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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Mignaloux-Beauvoir
Maisons et fermes

photographie du dossier documentaire, voir légende
Ferme à bâtiments séparés, à la Thoumitière. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / A. Royer, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

La plupart des bâtiments des 88 maisons et fermes recensées remontent à des époques relativement récentes (19e et 20e siècles) (voir figure 1). Ainsi, 78 ont été construites ou reconstruites, totalement ou en partie, au 19e siècle, à 60 % dans sa seconde moitié (47 maisons et fermes sur 78). 20 ont été construites ou reconstruites partiellement au 20e siècle, dont 11 dans la première moitié du siècle. Toutefois, une partie non négligeable des bâtiments de ce corpus conserve des traces plus anciennes : 20 maisons et fermes, soit 22 % du corpus, possèdent des éléments remontant probablement au 18e siècle ; il en est de même pour 11 maisons et fermes, soit 12,5 % du corpus, pour le 17e siècle. Les traces d'époques antérieures sont infimes et encore plus hypothétiques. On peut cependant estimer que 2 fermes et une maison, à Sainte-Croix et à la Trinité, portent des traces des 15e et 16e siècles.

Les dates inscrites sur les bâtiments sont rares : cela ne concerne que 7 % du corpus (soit 1 maison et 6 fermes). Les plus anciennes se trouvent à la Trinité (1566) et à la Richardière (1639). Les autres dates inscrites sont 1716 (Bois Boutet), 1809 (la Moudurerie), 1902 (sur une ancienne porcherie, route de la Rouartinière), 1931 (les Rosiers) et 1935 (maison sur la route de Chauvigny). Ces dates correspondent aux constructions ou remaniements des corps de bâtiments sur lesquels elles sont apposées. Mais dans 57 % des cas, on a aussi pu dater précisément les constructions ou les remaniements de maisons et de fermes grâce aux archives cadastrales : il s'agit de travaux ayant donc eu lieu entre le début du 19e et le début du 20e siècle.

Le nombre de constructions de logements postérieurs à 1945 traduit la croissance très récente de la commune. D'après l'INSEE, le nombre de logements est passé de 225 en 1962 à 1353 en 1999. Et sur les 1353 logements dénombrés en 1999, les trois quarts ont été construits après 1975, et 40 % après 1990. Le logement individuel reste dominant à 80 %, même si quelques immeubles de faible hauteur ou des logements semi-collectifs ont été construits depuis 1990.

Les fermes, qui constituent un peu plus des deux tiers de l'habitat antérieur aux années 1950 recensé, ont quasiment toutes fait l'objet de modifications depuis leur construction (agrandissements ou démolitions, transformations des bâtiments d'exploitation en espaces habitables, suppression ou ajout de baies) au cours des 19e et 20e siècles, suivant l'évolution des besoins économiques et des modes de vie. Plus des trois quarts des fermes recensées ont perdu leur vocation agricole. Seules 9 sont en encore en activité aujourd'hui.

Description

Toutes les maisons et les fermes construites avant les années 1950 sur le territoire de la commune de Mignaloux-Beauvoir, et encore visibles aujourd'hui, ont été recensées. C'est l'état ancien des habitations, estimé comme étant celui qu'elles avaient encore dans les années 1950, qui a été pris en compte, et non pas leur état actuel : ainsi, une ancienne ferme divisée aujourd'hui en trois logements différents, forme une unité, et non trois. De même, 11 maisons et fermes (dont la Grand Maison, la Martinière, la Maison Neuve), pourtant construites avant les années 1950, n'ont pas pu être prises en compte : elles ont fait l'objet de trop nombreux remaniements, et leur aspect actuel n'a pas permis de retrouver leurs caractéristiques architecturales anciennes. Enfin, deux fermes anciennes figurant sur le cadastre de 1819 mais détruites récemment, n'ont pas pu être étudiées non plus : il s'agit des fermes de la Paraudrie et des Oriollères. Certaines maisons et fermes ont été volontairement exclues du corpus, comme la métairie du prieuré-cure, considérée comme une partie du presbytère. Deux autres types d'habitations ne font pas partie de ce corpus, du fait de leurs caractéristiques trop particulières. Le premier type rassemble les demeures, qui possèdent de nombreux communs ou dépendances : le "manoir" de Beauvoir et la maison du 627 rue du Curé-Jacquet. Le second regroupe les manoirs (demeures à la tête d'un domaine agricole, ayant appartenu à un propriétaire de fief, noble ou non, au Moyen Age et sous l'Ancien Régime), au nombre de 5 : manoirs du Deffend, du Colombier, de la Rouartinière, de Frécoutant et de Gros Puits. D'après ces critères, on obtient un corpus de 88 maisons et fermes, réparties en 28 maisons et 60 fermes. Les fermes ou anciennes fermes sont donc nettement majoritaires, représentant un peu plus des deux tiers du corpus. Cette proportion reflète le caractère rural que la commune conserve encore, malgré son urbanisation croissante depuis la fin des années 1960, et le net déclin de l'activité agricole. La moitié de la superficie de la commune est d'ailleurs encore utilisée pour l'agriculture, pour des exploitations installées sur et en dehors du territoire communal).

L'habitat recensé est très éclaté sur le territoire communal, qui compte de nombreux hameaux et un bourg ancien très réduit (qui correspond à celui de Mignaloux) situé de part et d'autre de la route de Limoges. Un nouveau bourg s'est développé au sud de ce bourg originel, avec la construction d'une nouvelle mairie, d'équipements et de nombreux lotissements. Avant le développement du nouveau bourg, le hameau du Breuil l'Abbesse était la concentration d'habitat la plus importante de la commune. Cela s'explique par une situation priviliégiée de part et d'autre de la route de Chauvigny, aux portes de Poitiers. Au sud de la commune, le Mars, la Lussauderie, Gros Puits et Beauvoir forment le second ensemble d'habitations le plus important. Le territoire communal est ensuite parsemé d'écarts contenant de deux à huit maisons, notamment les Bruères, les Oriollères, le Brelinguet, Brazoux, Beau-Bâton, etc. La commune comporte également beaucoup d'habitations isolées ou qui l'étaient, par exemple Geniec, Sainte-Jeanne, Charassé, la Coix-Blanche, etc. La taille longtemps réduite du bourg, et l'éclatement de l'habitat en hameaux, qui tend aujourd'hui à disparaître du fait de la multiplication des constructions, s'explique de deux manières. D'une part, la géographie peu contraignante de la commune a permis à l'habitat de s'implanter partout. D'autre part, la dispersion de l'habitat est aussi le reflet de l'organisation de la commune en grands domaines agricoles, jusqu'à une époque récente.

Les maisons et fermes recensées de Mignaloux-Beauvoir présentent des caractéristiques communes à celles que l'on trouve dans l'habitat des autres communes situées autour de Poitiers et dans la plupart de la Région. Elles ont presque toutes été bâties en moellons, traditionnellement recouverts d'enduit. La pierre de taille est utilisée dans les encadrements de baies et les chaînages d'angle. Parfois, la brique y alterne avec la pierre de taille, ce qui a été constaté sur 3 maisons et fermes. Le matériau de toiture est majoritairement la tuile creuse, pour les deux tiers des maisons et fermes (soit 60). L'ardoise couvre 17 % des maisons et fermes du corpus, principalement celles datant de la deuxième moitié du 19e siècle. L'ardoise est en effet plus fréquemment utilisée à cette époque, acheminée des carrières d'Anjou grâce au développement du chemin de fer. Son utilisation témoigne aussi de l'élévation du niveau de vie, et on la trouve fréquemment sur des logis de ferme construits dans la 2ème moitié du 19e siècle à côté de logis plus anciens (par exemple, à la ferme du Coudroux, ou celle du Collège des Moreaux, ou encore à Geniec). L'amélioration du niveau de vie se lit aussi dans la forme des toitures, notamment l'emploi de toits à croupe, forme plus soignée que le toit à longs pans : près de 14 % des maisons et fermes en possèdent. Mais seulement 3 maisons combinent la forme du toit à croupe et le recours à l'ardoise, une combinaison qui marque généralement les maisons de notables. Enfin, 16 % des habitations sont essentiellement couvertes de tuile mécanique, matériau caractéristique de la 2ème moitié du 19e et du 20e siècle.

Les fermes sont présentes sur tout le territoire de la commune, confirmant son caractère essentiellement rural et agricole jusqu'aux années 1960. Leur nombre plus ou moins grand par écart est fonction de l'importance du hameau : ainsi c'est au Breuil l'Abbesse, hameau historiquement le plus peuplé de la commune, qu'on a recensé le plus grand nombre de fermes (12). Mais sur l'ensemble des fermes, 20 % étaient complètement isolées dans les années 1950. C'est le cas encore aujourd'hui pour la moitié d'entre elles (par exemple la Plaine, la Croix Blanche, Geniec). Les autres ne le sont plus, car des habitations récentes se sont implantées à côté d'elles.
Si l'on considère la façon dont les bâtiments de ferme sont organisés (fig. 2), on constate que plus des deux tiers (soit 41) sont à bâtiments séparés : le logis et les différents bâtiments d'exploitation constituent des entités distinctes, le plus souvent autour d'une cour. Cette répartition traduit une fois de plus l'absence de contrainte (géographique, climatique, économique, fonctionnelle...) dans l'implantation des bâtiments. Dans le tiers restant des fermes recensées, les bâtiments sont accolés de diverses manières. 4 fermes présentent des bâtiments jointifs, sans qu'on y décèle une forme de plan particulière. 4 fermes sont organisées de manière plus régulière selon un plan en L, et 3 selon un plan en U. 2 fermes forment un bloc en longueur, c'est-à-dire que leurs bâtiments sont alignés les uns dans le prolongement des autres, sous une toiture commune, de hauteur identique. 2 fermes sont de plan massé, 4 de plan allongé (bâtiments alignés les uns dans le prolongement des autres, mais sous des toitures de hauteur différente). Cette description s'appuie sur le plan actuellement visible des fermes, mais certaines ont connu au cours de leur histoire des évolutions de leur plan. Indépendamment de leur plan, la plupart des fermes sont fermées par rapport à l'espace public : un peu plus de la moitié sont ceintes d'un muret, et plus du tiers disposent d'un portail, souvent à piliers maçonnés. Parfois l'entrée prend une forme exceptionnelle, un passage couvert notamment, par exemple aux Grands Ormeaux ou à la Richardière. 20 % des fermes (12) disposent aussi d'un logement secondaire en plus de leur logis principal : il peut s'agir d'un logement plus ancien, abandonné pour habiter un nouveau logis ; c'est aussi parfois un logement destiné à un ou des membres de la famille, des domestiques ou des ouvriers.
Parmi les bâtiments d'exploitation, les plus vastes sont les granges, auxquelles sont souvent associées des étables. Les granges-étables à façade en pignon sont les plus spectaculaires. 16 ont été conservées, soit dans un quart des fermes. Elles témoignent alors de l'importance de l'exploitation, ce type de grange étant destiné à abriter de grandes récoltes. Mais les granges plus nombreuses restent celles à façade en gouttereau : au nombre de 29, elles sont présentent dans la moitié des fermes, ce qui montre que les exploitations à Mignaloux-Beauvoir étaient de taille moyenne, voire réduite. La différence entre les deux types peut aussi être chronologique : les granges à façade en pignon sont en général les plus anciennes, antérieures au 19e siècle (aux Grands Ormeaux, au Collège des Moreaux, aux Grandes Bruères par exemple) mais pas systématiquement (celles de Sainte-Marie-du-Deffend, de la Croix Blanche, ont été construites au 19e siècle). Quant aux hangars, construits essentiellement au 19e siècle pour abriter le matériel agricole en expansion, on en compte que 10, signe là encore de la modestie des exploitations agricoles de la commune. Les autres dépendances agricoles le plus souvent recensées sont les toits à animaux (poules, porcs) et les écuries. Des fours ont été relevés dans une dizaine de fermes ; l'ancienne ferme de Charassé en avait même deux. Les puits sont également en nombre : on en compte 19. Les mares, encore nombreuses à Mignaloux-Beauvoir, permettaient aussi l'alimentation en eau.

Les maisons recensées sont nettement moins nombreuses que les fermes, mais sont elles aussi réparties sur tout le territoire de la commune. Seuls deux hameaux comportent plus de maisons que de fermes : les Bruères (5 maisons / 3 fermes) et le Colombier (3 maisons / 2 fermes). La particularité de Mignaloux-Beauvoir est de ne compter aucune maison de bourg, puisque les bourgs de Mignaloux et Beauvoir étaient très réduits et que le parcellaire y était par conséquent très relâché (fig. 3). La quasi totalité des maisons recensées (84,6 %) est de type rural, comprenant de petites dépendances mais sans revêtir de caractère agricole. Le plus souvent, il s'agit de remises, celliers ou toits à animaux. Exceptionnellement, on a trouvé un four à pain ou un hangar à piliers de pierre. Les 11,5 % de maisons restants rassemblent les maisons de campagne : la Pépinière, le Chalet Maupertuis et la Moulinerie. Elles possèdent un logis de taille assez importante, des communs et un parc. Une seule maison, construite en 1935, a été considérée comme relevant du type des "maisons de faubourg", car elle en possède les traits (maison sans dépendances, entourée d'espaces libres), même si la commune de Mignaloux-Beauvoir ne comporte aucun faubourg. Parmi les 28 maisons recensées, la moitié sont closes sur la rue par un mur ou un muret, et un tiers ont un portail. Ces proportions sont comparables à celles constatées pour les fermes.

La plupart des logis (44 %) des maisons et des fermes sont placés en retrait par rapport à la voie, ce qui indique encore le manque de contrainte spatiale dans l'implantation des bâtiments. De même, la forte proportion de logis isolés dans leurs parcelles (30 %) traduit la taille relativement grandes de celles-ci. Inversement, les logis perpendiculaires à la voie (près de 15 %) et en alignement sur la rue (10 %), souvent adossés à elle, sont moins nombreux. La taille des logis des fermes et maisons est plutôt modeste : plus de la moitié se composent d'un rez-de-chaussée surmonté d'un surcroît (étage ou comble), qui la plupart du temps contenait un grenier (fig. 4). Cette modestie dans la taille de l'habitat est confirmée par le fait qu'un tiers des façades des logis ne comprennent qu'une seule travée, voire aucune (fig. 5). Un autre tiers des logis sont de taille moyenne, avec deux travées en façade. Les logements plus grands sont proportionnellement moins nombreux : moins d'un quart des maisons et fermes présentent des façades à 3 travées, et à peine 7 % sont à 4 travées. La ferme de Charassé constitue un cas exceptionnel, avec son logis à un étage carré et 8 travées. Les façades sont le plus souvent organisées sans symétrie : celle-ci concerne un peu plus d'un quart des logis recensés ; il s'agit alors essentiellement de logis construits au 19e et 20e siècle. De même, le décor porté sur les façades est inexistant avant le 19e siècle, et il reste ensuite plutôt discret. Une corniche n'a ainsi été relevée que dans deux logis (la Moulinerie et la ferme du Collège des Moreaux), des appuis saillants et moulurés sur cinq logis seulement, et les encadrements de baies ne sont saillants que dans 8 % des maisons et fermes.



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