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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Mignaloux-Beauvoir / le Breuil-l'Abbesse / 116 route de Charassé ; 127 rue du Chemin-Vert
Ferme dite "la Trinité", actuellement maisons

photographie du dossier documentaire, voir légende
L'ancienne ferme de la Trinité vue depuis le sud-ouest. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

La métairie de la Trinité est mentionnée pour la première fois en 1440. Elle doit son nom à l'abbaye de la Trinité de Poitiers, qui la possédait. Elle constituait le coeur des possessions de l'abbaye dans la paroisse de Mignaloux. L'abbaye y était en effet propriétaire et seigneur de nombreux biens qu'elle concédait contre paiement de droits seigneuriaux. Elle se réservait toutefois une métairie d'une dizaine d'hectares, la métairie de la Trinité, qu'elle mettait en ferme. C'est aussi à cet endroit, dans la grande grange, qu'était entreposés les blés amenés par les exploitants de terres de l'abbaye au nom du paiement des droits seigneuriaux. La métairie est citée en 1538, sous le nom de "la Crosserie". Elle apparaît ensuite en 1582 dans un mémoire des biens de l'abbaye au Breuil-l'Abbesse. A proximité se trouve "la grange où sont stockés les terrages de la terre et seigneurie du Breuil l'Abbesse, avec un grand querreux appelé le querreux Regnault où l'abbaye tenait ses assises et où il y avait anciennement un poteau de bois affiché ayant un collier de fer pour mettre et punir les malfaiteurs". En 1677, un acte de délimitation des domaines de l'abbaye au Breuil-l'Abbesse cite "la métairie de la Crosserie ou Derocherie" : comme en 1582, elle comprend les bâtiments, exploités par Françoise Raymond veuve de Guillaume Maréchau, la grange seigneuriale où sont stockés les terrages de la seigneurie, le jardin, un enclos et un emplacement dans lequel se trouve encore un poteau "auquel estoient cy devant empraintes les armoiries de la dite abbaye". Cette derrnière indication se rapporte peut-être à la pierre portant les armoiries de l'abbesse de la Trinité, datant de 1566 et remployée dans un mur près de l'entrée du logis du 127 rue du Chemin vert. Sur la façade arrière du logis, une baie à encadrement mouluré peut dater de la même période (15e ou 16e siècle), et une autre baie, cette fois à encadrement chanfreiné, remonte sans doute aussi à l'Ancien Régime. A cette époque, le logis comprend trois pièces au rez-de-chaussée, une à l'étage, deux greniers et des dépendances.
Louis Mingot a été le dernier fermier de cette métairie avant sa vente comme bien national en 1791. L'acquéreur en a alors été le sieur Sébilleau, huissier à Poitiers, pour 6200 livres. En 1819, selon le cadastre, la ferme appartient à M. Pallu du Bellay, conseiller de préfecture à Poitiers. Le plan cadastral indique des bâtiments selon une disposition proche de l'actuelle : la ferme comprend non seulement le logis et son prolongement, aux 116 route de Charassé et 127 rue du Chemin vert, mais aussi la dépendance située le long de la rue, au sud-est, agrandie depuis, et le hangar à l'est, aujourd'hui remanié et transformé en logement. La ferme est vendue en 1828 à Jean Charles, demeurant aux Oriollères. La même année, selon le cadastre, il procède à une nouvelle construction de maison, peut-être la partie sud-ouest du logis (116 route de Charassé). La ferme passe ensuite en 1855 à Paul de Montjon, propriétaire du domaine voisin de Charassé, puis comme ce dernier en 1888 à Antony de Pertat, de Poitiers. Entre temps, en 1869 selon le cadastre, une maison a été transformée en grange. Au début du 20e siècle, la Trinité est acquise par Henri Blot et son épouse Delphine Dubois, de Savigny-Levescault, qui la transmettent à leurs descendants. Morcellée en 1979, la propriété a subi d'importants remaniements, notamment la partie nord-est du logis (127 rue du Chemin vert). Là, une baie à encadrement mouluré et un oeil-de-boeuf visibles sur la façade antérieure, près de la porte, sont des remplois contemporains, de même que la tour et l'escalier à vis qu'elle abrite. La plupart des dépendances ont été transformées en espaces habitables.

Description

La ferme comprend plusieurs bâtiments répartis autour d'une cour : un logis au nord-ouest, perpendiculaire à la voie et divisé en deux logements ; une dépendance adossée à la rue ; d'autres anciennes dépendances, à l'est, transformées en logements. La partie nord-est du logis (127 rue du Chemin vert) a été fortement remaniée, au point de rendre impossible la lecture de sa façade antérieure. Sur la façade postérieure, au nord-ouest, on observe une baie à montants moulurés et une autre à encadrement chanfreiné. Les autres éléments d'apparence ancienne sont soit des remplois soit des ajouts contemporains. Quant à la partie sud-ouest du logis (116 route de Charassé), sa façade antérieure, au sud-est, ouvre par une baie et une porte, surmontée par une large baie de grenier. Avant les remaniements récents, le logis, déjà divisé en deux parties, comprenait quatre pièces au total au rez-de-chaussée, soit deux pour chacun des deux logements. Au-dessus se trouvaient des greniers, plus une chambre pour la partie nord-est. Chaque partie disposait d'une cheminée. L'une d'elle, bien que déplacée, est encore visible dans la partie nord-est.
Le logis se prolongeait vers le nord-est par un fournil et buanderie dans lequel se trouvaient un four voûté et une ponne en pierre. Un cellier achevait l'alignement. Perpendiculairement au logis mais sans y toucher, des toits fermaient la cour vers l'est. Venaient ensuite des dépendances, maintenant transformées en logement, puis un petit logement de fermier, et enfin une vaste grange à façade en pignon. Celle-ci abritait aussi une étable. Dans l'angle sud de la cour se trouvait un hangar accolé à une petite dépendance dont on devine encore les chaînages d'angle. Ce bâtiment encadrait l'entrée de la cour avec l'autre dépendance toujous visible, adossée à la rue, et cette fois inchangée. Cette dépendance comprenait des écuries au sud et surtout des toits à porcs. La ferme ne comprenait pas de puits mais disposait, avec la ferme voisine de la Boulandrie, d'un droit de puisage à la mare voisine.

Précisions sur le décor

Dans le mur du rez-de-chaussée du logis a été remployée une pierre portant les armoiries de Jeanne de Clermont, abbesse de la Trinité de Poitiers de 1536 à 1586. Ces armes se lisent ainsi : "D'azur à trois chevrons d'or, le premier écimé". Le blason est encadré par des rubans et surmonté par une crosse. La date 1566 est inscrite en bas, de part et d'autre de la pointe du blason.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne 2 H 2/37. 1538, 14 mars : aveu et dénombrement rendu au roi par l'abbaye de la Trinité pour toutes ses terres et dépendances.
Archives départementales de la Vienne 2 H 2/37. 1582, 8 mars : mémoire concernant les dépendances de l'abbaye de la Trinité de Poitiers au Breuil l'Abbesse.
Archives départementales de la Vienne 2 H 2/37. 1677, 31 mai : confrontation des domaines de la métairie de la Crosserie ou Derocherie, dépendant de l'abbaye de la Trinité.

● Bibliographie

Petit, Robert, Mignaloux-Beauvoir découvre son histoire. Mignaloux-Beauvoir : Mairie : Loisirs Animation Mignaloux-Beauvoir, 1994. P. 28-29 et 93



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