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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 113 éléments étudiés de l'architecture de villégiature


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Usine à papier, puis guinguette, actuellement maisons
Vouneuil-sous-Biard (Vienne), Cassette (la), 4 rue des Merles-Noirs

photographie du dossier documentaire, voir légende
Vue générale. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / G. Renaud, 2005.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2005.

L'ancienne usine à papier de la Cassette est devenue à la fin du 19e siècle, un lieu de loisir incontournable. De nombreux poitevins venaient ainsi profiter d'un des plus jolies coin de campagne proche de Poitiers. Trois guinguettes s'étaient installées dans l'ancienne usine : Le Grand café-restaurant de la Source tenu par M. Raoult, Le Restaurant de la Cassette tenu par M. Brin et Au rendez-vous de la Cassette tenu par M. Mousset. De nombreuses activités y étaient organisées dont des départs de courses cycliste.

Historique

La fontaine et le moulin à papier de Mazay sont mentionnés en 1560 comme dépendance du chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers, puis en 1622 de la cure de Vouneuil-sous-Biard. En 1773, le moulin de la Cassette est cité comme dépendance de l'abbaye Saint-Hilaire-de-la-Celle. Un ensemble de bâtiments apparaît sur le plan cadastral de 1831. En 1843, l'usine, propriété de Louis Guignard, est vendue à N. Ricque. Celui-ci demande en juin 1849 l'autorisation d'y installer une machine à vapeur. L'établissement cesse de fonctionner à la fin du 19e siècle pour devenir un ensemble de cafés et restaurants avant d'être transformé en logements.
La Cassette était l'une des sorties préférée des poitevins. Proche de Poitiers, on y venait à pied, par le sentier le long de la Boivre, appelé si joliment « Le chemin des amoureux ». Certains y venaient à vélo, en voiture ou en tramway. Les voyageurs installés dans un tramway surchargé descendaient route de la Torchaise et continuaient à pied. Arrivés au lieu-dit de la Cassette, les poitevins avaient le choix entre trois restaurants, établis dans l'ancienne usine à papier: Le Grand café-restaurant de la Source tenu par M. Raoult, Le Restaurant de la Cassette tenu par M. Brin et Au rendez-vous de la Cassette tenu par M. Mousset.
Le Grand Restaurant de la Source était très apprécié surtout à la belle saison. En effet, les propriétaires avaient aménagé la source qui alimentait le moulin, en cascade. Les clients pouvaient prendre place sur la terrasse gravillonnée, à l'ombre des arbres et à la fraicheur de l'eau. M. Raoult avait également aménagé une salle de bal, où prenait place un orgue mécanique.
La Cassette était également un lieu apprécié par les cyclistes. De nombreux départs étaient organisés devant les trois guinguettes, en particulier, celle du Cycle Amical de la Cassette. Plusieurs photographies dont celle de Maurice Couvrat témoignent de ces joyeux événements sportifs.

Description

Ce bâtiment de plan en L et deux logements jointifs sont alignés en bordure de la voie. Tous deux ont un étage carré, les fenêtres à appuis saillants moulurés sont disposées en travées irrégulières et les portes sont décentrées. Au Sud, se trouve un massif maçonné : il s'agit d'un système d'écoulement et d'un puits de récupération des eaux usées lorsque la papeterie était en activité. Un bassin est visible à l'Est.

Documentation

● Archives

Archives départementales de la Vienne : 8 S 12.

● Bibliographie

Simmat Gérard. La Vienne 1900-1930 : mémoire d'hier. Clermont-ferrand : Tisserand Gérard, 2002. P. 160
Simmat Gérard et Juchault Pierre. Mémoire en Images Le Pays de Poitiers. Joué-Lès-Tours : édition Alain Sutton, 1999. P. 43
Simmat Gérard et Clauzier Daniel. Poitiers, il y a 100 ans, en carte posatles anciennes. Prahecq : édition patrimoines et médias, 2006. P. 216
Mineau Robert. Poitiers d'avant 1914 souvenirs d'enfance. Poitiers : Brissaud, 1989. P. 222-226
Barbier, Alfred. Statistique du département de la Vienne. Poitiers : imprimerie A. Dupré, 1863. P. 134
Bersano, Caroline. L'ancienne papeterie de la Cassette. Dossier universitaire de licence, Sciences humaines et Arts, Poitiers 2003.
Rédet, Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne. Paris : Imprimerie nationale, 1881. P. 78

● Annexe 1 :

Mineau Robert, Poitiers d'avant 1914 souvenirs d'enfance. Poitiers : Brissaud, 1989. p. 222-226

La Cassette.

La saison chaude voyait éclore les promeneurs du dimanche. La Cassette était alors le but privilégié de ces sorties dominicales. Aux portes de Poitiers, ce site agreste, tapi dans la vallée de la Boivre, tirait son nom d'un moulin à « cassettes » qui actionnaient avant la Révolution, la papeterie du Grand-Mazais.
La source abondante qui alimentait autrefois ce moulin avait depuis quelques années, été aménagée en cascade et bondissait au flanc du coteau pour se déverser dans un bassin bordé de rocailles. Ses eaux limpides, propices au cresson, allaient grossir le ruisseau de la Boivre près d'un petit pont rustique.
Ce lieu, dont l'agrément invitait à la halte, attirait un public chaque année plus nombreux ; le propriétaire de la source avait joint à son restaurant une salle de bal aux guirlandes multicolores où la jeunesse se donnait rendez-vous pour danser la polkas et les valses en vogue au rythme d'un piano mécanique.
Sur la terrasse gravillonnée, au pied de la cascade, une joyeuse animation régnait autour des tables de fer peintes en vert où le patron, en manches de chemise, et son épouse, en tablier à bavette, servaient la limonade, la bière de Montmorillon, les « graissées » de pâté ou de fromage blanc, les oeufs durs et la salade de cressons.
Durant la belle saison, les rames des tramways de la ligne des Trois-Bourdons étaient, le dimanche, bondées de voyageurs qui descendaient route de la Torchaise pour gagner à pied la Cassette. Ces rames étaient formées d'une voiture motrice et de deux baladeuses ouvertes sur les côtés et garnies de banquettes transversales. Sur la route de la cascade, des jeunes gens se donnaient le bras et marchaient d'un pas alerte en chantant la Tonkinoise ou Viens Poupoule.
De temps à autre, passait un couple de cyclistes qui, en canotier, bas de sport et culottes bouffantes, pédalait sur un tandem.
Des notables, vêtus d'habits de bonne coupe, se pavanaient dans des voitures deux places qui, roulant au petit trot, les ramenaient en ville par le Pont-Achard, après l'arrêt d'usage à la source.
Lorsque, d'aventure, une automobile, après s'être annoncée à grands coups de trompe, surgissait en soulevant un nuage de poussière, elle était saluée par un concert de huées et de quolibets.
A la chute du jour, des couples tendrement enlacés s'en revenaient lentement par ce sentier ombreux qui longeait un bras de la Boivre et qu'on appelait joliment le « Chemin des amoureux ».
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, des ingénieurs entreprirent de capter la source qui se tarit.
Les cressonnières dépérirent et, peu à peu, les promeneurs du dimanche désertèrent les lieux. Les dépôts de charbon et de mazout envahirent la vallée. La Boivre devint un égout, le « Chemin des amoureux » un dépotoir.
Enfin, la récente construction d'une rocade a fourni aux technocrates l'occasion de donner la mesure de leur goût.
Les arbres ont été abattus, le coteau éventré, le vallon comblé.
Ainsi fut consommé en quelques mois l'anéantissement d'un des sites les plus charmants de la proche campagne poitevine.

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