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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Mignaloux-Beauvoir / Beauvoir / 635 route de Beauvoir
Manoir de Beauvoir

photographie du dossier documentaire, voir légende
Le manoir de Beauvoir vu depuis le nord. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / C. Rome, 2008.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

Le manoir de Beauvoir se trouve à l'emplacement de l'ancien domaine de la Boissonnerie, qui comprenait aussi deux métairies : la Croix-Rouge au nord-ouest (emplacement actuel de la grille d'entrée), et le Quéreux au Merle au sud. La Boissonnerie avait probablement été construite à la fin du 15e siècle, en tout cas après la vente de la terre où il se situait par Jean Roy, commandeur de la Villedieu et de Beauvoir, à Jean, Pierre, Mathurin, Jean et Collas Grousseau le 7 octobre 1452. La propriété échoit ensuite à la famille Boisson qui lui donne son nom. Au début du 17e siècle, les Boisson la vendent à François Landais, procureur à la sénéchaussée de Poitiers. En 1655, sa veuve Suzanne Nouvel rend une déclaration au commandeur de la Villedieu pour la Boissonnerie qui consiste alors en "maisons, granges, estables, toits, prés, jardins, chènevières" et en de nombreuses terres. Le domaine passe ensuite à la fille de François Landais, Renée qui en rend déclaration en 1680. En dépend déjà la borderie du Quereux au Merle, consistant en une chambre basse, une étable et des toits. Après cela, la propriété échoit à la soeur de François Landais, Suzanne Landais, épouse de Pierre Guyon, maire de Poitiers, puis de Pierre Milon, conseiller au présidial de Poitiers, également propriétaire du fief de Larnay, à Biard. Leur fils, Pierre-Nicolas Milon, sieur de la Boissonnerie, se marie à Beauvoir avec Marie-Louise Rat le 19 avril 1703. La même année, il vend la Boissonnerie à Vincent Mitault, prêtre curé, recteur de l'église de Sainte-Radegonde de Poitiers. Le domaine passe ensuite à Thibaut Forien, maire de Poitiers et receveur des tailles de l'élection de Poitiers. Saisie peu après pour dettes envers l'abbaye de la Trinité, la Boissonnerie est vendue le 13 avril 1725. Elle consiste alors en un corps de logis composé de deux chambres basses et deux hautes au-dessus. Un cellier fait le lien avec la maison de métayer, située dans la même cour. On remarque aussi une grange, une étable, une mare, un jardin et une chènevière, le tout renfermé de fossés et de buissons. Le domaine comprend aussi la borderie du Quereux au Merle consistant en une chambre basse avec grenier, un toit à côté avec aussi un grenier, une petite grange ou cellier de l'autre côté, un petit toit à cochon, un jardin, une chènevière et des terres.

Si le Quéreux au Merle dépend de la Boissonnerie depuis au moins le 17e siècle, la métairie de la Croix-Rouge s'y rattache plus tardivement. Le 12 mai 1611, elle apparaît pour la première fois dans la vente qu'en font François Marguet et ses beaux-frères Barthélémy Robert et Guillaume Terrien, à René Philipe, procureur au présidial de Poitiers. La métairie consiste alors en une chambre basse avec un petit cellier à côté, un toit ou étable et un enclos. En 1653, c'est Perrette Guerry, veuve de Martial Guignard qui en est propriétaire. Elle a été agrandie puisqu'elle comprend désormais trois chambres basses, une étable, une grange et des jardins. En 1768, elle est toujours distincte de la Boissonnerie puisqu'elle est comprise dans les biens saisis contre Jean-Aymé Morineau. Elle comprend à cette date deux chambres basses allant l'une dans l'autre, avec deux greniers au-dessus, le tout couvert en tuiles creuses, avec à droite de la maison et y touchant trois petits toits à chevaux, à cochons et à brebis, un autre à volailles, une grange à droite encore, joignant à une étable à boeufs, et une petite cour renfermée de vieux murs.

Quant à la Boissonnerie et au Quéreux au Merle, c'est Hilaire Morineau, procureur en la cour conservatoire des privilèges royaux de l'université de Poitiers, et frère de Jean-Aymé Morineau (ci-dessus), qui les achète en 1725. Son fils, Jacques meurt à 18 ans à la Boissonnerie en 1748, puis sa veuve, Marie-Anne Loisillon de Boisjolly, à 80 ans, le 17 février 1773, et enfin son gendre, Gabriel Benouët de la Chillerie, le 5 avril 1774. Les deux premiers sont inhumés dans le cimetière de Beauvoir, le troisième dans l'église. La fille de Gabriel Benouët et de Marguerite Morineau, Marie-Anne se marie le 9 juillet 1776 avec Gabriel-Augustin-Pierre-Hilaire de Savatte de Genouillé, officier d'infanterie, dit le chevalier de Genouillé. Celui-ci s'installe alors à la Boissonnerie, tout comme son père, Louis-Joseph-Charles Savatte de Genouillé qui épouse en 1781 la belle-mère de son fils, Marguerite Morineau veuve Benouët. Gabriel-Pierre-Hilaire de Savatte de Genouillé joue localement un rôle important dans les décennies suivantes : syndic de la paroisse de Beauvoir, c'est chez lui que, le 12 avril 1789, les habitants de Mignaloux et de Beauvoir amènent le chargement de blé dont ils se sont emparés au détriment d'un marchand de grain de passage. Savatte de Genouillé est ensuite maire de Mignaloux-Beauvoir de 1806 à sa mort, survenue à la Boissonnerie le 26 octobre 1830. Sa tombe est la seule aujourd'hui conservée de l'ancien cimetière de Beauvoir.

Après lui, ses biens échoient à son fils. Ils comprennent non seulement la Boissonnerie et le Quéreux au Merle mais aussi désormais la métairie de la Croix-Rouge. En 1840, le cadastre indique une reconstruction à la Boissonnerie qui sera désormais appelée "manoir de Beauvoir". L'ensemble passe en 1850 dans les mains d'Isidore Chevallereau (1794-1878), de Poitiers, également propriétaire du château de Touffou. Il fait démolir le Quéreux au Merle en 1855, selon le cadastre, puis revend le manoir en 1863 à Guillaume de Fautreau (1809-1865), directeur de l'assurance mutuelle de Poitiers. Celui-ci fait démolir la Croix-Rouge en 1864. Seul bâtiment restant, le manoir de Beauvoir, ancienne Boissonnerie, échoit au fils adoptif de Guillaume Fautreau, Arthur Nouveau de La Carte, vicomte de Fautreau qui y demeure. C'est là que naissent deux de ses enfants, en 1867 et 1870.

Le manoir de Beauvoir, ancienne Boissonnerie, est vendu vers 1877 au marquis Ernest de La Corbière. C'est lui qui, en 1878, selon le cadastre, fait démolir le vieux manoir de Beauvoir-la Boissonnerie, et fait construire le logis actuel dans le terrain immédiatement situé à l'est (parcelle 310 du cadastre de 1819). C'est sans doute à cette époque que sont posées les boiseries et les cheminées encore visibles à l'intérieur. Le marquis de La Corbière est maire de Mignaloux-Beauvoir de 1888 à sa mort, à 81 ans, en 1897. Charles-Théodore Allenet, lieutenant-colonel d'infanterie, achète alors le manoir de Beauvoir pour y habiter. En 1904, il fait construire une maison de gardien, comme l'indique la date encore gravée sur ce bâtiment.

Sa veuve vend la propriété en 1915 à Maurice Gilbert, marchand de café à Poitiers, fondateur des "cafés Gilbert". Habitant dans son hôtel particulier situé boulevard du Grand-Cerf puis 15 rue de Blossac (actuel tribunal administratif), il passe son temps libre au manoir de Beauvoir, sa maison de campagne. Lorsqu'il en fait l'acquisition, la propriété comprend le nouveau manoir construit en 1878, une ferme ancienne, peut-être les restes de l'ancienne Boissonnerie, et de nombreuses terres. En 1916, il fait clore son domaine et achète à la commune le chemin qui passait à l'ouest, au pied de l'ancienne Boissonnerie (l'actuel chemin situé entre la serre et le bâtiment hôtelier contemporain). En 1922, il fait construire la serre et buanderie. Entre 1929 et 1935, il confie aux architectes Maurice Martineau et André Ursault d'importants travaux qui donnent au manoir son aspect actuel. A la même époque, Ursault travaille pour M. Gilbert sur son hôtel particulier, rue de Blossac. Le toit du manoir est alors remanié, de petites lucarnes y sont percées, et un escalier central est aménagé à l'intérieur. Une aile en retour d'équerre qu'Ursault avait imaginée au sud, n'est toutefois pas réalisée. Surtout une loggia est accolée à la façade est du manoir. Un bassin ou piscine est creusé dans l'axe du manoir, vers l'est, devant la loggia. Tout autour, un jardin est aménagé par l'architecte de jardins Vuaud-Bruant. Fermé par une haie d'ifs, le jardin comprend plusieurs parterres disposés symétriquement, à la française. Dans le prolongement est du bassin, la perspective est marquée par une statue du sculpteur Georges Chauvel, représentant "l'Aube" sonnant le réveil dans un olifant. Une autre statue de Chauvel orne la loggia. Agrandi, l'immense parc est agrémenté de nouvelles plantations de cèdres du Liban et de chênes d'Amérique. Un kiosque ou maison de chasse est construit au nord du manoir, sur les plans d'Ursault. En 1929, Maurice Gilbert fait édifier une chapelle au sud de la propriété, en remerciement pour la naissance de son premier petit-fils, Claude. Pendant la Seconde guerre mondiale, la famille Gilbert se réfugie dans sa propriété de Beauvoir. Maurice Gilbert y meurt le 12 septembre 1944, à 80 ans. Son épouse y vit jusqu'à sa mort en 1958.

L'activité agricole de la propriété cesse à cette époque-là. A partir de 1995, le manoir de Beauvoir et son parc sont transformés en un hôtel-restaurant et un golf. Les travaux sont confiés à l'architecte Serge Caillaud. Un bâtiment hôtelier est construit à l'ouest du manoir, et un autre au sud de la grange.

Description

Le domaine de Beauvoir est constitué d'un manoir et de plusieurs bâtiments annexes (logement de gardien, dépendances, chapelle, kiosque). Ils sont entourés par un parc de 90 hectares dont une partie est occupée par un golf. Des chênes d'Amérique agrémentent ce parc, en plus du grand cèdre situé juste au nord-ouest du manoir. L'entrée principale du domaine s'effectue au nord-ouest par un portail à quatre piliers maçonnés séparés par un muret et une grille. L'allée qui en part aboutit au manoir, situé à l'est. Les différentes façades de ce bâtiment rendent lisible la division intérieure en niveaux, du sous-sol au comble. Ces niveaux sont distingués par des bandeaux et, au sommet des façades, par une corniche moulurée. Le bandeau entre le rez-de-chaussée et l'étage est également mouluré. Au-dessus, le toit à croupe est couvert en ardoise, avec des épis de faîtage en zinc. Les façades sont enduites, à l'exception du sous-sol, par ailleurs traité en pierre de taille. La façade nord, façade principale, compte cinq travées. Les quatre travées latérales se terminent chacune par des lucarnes. La travée centrale forme une légère avancée. Elle comprend la porte centrale, accessible par un perron. Le premier niveau de cette travée, autour de la porte, est traité en pierre de taille. A l'étage, une porte fenêtre ouvre sur un balcon qui comprend aussi les baies des deux travées de chaque côté. Enfin, la travée centrale s'achève par une grande lucarne. Les baies du rez-de-chaussée sont à arc en plein cintre. Elles sont reliées entre elles et à la porte par un bandeau qui passe au niveau de la base de l'arc. Les baies de l'étage sont rectangulaires.
La corniche et les bandeaux de la façade nord continuent sur la façade est. Celle-ci est marquée par une loggia construite en pierre de Chauvigny. Elle supporte une terrasse sur laquelle donnent trois portes-fenêtres. Au-dessous, deux portes à arc en plein cintre ouvrent sur la terrasse abritée par la loggia. De cette terrasse, un perron descend vers un bassin rectangulaire se terminant à l'est en demi cercle. Ce bassin fait 35 mètres de long sur 15 de large. La partie apparente du bassin est en pierre de Chauvigny, la cuve en béton armé. La façade sud du manoir devait ouvrir à l'origine par cinq travées, avec la même répartition de portes et de fenêtres que pour la façade nord. Un petit bâtiment est désormais accolé à cette façade, masquant le rez-de-chaussée et l'étage des deux travées de gauche. Restent la travée autrefois centrale, avec son perron, sa porte et sa lucarne, et les deux autres travées latérales, à droite. Le toit du petit bâtiment accolé est brisé. Il est interrompu côté ouest par une lucarne et côté sud par une grande lucarne à deux fenêtres. Sa façade sud ouvre par deux baies à arc en plein cintre, et sa façade ouest par une seule baie du même type. La façade ouest du corps principal du manoir ouvre quant à elle par trois travées.
L'intérieur, double en profondeur, est occupé au rez-de-chaussée par l'accueil de l'hôtel et par quatre salles de restaurant et de réception. Dans deux salles, on observe encore une cheminée. Une troisième salle présente quant à elle un grand poêle en faïence blanche. A l'étage et au comble se trouvent des chambres. On y accède par un escalier central tournant à jour, avec rampe en ferronnerie. Le sous-sol comprend notamment, côté nord, trois caves voûtées parallèles.
A l'ouest du manoir se situe un bâtiment hôtelier moderne. Entre les deux, au sud-ouest du manoir, se trouvent d'anciennes écuries. Couvert en ardoise, ce bâtiment en longueur se termine à l'est par une partie plus élevée perpendiculaire au reste de la construction. Malgré les récents remaniements, on distingue les baies et leurs encadrements alliant la brique et la pierre.
Au sud des écuries s'élève l'ancien logement de gardien. Ce petit édifice de plan carré se prolonge vers le nord par une aile plus basse, actuellement occupée par des bureaux. Le logement, à un étage carré, ouvre sur ses trois autres côtés par une travée. La façade ouest, où se trouve la porte, est en partie couverte en pignon. Les encadrements des baies de l'étage ainsi que les chaînages d'angle sont saillants.
Au sud-ouest des écuries et du logement de gardien, se trouve une ancienne grange prolongée vers l'ouest par un hangar. Les deux sont couverts en ardoise. Le comble de la grange est accessible par un escalier extérieur latéral. Ses marches, en pierre de taille, sont moulurées. Le hangar est constitué d'une armature et d'une charpente métalliques. A la limite ouest du domaine, derrière le bâtiment hôtelier contemporain, se trouve un petit bâtiment de plan carré et à façade en pignon. Ses chaînes d'angle et les encadrements de ses baies alternent la brique et la pierre. Au-dessus de la porte, un oculus éclaire le comble. Son pourtour est mouluré, de même que la partie haute de l'encadrement de la porte. Une serre est accolée à ce petit bâtiment. Son toit en terrasse, accessible par un escalier extérieur en métal, constitue un solarium.
Au sud-est de cet ensemble de bâtiments, s'élève une chapelle. Couverte d'un toit à longs pans et à tuiles plates, elle ne comprend qu'une petite nef qui se termine par un chevet à cinq pans. Les murs, en moellons, sont enduits, sauf le solin, en pierre de taille. Un mur clocher s'élève au-dessus de la porte, au nord-est. La porte est abritée sous un petit toit en accolade supporté par deux piliers engagés à trois pans chacun. Au-dessus se trouve un oculus. Les murs latéraux de la chapelle ainsi que le chevet sont éclairés par trois baies à linteau en accolade. A l'intérieur, la charpente est apparente. Le sol est constitué de dalles de pierre, sauf le choeur, en béton et surélevé. La corniche et les encadrements des baies sont peints en bleu, tandis que les murs sont de couleur ocre.
Au nord du domaine, isolé dans un bosquet, se trouve un kiosque ou maison de chasse. Son style architectural rappelle celui d'un chalet ou d'une maison de poupée. Ce petit édifice comprend deux éléments : au nord une partie à trois pans coupés et percés d'une succession de petites baies à encadrement en bois ; au sud un auvent en bois. Les deux parties sont séparées par un mur pignon à pans de bois. Couvrant le tout, le toit présente un égout libre et une demi-croupe dont le débordement forme le auvent. Il s'abaisse sur les côtés et à l'arrière en épousant les trois pans de la partie nord. De chaque côté du auvent, le toit est interrompu par une lucarne en arc segmentaire. A l'intérieur, la charpente est apparente.

Précisions sur le décor

Presque tous les édifices qui composent le domaine de Beauvoir présentent un décor, à commencer par le manoir. Sur sa façade principale, au nord, la porte d'entrée est surmontée par un arc en plein-cintre mouluré. Le linteau de la porte-fenêtre centrale de l'étage est également mouluré. Au-dessus, au comble, la lucarne présente un encadrement et une clé moulurés, et un fronton triangulaire surmonté d'un pot à feu. Elle est encadrée par des ailerons à volutes et par deux ailes ornées d'arcatures en bas-relief et de pots à feu.
Sur la façade est, la loggia est supportée par douze colonnes doriques. Son plafond est à caissons. Au-dessous, quatre paires de pilastres scandent le mur du bâtiment et encadrent les deux portes en plein-cintre. La partie haute du mur porte un décor en béton fait de motifs végétaux et animaux tracés en creux. Ces motifs sont peints en jaune sur fond rouge. On reconnaît des renards, des antilopes et des échassiers qui prennent place dans un paysage de montagnes, d'eau et de rinceaux végétaux. Sur cette même façade est, à l'étage, au-dessus de la loggia, deux pilastres entourent la porte-fenêtre centrale. Ils supportent un fronton en arc segmentaire mouluré dont la base, interrompue, correspond à la corniche du mur. Le tympan de ce fronton est occupé par un bas-relief représentant un médaillon encadré par deux cornes d'abondance. Sur la façade sud du manoir, la grande lucarne à deux fenêtres est surmontée par un fronton à arc segmentaire. Il est orné d'un bas-relief représentant deux pigeons picorant dans un vase. Au-dessous, les deux fenêtres sont séparées par une colonne engagée.
A l'intérieur du manoir, les salles du rez-de-chaussée ont gardé leurs boiseries du 19e siècle. Elles ont conservé leur état d'origine, c'est-à-dire en bois nu, dans deux salles : la salle de restaurant, au sud-est, et l'ancienne bibliothèque, au nord-ouest. Leur décor, très sobre, est de style néo-Louis XV. Il est ponctué de temps à autres par des rinceaux et des motifs végétaux, surtout autour des miroirs des trumeaux des deux cheminées. Les manteaux de celles-ci, en accolade, sont chacun ornés d'une coquille.
Ce soin apporté au décor se retrouve dans la plupart des dépendances. Sur les anciennes écuries, la brique, déjà employée en alternance avec la pierre pour les encadrements, est aussi utilisée comme bandeau reliant les baies du rez-de-chaussée, et comme bandeau de niveau de la partie la plus élevée du bâtiment. Quant au logement de gardien, il porte entre le rez-de-chaussée et l'étage un bandeau de niveau en arc segmentaire. A l'angle sud-ouest, on observe une console moulurée se terminant par une boule. Elle a dû porter une statue, abritée sous un dais également mouluré et surmonté d'une boule. La console est ornée d'un blason portant un chevron et trois petits disques sur fond de rayures.
En dehors des objets qui l'ornent, la chapelle est décorée extérieurement d'une mosaïque. Inscrite dans le tympan en accolade de la porte, elle représente la Vierge Marie auréolée, les bras ouverts, portant une tunique blanche sous un manteau bleu. Les traits de son visage sont juste ébauchés. Le personnage se détache sur un fond doré. Sur les deux côtés de la chapelle, quatre stations d'un chemin de croix en pierre, sans doute remployées, ont été incrustées dans le mur. Chaque scène, sculptée en demi-relief, s'inscrit dans un cadre néo-gothique en accolade orné de chardons et de pampres. Ces quatre stations représentent Jésus chez Hérode, Jésus condamné à mort par Pilate, une des trois chutes de Jésus, et Simon de Cyrène aidant Jésus à porter la croix.
Enfin le kiosque ou maison de chasse situé au nord du manoir, est orné, au-dessus de la porte au sud, d'une fausse mosaïque en béton. Elle représente le combat entre Thésée et le Minotaure. Les deux personnages sont traités sur un fond turquoise.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne 2 H 2/44. 1611, 12 mai : vente de la métairie de la Croix rouge par François Marguet et autres à René Philippe.
Archives départementales de la Vienne 2 H 2/44. 1703-1729 : procédure entre l'abbaye de la Trinité de Poitiers et les propriétaires de la Boissonnerie au sujet du paiement de terrages.
Archives départementales de la Vienne 3 E/3. 1768, 20 juin : mise en adjudication des biens de Jean-Aymé Morineau.
Archives départementales de la Vienne 3 H 1/933. 1653, 22 avril : déclaration rendue par Perrette Guerry, veuve de Martial Guignard, au commandeur de Beauvoir pour la métairie de la Croix rouge.
Archives départementales de la Vienne 3 H 1/933. 1654, 12 avril, 1680, 4 mai et 1744, 30 juillet : déclarations rendues par les propriétaires de la Boissonnerie au commandeur de Beauvoir.
Archives départementales de la Vienne 4 J 146. 1925 : devis descriptif et plans des travaux conçus au manoir de Beauvoir par l'architecte Martineau.

● Bibliographie

Juchault, Pierre, Simmat, Gérard. Le pays de Poitiers. Joué-lès-Tours : Alan Sutton, 1999. P. 767
Petit, Robert, Mignaloux-Beauvoir découvre son histoire. Mignaloux-Beauvoir : Mairie : Loisirs Animation Mignaloux-Beauvoir, 1994. P. 40-43 et 125-127

● Annexe 1 :

Extrait de "Une piscine et son jardin". La Vie à la campagne, 1933, vol. 82, p. 45 et 48 :
"Logia et Piscine : Sur ce plateau de Beauvoir, l'eau est l'élément rare. M. Gilbert eut l'idée de remplacer un petit étang sans caractère par une piscine, afin d'avoir une note vive, d'eau toujours claire, et de permettre à ses enfants et petits-enfants la pratique du sport le plus sain et le plus complet au point de vue de l'organisme humain. La nappe souterraine est à 40 mètres, et le premier travail fut de créer un puits, destiné à l'alimentation de cette piscine. Les terres excavées servirent à combler l'ancien étang : M. Ursault, architecte DPLG, réalisa sur la façade sud-est du château une superbe loggia et une piscine de 35 mètres de longueur sur 15 m. De la loggia, l'accès est direct dans les salles de réception par deux grandes portes-fenêtres. Entre ces deux ouvertures et dans une niche se trouve une statue de Chauvel : la Femme au collier. La toiture forme terrasse sur laquelle ont accès les chambres du premier étage. Cette construction et toutes les parties apparentes de la piscine sont en pierre de Chauvigny gros grain ; les colonnes monolithes sont de toute beauté. On descend dans la piscine par un escalier sur toute sa largeur. Le terrain argilo-calcaire, de résistance et de nature variables, a nécessité la construction d'une cuve en béton armé particulièrement résistante ; le radier est très fortement armé et les côtés de section trapézoïdale. Une rampe de soutient à 10 cm au-dessus du trop-plein sert en même temps à l'alimentation de la piscine. Autour, une grille sobre, peu apparente, a été imposée par la présence de jeunes enfants. Le renouvellement de l'eau est assuré par l'écoulement des toitures et le puits ; l'évacuation et la vidange par une vanne entièrement dissimulée.
Le jardin : Il fallait créer autour de cette architecture une liaison avec la nature environnante. M. Gilbert fit appel à notre service d'architecture de parcs et jardins. Le problème était le suivant : assurer autour de la piscine un enclos artistique, intime, sans masquer les vues, particulièrement de la loggia, sur une vaste prairie toujours verte et de jolis lointains ; modifier la plastique du terrain afin de corriger une dénivellation importante à l'extrémité de la piscine, sans cependant entraîner de trop gros apports de terre. Le plan axonométrique ci-contre vous montre notre conception. La recherche de l'équilibre des déblais et des remblais a été notre directive dans l'étude plastique du terrain. A droite, à gauche et à l'extrémité de la piscine, remblai jusqu'à son niveau supérieur pour l'appuyer et éviter l'effet désagréable d'une construction hors sol et d'un plan d'eau qui semblait monter. Récupération de terre par un délai général de toute la surface restante et création de deux jardins creux. Au fond du jardin, pour donner une impression de clôture naturelle en amphithéâtre, le terrain remonte légèrement. A l'extrémité de la piscine se trouve un solarium de sable fin sur forme en béton, afin d'éviter tout mélange avec le sous-sol et faciliter son renouvellement. Dans l'axe longitudinal, un grand tapis vert au dessin nettement accusé par deux alignements d'ifs taillés, prolonge la piscine. Au fond, sur la partie surélevée, une grande statue de Chauvel, « l'Aube », sonne le réveil dans un olifant. Dans l'axe transversal, deux jardins creux symétriques à fond de broderie de buis et cailloux de couleurs, éléments décoratifs de toutes saisons, la propriété étant quelquefois habitée l'hiver. Devant les deux décrochements demi-circulaires, des boules lumineuses éclairent le jardin, la nuit, la piscine étant éclairée par la loggia. La décoration florale est faite uniquement en rosiers et, dans les deux plates-bandes du fond en quart de cercle, par des plantes vivaces renforcées de dahlias et arbustes sur tiges. Les rosiers sous les formes pleureurs et basses tiges ; ces derniers en quatre variétés seulement, afin d'avoir des effets de masses, de tapis, une roseraie de collection devant d'ailleurs être créée ultérieurement (...). A droite et à gauche de la piscine, des tapis verts et des alignements d'arbustes taillés et de rosiers pleureurs soulignent la composition. Le jardin est entièrement fermé par une haie d'ifs, les trois décrochements demi-circulaires en charmille faisant opposition de couleurs, particulièrement en automne. Derrière chacun des latéraux, une masse architecturale de tilleuls taillés. Toutes les constructions : escaliers, opus, etc., sont exécutés avec les mêmes matériaux que ceux de la piscine et de la loggia. L'ensemble a été conçu dans un esprit classique en harmonie avec l'architecture existante retouchée d'une légère note contemporaine.
Viaud-Burant, architecte de jardins".

● Annexe 2 :

Devis descriptif des travaux effectués au manoir de Beauvoir par l'architecte Martineau, et annexé aux plans des 19 août et 10 octobre 1925, Archives départementales de la Vienne 4 J 146 :
"Maçonnerie de 2 pilastres, 2 colonnes, 2 contre-pilastres en Chauvigny marbrier, posé au mortier de ciment.
Maçonnerie en pierre de Lavoux pour les cordons et appuis de fenêtres, entablement, acrotères et vases décoratifs, tablettes des pilastres càd toutes les parties formant saillie ou soumises directement aux intempéries.
Maçonnerie en pierre de Lavoux pour les piles du fumoir et du jardin d'hiver, et pilastres de la balustrade du jardin d'hiver
Maçonnerie en pierre de Château-Gaillard pour les chaînes, jambages et linteaux et cordon plat sous entablement de l'étage au-dessus de la loggia et du jardin d'hiver, ainsi que pour les niches à l'étage.
Parois du jardin d'hiver revêtues de stuc peint avec joints d'appareil.
Les dalles de verre extra bleu Saint-Gobain pour éclairer la salle de billard seront posées en un quadrillage de béton armé à feuillure sur bain de ciment complété par un calfeutrement à l'Elasticum.
La loggia, le jardin d'hiver, le porche, le palier du perron neuf, toilettes, l'étage, auront sur la dalle de béton armé un revêtement de mosaïque de grès cérame avec pentes pour le lavage et plinthes à gorge de 0,15 de hauteur sur les parois. Ces mosaïques seront à dessin très simple avec [.] et encadrements.
Le linteau de béton armé apparent de la loggia sera enduit au cimental Broutin pour les extérieurs, et ravalé au chemin de fer.
Le plafond sous la loggia et le mur de fond seront enduit après repiquage d'un enduit de cimental ou de stuc avec façons de joints d'appareils. Les parties de pierres anciennes conservées et ravalées.
Perron : défaire les balustrades en pierre et remplacement par des jardinières en Lavoux à grain, posées au ciment".



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