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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 113 éléments étudiés de l'architecture de villégiature


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Guinguette dite le Fleuve Léthé, actuellement maison
Poitiers (Vienne), 101 avenue de la Libération

photographie du dossier documentaire, voir légende
Le portail avenue de la Libération qui mène à la guinguette Le Fleuve Léthé, située sur le chemin de Trainebot. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / H. Achard, 2009.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2009.

Le Fleuve Léthé est certainement la guinguette qui a le plus marqué les mémoires. Nombreux sont les poitevins qui s'en souviennent encore. Son ouverture daterait des premières années du 20e siècle. Sa fermeture, quant à elle survient en 1982. Cet établissement situé sur le chemin de Trainebot au bord du Clain, offre un cadre idyllique. Lieu à la mode, Le Fleuve Léthé attirait à la fois la jeunesse poitevine tout comme les familles. Tourné vers le Clain, il proposait la location de barques et la baignade. De nombreuses activités y étaient organisées dont des banquets, des bals, des courses nautiques.

Historique

Cette habitation située sur le chemin de Trainebot, au bord du Clain, était jusqu'en 1982, une des plus célèbres guinguettes de Poitiers : "le Fleuve Léthé". Le bâtiment daterait de 1879 selon le cadastre. L'établissement est mentionné à plusieurs reprises dans le registre des débits de boissons de la Ville de Poitiers. La première mention date du 18 mars 1904, le propriétaire ou tenancier était alors Louis Auger, déjà cité en 1898 comme propriétaire de la guinguette voisine "Les Trois Ilots". Mme Talbot Rachel Marie Brigitte épouse Beau est propriétaire et tenancière en 1922. En 1931, c'est François Morel qui tient ces mêmes fonctions. Sa déclaration précise bien les activités de l'établissement : "Café, restaurant, dancing". Selon les témoignages oraux, les deux derniers propriétaires de l'établissement ont été Mme Aldrich et, après 1945, M. Bluet. Ce dernier était un professeur de danse et tenait "Le Fleuve Léthé" avec sa femme et ses deux filles. Mme Bluet dirigeaient également l'hiver un dancing à Orléans. C'est à la suite de la disparition de M. Bluet que "Le Fleuve Léthé" ferma ses portes et devint une simple habitation.

Les bâtiments ont connu plusieurs modifications au fil du temps. L'ancienne guinguette se compose d'un premier bâtiment, visible sur les cartes postales d'avant 1920, auquel est accolée une petite extension. C'est après 1920 que l'établissement prend sa forme actuelle, avec l'ajout de deux autres bâtiments de dimensions importantes. L'ensemble bénéficie de deux jardins, l'un qui entoure la maison et le second au bord du Clain. Les clients pouvaient ainsi prendre place dans le premier, sur les terrasses surélevées, ou dans le second, à l'ombre d'une tonnelle.

"Le Fleuve Léthé" proposait de nombreuses activités, en particulier la restauration, la consommation de boissons, la musique et la danse. Un parquet était installé dans un des bâtiments et un second pendant les beaux jours était posé dans le jardin. M. Bluet y donnait des cours de danse et s'adonnait à des représentations, étant lui même accordéoniste, saxophoniste et chanteur. L'établissement accueillait aussi bien les familles, la jeunesse poitevine que les groupes d'amis. De nombreux couples s'y sont rencontrés et s'y sont mariés. Les attractions et les chanteurs s'y succèdaient comme le chanteur Paul, en juin 1933. L'établissement donnait de grandes fêtes dont les célèbres batailles aux oranges et le grand bal annuel, par exemple celui du 15 octobre 1932.

Les clients pouvaient également se baigner au "Fleuve Léthé". Des cabines de bains sont encore visibles sur la berge, au niveau de la passerelle. L'établissement possédait aussi plusieurs barques destinées à la location. Il proposait de nombreux jeux comme la balançoire et le toboggan. Le grand jardin et les berges aménagées faisaient du "Fleuve Léthé" un lieu propice pour assister à des compétitions et à des fêtes nautiques comme celle du 7 juillet 1907.

Cette guinguette était un haut lieu de sociabilité de Poitiers, la jeunesse s'y retrouvait l'après midi et dansait jusqu'au soir, au point que M. Bluet obtint de la compagnie des tramways qu'un train spécial s'arrêtât le dimanche en haut des escaliers à minuit pour raccompagner les danseurs jusqu'au centre-ville. Pendant la saison creuse, l'établissement continuait de proposer des activités diverses, parfois surprenantes comme le patinage, par exemple à l'hiver 1930.

Description

Cette guinguette est accessible de trois manières différentes : par le chemin de Trainebot, petite promenade bucolique qui longe de nombreux jardins et coins de pêche ; par l'avenue de la Libération, où un portillon, couronné du nom de l'établissement, signale un escalier qui mène au bord du Clain ; enfin, de manière plus insolite, par l'autre rive du Clain, depuis le chemin de la Grotte à Calvin, via une passerelle privée.

L'édifice actuel se compose de trois corps de bâtiments, entourés par un jardin que délimite un haut mur de clôture. Ce dernier supporte par ailleurs une terrasse surélevée et est interrompu par une porte piétonne. De l'autre côté du chemin se trouve le second jardin où de petites barrières en béton ajouré marquent les bords du Clain.

Le premier bâtiment est de plan rectangulaire. Il est composé d'un rez-de-chaussée, d'un étage et d'un comble. Sa façade est sur le mur gouttereau, avec deux travées d'ouvertures. A ce bâtiment principal est accolé une importante extension. Elle se compose d'un étage de soubassement, d'un rez-de-chaussée et d'un étage éclairé par deux baies. Sa façade est sur le mur pignon avec un toit à longs pans débordant, décoré de lambrequin. Le troisième bâtiment est indépendant du reste. Il est perpendiculaire au chemin, avec une façade en alignement sur la voie. Il se compose d'un rez-de-chaussée et d'un étage ouvert par de larges baies. Coté jardin, ces dernières permettent l'accès à la terrasse surélevée.

Documentation

● Archives

Archives municipales de Poitiers : 1408. Registre des Débits de boissons.

● Bibliographie

Mineau Robert. Poitiers d'avant 1914 souvenirs d'enfance. Poitiers : Brissaud, 1989. P. 218-220
Simmat Gérard et Chegaray Laurence. Quand les poitevins racontent Poitiers. Joué-Lès-Tours : édition Alain Sutton, 2000. P. 118, 120, 123
Simmat Gérard et Clauzier Daniel. Poitiers, il y a 100 ans, en carte posatles anciennes. Prahecq : édition patrimoines et médias, 2006. P. 213
Simmat Gérard. Poitiers Année 30 : La Crèche : Geste édition, 2003. P. 216
Simmat Gérard. Le Poitiers des années 50. Lavoux : Éditions Michel Fontaine, 2009. P. 136

● Annexe 1 :

Mineau Robert, Poitiers d'avant 1914 souvenirs d'enfance. Poitiers : Brissaud, 1989. p. 218-220

La fête nautique du 7 juillet 1907.

Le soleil, qui avait si fâcheusement boudé « La Grande Fête de gymnastique », favorisa « La Fête nautique » du dimanche 7 juillet sur le Clain.
De mémoire de Poitevin, jamais notre ville ne connut depuis lors semblable féérie nocturne.
A la nuit tombante, tout le faubourg descendit au Clain par les grippets des « Trois Ilots » et du « Fleuve Léthé ».
Au fond de la vallée, parmi les feuillages mouvants des saules et des frênes, des milliers de lampions scintillaient comme des lucioles multicolores. Les flonflons des orchestres populaires montaient des guinguettes qui de Tison à l'Hermitage, s'égrenaient le long de la rivière.
Sur la terrasse du « Fleuve Léthé », les dîneurs expédiaient les dernières bouchées d'une friture de goujons, cependant qu'à l'embarcadère on s'entassait sur des bateaux plats pour mieux jouir du défilé nautique.
Des jardins du bord de rive essaimait un bourdonnement de conversations joyeuses.
Nous poussâmes jusqu'au pont du tunnel où se pressait une grosse influence.
Des rampes lumineuses dessinaient les arches du pont, l'entrée du tunnel et les zigzags des escaliers de la Madeleine. Les coteaux se renvoyaient l'écho des chants et des rires de la « Guinguette fleurie » et du « Petit Goret ».
Des guirlandes de lampes électriques couronnaient les terrasses de Blossac et répétaient l'éclat de leurs feux dans le lit de la rivière, tandis qu'un souffle tiède apportait les lointains et mélodieux murmures de concert donné par l'Harmonie de Poitiers.
Une triple fusée annonça le départ du défilé nautique et des feux de Bengale s'allumèrent sur les deux rives.
La flottille attendait le signal près du barrage de Tison, sur le plan d'eau des bains Jouteau, devant le café Monte-Cristo dont les pergolas étaient chargées d'oranges lumineuses.
La longue théorie navale se mit lentement en marche. Glissant sur le miroir liquide aux reflets changeants, elle se guidait sur un cygne géant dont le col portait un globe opalin répandant une lumière laiteuse.
Les thèmes décoratifs témoignaient de l'imagination et du goût des participants. Les sujets exotiques, japonais et chinois, tenaient la vedette.
Chaque barque était saluée au passage par des applaudissements nourris. Le public ne ménagea pas ses bravos au grand bateau ponté pavoisé de lanternes tricolores et sur lequel les hautbois, les pistons et les clarinettes du 125e d'infanterie donnaient un régal de sérénades et de barcarolles.
La fête nautique s'acheva par un feu d'artifice tiré sur la Promenade des Cours et chacun s'en fut se coucher soûlé de musique et de lumière.

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