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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Mignaloux-Beauvoir / le Breuil-l'Abbesse / 627 rue du Curé-Jacquet
Maison

photographie du dossier documentaire, voir légende
La partie la plus ancienne du logis et, à droite, l'écurie qui la prolonge, vues depuis l'est. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / Y. Suire, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

Cette propriété, située au nord-est de la métairie de Sainte-Croix, relevait comme cette dernière de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers. Il pourrait s'agir de la demeure pour laquelle André Foucault reconnaît devoir des droits à l'abbaye, le 30 juin 1485. Le domaine comprend alors des vignes et des vergers, sur une superficie de dix journaux. Il confronte notamment au chemin du Breuil à Mignaloux, et aux terres de l'abbaye. La partie la plus ancienne du logis, au nord-ouest, pourrait dater au moins en partie de cette période, comme le laisse penser le décor en accolade de la porte. De cette période aussi pourrait provenir l'encadrement de baie remployé dans la porte piétonne à l'entrée de la propriété.
Entre 1529 et 1571, le domaine appartient à la famille de Péréfixe, de Poitiers. Le 30 juillet 1539 en effet, Pierre de Péréfixe, écuyer, seigneur de Puylouër et de La Bretonnalière, avocat à Poitiers, époux de Perrette Goulard, rend une déclaration à l'abbaye Sainte-Croix pour ce bien, en précisant qu'il l'a acheté dix ans plus tôt. La propriété échoit ensuite à sa fille, Marie de Péréfixe et à son mari, Aimery Roiné, seigneur de la Royère. Elle est toutefois saisie à leur détriment, pour dette, par sentence du présidial de Poitiers, et adjugée le 12 décembre 1571 à Jean Desmoulins, conseiller au même présidial. Le domaine comprend alors deux parties. Il s'agit tout d'abord de la "grande maison et appartenances de granges, celliers, toits, étables, coursoires, le tout renfermé de muraille avec leurs appartenances de jardin et chènevières" (parcelle 36 du cadastre de 1819). Ce logis et ses dépendances confrontent "au chemin du Puy du Breuil au Carroy Jacquet" d'une part, et d'autre part aux terres de l'abbaye de Sainte-Croix. La propriété comprend aussi la métairie située au nord (parcelle 40 du cadastre de 1819), soit à cette époque "une autre maison et ses appartenances de cour, coursoires, grange, fournioux et étables, où les métayers des dits Royné font leur demeure, avec les jardins et closures de la dite métairie", le tout confrontant à la route de Chauvigny et aux "closures" de la première maison.
En 1654, le domaine semble appartenir à Marie Rouilh, veuve de Pierre Moreau, sieur de la Touche. Il passe ensuite à son fils, René Moreau, sieur de la Touche. Les armoiries figurant au-dessus de la porte de la partie ancienne du logis, portant la date de 1661 et représentant notamment un "Maure", pourraient être les siennes. Elles semblent en tout cas témoigner d'une reconstruction au moins partielle du logis. C'est au détriment de René Moreau que l'abbesse de Sainte-Croix effectue en 1668 une saisie pour dettes, portant en particulier sur sa métairie. Celle-ci passe ensuite à Jean de Vieillechèze en 1668. Une déclaration que celui-ci rend à l'abbaye Sainte-Croix en 1671, donne pour la première fois un nom à la propriété : "la métairie des Moreaux, allias du Rouil et Péréfixe", nom qui rappelle ses propriétaires précédents. Le domaine appartient en 1749 à la probable descendante de Jean de Vieillechèze, Thérèse de Vieillechèze et à son mari Florent Ragot. Eux aussi ont semble-t-il apposé leur marque sur les bâtiments : la large baie à droite de la porte de la partie ancienne du logis, peut dater du 18e siècle, en raison de sa taille et de la forme de son linteau, en arc segmentaire.
En 1819, selon le cadastre, la propriété est détenue par Jean-Philippe Royer, demeurant à Poitiers mais conseiller municipal de Mignaloux de 1815 à 1825. Tous les bâtiments apparaissent sur le plan cadastral, selon une disposition similaire. La propriété comprend alors également une pièce d'eau longiligne à l'ouest, et les bâtiments situés au nord et qui ont été très remaniés depuis (parcelles C 40 du cadastre de 1819, H2 168 à 171 du cadastre actuel). Le plan cadastral de 1819 mentionne aussi le puits couvert à l'entrée est de la propriété. Vendue en 1825 à Auguste Doussaint, de Poitiers, puis en 1854 à Jean-Marie Gédéon de Millon, l'ancienne métairie est acquise en 1863 par Jules Robin dit Médard. C'est lui qui en 1865, selon le cadastre, fait construire la nouvelle partie du logis, dans le prolongement sud-est de la partie ancienne. Le décor des façades (corniche, appuis moulurés...) semble correspondre à cette période.
L'ensemble appartient ensuite à Louis Bessonnet, médecin à Poitiers, de 1882 à 1930. A cette date, la propriété est divisée en deux : la partie sud, soit l'actuel 627 rue du Curé Jacquet, passe à Henri Puizay, notaire à Poitiers. Il réalise à son tour des travaux sur le logis : la toiture de la partie nouvelle est remaniée, comme l'indique une inscription retrouvée sur la charpente. Ce remaniement pourrait expliquer les différences observées entre les parties de toit des deux ailes de cette partie du logis. La tour d'escalier et ses vitraux pourraient aussi dater de cette époque. L'ancienne dépendance qui prolonge la partie ancienne du logis, au nord-ouest, est reconstruite à l'identique à la fin du 20e siècle. L'aile de dépendances située au nord de la propriété est partiellement reconstruite et remaniée à la même époque, avec notamment l'ouverture de lucarnes au comble.

Description

La propriété est délimitée par un clos de mur interrompu à l'est par un portail et une porte piétonne. Celle-ci présente un encadrement mouluré à arètes, sans doute le remploi d'une ancienne baie. Le logis s'étire au sud-ouest, au fond d'une cour, d'un jardin et d'une allée. Ce corps de bâtiment comprend trois parties : au nord-ouest, une ancienne écurie surmontée d'un grenier, et ouvrant par trois travées dont deux portes au rez-de-chaussée ; au centre la partie la plus ancienne du logis, de même hauteur que l'ancienne écurie, couverte comme elle en tuiles creuses, sur un toit à longs pans ; au sud-est enfin, la partie la plus récente du logis, plus haute car présentant un étage carré, et couverte en ardoises sur un toit à croupe.
La partie la plus ancienne du logis, au centre du bâtiment, possède un étage en surcroît, et ouvre notamment par une porte à linteau en accolade. A droite de cette porte s'ouvre une large baie à linteau en arc segmentaire. Elle surmonte une pierre d'évier qui correspond à l'intérieur à une grande pierre d'évier rectangulaire aussi large que la baie. L'intérieur de cette partie n'est constitué que d'une seule grande pièce, autrefois dallée en pierre. Cette pièce dispose d'une cheminée en pierre à piédroits obliques. Sur la façade arrière de cette partie, on observe deux baies à encadrement chanfreiné, dont un murée.
Au sud-est, la partie la plus récente du logis présente un plan en L. La façade principale, au nord-est, ouvre par trois travées. La porte centrale est surmontée d'une linteau mouluré. Les appuis des baies de l'étage sont saillants et, pour les baies latérales, moulurés. Ces caractéristiques se retrouvent sur la façade sud-est. Elle ne comprend toutefois que deux travées, avec deux portes-fenêtres. Entre les deux baies de l'étage a pris place un oculus. Une corniche couronne ces deux façades. Trois épis de faîtage en zinc ornent les deux ailes du toit. L'angle rentrant du L formé par le bâtiment, au nord-ouest, est occupé par une tour carrée à toit en pavillon se terminant par un épi en zinc. Cette tour abrite une cage d'escalier qu'éclairent deux baies : l'une ronde au rez-de-chaussée, la seconde haute et à arc en plein cintre à l'étage. Ces deux baies sont ornées de vitraux.
Le côté nord-ouest de la cour est occupé par d'anciennes dépendances qui encadrent deux anciens petits logements. Ces derniers sont repérables grâce à deux cheminées dont l'une s'y trouve encore, avec piédroits obliques comme dans la partie ancienne du logis. A l'arrière du bâtiment, au nord-est, on observe d'anciennes ouvertures murées, notamment une travée avec porte et fenêtre à encadrements en bois, et une autre fenêtre avec pierre d'évier.
A l'est de cette aile de dépendances, tout près de la rue, se trouve un puits couvert. Ce puits d'apparence classique, avec margelle carrée en pierre et mécanisme en bois et métal au-dessus, est en fait abrité par un édifice de plan circulaire. A l'opposé de la propriété, à l'ouest du logis, s'étend un parc avec une mare.

Précisions sur le décor

La porte de la partie la plus ancienne du logis présente un linteau en accolade mouluré, au centre duquel s'inscrit un blason muet. Au-dessus figurent des armoiries : le blason, surmonté d'un heaume empanaché, présente trois étoiles en partie haute, séparées par un chevron d'une tête de Maure de profil, les cheveux frisés tenus par un bandeau. Ces armoiries pourraient être celles de René Moreau, sieur de la Touche, propriétaire de la maison dans les années 1660. Elles auraient été conçues par un jeu-de-mots entre le nom du propriétaire et le mot "maure".
Les deux baies de la tour qui abrite l'escalier du logis, sont ornées de vitraux à décors géométriques colorés.

Inscriptions

La date 1661 est inscrite de part et d'autre des armoiries au-dessus de la porte de la partie ancienne du logis.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne 2 H 1/24. 1485, 30 juin : reconnaissance de devoirs par André Foucault envers l'abbesse de Sainte-Croix de Poitiers pour un domaine tenant au chemin du Breuil à Mignaloux et à la terre de l'abbaye.
Archives départementales de la Vienne 2 H 1/24. 1539, 30 juillet : déclaration rendue par Pierre de Péréfixe à l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers pour le domaine qu'il possède à Mignaloux.
Archives départementales de la Vienne 2 H 1/24. 1571, 12 décembre : vente sur saisie du domaine possédé à Mignaloux par Aimery Roiné et Marie de Perefixe son épouse.
Archives départementales de la Vienne 2 H 1/24. 1671 : extrait d'une déclaration rendue par Jean de Vieillechèze à l'abbaye de Sainte-Croix pour la "métairie des Moreaux, allias du Rouil et Perefixe".

● Bibliographie

Petit, Robert, Mignaloux-Beauvoir découvre son histoire. Mignaloux-Beauvoir : Mairie : Loisirs Animation Mignaloux-Beauvoir, 1994. P. 54-56



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