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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Buxerolles / cité des Castors / avenue de l'Entraide ; avenue des Castors ; rues des Glycines, Bleuets, Rosiers, Lilas, Fleurs, Troènes ; allées des Cèdres, Tamaris ; places d' Aunis, Auvergne ; 2 à 16 rue des Iris ; 25 à 35 rue des Mimosas
Lotissement concerté dit "Cité des Castors"

photographie du dossier documentaire, voir légende
Maison de catégorie 1 avec garage latéral, avenue de l'Entraide en face de l'église du Planty. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

La construction de la cité des Castors, menée par le Comité ouvrier du logement, avec l'aide des architectes André Serreau et Paul Bonnin, s'est faite entre 1951 et 1954. Au cours de cette période, les travaux ont été menés de manière assez homogène sur l'ensemble du territoire de la cité. Toutefois, selon le cadastre, les premières maisons sorties de terre, en 1952, se situeraient plutôt dans la partie nord de la cité, autour des rues des Glycines et des Bleuets et de la place d'Aunis. La partie sud de la cité, au sud de l'avenue des Castors, daterait elle de 1953. Entre les deux, les constructions auraient été réalisées en 1953 et 1954. Les derniers travaux auraient été menés en 1954 du côté des rues des Iris, des Troènes et des Mimosas.

Description

La cité des Castors de Buxerolles est considérée comme un modèle par la recherche de la qualité du bâti et de la qualité de vie qui a caractérisé la démarche, par la modernité de ses formes architecturales, et par l'alliance entre l'intimité de chaque habitation et la circulation à l'intérieur de la cité. Celle-ci rappelle les cités-jardins d'avant-guerre. Elle comprend 144 maisons séparées pour la plupart, jointives dans quelques cas. Elle s'organise autour de deux artères principales : l'avenue de l'Entraide et l'avenue des Castors. Celles-ci sont ensuite le départ de petites rues, allées et places, parfois à deux accès comme pour la rue des Rosiers, mais le plus souvent en forme d'excroissances comme pour les rues des Glycines, des Bleuets, des Lilas ou encore les places d'Aunis et d'Auvergne. Dans ce cas, les maisons sont construites tout autour de l'îlot ainsi formé et dont le centre est occupé par une pelouse et quelques arbres (fig. 26 et 27). Des allées piétonnes et arborées permettent de circuler entre les maisons et les jardins : ainsi le chemin rural numéro 1 serpente entre la rue des Fleurs, l'allée des Tamaris, celle des Cèdres et la rue des Rosiers (fig. 28). Cette omniprésence des espaces verts, allées et jardins, à travers les maisons, est un des caractères notables de la cité.
Les maisons présentent des caractères communs : une façade en pignon ; des murs en moellons sans enduit, mêlant à l'appareil horizontal de l'ensemble quelques pierres posées verticalement ; un toit en tuiles creuses, souvent à longs pans ; une alternance de petites baies carrées et de baies plus grandes ; enfin, annexés à la maison, un garage et un jardin fermé par une clôture basse (fig. 29). A l'intérieur, les maisons des Castors se caractérisent par la modernité des équipements, des volumes, de la distribution des pièces et de leur attribution fonctionnelle, le tout participant à un niveau de confort assez élevé : chaque logement dispose de sanitaires, d'une salle de bain, d'une cuisine avec carrelage et équipements nécessaires. Outre ces points communs, les maisons se distinguent par la taille du logement qui les répartit alors en quatre types : la majorité des 144 maisons, soit 101 possèdent 4 pièces pour une superficie de 69 à 81 mètres carrés ; 22 présentent 5 pièces, avec une surface de 89 mètres carrés ; 19 n'ont que 3 pièces, pour un total de 52 à 62 mètres carrés ; enfin 2 seulement possèdent 6 pièces pour 105 mètres carrés. Du point de vue architectural, les maisons peuvent être regroupées en plusieurs catégories qui présentent elles-mêmes des variantes.
La première catégorie, la plus répandue, est celle de la maison individuelle avec une façade en pignon, un sous-sol, un comble éclairé par une petite baie carrée, et quatre autres petites baies carrées au-dessus de la porte (fig. 1 à 3 et 30 à 34). A côté de celle-ci se trouve une fenêtre rectangulaire. L'autre façade en pignon, généralement située à l'arrière, ouvre par deux ou trois baies dont parfois une porte latérale. Cette catégorie présente ensuite des variantes. Pour l'une, le garage est latéral, sous un même pan de toit que la maison ; à l'arrière, on observe alors, correspondant au garage, soit une avancée comportant une porte, soit une ouverture à arc segmentaire, soit un renfoncement sous appentis comportant aussi une porte. Dans l'autre variante, le rez-de-chaussée est surélevé et le garage occupe le soubassement ; il n'y a donc ni ouverture ni avancée ni appentis à l'arrière. L'intérieur de la maison comporte généralement cinq pièces, plus rarement trois : quatre chambres et une cuisine-séjour, auxquelles s'ajoutent une entrée, un couloir et une salle d'eau.
La seconde catégorie concerne aussi des maisons séparées (fig. 4 et 5, 35 et 36). Observées aux 25 à 35 rue des Mimosas et aux 13 à 17 allée des Cèdres, elles présentent chacune un plan massé, sous toit en pavillon, avec un garage latéral. Chacune possède un sous-sol et un étage carré. La façade ouvre par deux travées et trois baies au rez-de-chaussée dont la porte latérale et, au milieu, une petite baie carrée. Ces trois baies ont un linteau commun. Une corniche surmonte la façade. Ces logements comprennent cinq ou six pièces avec entrée, cuisine, séjour et sanitaires au rez-de-chaussée, chambres et salle de bain à l'étage.
La troisième catégorie est plus rare, même si elle reprend des caractères de la précédente (fig. 37). On l'observe aux 8 et 10 place d'Auvergne, et aux 30 et 32 avenue des Castors. Elle correspond cette fois à des paires de maisons jointives. Accolées symétriquement sous un toit à croupe, ces maisons présentent chacune un étage carré. On compte deux travées et trois baies au rez-de-chaussée dont la porte latérale et au milieu une petite baie carré. Ces trois baies ont un linteau commun. Une corniche surmonte la façade. Chaque logement comprend six pièces.
La quatrième catégorie correspond aussi à des maisons jointives groupées par paires (fig. 6 et 38). On les observe aux 10, 12, 14 et 16 avenue de l'Entraide. Les maisons jointives possèdent cette fois un sous-sol et un rez-de-chaussée surélevé. La porte centrale est encadrée par deux baies rectangulaires et surmontée par quatre petites baies carrées. Le toit commun est là aussi à croupe. Le sous-sol est occupé par l'entrée et le garage, tandis que les pièces à vivre se répartissent au rez-de-chaussée surélevé.
La cinquième catégorie ne se rencontre que rue des Troènes (fig. 39). On y observe deux ensembles de quatre maisons jointives, accolées de manière symétrique par deux. Le toit de chaque bloc est à longs pans avec croupes. Chaque maison dispose d'un jardin antérieur et d'un jardin postérieur, et présente un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. La façade ouvre par deux travées dont la porte latérale, située au soubassement. Entre les deux baies du rez-de-chaussée surélevé se trouvent trois petites baies carrées. Si le rez-de-chaussée surélevé présente un parement en moellons apparents, le soubassement est enduit.
La sixième catégorie enfin se trouve rue des Iris et comprend quatre paires de maisons jointives accolées symétriquement (fig. 40). Chaque bloc possède un toit à longs pans avec croupes. Chaque maison dispose d'une cour antérieure et d'un jardin postérieur, et possède un étage carré. La façade présente deux travées et trois baies au rez-de-chaussée dont la porte d'entrée et la porte du garage qui occupe une partie du même niveau. Entre les deux baies de l'étage carré, on observe quatre petites baies carrées. Si l'étage carré présente un parement en moellons, le rez-de-chaussée est enduit. Là encore, le soubassement est occupé par l'entrée et le garage, tandis que les pièces à vivre se répartissent au rez-de-chaussée surélevé.
Observées depuis la construction de la cité des Castors dans les années 1950, toutes ces caractéristiques ont largement perduré jusqu'à aujourd'hui : l'alternance entre le bâti et les espaces verts, ou encore les matériaux utilisés n'ont pas été modifiés. Les adaptations aux exigences de confort sont peu visibles de l'extérieur, si ce n'est dans plusieurs cas la fermeture de parties couvertes de manière à créer des verandas par exemple. Les abris de jardins ajoutés ici ou là, de petite taille et fondus dans les parcelles, ne dénaturent pas non plus l'esprit et l'ambiance de la cité. Seule la diversité des clôtures basses atténue l'homogénéité de l'ensemble.

Documentation

● Archives

Archives municipales de Buxerolles. Registres des délibérations du conseil municipal. Séances des 23 avril et 2 octobre 1950, 14 avril 1951, 2 mars 1952, 2 janvier 1954 et 28 février 1966
Archives municipales de Buxerolles. 1949-1978 : archives du Comité ouvrier du logement dit "les Castors".

● Bibliographie

Patrimoine des communes de la Vienne. Editions Flohic, 2002. P. 750
Ragot, Gilles. Architecture du 20e siècle en Poitou-Charentes. Editions patrimoines et médias, 2000. P. 106-107
Thimonier, Joseph. Buxerolles : le pays des buis. Poitiers, les Editions du Pont-Neuf, 1998, 126 p. P. 71-78

● Annexe 0 :

La construction de la cité des Castors de Buxerolles s'inscrit dans le cadre de la reconstruction et du développement démographique et urbain d'après-guerre. Elle est aussi à rapprocher d'expériences identiques et concomitantes menées par exemple à Pessac, Niort, Saint-Nazaire, Roanne et Saint-Etienne. A Buxerolles, elle est le point de départ de l'urbanisation de la commune : après elle, le quartier du Planty va commencer à se couvrir de lotissements. C'est le 26 novembre 1949 que les initiateurs du projet, menés par Edmond Devit, se réunissent au 40 rue Arsène-Orillard, à Poitiers. Ils fondent le Comité ouvrier du logement, société anonyme d'HLM, sur le modèle d'un organisme similaire créé peu auparavant à Pessac, près de Bordeaux. De 15 en novembre 1949, le nombre de membres passe à 116 en avril 1950 (fig. 19). La société prend le nom des "Castors", par référence à cet animal connu pour ses constructions et sa sociabilité. Il s'agit en effet de mettre en commun les ressources et les compétences de chacun. Chaque membre verse une cotisation mensuelle de mille francs et s'engage à consacrer vingt-quatre heures par mois au chantier. Ce système, étroitement contrôlé avec une amende en cas de manquement, permet de diminuer les coûts d'un quart. Le reste du financement est assuré par les recettes de loyers, les importantes subventions de la commune de Buxerolles, et les aides de l'Etat : ce dernier suit en effet de près le projet, mené alors que le ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, Eugène Claudius-Petit met en œuvre son plan national d'aménagement du territoire. C'est dans ce contexte que les Castors reçoivent des prêts à taux réduits accordés par la Caisse des dépôts et consignations, la Caisse d'épargne et le Crédit foncier, et des aides de la Caisse d'allocations familiales et de l'Education Nationale.
Tout en prenant part activement à la conception architecturale du projet, les Castors la confient au jeune architecte André Serreau, assisté par Paul Bonnin, encore élève architecte. Leur première ébauche comporte des bâtiments collectifs répartis autour d'un espace vert enveloppant des terrains de sport, des promenades, une piscine avec plage et un « théâtre de verdure » (fig. 7 et 8). Réorienté vers des maisons individuelles et des espaces verts mieux répartis entre les bâtiments, le projet est adopté par les Castors le 18 janvier 1951. Il comprend non seulement les différents modèles de maisons mais aussi l'agencement et le mobilier intérieurs, les standards de portes et de fenêtres, le circuit de chauffage au sol, les dépendances tels que clapiers et toits à volailles, les essences d'arbres et de plantes pour les jardins privatifs, le mobilier urbain, l'adduction d'eau, l'alimentation en gaz, le tracé de nouvelles rues (fig. 9 à 17).
La construction de la cité débute très rapidement, et même avant l'adoption des plans de Serreau. Le Comité commence par faire l'acquisition d'un espace de dix-sept hectares jusqu'ici en terres agricoles, dans l'angle formé par la Voie Romaine à l'est et la rue des Quatre-Cyprès au sud. Le 12 février 1950 a lieu la première extraction de pierres, à Lavoux (fig. 20). Le sable et les graviers sont tirés d'une sablière achetée à Aillé près de Dissay, et les Castors s'approvisionnent en tuiles de Roumazières. Ils empierrent les sols, tracent les voies, construisent les maisons et plantent arbres et arbustes au coeur des îlots. La construction des routes commence en août 1950 et se poursuit jusqu'à la fin de l'hiver suivant. Au total, 2,5 kilomètres de voies principales et 500 mètres de voies de desserte sont tracés. Les premières fondations sont établies en janvier 1951, les travaux de maçonnerie commencent en septembre (fig. 21 et 22). Les quatre premières maisons habitables sont occupées en septembre 1952, suivies par 16 autres en mars 1953. Ces premiers logements sont attribués par tirage au sort parmi les membres les plus déshérités et les familles nombreuses. En juin 1953, 28 nouvelles maisons sont habitables, le terrassement est terminé pour 50 autres, la viabilité du terrain est réalisée en totalité, et 380 arbres et arbustes sont plantés. A la fin de l'année 1954, 90 bâtiments sont occupés et 54 autres sont en cours d'achèvement. En 1955, le programme est terminé. Un plan de la cité répertorie les maisons, numérotées et regroupées par îlots, et leur attribution nominative à chaque famille (fig. 18). L'artère principale de la cité est baptisée "avenue de l'Entraide" pour rappeler l'état d'esprit de ses bâtisseurs.
Le projet comprend par ailleurs la construction d'équipements collectifs : une école qui deviendra l'actuelle école du Planty, ouverte début 1954 après que les premières classes eurent été logées provisoirement dans deux maisons des Castors ; une salle des fêtes, l'actuelle salle des Castors, construite en 1957 et 1960-1961, et alliée à une coopérative commerciale créée dès 1954 : les « Castors » font venir des commerçants, notamment un boulanger, un pharmacien et un boucher, leur louent un magasin au rez-de-chaussée du bâtiment, et chacun un logement à l'étage. L'église du Planty s'ajoute à l'ensemble en 1962, sur un terrain accordé par les Castors. En 1966, ces derniers vendent aussi à la municipalité, pour un franc symbolique, le terrain nécessaire à la construction du château d'eau.
Dès ses débuts, le projet a des conséquences sur le quartier et son aménagement, donc sur les décisions que la municipalité de Buxerolles est alors amenée à prendre. Le 23 avril 1950, le conseil municipal demande le classement en chemin vicinal ordinaire du chemin rural de la Voie Romaine, anticipant la circulation intense que va engendrer le chantier. Le 2 octobre, alors que les travaux sont sur le point de commencer, le conseil municipal décide d'étendre son réseau d'adduction d'eau pour le relier à celui de la future cité. Plus tard, le 14 avril 1951, le conseil municipal accepte d'intégrer à la voirie communale les rues créées par les Castors. A cela s'ajoutent les importantes subventions accordées par la municipalité aux Castors pour financer leur programme.
Dans les années qui suivent, les initiateurs du projet le prolongent en fondant la Société d'aménagement et de construction Baticoop, à l'origine de plusieurs constructions dans le nouveau quartier du Planty. Les difficultés, financières surtout, ne manquent pourtant pas. Le Comité ouvrier du logement finit par prononcer sa liquidation lors d'une assemblée tenue le 27 octobre 1978 dans la salle des Castors.



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