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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 3 262 éléments du patrimoine étudiés


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Demeures de la Communauté d'Agglomération de Poitiers

photographie du dossier documentaire, voir légende
Migné-Auxances, Verneuil, façade du logis. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / C. Bunoz, 2006.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2007.

Historique

Dans l'Antiquité, les communes autour de Poitiers étaient occupées çà et là par des sites artisanaux (comme à Buxerolles), quelques villas associées à des domaines agricoles (les Cassons à Vouneuil-sous-Biard) ou, exceptionnellement, par un habitat plus concentré comme sur le site d'éperon de Béruges. Au Moyen Age, les terres appartiennaient aux communautés religieuses de Poitiers - abbayes de la Trinité, Saint-Cyprien, Sainte-Croix, Saint-Hilaire-de-la-Celle ou Saint-Jean-de-Montierneuf, chapitre de la cathédrale, de Sainte-Radegonde ou de Saint-Hilaire - ou des alentours - cisterciens du Pin, templiers de l'Epine, de La Villedieu ou de Saint-Georges-Les-Baillargeaux, chanoines de Fontaine-le-Comte. Ces communautés religieuses s'emploient à défricher des terres et à implanter des métairies. Beaucoup d'anciennes fermes isolées, étudiées dans le cadre de l'inventaire du patrimoine, trouvent leur origine à cette époque. Tout au long de l'Ancien Régime, quelques seigneurs créent également des métairies et des borderies afin de mettre en valeur leurs terres, puis des notables ou des bourgeois habitant la ville de Poitiers entrent en possession des domaines et se font construire une demeure de campagne, mouvement qui s'accroît à partir de la fin du 18e siècle. Sous l'Ancien régime, les bourgs sont de toutes petites unités regroupant très peu d'habitations (Fig. 13). En 1759, les 11 communes de la CAP ne comptaient que 1362 feux ou logements, le plus grand nombre étant sur la commune de Migné-Auxances avec ses 272 feux (Fig. 4). La démographie évolue peu dans la seconde moitié du 18e siècle en raison des épidémies. La production agricole est alors de bonne qualité mais en faible quantité : prairies, vignes abondantes (Fig. 1) et céréales sur les plateaux. Au 19e siècle la population croit lentement et régulièrement et, grâce à l'action des notables propriétaires fonciers, l'agriculture progresse avec la mécanisation et l'enrichissement des terres par le chaulage (la chaux est produite dans les fours implantés localement : à Bonnillet, Montamisé, Croutelle, Béruges). A Montamisé par exemple, le duc Descars fait venir "des spécialistes anglais pour chauler ses terres trop argileuses". Cependant, au milieu du 19e siècle, beaucoup d'ouvriers agricoles sont encore des journaliers et la plupart des maisons ne sont encore constituées que de deux chambres basses surmontées d'un grenier, avec une étable attenante.
Au 20e siècle, les communes de la CAP (hors Poitiers) comptaient 2576 logements en 1949, puis 4786 en 1962. A cette époque des industries étaient apparues et l'agriculture se transforme avec la création de coopératives ou d'associations rassemblant producteurs de lait ou viticulteurs. Mais l'occupation du territoire s'accélère à partir du 4e quart du 20e siècle, avec 12430 logements (chiffre I NSEE) en 1990, 18257 en 1999 (Fig. 5). Depuis (Fig. 6), dans les dernières années, des lotissements ont encore émergés un peu partout, d'abord à proximité des bourgs, puis dans des zones plus excentrées en gagnant sur les terres agricoles. Le nombre d'exploitations s'est, en conséquence, considérablement réduit sur le territoire passant de 325 en 1979 à 159 en 2000. La population, qui était de 16225 habitants en 1962, en comptait 41856 en 1999 et doit se situer aux alentours de 45000 aujourd'hui (chiffres INSEE non disponibles).

L'étude d'inventaire, portant essentiellement sur l'architecture antérieure à 1950, a permis de recenser 1958 demeures réparties sur les 11 communes. Peu d'entre elles ont conservé des vestiges antérieurs au 19e siècle (Fig. 3) : 22 présentent un ou plusieurs élément pouvant dater du Moyen Age ou du 15e siècle, 16 du 16e siècle, 101 du 17e siècle et 162 du 18e siècle, et pratiquement toutes ont subi des transformations par la suite. La grande majorité soit 73,39 % (1437) date donc du 19e siècle, dont plus de 69 % de la seconde moitié, tandis que 11, 23 % ont été bâties dans la 1ère moitié du 20e siècle. Leur datation est possible grâce à la comparaison des plans cadastraux, la consultation des matrices cadastrales (dont l'origine est entre 1810 et 1840 selon les communes) et l'observation des caractéristiques architecturales. Très peu d'édifices portent une inscription mentionnant une date : 13 pour le 17e siècle, 21 pour le 18e siècle, 45 pour le 19e siècle (16 pour la 1ère moitié du siècle, 29 pour la 2e) et 27 pour la 1ère moitié du 20e siècle. Les plus anciens ont naturellement évolué au cours du temps, en particulier les fermes qui se sont souvent développées et adaptées aux nouveaux besoins des exploitations. Beaucoup de maisons ont également été agrandies, modernisées et parfois dénaturées par l'emploi de matériaux nouveaux ou par des percements d'ouvertures.

Description

Le terme demeure recouvre tous les édifices à vocation d'habitat (fermes, maisons, châteaux, manoirs, presbytères) qui forment la grande majorité du bâti. Ne sont pas décomptés ici les 86 lotissements constitués de maisons de série et les 12 immeubles, tous postérieures à 1950, étudiés sur la CAP, ni les édifices à vocation industrielle ou artisanale, comme les moulins (cf. dossier), abritant également un logement.

Répartition de l'habitat
Les logements antérieurs à 1950 sont plutôt regroupés dans les bourgs ou dans des écarts qui adoptent des formes variées : le long d'un axe à Croutelle et Auxance, ou plus tentaculaires ailleurs. Les espaces libres sont nombreux, même au coeur des bourgs, et les propriétés sont souvent clôturées par des murs ou des murets. Parfois un portail, constitué de deux piliers en pierre, marque l'accès. Plus rarement, comme on peut le voir dans le bourg de Chasseneuil, un passage couvert traversant un corps de bâtiment permet d'accéder dans la cour (Fig. 59). Les demeures isolées sont les châteaux, manoirs ou grosses maisons de notables, ainsi que certaines exploitations agricoles, plus nombreuses dans les communes du sud telles que Mignaloux-Beauvoir, Vouneuil-sous-Biard et Béruges (Fig. 2 et 3).

Les matériaux
Les maisons antérieures au 20e siècle sont construites en moellons de calcaire non équarris et de provenance locale, liés par du mortier (Fig. 15). Les façades des habitations, et de certaines dépendances ou communs, sont protégées par un enduit (Fig. 16). La pierre de taille est réservé aux chaînes d'angle, aux encadrements des ouvertures et à de rares éléments de décor tels que bandeaux et corniches. Quelques logements cependant (14), parmi les plus anciens, n'ont pas de chaînage aux angles (Fig. 17). Très peu de façades (19) sont en pierre de taille (Fig. 18), ce qui peut être surprenant dans des communes où sont exploitées depuis longtemps d'importantes carrières de pierre de bonne qualité, comme à Montamisé, Chasseneuil-du-Poitou et Migné-Auxances, dont la production a servi à construire des édifices importants de Poitiers ou a été exportée. Les couvertures sont traditionnellement en tuile creuse (65 %), fabriquées autrefois à proximité comme à Béruges dans les tuileries de la Montagne et de Ferrières ou à Fontaine-le-Comte dans la tuilerie du Four. L'ardoise, importée, est utilisée sur de grandes demeures ou châteaux (17,5 %) du 19e siècle, parfois associée à la tuile creuse ou à la tuile mécanique. Son usage se développe grâce à l'arrivée du chemin de fer qui permet de l'acheminer plus facilement à partir du milieu du 19e siècle. A la même époque l'usage de la tuile mécanique plate se répand (15,5 %).

Les logements (Fig. 7)
Sur l'ensemble du corpus considéré, la majorité des logements a un étage (72,79 %) dont la moitié a de plus un comble à surcroît ou, parfois, un étage de comble. Les logements en rez-de-chaussée (Fig. 16) sont moins nombreux (25,58 %), pour la plupart augmentés d'un comble à surcroît ou d'un étage de comble, et ceux qui ont deux étages (Fig. 19) sont rares (1,62 %). Lorsque l'habitation est bâtie sur un terrain en pente elle peut présenter un étage de soubassement (146 cas) ouvrant d'un côté sur le niveau de terrain le plus bas et de l'autre sur le plus haut. Les façades principales sont en général sur un mur gouttereau. Les façades en pignon sont peu nombreuses (10 %), elles concernent des logements anciens (Fig. 22) ou, plus souvent, du début du 20e siècle (Fig. 23). De dimensions très variables, les façades présentent au niveau du rez-de-chaussée deux ouvertures, une porte et une fenêtre (Fig. 16, 18, 24), ou trois ouvertures (Fig. 19, 20, 23), rarement quatre ou plus (Fig. 21). Lorsque la maison a un étage, les baies sont le plus souvent disposées en travées plus ou moins régulières (93,5 %). Les élévations des habitations les plus anciennes présentent des ouvertures disposées sans ordre et de dimensions réduites (Fig. 24), parfois couvertes d'un arc (Fig. 25) ou agrémentées d'un chanfrein ou d'une accolade (Fig. 26). Au 19e siècle les façades s'organisent peu à peu, les ouvertures se superposent en travées et s'alignent horizontalement. De rares éléments de décor apparaissent tardivement, à partir du milieu du 19e siècle : bandeau plat horizontal entre le rez-de-chaussée et l'étage, corniche moulurée au sommet du mur (Fig. 27) ou, plus fréquemment, appuis de fenêtre saillants et moulurés, en particulier à l'étage (Fig. 20 et 28).
L'intérieur des logements évolue au cours des siècles. En dehors des logis nobles, les plus anciens, aujourd'hui désaffectés le plus souvent, sont constitués d'une ou deux pièces à vivre avec une cheminée dans la pièce principale (Fig. 7 et 29), surmontées d'un grenier. La distribution intérieure par un couloir, latéral ou central, apparaît plutôt dans la seconde moitié du 19e siècle. L'escalier est le plus souvent en bois et placé à l'intérieur, dans le couloir quand il existe. Il est rarement à l'extérieur et en pierre (Fig. 30).
Les toitures sont généralement de faible pente sauf lorsqu'elles sont couvertes d'ardoise ou, parfois, de tuile mécanique. Dans ce cas, une ou plusieurs lucarnes peuvent s'ouvrir dans le comble. Ces lucarnes, en bois pour les plus anciennes (Fig. 31), sont en pierre à la fin du 19e siècle et souvent agrémentées d'ailerons latéraux à volutes et d'un fronton (Fig. 32).
Les éléments de décor sont rares : motif végétal ou figure humaine sculptée sur le linteau d'une baie, croix peinte à la chaux sur la façade (Fig. 33).

Typologie
Les demeures peuvent être classées par famille selon leur fonction, leur emplacement, leur forme ou leur dimension.
1- Les maisons de bourg et de faubourg
Les maisons de bourg (Fig. 34 à 42) - 405 ont fait l'objet d'une notice - sont des habitations placées en bordure de la rue et dans l'alignement des autres maisons. Elles sont situées dans un bourg ou dans un écart important. Beaucoup d'entre elles ont un espace libre à l'arrière et quelques unes abritent ou ont abrité un magasin de commerce. 405 maisons de bourg ont fait l'objet d'une notice, parmi lesquelles 7 peuvent dater en partie du 16e siècle (Fig. 34), 18 ont des éléments du 17e siècle (Fig. 35), 24 du 18e siècle (Fig. 36). La plupart datent cependant du 19e siècle (78 %), en majorité de la seconde moitié du siècle ; 24 sont de la fin du 19e siècle ou du début du 20e et 41 sont de la première moitié du 20e siècle. Ce sont principalement des maisons à un étage (78 %), plus rarement en rez-de-chaussée (8,8 %) ou à deux étages (5,18 %). Les couvertures sont à 64,20 % en tuile creuse, 15,5 % en ardoise et 13,6 % en tuile mécanique. Ce sont de logis étroits ou de largeur moyenne dont plus de la moitié ont une façade à une ou deux travées et 12 % une façade ordonnancée avec la porte, au centre entre deux travées de fenêtres.
Les maisons de faubourg (Fig. 43 à 48) sont séparées des maisons voisines. Elle sont accompagnées d'un espace libre souvent limité par une clôture et peuvent être en retrait ou perpendiculaires à la voie publique. Parfois une remise ou des communs y sont rattachés. 377 exemplaires ont été repérés, 13 d'entre eux présentant des éléments pouvant dater du 17e ou du 18e siècle, tandis que 66 % datent du 19e siècle, dont plus des 4/5 de la seconde moitié et 30,38 % de la première moitié du 20e siècle. Ce sont des constructions souvent plus récentes que les maisons de bourg, ce qui explique que les couvertures sont plus fréquemment en tuile mécanique (28,45 %) ou en ardoise (27,9 %), la tuile creuse ne concernant que 40,88 % d'entre elles. Les maisons à un étage sont un peu moins nombreuses (70,44 %), tandis que la proportion des maisons en rez-de-chaussée s'accroît (28 %), celle des maisons à deux étages étant infime (1,38 %). Les façades sont souvent plus larges et le nombre de celles qui sont ordonnancées, avec la porte au centre, est plus important que pour les maisons de bourg (30,38 %).
D'autres maisons, qui pourraient par leur position être rattachées à la catégorie des maisons de faubourg, présentent des volumes et un vocabulaire ornemental qui font penser à des villas balnéaires (Fig. 49 à 51). 69 ont pu être dénombrée, dont 29 sont localisées à Saint-Benoît, 12 à Buxerolles, 11 à Chasseneuil-du-Poitou, 6 à Biard et 6 à Migné-Auxances. Elles sont isolées, à la périphérie des bourgs ou même dans le bourg à Chasseneuil, mais le plus grand nombre se trouvent aux abords immédiats de Poitiers, à Bellevue, sur la commune de Saint-Benoît. Elles datent de la fin du 19e siècle ou plutôt du 20e siècle pour 62 d'entre elles, dont 83,87 % de la première moitié et 16,12 % du milieu ou du troisième quart du siècle. Très peu d'entre elles portent une inscription se rapportant à la date de leur construction ou à une appellation faisant référence à son environnement - villa des Buis, villa Mon coteau, La Charmille - ou reprenant les prénoms des commanditaires - Mimi et Jacques, Rose-Marguerite, Simerose. Toutes sont accompagnées d'un jardin plus ou moins vaste, clôturé par un muret. Ces maisons présentent des volumes plus complexes que les autres logements et se caractérisent par des dissymétries, des avant-corps, des parties de façade couronnées en pignon, des avant-toits souvent très saillants, parfois avec demi-croupes. Les murs sont en moellons enduits, avec chaînages et encadrements de baies en pierre de taille ou en béton. Certaines présentent du faux pan de bois ou des parties d'élévation en brique. Les couvertures sont en tuile mécanique (29), en ardoise (28), plus rarement en tuile creuse (9) ou plate (2) et leurs formes sont variées. Leurs structures adoptent des solutions très diverses, la majorité d'entre elles ayant un étage (60,3 %). Beaucoup de villas en rez-de-chaussée ou à étage ont un surcroît ou un étage de comble et les niveaux de soubassement compensant la déclivité du terrain ne sont pas rares (29,4 %) associés plutôt aux maisons en rez-de-chaussée, mais aussi parfois à des maisons à étage pour 1/3 d'entre eux. Plus du tiers des façades sont un mur pignon ou présentent une partie couverte en pignon. Leur agencement varie et offre rarement une symétrie dans l'organisation des ouvertures. Le décor se manifeste parfois par des jeux de couleur créés par association de la brique et de la pierre, par l'utilisation de carreaux de céramique constituant des frises géométriques, rarement par la présence d'un motif sculpté.
A la catégories des maisons de bourg et de faubourg peuvent être rattachés les presbytères (Fig. 52 et 53), soit un par commune, celui de la Jarrie à Vouneuil-sous-Biard étant une ancienne maison. Peu d'entre eux ont conservé leur fonction (sauf à Migné et Béruges), plusieurs sont devenus des bâtiments municipaux à Biard, Croutelle et Fontaine-le-Comte et d'autres ont disparu comme à Chasseneuil-du-Poitou et Vouneuil-sous-Biard. Ce sont de grandes demeures du 18e (Buxerolles) ou, plus souvent, du 19e siècle, accompagnées d'une cour ou d'un jardin clos et de communs. Elles ont un étage, une façade souvent ordonnancée (Biard, Croutelle) et une couverture en tuile creuse.
2- Les maisons rurales (Fig 54 à 57) sont des logements de taille modeste, établis à la périphérie des bourgs ou des écarts, accompagnés d'une cour, de remises et parfois d'une ancienne étable ou de toits à cochons ou à volailles. A l'origine leurs occupants, qui avaient une activité à l'extérieur, pouvaient s'y consacrer à un élevage d'appoint. Ce sont des maisons plutôt anciennes, parmi les 185 dénombrées, 3 présentent des éléments pouvant dater du 16e siècle, 3 autres du 17e siècle et 18 du 18e siècle. Les autres datent du 19e siècle (85,4 %) sauf 3 qui sont du début du 20e. Plus de la moitié (60,5 %) ont un étage, les autres étant en rez-de-chaussée, et la majorité est couverte en tuile creuse. La façade du logement est souvent étroite et les baies y sont disposées de manière irrégulière la plupart du temps.
3- Les fermes ou anciennes fermes repérées sont au nombre de 763. Certaines sont isolées (Fig. 58), en particulier dans les communes de polyculture et d'élevage au sud-ouest (Fontaine-le-Comte, Vouneuil-sous-Biard et Béruges) d'autres sont dans un hameau ou un même dans un village (184). Ces édifices sont constitués d'un ou parfois deux logements (Fig. 60) et de dépendances agricoles telles que granges, étables et toits à cochons, remises et parfois hangar, accompagnés d'une cour souvent clôturée et accessible par une simple interruption du mur ou par un portail constitué de deux piliers. La plupart de ces anciennes exploitations agricoles ont aujourd'hui été reconverties en habitation et les dépendances transformées, mais leur structure en tant que ferme est souvent encore très reconnaissable. Une bonne proportion, 20,76 %, présente des éléments architecturaux antérieurs au 19e siècle, tandis que 70,25 % sont des implantations du 19e siècle et seulement 3 % de la première moitié du 20e siècle. Les plus anciennes ont connu des modifications successives avec des adjonctions de constructions au fur et à mesure des besoins, entraînant parfois une modification de l'organisation des bâtiments. Les logements sont à étage pour environ 60 % d'entre eux, les autres étant en rez-de-chaussée, le plus souvent avec un niveau de comble en surcroît. Les granges présentent majoritairement leur façade sur un mur gouttereau (80 %, Fig. 63), plus rarement sur un large mur pignon (Fig. 64 et 65), cette dernière forme correspondant le plus souvent à une structure ancienne. Les portes de granges sont de larges baies couvertes d'un linteau en bois, généralement accostées d'une ou deux portes aux dimensions plus réduites donnant accès à la partie étable du bâtiment. Les hangars, qui sont parfois des adjonctions réalisées au moment de la mécanisation de l'agriculture afin d'abriter les nouvelles machines, sont des bâtiments ouverts sur un ou plusieurs côtés où le toit peut être soutenu par des poteaux de bois (Fig. 66) ou bien parfois par des piliers carrés en pierre de taille (Fig. 67) ou même circulaires en moellon (Fig. 68).
Le plan général des fermes adopte plusieurs variantes (Fig. 8 à 12) :
- Les fermes de plan massé sont rares (2,25 % des fermes prises en compte) et correspondent plutôt à des formes anciennes. Elles sont constituées d'un seul corps de bâtiment de plan carré ou quadrangulaire abritant une grange-étable et un petit logement dans un angle (Fig. 69).
- Les fermes bloc en longueur (9,3 %) ont la forme d'un long rectangle composé d'une partie logement et d'une grange dans le prolongement (parfois avec un cellier à l'arrière) couverts par un même toit (Fig. 70 à 72).
- Les fermes de plan allongé (15,46 %) adoptent le même plan mais le logement et la grange n'ont pas la même hauteur et disposent chacun de leur propre toiture (Fig. 73 à 75).
- Les fermes à bâtiments jointifs (25,33 %) ont leurs principaux corps de bâtiment accolés les uns aux autres (Fig. 76 à 79), sans disposition régulière dans la moitié des cas ou formant un L, plus rarement un U.
- Les fermes à bâtiments séparés (Fig. 80 à 83) restent les plus nombreuses (47,5 %), les différents éléments sont disposés sans ordre particulier les uns par rapport aux autres excepté dans quelque cas (23 exemples) où les dépendances sont placées symétriquement par rapport au logement.
4 - Les manoirs et châteaux (Fig. 85 à 128)
Souvent implantés en position dominante le long des vallées (Fig. 85), les 36 manoirs et 17 des 19 châteaux repérés sont pour la plupart d'anciens logis nobles, rattachés à un fief qui dépendait souvent d'une seigneurie ou d'un établissement religieux. Beaucoup d'entre eux sont très tôt achetés par des notables de Poitiers qui en font leur maison de campagne. Ces domaines leur apportent des ressources grâce à l'exploitation des terres sur lesquelles sont implantées une ou plusieurs métairies ou fermes. Plusieurs trouvent leur origine au Moyen Age et quelques-uns ont conservé des vestiges architecturaux de cette période ou du 16e siècle. La majorité d'entre eux présentent actuellement une architecture remontant au 17e ou au 18e siècle et beaucoup ont été très remaniés ou même entièrement reconstruits au 19e siècle.
Les plus anciens sont de plan ramassé et à un étage, parfois avec une tour accolée abritant un escalier en vis en pierre (Fig. 86 et 87). Les logis des 17e ou 18e siècle sont plus vastes, avec souvent de grands communs disposés autour d'une cour rectangulaire (Fig. 92), un pigeonnier circulaire isolé (Fig. 100, 104, 105, 119, 120) et souvent un portail (Fig. 86, 118). Leur logis a un plan régulier et répond à deux formes principales. Les uns sont allongés, en rez-de-chaussée, avec des ailes dans le prolongement ou en retour aux extrémités. Leur façade est régulière et dans le toit à longs pans brisés s'ouvrent des lucarnes en pierre à fronton (Fig. 90 à 94). Les autres sont de plan rectangulaire, à un étage, avec une façade ordonnancée à porte centrale, couverte d'une haute toiture à croupes avec des lucarnes (Fig. 95 à 112). L'escalier, généralement au centre, est souvent en pierre (Fig. 107, 110).
Au 19e siècle, de nombreux châteaux sont agrandis, comme celui de Béruges (Fig. 122), ou reconstruits sur le même site, comme celui de Boivre à Vouneuil-sous-Biard (Fig. 123). Les châteaux de cette période sont de vastes demeures à un ou deux étages, agrémentées de tours et d'avant-corps et à haute toiture en ardoise (Fig. 124 à 128). Très peu d'architecte, auteurs de ces réalisations, ont pu être retrouvés à ce jour : B. Fournier pour le Grand-Beauvoir à Vouneuil-sous-Biard, Eugène Boyer au château et à la Commanderie à Béruges.
Qu'elles soient d'Ancien Régime ou du 19e siècle, beaucoup de ces demeures ont eu ou ont encore une chapelle privée (Fig. 109, 113, 125). Leur cour et leur parc sont souvent clôturés de murs et accessibles par un portail couvert ou constitué de piliers de maçonnerie.

5 - Les maisons de campagne (Fig. 130 à 147)
Les maisons de campagne ont souvent les mêmes caractéristiques que les châteaux et manoirs : implantation à l'écart du village, présence d'un parc clôturé renfermant un ou plusieurs grands cèdres, portail, communs (Fig. 135), parfois même une chapelle (Fig. 139, 143) ou des dépendances. Si, pour les plus anciennes, elle n'ont jamais été des logis nobles, elles ont souvent appartenues à des notables de Poitiers qui avaient pour résidence principale un hôtel particulier en ville. Certaines de ces demeures remontent à l'Ancien Régime, mais le plus grand nombre n'est pas antérieur au 19e siècle. 62 ont été repérées lors de l'étude d'inventaire, parmi lesquelles 2 pourraient dater en partie du 15e siècle, 14 du 17e ou du 18e siècle, mais la plupart ont été bâties au 19e siècle - dans la seconde moitié du siècle pour plus de la moitié du corpus total - et 2 dans la première moitié du 20e siècle.
Toutes sont construites en moellon enduit. 72,6 % de ces logis sont couverts, en tout ou partie, d'ardoise et 19 % de tuile creuse. Leur toiture présente fréquemment des croupes aux extrémités. Ils ont pour la plupart (90,47 %) un étage, avec souvent un niveau de comble ou un niveau de surcroît. 6 ont deux étages dont deux avec un niveau de comble. Les niveaux de comble correspondent à de hautes toitures en ardoise dans lesquelles s'ouvrent une ou plusieurs lucarnes. Les façades sont le plus souvent ordonnancées, avec des travées d'ouvertures bien marquées et la porte au centre. Des éléments de décor agrémentent souvent les élévations : bandeaux et corniches, encadrements de baies moulurés, pilastres ou colonnes, frontons, sculpture, ferronnerie, etc. Parfois une tour ou un pavillon est accolé au logis.

Documentation

● Archives

Direction régionale de l'agriculture : recensement agricole en 2000.

● Bibliographie

Barbier, Alfred. Statistique du département de la Vienne. Poitiers : imprimerie de Archives EvêchéDupré. 1863.
La Vienne de la Préhistoire à nos jours. Jean Tarrade dir. Saint-Jean-d'Angély : édition Bordessoules, 1986.
Redet, Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne. Paris : J.-M. Williamson, 1989 (1e éd. : 1881).
Statistique agricole de la France. Annexe à l'enquête de 1929. Monographie agricole du département de la Vienne. France. Ministère de l'agriculture (Direction de l'agriculture) ; réd. Louis Riffault, Henri Cézard, Georges Pironnet. - Poitiers : Imprimerie de l'Union, 1937.



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