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L'inventaire du patrimoine culturel de la Région Poitou-Charentes

L'agglomération de Poitiers :
les 113 éléments étudiés de l'architecture de villégiature


Dossiers et illustrations : dossier documentaire

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Guinguette dite les Bains Jouteau et le Monte-Christo, actuellement restaurant
Poitiers (Vienne), 5 chemin du Tison

photographie du dossier documentaire, voir légende
Vue générale de l'établissement Jouteau, depuis l'autre rive du Clain. © Région Poitou-Charentes - Communauté d’agglomération de Poitiers / H. Achard, 2009.
Dossier documentaire réalisé à partir de l’enquête d’inventaire de 2009.

Les Bains Jouteau sont un établissement emblématique pour les Poitevins. Pendant tout le 20e siècle, ils ont été les bains les plus fréquentés de Poitiers. La première trace de cet établissement date de la fin du 19e siècle, mais c'est avec les frères Jouteau qu'il est devenu à partir de 1902 un lieu de loisirs incontournable. De nombreuses activités étaient organisées autour des bains et de la guinguette appelée le Monte-Christo.

Historique

Les Bains Jouteau, connus également sous le nom de Bain de Tison ou encore Poitiers-Plage, font partie des lieux de sociabilité les plus importants à Poitiers au 20e siècle. Cet établissement emblématique où de nombreux Poitevins ont appris à nager se situe sur la pointe de l'île nommé le Pré Roy sur le cadastre de 1838, qui depuis a pris le nom de Jouteau. Ces bains étaient accompagnés d'une guinguette intitulée Monte-Christo, mais dont la dénomination commune reste Chez Jouteau.
Ce premier établissement apparaît dans le registre des débits de boissons de la Ville de Poitiers en 1894. La propriétaire ou tenancière est alors Madeleine Desnoyers. Puis en 1896, c'est Jean Tingault qui tient ce rôle. La période faste que connut cette petite île se fait sous la famille Jouteau. C'est en 1902, que Léon Jouteau déclare tenir un débit de boissons à Tison. S'ensuit l'ouverture des bains par les deux frères Jouteau, Roger et Gustave. Ce dernier déclare en 1907 tenir un débit de boissons. Puis en 1924, c'est Joséphine Jouteau né Moreau qui effectue cette déclaration.
L'établissement des Bains Jouteau était accessible par un pont, qui permettait de traverser un petit bras du Clain. Se trouvait de l'autre côté une maison de taille importante qui accueillait la guinguette. La propriété s'étendait sur plus de 11 hectares, où étaient aménagés les bains et les terrasses. Sur le bras du Clain, un embarcadère permettait d'accueillir la clientèle venue en barque. Il était possible de louer des Canadiens, c'est-à-dire de petits bateaux de deux à trois places faits avec du bois précieux. L'embarcadère se trouvait à côté de la maison. Les terrasses se situaient tout autour de l'établissement. Une buvette se trouvait également près des bains. Le reste était davantage réservé à la baignade. Ainsi, les bords du Clain était aménagés pour permettre la baignade, avec échelle, ponton en bois et surtout une piscine flottante de plus de 50 mètres de long. Ce bassin a été longtemps le plus grand du département. Sur l'île a été édifiée une structure importante en béton, encore visible aujourd'hui, sur laquelle ont été créés un plongeoir de 10 mètres et un grand nombres de cabines de bains. Ces dernières étaient réparties sur deux niveaux et desservies par cette structure de béton qui permettait également de créer une terrasse et un promontoire idéal pour observer les compétitions ou les téméraires qui sautaient depuis le plongeoir.
Des compétitions étaient également organisées dans le grand bassin, tels que les fêtes nautiques, réunions internationales organisée par le Club Nautique Poitevin, par exemple le 10 juillet 1932. Les Poitevins venaient également accueillir de grands champions comme le plongeur Mulinghausen, présent le 23 juillet 1952.
C'est également ici que de nombreux Poitevins ont appris à nager. En effet, l'établissement Jouteau accueillait le Club Nautique Poitevin et Roger Jouteau était lui-même professeur de natation. Dans les années 1930, d'après Gérard Simmat, « le prix des leçons pour apprendre à nager est de 6 francs la leçon et de 5 francs pour les membres actifs. Les membres actifs paient une cotisation de 2 francs. La carte donne droit à une réduction d'un franc par bain, à la pratique du water-polo et les conseils du professeur de natation ». Dans les années 1950, pour les enfants, l'apprentissage de la natation est gratuit. Il se fait sous la surveillance de leur maître et du professeur. Pendant les vacances d'été, des cours sont également organisés par la Direction Départementale des Sports.
Après la fermeture des bains Jouteau les bâtiments sont tombés à l'abandon. Depuis quelques années, les lieux ont été rachetés par la municipalité de Poitiers. Le restaurant de l'île Jouteau a rouvert en juin 2009 grâce à un projet de réinsertion professionnelle.

Description

Les anciens Établissements Jouteau devenus aujourd'hui restaurant se situent sur l'île du même nom. Accessible par un pont, la maison se situe dans une grande parcelle, à l'extrémité de l'île. Le bâtiment s'organise sur quatre niveaux : un étage de soubassement, un rez-de-chaussée, un étage et un comble éclairé par des lucarnes. Le toit est à longs pans brisés. La façade principale est en gouttereau, avec trois travées d'ouvertures ordonnancées. Un imposant escalier en pierre donne accès à la porte centrale. La façade est ornée de bandeaux de niveaux et d'une corniche. Les baies présentent des encadrements saillants et des appuis moulurés. Un cartouche en pierre, muet, est observé au dessus de la porte d'entrée. La façade ouest, en pignon, comprend un autre accès avec là aussi un escalier en pierre, une travée centrale incluant la porte, et deux baies de chaque côté au rez-de-chaussée. Les structures de béton et le plongeoir sont encore visibles à quelques mètres de là, à la pointe de l'île.

Documentation

● Archives

Médiathèque. Poitiers : B 35. Archive communale.
Archives municipales de Poitiers : 1408. Registre des Débits de boissons.
Archives départementales de la Vienne : 4P 1838 section 58. Cadastre.

● Bibliographie

Olivier Vincent. Le Clain. La Crèche : Geste éditions, 2007. P. 95-101
Simmat Gérard. Le Poitiers des années 50. Lavoux : Editions Michel Fontaine, 2009. P. 135
Simmat Gérard. Poitiers Année 30 : La Crèche : Geste édition, 2003. P. 202
Simmat Gérard et Clauzier Daniel. Poitiers, il y a 100 ans, en carte posatles anciennes. Prahecq : édition patrimoines et médias, 2006. P. 214
Simmat Gérard et Chegaray Laurence. Quand les poitevins racontent Poitiers. Joué-Lès-Tours : édition Alain Sutton, 2000. P. 118, 123

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