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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Présentation de la Communauté d'Agglomération de Poitiers

photographie du dossier documentaire, voir légende
La vallée du Clain à Chasseneuil-du-Poitou. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / R. Jean, 2007.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2009.

Historique

Les premières traces d'occupation humaine (figure 2) connues datent de la dernière glaciation et correspondent à la période moustérienne, au Paléolithique moyen (plus de 100 000 avant J.-C.). Elles se trouvent principalement dans les coteaux bordant les vallées de la Boivre et du Clain. Les restes d'un campement occupé par un groupe de Néandertaliens, daté entre 60 000 et 55 000 avant J.-C., ont été mis au jour sur les bords du Clain, à la Folie, en limite des communes de Poitiers et Migné-Auxances. Ce site est révélateur de l'attrait des vallées pour ces hommes du Paléolithique qui chassaient les troupeaux en suivant les axes naturels. Un autre site, fouillé à l'Essart, en limite des communes de Poitiers et Migné-Auxances, a livré une vaste zone d'occupation datée du Mésolithique final (5 500-5 000 avant J.-C.) sous forme d'une cinquantaine de foyers établis sur un îlot du Clain.

Au Néolithique, les sites d'éperon apparaissent déjà comme des emplacements privilégiés pour les populations protohistoriques. Ainsi l'extrémité du plateau de Béruges, entaillé par un méandre de la Boivre, offre un site défensif naturel, occupé dès le Néolithique final. Les hommes du Néolithique colonisent toujours intensément les rives du Clain (les sites de la Folie et l'Essart sont à nouveau occupés au Néolithique récent et final) mais aussi les plateaux où l'agriculture fait son apparition. De nombreux outils, haches polies, pointes de flèches sont signalés ici ou là. L'enceinte du Temps-Perdu, à Migné-Auxances, a été établie sur le sommet d'un plateau dominant l'Auxance au Néolithique moyen. Une petite nécropole du Néolithique final a été découverte dans la plaine de Buxerolles, au Pas-de-Saint-Jacques.

Les traces d'installations datant de l'Âge du Bronze sont plus nombreuses. Les restes d'un bâtiment ovale sur poteaux de bois ont été mis au jour sur le même site du Pas-de-Saint-Jacques. L'éperon de Béruges est alors toujours occupé. Pour l'Âge du Fer, de nombreuses découvertes autour de Poitiers forment un ensemble remarquable de mobilier céramique utilisé au début de la période (entre 550 et 450 avant J.-C.). À la fin de celle-ci, un petit établissement rural s'est installé au Pas-de-Saint-Jacques, annonçant les grands domaines agricoles qui se développent à la fin de la Tène (second Âge du Fer). L'un d'eux a été partiellement fouillé aux Rochereaux, à Migné-Auxances où un atelier métallurgique bronzier aménagé dans une large fosse a livré un grand nombre de monnaies datées entre 130 et 100 avant J.-C. Le réseau de voies antiques partant de Poitiers vers Tours, Bourges, Bordeaux et Nantes est établi dès la période gauloise. Il va de pair avec l'édification de remparts protégeant les sites fortifiés ou oppida, comme celui de Béruges.

Poitiers, appelée Lemonum ou Limonum, succédant sans doute à un oppidum gaulois, est élevée au rang de cité sous la domination romaine. Le réseau routier existant est alors réaménagé pour desservir les cités voisines. Trois grands aqueducs sont construits pour alimenter la cité en eau. L'époque romaine se caractérise aussi par l'intensification de l'exploitation des ressources, en particulier agricoles. L'environnement proche de Poitiers connaît un important développement de l'habitat. Les notables implantent des domaines ruraux, les villae, dont certaines seront à l'origine des bourgs. Ainsi, l'une d'elles se trouvait à l'emplacement actuel de la mairie et de l'église de Saint-Benoît. Une autre est établie au 4e siècle en bordure de la Boivre sur le site du futur bourg médiéval de Vouneuil-sous-Biard. Dans la même commune, les fouilles de la villa des Cassons ont révélé un important ensemble de bâtiments (figure 3).

Le début du 5e siècle est marqué par la fin de la présence romaine et par l'arrivée des Wisigoths. Ils prennent le contrôle de la région avant d'être chassés en 507 à la suite de la bataille entre leur roi, Alaric II et Clovis, roi des Francs, dans la plaine de Vouillé. Le Poitou rejoint alors le royaume franc et y reste jusqu'à la fin du 7e siècle, avant d'être rattaché à l'Aquitaine placée sous la domination de Pépin le Bref. Son fils Charlemagne séjournait parfois dans son palais de Chasseneuil, sur une hauteur en bordure du Clain, où naquit l'empereur Louis le Pieux en 778. Grâce à l'influence qu'Hilaire, premier évêque de Poitiers attesté aux alentours de 350, avait eue dans la région, le christianisme se développe peu à peu. À Saint-Benoît, un monastère est fondé au milieu du 7e siècle, et à Vouneuil, une église mérovingienne est bâtie sur l'emplacement de l'ancienne villa située sur les bords de la Boivre.

A partir du Haut Moyen Âge, les paroisses se mettent progressivement en place et des cimetières se constituent peu à peu autour de certaines églises (figures 4 et 5). Aux 10e et 11e siècles, la féodalité déploie son système complexe de dépendances, et les alliances entre seigneurs s'élaborent autour de leurs possessions. À la fin du 11e ou au début du 12e siècle apparaissent les premiers ouvrages défensifs en pierre comme les donjons de Béruges et d'Auxances, érigés sur ordre de la puissante famille des Lusignan, et la tour de Guyenne ou tour de Ganne, à Béruges. Au même moment, l'Église affirme son pouvoir face aux petits seigneurs. Au 11e siècle, la cure de Vouneuil-sous-Biard, donnée à l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers par le comte de Poitou Guillaume Fier-à-Bras, devient un prieuré. L'attribution du duché d'Aquitaine, comprenant le Poitou, à Aliénor puis à son fils Richard en 1172, entraîne de nouvelles donations. Au 12e siècle, l'abbaye de Montierneuf de Poitiers établit des prieurés à Béruges et à Migné, et l'abbaye de Saint-Benoît est reconstruite. Les cisterciens s'implantent au Pin, à Béruges, et les chanoines de Saint-Augustin à Fontaine-le-Comte. Enfin les Templiers élèvent des commanderies à l'Épine (Béruges), à Chasseneuil et à Beauvoir (Mignaloux-Beauvoir). Ces communautés religieuses rurales reçoivent des terres en dotations, entreprennent des défrichements et installent des exploitations agricoles. Autour d'elles, les bourgs et les paroisses s'organisent sous leur dépendance ou celle des établissements religieux de Poitiers qui, tous, possèdent des métairies pour assurer leur subsistance. Ainsi, l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers en exploite plusieurs à Mignaloux-Beauvoir et à Buxerolles.

Le traité de Paris, en 1259, décide du retour du Poitou dans le royaume de France. À la fin du 13e siècle, la phase de défrichement s'interrompt, mais le commerce et l'artisanat se développent et de nombreux moulins sont alors en activité. Le maire de Poitiers contrôle la châtellenie, assisté de représentants des paroisses, et les grandes familles féodales disparaissent. Mais aux 14e et 15e siècles, une période de troubles s'installe avec la guerre de Cent Ans. Conjugués aux épidémies et à la famine, ils appauvrissent la campagne où la culture du blé et de la vigne régresse. L'Église, principal propriétaire foncier, en subit les conséquences. Dans Poitiers, qui est à l'abri de ses murailles, la bourgeoisie prend plus de place dans la vie administrative de la cité, avec le soutien du prince Jean de Berry.

La paix revenue, ces bourgeois acquièrent des fiefs et des terres aux alentours, souvent en les prenant à rente auprès des abbayes poitevines qui relancent leur politique de défrichement. De nouveaux domaines se constituent ainsi dans la seconde moitié du 15e siècle et dans la première moitié du 16e. Ils prennent souvent le nom du fondateur, voire celui de sa profession. C'est le cas par exemple de la Moudurerie, à Mignaloux-Beauvoir, de la ferme de la Menuiserie, à Vouneuil-sous-Biard, ou du logis de la Pingauderie, à Biard (figure 6). Cette phase de reconstruction est interrompue par les guerres de Religion. Poitiers assiégée, ses alentours subissent le cantonnement des troupes. C'est ce qu'illustre la vue du siège de Poitiers par l'amiral de Coligny en 1569, peint par François Nautré en 1619 : on y voit des lanciers regroupés autour de Biard (figure 7). Certains domaines autrefois isolés conservent les traces d'éléments défensifs comme des tours rondes, parfois transformées ensuite en pigeonniers, et des meurtrières : ainsi à la Chaboterie de Mignaloux-Beauvoir, au Grand-Charassé de Montamisé, au logis de la Barre, à Buxerolles (figure 8), et à Migné-Auxances, l'entrée du logis de Malaguet.

Aux 17e et 18e siècles, les guerres passées, magistrats, bourgeois ou négociants poitevins achètent à nouveau des métairies à proximité de la ville pour enraciner dans la terre leur réussite sociale et économique (figure 9). Jacques Charlet, originaire de Bretagne et trésorier de France à Poitiers, acquiert des terres vers 1600 au sud de Buxerolles, y construit un logis et lui donne son nom : la Charletterie. En 1652, René de La Fontaine, maire de Poitiers et seigneur de l'Épinay, est propriétaire de la Raudière, à Béruges. À Croutelle, ce sont les frères Thoreau, Simon-René et Charles, ecclésiastiques de leur état, qui font reconstruire en 1693 le manoir du Palais, acheté peu auparavant à Mourault de la Vacherie, conseiller d'État. Ces domaines servent de maisons de villégiature à leurs propriétaires et, à travers les métairies qui en dépendent, sont à la base de l'exploitation des terres. Bien qu'affaiblies par les guerres, les anciennes abbayes poitevines conservent un rôle seigneurial et économique majeur. À Béruges, l'abbaye du Pin connaît un renouveau au 17e siècle, et les abbayes Sainte-Croix et de la Trinité continuent jusqu'à la Révolution à tirer profit de leurs vastes possessions à Buxerolles et à Mignaloux-Beauvoir. L'aura spirituelle de ces établissements est ravivée par la Contre-Réforme catholique dont témoignent les stalles ou retables encore visibles à Fontaine-le-Comte et à Saint-Benoît. Par ailleurs, des pèlerinages remontant au Moyen Âge, mi-religieux, mi-profanes, sont ranimés, par exemple celui en l'honneur de sainte Quitterie ou Quitère, fin mai à Montamisé, et qui est l'occasion d'une foire, ou encore celui mené à la chapelle d'Ensoulesse, même paroisse, et qui perdure jusqu'au milieu du 20e siècle.

Encadrée par les grands propriétaires et les abbayes, l'activité économique se concentre sur l'agriculture. La polyculture et la viticulture se partagent l'espace cultivé : la première domine au sud, la seconde au nord. De nombreux moulins s'égrènent par ailleurs sur les cours d'eau. L'artisanat demeure de portée locale. À Croutelle toutefois, des ateliers de tourneurs sur bois produisent entre le 15e et le 18e siècle des objets appelés « finesses » - fuseaux, boîtes et étuis, candélabres, hautbois et cornemuses - très prisés. Le commerce emprunte les principaux axes terrestres, notamment la route royale de Paris à Bordeaux, le long de laquelle des relais de poste étaient implantés au 18e siècle à Croutelle et à Grand-Pont (Chasseneuil). À la même époque, le franchissement des cours d'eau par ces itinéraires est amélioré grâce à la reconstruction de ponts, celui de Grand-Pont en 1790 et celui de Croutelle entre 1788 et 1791.

Au moment de la Révolution, la saisie et la vente des biens nationaux modifient peu la structure foncière et sociale des nouvelles communes, du fait que la plupart des domaines appartenaient à des roturiers. À part les biens relevant des abbayes et de quelques nobles, les métairies ne changent donc pas de propriétaire et les familles qui dominaient la vie sociale et économique conservent leur rôle tout au long du 19e siècle : ainsi en est-il des Taveau de Morthemer à Montamisé, des Morineau et des Savatte de Genouillé à Mignaloux-Beauvoir, des La Rochebrochard à Vouneuil-sous-Biard, etc. D'autres cependant profitent des mutations foncières pour acquérir des biens et afficher ainsi leur réussite sociale et économique, tout en cumulant les charges administratives (maires, percepteurs, notaires...). De nouveaux noms font alors leur apparition parmi l'élite locale : les Hélion à Chasseneuil, Doré à Mignaloux-Beauvoir, etc. Ces notables font souvent édifier de nouveaux logis ou reconstruire les anciennes propriétés familiales pour se doter de demeures au goût du jour, dans le style gothique ou Renaissance : à Vouneuil-sous-Biard, les nouveaux châteaux de Beauvoir et de Boivre sont bâtis dans les années 1850-1860 ; à Saint-Benoît, la demeure de l'Ermitage est reconstruite entre 1866 et 1881 ; à Montamisé, le château de Sarzec est édifié en 1882 à côté de l'ancienne bâtisse, à la même date que le château des Ecluzettes, à Chasseneuil ; le château de Béruges est agrandi à la même période.

Le maintien de cette structure foncière contribue à retarder le développement des communes. À l'ombre de la ville, leur vie économique et sociale ne change guère pendant la première moitié du 19e siècle. Bien que la petite propriété et le métayage se développent, l'agriculture évolue peu et la plupart des cultivateurs restent des journaliers. Leurs habitations restent modestes, avec une ou deux pièces surmontées d'un grenier. Les échanges se pratiquent essentiellement durant les foires locales. Certains grands propriétaires, réunis en comices agricoles à partir de 1831, modernisent toutefois leurs exploitations. Le duc des Cars par exemple, propriétaire de la Roche-de-Bran, à Montamisé, féru d'agronomie, crée un élevage de chevaux, plante de nouvelles essences d'arbres, défriche les terres de ses vieilles métairies, équipe le domaine des premières machines à battre les céréales (figure 10). À Mignaloux-Beauvoir, Georges Bruant, horticulteur à Poitiers, achète en 1880 le domaine du Colombier et y installe ses pépinières, sur soixante-dix hectares. Vers 1900, Pierre Roederer fait construire des haras sur sa propriété du Deffend, à Mignaloux-Beauvoir (figure 11). Plusieurs propriétaires introduisent l'amendement des terres par le chaulage. Ainsi apparaissent des fours à chaux, bâtis auprès des coteaux d'où est extraite la pierre calcaire pour les alimenter, comme à Bonnillet (Chasseneuil), Montamisé, Croutelle, Biard et Béruges. Quant à la viticulture, qui occupe une superficie très importante dans la partie nord du territoire, elle est presque anéantie par le phylloxéra à partir de 1878, mais une partie du vignoble est replantée par la suite. La meunerie connaît également une évolution avec l'installation de roues plus performantes et de mécanismes modernes. Les anciens moulins sont transformés en minoteries, par exemple celui d'Anguitard à Chasseneuil, mais aussi en usines textiles (filature de laine au Pin, à Béruges, créée en 1821), en fabriques de papier (à Saint-Benoît jusqu'en 1869) ou encore de carton (à Croutelle en 1858, au moulin du Pré à Migné-Auxances en 1862). Certains sont reconvertis en scierie, comme le moulin de Salvert à Migné-Auxances vers 1880, ou en usine hydroélectrique, tel celui de Lessart à Buxerolles en 1898. D'autres entreprises importantes se créent comme la filature de coton de Biard fondée en 1828 par le banquier François Laurence-Surin.

Ces transformations économiques s'accompagnent dans la seconde moitié du 19e siècle d'une phase de croissance démographique importante. Buxerolles, par exemple, passe de 305 habitants en 1821 à 885 en 1901, et Saint-Benoît de 428 à 1137. Cela se traduit par la multiplication des constructions. Les bâtisses antérieures à la Révolution, dont il ne reste aujourd'hui que de rares vestiges, font place aux nouvelles maisons en rez-de-chaussée ou à un étage, couvertes de tuile et, de plus en plus, d'ardoise. Les bourgs et les hameaux s'agrandissent autour du noyau ancien (figure 12). Parfois même, le vieux bourg est supplanté par un nouveau, comme à Vouneuil-sous-Biard. La ville de Poitiers commence même à empiéter hors de son territoire, sur celui des communes les plus proches : à Buxerolles, les terres agricoles reculent face aux constructions qui se multiplient le long de la rue de la Vincenderie en commençant à transférer vers le sud de la commune l'essentiel de l'activité.

Cette augmentation de population engendre une demande toujours plus grande d'équipements. Mais il faut souvent attendre les années 1870-1880 pour que, avec l'aide de l'État et souvent sous la contrainte législative, les municipalités se dotent toutes de mairies et d'écoles. Certaines communes, éclatées en hameaux, s'équipent de plusieurs écoles, comme Migné-Auxances, Vouneuil-sous-Biard et Chasseneuil-du-Poitou. Un des bouleversements majeurs de cette époque réside dans l'apparition de nouveaux moyens de communication, à commencer par le chemin de fer (voir le dossier consacré à ce sujet). D'autres équipements viennent tardivement améliorer les conditions de vie des habitants. Pour l'alimentation en eau de la ville de Poitiers, un nouvel aqueduc de 21,54 km, qui suit de près le tracé de l'aqueduc romain, est construit entre 1881 et 1889 entre la source de Fleury, à Lavausseau, et le nouveau château d'eau de Blossac, à Poitiers, en passant par Béruges et Vouneuil-sous-Biard. Mais ce n'est que bien plus tard, à partir des années 1940-1950, que les communes rurales aux portes de Poitiers, comme Migné, Chasseneuil, Montamisé ou Croutelle bénéficient à leur tour du réseau de distribution d'eau. Seule Buxerolles construit son premier château d'eau dès 1935 à la Vallée. Quant à l'électricité, une partie de la ville de Poitiers est alimentée, à partir de 1898, par l'usine hydroélectrique de Buxerolles, installée dans l'ancien moulin de Lessart. Ailleurs, ce n'est que dans les années 1920 que la distribution du courant électrique est effective.

Jusqu'à la fin du 19e siècle, seuls les notables peuvent gagner la campagne pour se détendre dans leurs propriétés ou assister aux courses à Biard. Puis, grâce aux nouveaux moyens de transport, toutes les catégories de la population citadine peuvent sortir plus facilement de la ville. Les promeneurs ont ainsi la possibilité de rejoindre la vallée de la Boivre à la Cassette ; il en est de même à Saint-Benoît, sur les bords du Clain et du Miosson, et à Lessart (Buxerolles). La forêt est aussi un lieu de promenade prisé, par exemple à Chanteloup (Vouneuil-sous-Biard), ou bien à l'auberge-restaurant de Charassé (Montamisé), en lisière de la forêt de Moulière. Dans les villages, la population locale se retrouve au cours de fêtes, au sein d'associations sportives et musicales, ou dans les cafés et les salles de danse. Néanmoins, ce dynamisme contraste avec le ralentissement de la croissance démographique qui se manifeste dans beaucoup de communes autour de Poitiers, comme partout en France, à partir de la fin du 19e siècle et pendant la première moitié du 20e. La crise viticole et l'attraction de la ville auprès des jeunes ont raison de l'essor des décennies passées. L'impact de la Grande Guerre explique aussi ce ralentissement.

Le 19e siècle est par ailleurs marqué par le renouveau religieux catholique. Après les troubles de la Révolution, le clergé retrouve son influence en organisant des missions, des pèlerinages et des processions dans les campagnes pour rassembler de nouveau les fidèles. À partir du milieu du siècle, grâce à l'action de Mgr Pie, évêque de Poitiers, ce renouveau se concrétise par des rénovations, des agrandissements ou la construction de nouvelles églises, avec l'aide financière des riches familles locales. Trois églises sont aménagées comme lieux de pèlerinage, sans toutefois véritablement attirer les foules, à Migné, Vouneuil-sour-Biard et Béruges. La plupart des autres églises sont agrandies pour accueillir la population croissante. Seules les églises de Saint-Benoît et de Fontaine-le-Comte, anciennes abbatiales, conservent leur aspect général. Le mobilier religieux et le décor intérieur des églises témoignent aussi de ces aménagements.

Parallèlement à son action spirituelle, l'Église s'attache au développement de l'éducation, en particulier celle des jeunes filles. Plusieurs établissements apparaissent alors pour les prendre en charge ainsi que les pauvres ou les orphelins. Certains sont de grands couvents, construits sur la propriété de riches familles catholiques : celui de Salvert, à Migné-Auxances, fondé en 1842 ; celui de Larnay, à Biard, créé en 1847. Certains domaines autour de Poitiers servent par ailleurs de lieux de retraite et de vacances aux élèves de grands établissements d'enseignement poitevins : ainsi la Cossonnière à Saint-Benoît et la Charletterie à Buxerolles pour le collège Saint-Joseph, tenu par les jésuites. C'est aussi le cas pour le lycée public Henri-IV qui possède la métairie de Bel-Air, à Biard. Face aux partisans de la laïcité, paroissiens et notables pieux se mobilisent pour ouvrir des écoles privées pour les filles, dont l'instruction est encore mal prise en charge par les municipalités. Cela donne souvent lieu à de sérieuses passes d'armes entre les deux camps. À Montamisé, le duc Amédée des Cars, après avoir acquis le domaine de la Roche-de-Bran, achète, en 1832, la métairie de la Jourie pour y installer une communauté de religieuses. À Saint-Benoît, l'école Notre-Dame, bâtie en 1852 et 1874, est tenue par la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus. Dans le bourg de Migné, M. et Mme Lecointre achètent des locaux en 1867 pour y construire une école libre de garçons dirigée par les frères de Saint-Gabriel. Au hameau de Nanteuil, une école libre de filles, confiée aux religieuses de La Puye, est bâtie en 1885 sur les propriétés d'Auguste Baron et d'Amédée Rançon. Les querelles qui accompagnent ces fondations resurgissent parfois au lendemain de la guerre 1914-1918 lorsqu'il s'agit d'édifier des monuments aux morts. À Béruges, deux monuments furent édifiés, l'un, érigé sur la place de la mairie par la municipalité en 1920, l'autre, dû à une initiative privée et placé en 1936 à l'entrée du village.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les communes autour de Poitiers vivent souvent durement l'Occupation en raison de leur proximité avec la ville. Des résistants s'activent dans la campagne. Entre 1942 et 1944, 130 d'entre eux sont fusillés à Biard, non loin de l'endroit où un monument perpétue leur mémoire. D'autres sont massacrés, en août 1944, par les troupes SS au château de la Roche-de-Bran, à Montamisé, qui est entièrement incendié.

Après les années de reconstruction au lendemain de la guerre, la croissance économique s'accélère à partir des années 1960. Des zones d'activités industrielles, artisanales et commerciales sont implantées aux abords de Poitiers. Elles s'étirent aujourd'hui en particulier près de la route nationale 10 à Chasseneuil et à Fontaine-le-Comte, de part et d'autre de la route de Nantes, à Migné-Auxances, et le long de la rocade à l'ouest et au sud. Ce développement économique s'accompagne d'une explosion démographique : l'ensemble des communes de l'agglomération hors Poitiers comptaient 16 225 habitants en 1962 et 41 856 en 1999.

Un tel accroissement entraîne une vague de construction de logements sans précédent. Si les grands schémas d'aménagement urbain se limitent longtemps au territoire de Poitiers, certaines communes parmi les plus proches de la ville se dotent très tôt de plans d'urbanisme, comme Buxerolles dès 1948. Le parc immobilier, constitué de 2 576 logements en 1949 et 4 786 en 1962, atteint 17 871 unités en 1999. Une partie de la population quitte la ville et ses immeubles pour habiter un pavillon en périphérie. Les lotissements se multiplient de façon plus ou moins contrôlée, d'abord à proximité des bourgs, puis dans des zones plus excentrées, gagnant sur les terres agricoles. De nouveaux quartiers urbanisés sont créés aux abords de la ville de Poitiers qui déborde ainsi sur les communes voisines, surtout au Planty (Buxerolles) et à l'Ermitage (Saint-Benoît). Ce sont le plus souvent des zones pavillonnaires où les maisons, différentes les unes des autres, se construisent peu à peu, sans autre plan d'ensemble que le tracé des rues. Mais on observe aussi un nombre important de lotissements concertés, c'est-à-dire constitués de bâtiments conçus selon le même plan et le même agencement extérieur, suivant un programme d'ensemble organisé (figure 13). Ce type de lotissement est apparu dès les années 1920-1930 à l'initiative de certaines entreprises, pour loger leur personnel. D'origine publique ou privée, les lotissements concertés se multiplient à partir des années 1960-1970. Dans les années 1990-2000, certains d'entre eux sont créés en liaison avec des services et des commerces, comme la cité des Tamisiers à Montamisé ou les Alisiers à Mignaloux-Beauvoir. L'habitat collectif et semi-collectif, plus rare, se développe sous la forme de barres d'immeubles dès les années 1950, dans les quartiers les plus proches de la ville, par exemple au Planty, à Buxerolles, et jusque dans les années 1990-2000, comme au Grand Large, à Saint-Benoît.

Pour relier les nouveaux secteurs d'activité et d'habitat, et permettre la circulation des biens et des personnes, toujours plus intense, le réseau routier se densifie (voir le dossier « voirie »). Le transport aérien aussi se développe, via l'aéroport de Biard. Côté rail, la gare TGV du Futuroscope, bâtie en 2000 à Chasseneuil-du-Poitou, permet de desservir le nord du territoire. Parallèlement, l'activité agricole se transforme radicalement. Tout en s'intensifiant, elle laisse de la place aux constructions. L'agriculture avait déjà évolué au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l'apparition de coopératives ou d'associations rassemblant producteurs de lait ou viticulteurs. Depuis, sous l'effet de l'évolution générale du monde agricole, le nombre d'exploitations s'est considérablement réduit, passant de 325 en 1979 à 159 en 2000.

Pour répondre aux besoins des nouveaux habitants, toujours plus de services et d'équipements ont été créés. Villages devenus presque des villes, les communes se sont parfois dotées de nouveaux centres mêlant habitat, commerces et administrations. Tel est le cas à Fontaine-le-Comte où la ville construite sur le plateau a supplanté le vieux bourg regroupé autour de l'abbaye, en fond de vallée. À Buxerolles, le mouvement coopératif des Castors a tracé le premier sillon, dans les années 1950, en créant une cité associée à des commerces et à une église. Puis, l'impulsion politique donnée par la municipalité a engendré un nouveau centre, celui du Mail, développé dans les années 1990 autour du nouvel hôtel de ville, en plein champ, afin de relier le vieux bourg au quartier du Planty et à Poitiers. À Vouneuil-sous-Biard, c'est la mairie et les commerces qui ont rejoint les nouveaux lotissements. Parallèlement, les municipalités ont construit des groupes scolaires qui ont dû sans cesse être agrandis pour accueillir davantage d'élèves. Des équipements sportifs et culturels ont aussi été aménagés : certains ont un rayonnement qui dépasse largement le territoire communal et drainent la population de toute l'agglomération, tels le complexe sportif de la Pépinière à Buxerolles, le centre équestre de Mignaloux-Beauvoir et la salle de spectacle de la Hune à Saint-Benoît. C'est également une forte volonté des autorités locales d'aménager le territoire qui a abouti à la création, à partir de 1984, au nord de Chasseneuil-du-Poitou, du parc d'attractions du Futuroscope et du secteur d'activités qui l'entoure. Celui-ci regroupe aujourd'hui des dizaines d'entreprises, des administrations, un palais des congrès et plusieurs établissements d'enseignement et de recherche.

Cette évolution a eu enfin des conséquences administratives. La nécessité de regrouper les moyens des différentes communes pour mener à bien les projets d'équipements, a entraîné la formation du district de Poitiers, en 1965. Il réunissait alors les six communes de Biard, Buxerolles, Chasseneuil-du-Poitou, Mignaloux-Beauvoir, Poitiers et Saint-Benoît, auxquelles se sont ajoutées Migné-Auxances en 1968, Montamisé en 1972, Fontaine-le-Comte et Vouneuil-sous-Biard en 1997. En décembre 1999, le district est devenu une communauté d'agglomération réunissant d'abord dix communes, puis douze après l'adhésion de Béruges et de Croutelle en janvier 2005.

Description

Située au coeur du plateau poitevin, entre Val de Loire et Bassin aquitain, la Communauté d'agglomération de Poitiers couvre une superficie de 25 000 hectares, pour une population de 137 685 habitants (recensement de 2006). Hormis la ville même de Poitiers, qui n'a pas été étudiée lors de cet inventaire, elle comprend onze communes environnantes où vivent 46 300 personnes : Béruges, Biard, Buxerolles, Chasseneuil-du-Poitou, Croutelle, Fontaine-le-Comte, Mignaloux-Beauvoir, Migné-Auxances, Montamisé, Saint-Benoît et Vouneuil-sous-Biard (figure 1).

L'agglomération de Poitiers s'étend sur un plateau argilo-calcaire (figure 14). Le sol calcaire affleure en différents lieux autour de Poitiers, en particulier dans les vallées, comme par exemple les falaises de Passelourdain à Saint-Benoît. Cette nature du sol a également permis la formation des concrétions des grottes de la Norée, à Biard. Dégagées à partir de 1924, leurs salles sont ouvertes au public depuis 1948 (figure 15). Le calcaire est par ailleurs exploité depuis le Moyen Âge, et sans doute même avant, dans d'importantes carrières de pierre de taille : celles des Lourdines (Migné-Auxances) et de Bonnillet (Chasseneuil), sont toujours en activité, tandis que le site de Limbre (Migné-Auxances), autrefois très important, a cessé d'être exploité, tout comme celui d'Ensoulesse (Montamisé), qui constitue aujourd'hui un site naturel protégé (figure 16). Cette pierre a servi à la construction de nombreux édifices à Poitiers et aux environs : celle de Bonnillet a été utilisée au 19e siècle pour les anciennes halles, la préfecture, la reconstruction de l'église Saint-Hilaire, etc. Elle a aussi été exportée : les blocs sortant des Lourdines ont servi à l'édification du palais des Tuileries et de plusieurs hôtels particuliers parisiens. Par ailleurs, des sites d'extraction de moellons ont alimenté non seulement les constructions, mais aussi des fours à chaux dont plusieurs sont mentionnés à Montamisé, Biard, Béruges, Croutelle. Transformée sur place, cette chaux servait à la protection des murs, par application d'enduit, et, à partir des années 1830, à l'enrichissement des terres agricoles. Les pierres calcaires qui parsèment parfois les champs ont été utilisées pour élever certains murs et les murailles de pierre sèche qui délimitent les parcelles. Enfin, les tas de pierres ou « chirons » constitués pour faciliter les labours ont donné leur nom à plusieurs lieux-dits, par exemple le Chiron-Gourmand à Montamisé.

Le plateau a été creusé de façon plus ou moins encaissée par le Clain et ses affluents : le Miosson au sud, la Feuillante au sud-ouest, la Boivre à l'ouest (figure 17) et l'Auxance au nord-ouest, qui forment de nombreuses boucles verdoyantes. Au nord de l'agglomération, le lit du Clain s'élargit et formait autrefois une zone de marais (figure 18). À l'est, mais aussi à Vouneuil-sous-Biard et à Béruges, des vallées sèches traversent le paysage (figure 19). Par l'inclinaison de leurs coteaux, leur ensoleillement et leur hygrométrie, elles présentent un patrimoine écologique singulier de type subméditerranéen. De nombreuses espèces animales, notamment des insectes et des reptiles, y côtoient des végétaux pour lesquels ces vallées constituent souvent la limite nord d'expansion en France : astragale de Montpellier, orchidées, pelouses sèches et rases, etc. La combinaison du plateau et de ces vallées, sèches ou humides, engendre des paysages aux formes variées, entre plaine, marais et falaises abruptes.

La forêt est une autre composante marquante des paysages autour de Poitiers. Elle couvre au total 4 410 hectares. Outre des bois secondaires, comme ceux de l'Épine à Béruges, de la Marche à Fontaine-le-Comte, et de Mortier à Montamisé, il s'agit principalement des avancées de deux grandes forêts domaniales : celle de Vouillé-Saint-Hilaire à l'ouest et celle de Moulière à l'est (figure 20). La couverture forestière a évolué au cours des siècles. Le Moyen Âge a connu d'importants défrichements entamés par les abbayes des environs. Ce recul de la forêt s'est poursuivi au 19e siècle sous la pression démographique et économique. Mais les bois ont par endroit regagné du terrain au 20e siècle, à mesure que des hameaux disparaissaient et que des terres agricoles étaient abandonnées. À Montamisé par exemple, la forêt occupe aujourd'hui l'espace, autrefois en labours, autour du hameau de Bran désormais en ruines. L'urbanisation des cinquante dernières années s'est plutôt faite au détriment des terres cultivées.

De fait, les paysages agricoles ont eux-mêmes évolué. La carte de Cassini, établie au milieu du 19e siècle (figure 21), ainsi que le cadastre et des plans de répartition des cultures au début du 19e siècle montrent que le vignoble occupait alors tout le nord du territoire actuel de l'agglomération. Les communes de Migné-Auxances, Chasseneuil, Buxerolles et Montamisé étaient en partie couvertes de vignes. L'actuel quartier du Planty, à Buxerolles, dénué de constructions, était ainsi consacré à la viticulture. À partir de 1878, la crise du phylloxéra a anéanti cette activité. Malgré les replantations réalisées au 20e siècle, il ne reste, de nos jours, que quelques vignes éparses (figure 22). Autrefois majoritaires, les champs ne représentent plus qu'un tiers des surfaces, voire beaucoup moins dans certaines communes urbanisées comme Buxerolles et Saint-Benoît. Aujourd'hui, les paysages agricoles restent marqués par une assez grande diversité : aux vastes champs ouverts (figure 23) de Migné-Auxances ou de Montamisé par exemple, répondent les terrains clos de haies bocagères entre Fontaine-le-Comte et Béruges (figure 24), et les prairies de la vallée du Clain à Chasseneuil-du-Poitou et à Saint-Benoît.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne : 1 H 1 : archives de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers 1 H 2 : archives de l'abbaye de Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers 1 H 6 : archives de l'abbaye de Saint-Benoît de Quinçay 1 H 13 : archives de l'abbaye de Saint-Hilaire-de-la-Celle de Poitiers 1 H 15 : archives de l'abbaye Notre-Dame de Fontaine-le-Comte 2 H 1 : archives de l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers 2 H 2 : archives de l'abbaye de la Trinité de Poitiers 3 H : archives de commanderies O : administration et comptabilité communales 4 P : cadastre dit napoléonien 5 S : travaux publics et transports, chemins de fer 7 S : travaux publics et transports, police des eaux Archives du diocèse de Poitiers. Archives municipales des communes de l'agglomération de Poitiers : Registres des délibérations des conseils municipaux Bulletins municipaux.

● Bibliographie

Barbier, Alfred. Statistique du département de la Vienne : territoire, population, agriculture, industrie. Poitiers : Dupré, 1863. Beauchet-Filleau, H. ; Chergé, Charles de ; Beauchet-Filleau, Paul. Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou. Poitiers, Chef-Boutonne : 1891-1979. Guillemet, Dominique (dir.). Dictionnaire des communes et pays de la Vienne des origines à nos jours : histoire, patrimoine, économie. La Crèche : Geste éditions, 2003. Rédet, Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne. Paris : Imprimerie Nationale, 1881. La Semaine liturgique du diocèse de Poitiers. La Semaine religieuse du diocèse de Poitiers.

● Annexe 1 :

L'INVENTAIRE DU PATRIMOINE DE LA COMMUNAUTE D'AGGLOMERATION DE POITIERS (CAP), 2004-2009 : REALISATION ET VALORISATION

L'inventaire du patrimoine des onze communes de la CAP, hors Poitiers, a été mené entre 2004 et 2009 dans le cadre d'une convention signée le 17 novembre 2004 entre l'Etat (Direction régionale des affaires culturelles) et la CAP. Les droits et obligations résultant de cette convention ont été repris par la Région Poitou-Charentes à laquelle la compétence d'inventaire général du patrimoine culturel a été confiée par la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales.

La première commune inventoriée a été celle de Saint-Benoît en 2004 et 2005, la dernière celle de Chasseneuil-du-Poitou en 2007 et 2008. La rédaction des dossiers de synthèse et l'achèvement de la base de données ont été menés en 2008 et au premier semestre 2009. Ont été pris en compte les édifices bâtis jusqu'aux années 1950 incluses, et au-delà pour les bâtiments publics, les lotissements concertés et les créations architecturales, ainsi que les objets mobiliers des édifices publics et l'environnement paysager. Elles n'ont pas porté sur les objets mobiliers privés à l'exception de ceux de trois établissements religieux d'importance : l'abbaye de la Cossonnière à Saint-Benoît, le Carmel de Migné-Auxances et le couvent de Larnay à Biard.
3039 dossiers documentaires ont été établis, illustrés par 12177 photographies, cartes et plans. Cette documentation comprend également des synthèses thématiques (les maisons et fermes, les châteaux et manoirs, les moulins, la voirie, les voies ferrées, les aqueducs...) portant les uns sur chaque commune, les autres sur l'ensemble du territoire de l'agglomération.

Parallèlement, des actions de valorisation ont été menées :
- une exposition itinérante intitulée "Habiter l'agglomération de Poitiers", constituée de dix-sept panneaux mobiles, inaugurée en novembre 2007 et vouée à être présentée dans chaque commune de la CAP, met l'accent sur la manière dont le territoire a été aménagé et structuré depuis l'Antiquité. Voir la présentation de l'exposition sur le site internet http : //inventaire.poitou-charentes.fr
- tout au long de l'étude, les résultats de l'inventaire ont été présentés à la population, dans chaque commune, par le biais de conférences publiques rassemblant entre 30 et 120 personnes à chaque séance.
- un ouvrage de synthèse a été rédigé dans la collection des "Images du patrimoine", à paraître en 2009.

Les données de l'inventaire sont aujourd'hui consultables au centre régional de documentation du patrimoine, 102 Grand rue, à Poitiers, à la Communauté d'agglomération de Poitiiers (service du patrimoine), à l'office du tourisme de Poitiers et dans chaque mairie. Les dossiers de synthèse et, prochainenement, l'ensemble des dossiers documentaires sont disponibles sur le site internet de l'inventaire général du patrimoine de la Région Poitou-Charentes, http : //inventaire.poitou-charentes.fr.

● Annexe 2 :

CAHIER DES CLAUSES SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES, issu de la convention pour l'inventaire du patrimoine des communes de l'agglomération de Poitiers, signée en 2004 entre l'Etat (DRAC) et la Communauté d'Agglomération de Poitiers :

1- Les objectifs de l'enquête :

L'Etat et la Communauté d'Agglomération de Poitiers s'accordent à reconnaître dans le patrimoine un élément fort pour le développement du territoire, en termes culturels aussi bien qu'économiques. Ils souhaitent accroître leur coopération pour approfondir la connaissance du patrimoine de la Communauté d'Agglomération et ainsi fonder au mieux les politiques de mise en valeur culturelle, touristique et d'aménagement du territoire s'appuyant sur le patrimoine.
A cette fin, ils engagent ensemble un inventaire du patrimoine culturel des communes de la Communauté d'Agglomération, hormis la ville même de Poitiers.

La Communauté d'Agglomération de Poitiers est un territoire en mutation, voué à une densification autour de la capitale régionale. L'intérêt de cette opération d'inventaire est de montrer comment ce territoire a évolué, d'identifier le patrimoine architectural qu'il contient dans toute sa diversité - édifices religieux, édifices publics, châteaux et logis, maisons, bâtiments agricoles ou artisanaux, architecture commémorative et funéraire - en les replaçant dans leur contexte urbain et paysager, enfin de mettre en évidence le patrimoine mobilier des édifices publics (églises, mairies, etc.) et, dans la mesure du possible, des propriétés privées.

L'inventaire du patrimoine de la Communauté d'Agglomération est conduit selon les méthodes développées par la Direction de l'architecture et du patrimoine du Ministère de la culture et de la communication, adaptées à la spécificité du territoire et aux attentes de la Communauté d'Agglomération.
Cet inventaire patrimonial peut ainsi :
- offrir un outil d'aide à la décision en liant les données recueillies au Système d'information urbain de la CAP ;
- servir au développement de la CAP et particulièrement à l'animation de son patrimoine ;
- être utilisé comme référentiel dans le cadre de la convention « Ville et Pays d'art et d'histoire » ;
- approfondir la notion d'appartenance à la Communauté d'Agglomération et faciliter une prise de conscience identitaire de communes en profonde mutation ;
- constituer un support aux actions en matière de culture et de tourisme ;
- servir à la constitution de documents d'aide à la restauration du bâti.


2- Le cadre institutionnel

L'inventaire du patrimoine de la CAP est réalisé conjointement :
- par la CAP, qui recrute, pour une durée de trois ans, un chargé d'étude à temps complet et pourvoit aux dépenses de fonctionnement générées par son activité. Elle met à disposition, pour la durée de l'opération et selon les modalités fixées par la Direction générale de Impôts, les fonds cadastraux numérisés nécessaires au géo-référencement des données rassemblées, ainsi que les documents cartographiques numériques pertinents pour l'étude.

- par le Service régional de l'Inventaire, interlocuteur au sein de la DRAC dans cette opération, qui met à disposition un conservateur à temps complet, un autre à temps partiel, et dégage du temps d'intervention de ses techniciens (administrateur de bases de données, dessinateur, photographes) ; la DRAC prend en charge les frais logistiques induits par l'activité de ces agents ; elle fournit une méthodologie et des outils d'enregistrement des données.

L'inventaire est placé sous le contrôle d'un comité de pilotage qui se réunit une fois par an. Le secrétariat de celui-ci est assuré par la Direction des affaires culturelles et du tourisme de la CAP. Ce comité est composé du président de la CAP ou de son représentant, du directeur régional des Affaires culturelles ou de son représentant ainsi que des membres du comité de suivi.
La coordination scientifique de l'inventaire est prise en charge par un comité de suivi, se réunissant tous les trois mois et composé, pour la CAP, d'un élu désigné par le président, du directeur des affaires culturelles et du tourisme, du directeur du développement urbain, du responsable du système d'information urbain (SIU), de l'animateur du patrimoine « Ville et Pays d'art et d'histoire » et, pour la DRAC, du conservateur régional de l'Inventaire.
Les comités veillent notamment à l'avancée harmonieuse des travaux dans le respect de l'échéancier conjointement arrêté par la DRAC et la CAP.

Des partenariats scientifiques ponctuels peuvent être développés avec l'université ou avec d'autres structures telles que la DIREN, le conservatoire d'espaces naturels et des sites de Poitou-Charentes, etc.
D'autres partenariats ponctuels sont établis avec les associations locales à caractère historique et patrimonial.


3- La délimitation de l'étude

Cadre géographique : l'étude se déroule selon un programme topographique, commune par commune, et porte sur les neuf communes, hors Poitiers, de la CAP, ainsi que sur les deux communes de Croutelle et Béruges lorsque celles-ci l'auront rejointe, donnant ainsi une image cohérente de la grande couronne de la ville. Trois communes sont étudiées en parallèle, chaque chercheur étant responsable de l'une d'entre elles. A l'issue de cette étude pourront être abordés des faubourgs de Poitiers, si le temps imparti à l'opération le permet.

Cadre chronologique : l'étude prend en compte les données fournies par le Service régional de l'Archéologie (DRAC) et couvre de manière systématique toutes les périodes des origines à nos jours ; les édifices détruits mais documentés sont également pris en compte. Au delà de 1950, elle traite individuellement les oeuvres de caractère exceptionnel : édifices publics (églises, mairies, écoles, etc.) ou privés (maisons d'architecte, etc.) ; et, sous forme d'ensemble : les aménagements de bourgs, les lotissements concertés ou non et les paysages. Les édifices postérieurs à 1950 ou très dénaturés, ayant déjà été répertoriés sur les cartes du SIU, sont spécifiés.

Cadre thématique : tous les éléments bâtis sont pris en compte ainsi que les objets mobiliers des édifices publics (ensembles mobiliers publics non gardés et non inventoriés) : églises, mairies et, dans la mesure du possible, de certains édifices privés. D'autres éléments, paysagers notamment, pourront être étudiés.


4- La méthode

L'opération comporte 3 phases : phase préparatoire, phase d'enquête et de mise en forme et phase de synthèse et de restitution. Dans la pratique, ces 3 phases se chevauchent.

Les communes sont informées de l'avancement des travaux, au préalable et pendant l'activité sur leur territoire.

4-1- Phase préparatoire
4-1-1- Consultation et exploitation des ressources documentaires, des cartes, des plans cadastraux du XIXe siècle et des documents iconographiques. Exploration des fonds d'archives départementales ou municipales, voire nationales, de la médiathèque de Poitiers et des bibliothèques municipales et universitaires, des Centres de documentation du patrimoine (DRAC / Direction de l'architecture et du patrimoine), des musées de la Ville de Poitiers, etc.
4-1-2- Mise en place des premiers documents graphiques sur l'occupation du territoire : à partir des documents disponibles, établissement de cartes synthétiques, par thème (voirie, équipements, lotissements...) et sous forme de couches de l'occupation chronologique du territoire.
4-1-3- Information sur la conduite et le déroulement du projet auprès :
- des collectivités locales,
- de la population dans son ensemble par la presse et par la distribution d'un dépliant explicatif.

4-2- Phase d'enquête et de mise en forme
4-2-1- Phase de recensement consistant à confronter ces données avec celles du terrain par une analyse, rapide mais systématique, de tous les éléments constitutifs du bâti, des aménagements urbains et du paysage et des liens entre ces éléments. Cette démarche, donnant un état édifice par édifice, permet d'effectuer des dénombrements, d'établir une cartographie très précise - ce qu'une approche thématique ne permet pas de réaliser - et de rédiger des synthèses.
Concernant les objets, un partenariat scientifique ponctuel est développé avec le conservateur des antiquités et objets d'art (CAOA) de la Vienne.
Pour cette phase d'enquête sur le terrain, une grille de recensement est définie (voir figure 25). Elle doit impérativement être légère, de manière à ce que la couverture du terrain soit effectuée dans un temps limité. Cette grille est conforme à la fois aux prescriptions du Conseil de l'Europe en matière d'inventaire du patrimoine et aux champs obligatoires des bases de données nationales de l'Inventaire général : dénomination, localisation (sauf pour les objets mobiliers privés et ceux conservés dans les sacristies d'églises et d'établissements religieux, référencés à l'échelle de la CAP), datation, plus quelques éléments descriptifs permettant de dégager des familles d'oeuvres, en particulier pour les maisons et les immeubles et, éventuellement, un champ de gestion pour la CAP.
Un catalogue des typologies concernant l'habitat est établi à partir des connaissances actuelles et enrichi au fur et à mesure de l'avancement de l'enquête sur le terrain.
Une couverture photographique complète est réalisée sous forme numérique lors de cette phase de recensement.
Toutes les données ainsi collectées sont indexées, liées aux photographies les représentant et géoréférencées sur le plan cadastral numérisé, formant un dossier électronique multimédia.
4-2-2- Phase de sélection et d'étude approfondie au cours de laquelle sont sélectionnées des sites paysagers, édifices et objets mobiliers caractéristiques ou représentatifs pour lesquels est établie une monographie, suite à une observation plus minutieuse s'appuyant sur la documentation existante ou sur des relevés. Leur notice, dans le dossier électronique, est complétée par un historique, une description et des illustrations (dessins et photographies).

4-3- Phase de synthèse et de restitution
Des synthèses par catégorie d'édifices (en particulier pour l'habitat) et de sites sont rédigées ainsi que des présentations de l'évolution des communes).
Toutes les données recueillies sont restituées sous forme d'un dossier électronique rassemblant textes, images et géoréférencement. Ces données informatiques peuvent :
- d'une part nourrir les bases de données du Ministère chargé de la Culture, être exportées dans le Système d'information géographique de la CAP et faire l'objet de pages HTML et XML pour une consultation par un public large
- d'autre part être remises aux communes, sous la forme d'un CD-Rom contenant les données propres à leur territoire.
Diverses restitutions peuvent être envisagées soit au cours de l'enquête, soit au terme des trois années, en lien avec les actions conduites dans le cadre de la convention « Ville et Pays d'art et d'histoire » : interventions auprès de la population, formations, activités en milieu scolaire, informations par la presse ou par le biais du bulletin de la CAP, publications scientifiques et touristiques, expositions, etc.



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