Charletterie. Le 27 septembre 1621, Jacques Charlet donne en dot le domaine, alors appelé "la Grange à l'Humeau ou la Charletterie", à sa sœur Jeanne Charlet lorsqu'elle épouse Jean Jarno, écuyer, sieur du Lac. Jeanne Charlet meurt le 14 novembre 1647 et son mari Jean Jarno le 30 août 1650. Le 5 septembre 1674, leur fils Marc Jarno vend la Charletterie à René Ligonnière, professeur de rhétorique à Poitiers, et à son épouse Anne Petit. Celle-ci se manifeste le 16 mai 1706 auprès des autorittés pour se plaindre de vols commis par trois écoliers dans son pigeonnier. En 1727, la Charletterie appartient à André Babin, procureur au présidial de Poitiers et gendre de René Ligonnière, puis en 1752 à son propre gendre, Antoine-Louis Blondé de Messemé, président trésorier de France au bureau des finances de Poitiers. Elle est ensuite en 1769 la propriété de la veuve de Pierre-François Augron, Françoise-Marguerite Mornet, puis celle de son fils Jacques-François Augron (1735-1810), seigneur de Rouilly, conseiller au conseil supérieur de Poitiers. Lorsque celui-ci meurt sans enfants, elle est attribuée par adjudication devant le tribunal de première instance de Poitiers, le 12 janvier 1814, à ses héritiers, dont Adolphe Duchesne de Denant, écuyer de la duchesse de Berry, époux de Clémentine de Vathaire, et surtout descendant par sa mère des Blondé de Messemé.
Le 21 février 1822, Adolphe Duchesne vend à René-Pierre Moricheau-Beauchamps, médecin à Poitiers, et à Marie-Claire Gérard son épouse, le domaine de la Charletterie "consistant en maison de maître, logement de fermier, bâtiments pour l'exploitation, vaste cour, prés, terres, bois taillis et futaie, formant le parc attenant à la maison, terres labourables" en plusieurs pièces, le tout d'une étendue de trente trois hectares environ. C'est Beauchamps qui fait reconstruire le logis en 1827, selon le cadastre. Le domaine passe ensuite à Jules Gérard, de Poitiers, sans doute un parent de Beauchamps, et est acquis vers 1878 par le Père Henri Chambellan (1834-1892), fondateur de l'Ecole apostolique située au 31 rue Saint-Denis à Poitiers, et annexée au Collège Saint-Joseph. La Charletterie en devient une maison de vacances. Jeux, retraites, séances de théâtre animent alors les lieux. En 1906, à l'occasion de la liquidation judiciaire des biens de la congrégation, une enquête auprès des habitants du quartier indique que le Père Chambellan ainsi que six élèves du collège des Jésuites ont été inhumés dans le parc du domaine, sans aucune trace écrite ni autorisation. Un échange de correspondance en 1959, au moment de la vente de la Charletterie par les Jésuites, indique qu'il s'agit en fait de cinq élèves et d'un jeune ancien élève, Louis Allio, décédé en 1892 à quatorze ans et qui fut le dernier inhumé dans le domaine. Les Jésuites construisent par ailleurs en 1933 une chapelle placée sous le vocable de Notre-Dame-du-Lys.
Pendant la Seconde guerre mondiale, la Charletterie est occupée par les troupes allemandes. Elle reste ensuite la propriété des Jésuites jusqu'en 1959, date à laquelle elle est mise en vente au profit de la société immobilière coopérative Baticoop, à l'initiative de plusieurs nouvelles constructions à Buxerolles à cette époque. La vente est consentie à condition que la chapelle reste attribuée au culte pendant cinq ans renouvelables et que, dans ce cas, les Jésuites en assurent l'entretien. Sinon le nouveau propriétaire pourra en bénéficier à sa guise. Quant aux six tombes, elles semblent avoir été retirées par les Jésuites au moment de la vente.



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